Exploités et dominés, pas une voix de plus pour le front national !

contrepetrie-marine-le-penAprès une longue journée d’attente, les résultats sont tombés très vite. Macron en tête et le fascisme en embuscade. Autant dire que le scénario de la bourgeoisie s’est déroulé sans embûches. Une fois de plus, le fascisme joue parfaitement son rôle en permettant au candidat de l’oligarchie d’être élu. Je crois que les choses ne sont pas tellement plus compliquées que cela. La ficelle est maintenant connue, elle est tirée à chaque fois et elle permet aux puissants de continuer leurs sales besognes pour leurs seuls intérêts particuliers. L’OTAN vivra, l’Europe continuera d’étrangler toujours un peu plus les travailleurs, la dérégulation et la casse des conquis salariaux permettront de contrecarrer encore pour quelques temps la baisse tendancielle du taux de profit. Pour un moment encore … Quand ils n’auront plus le choix, ils utiliseront le fascisme et ainsi recréeront de l’ordre, le leur.

Il va sans dire que Macron, de par son parcours et son identité peut être la dernière tentative de chantage au fascisme. Son futur quinquennat, s’il était élu, ne serait pas pire que celui qui s’achève, pas meilleur non plus mais la colère populaire prend une telle envergure que tout cela pourrait finir dramatiquement. Preuve en-est de cette colère, la claque historique des deux candidats du bloc central, PS et Républicains. Un cycle semble s’éteindre doucement mais durement. La difficulté dans un tel contexte consistera à faire vivre avec force et rassemblement l’alternative progressiste. On peut accuser Hamon d’avoir fait perdre Mélenchon sur la dernière marche, la réalité est que Mélenchon nous fait perdre lui-même. Même s’il a mené une remarquable campagne, qu’il a su trouver les mots justes pour incarner notre espoir de paix, qu’il a su insuffler une vision enthousiasmante pour l’avenir, il a cruellement manqué de sens du rassemblement. Ses invectives en direction des communistes et de tout ceux qui ne graviteraient pas par nature autour de lui et de son projet, nous qui n’avons jamais pu trouver grâce à ses yeux. C’est une faute tactique qui lui coûte le triomphe auquel il aspirait sincèrement si l’on en juge par sa mine déconfite hier soir lors de son discours.

Les choses sont ainsi faites et il ne servirait à rien de tourner le couteau encore un peu plus dans la plaie. Par rapport à 2012, Mélenchon va tout de même chercher 3 millions de voix supplémentaires quand Le Pen en arrache 1,6 millions en plus. Alors même que l’instrumentalisation médiatique, les attentats, ont joué à plein tube le refrain de la peur et du besoin de sécurité et d’ordre. En réalité, Le Pen fait un mauvais score hier soir même si ce dernier lui permet d’accéder au second tour. Elle était annoncée à 28 % je le rappelle. Il y a fort à parier d’ailleurs que d’importantes dissensions internes naîtront rapidement dans leurs rangs. La stratégie Le Pen/Philippot va commencer à poser problème pour certains et c’est tant mieux. Les problèmes judiciaires ne risquent pas d’arranger leurs affaires non plus.

Alors, je lis et j’entends le traditionnel peste ou choléra. Effectivement, on retrouve une fois de plus au second tour d’un scrutin les deux faces d’une même pièce : le fascisme et son terreau, le libéralisme des puissants et son outil de maintien. Pour autant c’est très clair pour moi comme cela peut l’être pour tous les communistes. On ne tergiverse pas avec l’extrême-droite, jamais ! Macron est un multimillionnaire sous perfusion des puissants c’est vrai. Macron est une bulle insipide qui vogue selon les vents, c’est vrai aussi. Mais les personnages comme Macron, on les pratique depuis toujours et on sait qu’on peut les combattre, qu’on peut les mettre en difficulté. On sait vers quoi ils veulent toujours tendre. Avons-nous les mêmes certitudes avec les fascistes ? Bien entendu que non. Le Pen présidente, c’est le risque de la terreur pour la classe ouvrière et plus encore pour celles et ceux qui se battent, malgré toutes les difficultés, pour défendre ses intérêts de classe.

Soyons d’une clarté exemplaire, pas une voix supplémentaire pour le front national ! Pas une caution populaire de plus pour nos ennemis de classe les plus violents et redoutables. Avec les 7 millions de voix engrangées par Mélenchon, nous avons là une force qui peut nous permettre d’ériger demain un rapport de force face au président banquier Macron. Ce qui va compter, c’est d’envoyer un maximum de députés du peuple à l’Assemblée Nationale. Et plus encore, ce qui sera la mère des batailles, c’est de nous armer dans nos lieux de travail, dans nos partis et syndicats, dans la rue pour faire plier la volonté de fer des puissants. On travaille donc à ne pas permettre aux fascistes de prendre le pouvoir et on se prépare à la lutte déterminée et rassembleuse. Voilà, je crois, le plan de travail que nous devons nous fixer pour les semaines et mois à venir.

G.S

Le réveil des insurgés, le chemin de la reconquête populaire

La_maison_du_peuple_occupée_par_le_161_éme_régiment_d'infanterieNous voilà dans la dernière ligne droite de cette élection présidentielle, disons-le, unique en son genre. C’est la première fois qu’il nous est impossible, nous les militants politiques qui d’ordinaire sentons les choses avec l’expérience des scrutins et des combats, de prédire l’issue de la chose. Cette fois-ci le brouillard reste épais. Ce malgré d’ailleurs une entreprise de conditionnement rarement atteint avec le poulain Macron, monture prometteuse au galop pour aider les copains à s’enrichir toujours plus. Il y a néanmoins une raison encourageante d’un tel soutien du capital organisé à la campagne de Macron après avoir dynamité celle de Fillon. Tout est question de souplesse, cela notre élite économico-politique l’a bien compris. Mieux vaut un Macron qu’un Fillon pour ne pas embraser un peuple saigné à blanc certes, mais qui bouillonne assurément. Même si elle s’est soldée par un échec, la mobilisation lors de la bataille contre la loi travail laisse des traces et nourrit une série de craintes tout là-haut. La guerre sociale qui pourrait vite devenir, dans une succession de manœuvres instinctives d’un groupe social homogène, celui des exploités, une guerre des classes.

Ce scénario il faut l’éviter à tout prix. L’impérialisme européen atteint son paroxysme. L’Allemagne piétine sans état d’âme ses voisins et les muselle avec l’Euro et les traités budgétaires. Le capital se concentre violemment et les espaces de conquête des marchés s’amenuisent. Ainsi il faut pouvoir tenir les troupes pour ne pas baisser la garde et ainsi plonger dans les abysses de la crise. Du moins, est-ce ainsi que pense l’élite économique française. Elle se pliera sans broncher au dépeçage de la Nation, de son tissu économique et industriel tant qu’elle garde de fructueuses possibilités d’accumulation. L’élite trahit il faut s’y faire et l’accepter. Les historiens sérieux qui doivent pleurer pour obtenir des queues de crédit pour financer leurs recherches le savent bien. On ne peut compter que sur nous, l’immense masse que Mélenchon pense être le peuple. Le vote FN est d’un certain point de vue un symptôme de ceci. Un attachement à la France, à ce qu’elle est, à nôtre intérêt national. Comment les en blâmer vraiment. Il fût un temps où le parti communiste refusait l’Europe pour produire français. Armer la classe ouvrière à échelle d’une nation comme la nôtre, lui donner les conditions matérielles suffisantes pour prendre conscience d’elle-même et de sa force, ça peut aider pour appréhender un processus de transformation révolutionnaire de la société.

C’est là où je dis notre responsabilité dans l’ascension du FN. Notre inaptitude à penser de manière idéologique nos positionnements et nos batailles. Je ne suis pas léniniste par nostalgie ou je ne sais quel goût acide du masochisme. Je le suis parce que je pense le capitalisme comme ce qu’il est. Je sais donc comment on peut le combattre efficacement, quelle méthode rationnelle et scientifique peut nous permettre de planter des flèches au cœur. En ce sens la rupture européenne me parait cruciale. Ne pas le dire et ne pas se battre pour la rendre possible nous fragilise énormément, bien plus que ce que peuvent penser d’éminents responsables du PCF. Le vote FN, et c’est surtout vrai ici dans le nord de la France, c’est un vote anti-système. C’est le même mécanisme que celui qui a poussé la vieille classe ouvrière blanche nord-américaine à voter pour Trump, après avoir fait le choix de Sanders lors des primaires pour nombre d’entre-eux. Nous avons ici dans le Nord des cas nombreux de passage de l’extrême-droite au probable vote Mélenhon et vice-versa. Ruffin y voit lui la renaissance d’un populisme de gauche qu’il encourage vivement. C’est peut-être simplement être raccord avec les aspirations populaires, savoir penser les événements au même rythme et avec suffisamment de passion que le « peuple ».

17835089_10212581071822149_3477726303457967383_oJ’en viens donc au lancement de la législative sur notre secteur. Nous avons officialisé nos candidats . Nous l’avons fait devant l’entreprise Westeel, une entreprise d’autocars où les 260 salariés pensaient il y a quelques semaines encore qu’ils finiraient brutalement sur le carreau. Les maires communistes du secteur se sont mobilisés énergiquement avec, derrière eux, tout l’appareil qui faisait signer des pétitions sur les marchés et ainsi créer un soutien populaire. Tout un symbole de se déclarer devant cette entreprise avec des représentants des salariés répondant à l’appel.  Le maire d’Avion part donc au combat avec son collègue de Sallaumines. Il ne fait aucun doute que quelque chose se passe. Un dynamique, une sympathie, un élan qui pourra peut-être nous conduire loin, peut-être à la victoire. Une victoire dans un bastion historiquement socialiste. Les socialistes sur la circonscription sont à la ramasse. Les soutiens à Macron se sont multipliés rendant impossible le succès de la jeune femme en lice pour le PS. Le FN sera très probablement au second tour face à un candidat soit du PS, soit de chez nous. Un FN haut comme dans tout le bassin minier en l’absence de la droite et des soubresauts du cas Hénin-Beaumont. Le désespoir et la pauvreté à grande échelle dessèchent totalement nos populations. Ici on meurt plus jeune, on manque de travail, d’avenir et les collectivités continuent de s’appauvrir avec des dotations de l’État toujours plus basses et des besoins toujours plus grands. Le service public de la santé est en lambeaux, les transports en commun ont un siècle de retard et j’en passe. Les socialistes pensent qu’en implantant le Louvre ça calmerait un peu les troupes mais il n’en est rien. On crève de misère ici et rien ne semble laisser entrevoir le mirage d’une porte de sortie. Le FN prospère donc les deux pieds dans un terreau puissamment fertile.

Et pourtant, le maire d’Avion qui mène depuis des années maintenant la bataille pour les services publics, pour le logement en s’opposant physiquement à des expulsions locatives, qui fait sans cesse parler de lui dans la presse suite à des batailles hors norme mais toujours en lien avec la défense des intérêts concrets et vitaux de nos populations, vit une saine et positive notoriété. Cela change des mises en examen dans les villes voisines, des scandales d’argent et de corruption que nous avons trop cumulé ces derniers temps. On le respecte parce qu’il se bat pour les gens et leur dignité. C’est ce qui fait toute la différence. Il y a donc une vraie dynamique autour de lui et l’envie des camarades de le porter loin pour continuer ce travail et lui faire prendre une autre dimension. Fait marquant, pas mal de jeunes sont de la partie, chose qui se fait rare depuis quelques temps. C’est l’action conjuguée au courage de s’opposer à un système aux rouages rouillés qui, je pense, permet un tel climat. Voilà, à mes yeux, une preuve irréfutable qu’il est possible de reconquérir cette classe ouvrière momentanément égarée. Je le crois sans le moindre doute.

Tirons-en des leçons pour l’avenir. Nous entrons petit à petit dans le dur et il faudra un mât solide pour braver la tempête. Partons du réel, de la vie des gens et menons les batailles avec eux, pas pour eux. Créons les conditions du mouvement, encadrons, organisons, formons. En ce dimanche ensoleillé et plus convaincu que jamais, j’y crois férocement.

G.S

Mon intervention pour la clôture du festival « Les utopistes debout ! » 2017

c20d5f0f39Mesdames, messieurs,

Chers amis,

Je vous souhaite la bienvenue dans cette salle Aragon pour un temps fort comme nous en avons maintenant l’habitude dans ce lieu. C’est avec un immense bonheur que nous accueillons ce soir la création de la compagnie Vaguement compétitif, la Violence des riches inspiré par le best-seller sociologique des Pinçon-Charlot.

La violence des riches, jamais cette expression n’a eu autant de sens qu’en cette période ô combien troublée. J’ai lu il y a deux jours de cela dans le journal « La tribune » un papier qui nous apprend que la fortune de l’inénarrable Bernard Arnault a grimpé de 22 % en un an. Il se hisse ainsi à une modeste 11ème place mondiale sur l’échelle du luxe et de l’indécence avec une fortune qui s’élève à 41,5 milliards de dollars. Il passe ainsi devant mamie Liliane, qui faisait souvenez-vous des gros chèques à Sarkozy et Woerth, qui descend elle à la 14ème place avec un patrimoine estimé à 39,5 milliards de dollars. Les 39 milliardaires français affichent donc une fortune cumulée de 245 milliards de dollars. Un record absolu !

Pendant ce temps-là, le père la rigueur de cette élection présidentielle, le châtelain austère François Fillon joue sur la peur avec un dogmatisme fou. Le voilà incarnation d’un Harpagon sans l’humour criant non pas « ma cassette, ma cassette » mais « la dette, la dette ». La connivence de classe comme l’explique à merveille d’ailleurs le couple Pinçon-Charlot prend tout son sens avec ce personnage, tout comme il le prend avec la version plus light et télévangéliste labellisée « En marche ! ». Il faudrait que tous nous consentions encore un peu plus à faire des efforts comme ils disent pendant que certains accumulent de manière totalement immorale les milliards, en en cachant par ailleurs une bonne partie, avec une ingéniosité folle, dans des paradis fiscaux pour ainsi échapper à l’impôt.

Comment, dans ce contexte, blâmer le concitoyen désespéré, en colère, sombrant dans le trop facile certes, mais si tragiquement réel, tous pourris. Oui quelque chose est pourri au royaume de la politique. La politique pourtant, nous avons appris à l’aimer grâce aux philosophes grecs, grâce à Rousseau et aux lumières qui ont jailli de l’obscurantiste absolutisme, grâce à Robespierre et Saint-Just, aux communards, et à toutes celles et tous ceux qui ont donné leurs vies et leurs sangs, leurs cœurs et leurs esprits, à la grande aventure humaine du bonheur partagé.

S’il y a une leçon à tirer de tout cela je crois, c’est que ce bonheur partagé n’a jamais été et n’ira jamais de soi. Le bonheur commun et partagé est toujours le résultat d’une lutte acharnée, d’une lutte incarnée par un peuple libre et souverain.

Je vous rassure ou peut-être pas, mais je ne ferai pas du Mélenchon appelant à la rescousse le génie de la Bastille. Je veux simplement partager avec vous ma conviction de modeste élu local passionné par son mandat à la culture. La lutte ne précède jamais l’éveil. Le goût du combat et de l’émancipation est le résultat d’un processus tant collectif qu’individuel. Et c’est là où nos lieux culturels, nos pratiques, nos combats pour aller arracher de nouveaux publics sont cruciaux. C’est là où le courage de compagnies pour créer et mettre en scène des spectacles engagés, et par définition, dans une époque du tout consommable, difficile à défendre est précieux.

Le festival Les Utopistes debout est le fruit de cette réflexion, de ce désir partagé entre un lieu et son équipe et des acteurs du monde culturel décidés à ne pas lâcher sur les contenus, à ne pas brader cette si noble mission de la culture : déranger, dénoncer, lutter, éveiller.

Alors je remercie la compagnie Vaguement compétitif, la délicieuse et brillante Anne Conti, l’équipe du théâtre d’octobre ou encore Didier Super qui, dans son style unique, nous a fait l’honneur d’ouvrir cette nouvelle édition.

Je remercie également les partenaires qui se sont greffés malgré l’urgence au projet. Les amis de Colère du présent, de Droit de Cité, d’Attac, du LAG, d’Amnesty International, du MRAP ou encore de ATD Quart monde. Ainsi l’auteur Denis Lachaud a pu venir présenter son dernier ouvrage à la médiathèque à l’initiative de Colère du présent, et des stands ont pu être dressés ce soir dans le hall. Nous nous sommes promis et engagés à travailler en amont l’édition 2018 ensemble et d’ailleurs d’autres partenaires encore vont nous rejoindre. Les villes de Méricourt et sans doute de Sallaumines ou encore Culture Commune. Bref nous sommes en train de faire des petits et de créer une synergie positive sur un territoire qui en a cruellement besoin. Si certains pensent que nous allons combattre le Front National sur ce territoire en créant une communauté urbaine, le réveil risque d’être pour eux terriblement douloureux.

N’est-ce pas avant toute chose d’espoir dont nous avons besoin ici ? N’est-ce pas de courage politique, intellectuel, culturel et de proximité dont nous avons besoin ? D’industrie, de services publics, de culture et non de tourisme à toutes les sauces ? Je le dis avec gravité, nos territoires méritent mieux que la soupe indigeste du moment et le courage-fuyons de trop nombreux élus enfermés dans les logiques électorales mortifères. Nous serons quelques uns, plus nombreux qu’on ne le pense parfois, à y veiller.

Je voulais, pour ne pas être trop long et pour terminer mon propos sur une petite pépite d’une récente lecture littéraire, vous livrer une réflexion de Roland Barthes, que j’aime beaucoup au-delà ses contradictions, sur le théâtre de Brecht mais plus globalement sur le rôle du théâtre en général. Il écrivait ceci dans Essais critiques publié en 1964 : « Quoi qu’on décide finalement sur Brecht, il faut du moins marquer l’accord de sa pensée avec les grands thèmes progressistes de notre époque : à savoir que les maux des hommes sont entre les mains des hommes eux-mêmes, c’est-à-dire que le monde est maniable; que l’art peut et doit intervenir dans l’histoire; qu’il doit aujourd’hui concourir aux mêmes tâches que les sciences, dont il est solidaire; qu’il nous faut désormais un art de l’explication, et non plus seulement un art de l’expression; que le théâtre doit aider résolument l’histoire en en dévoilant le procès; que les techniques de la scène sont elles-mêmes engagées; qu’enfin, il n’y a pas une « essence » de l’art éternel, mais que chaque société doit inventer l’art qui l’accouchera au mieux de sa propre délivrance ».

Voilà qui résume, je crois, ce que nous nous apprêtons à vivre et partager ce soir, ce que nous avons vécu durant tout un mois dans ce lieu au travers de notre festival, et que nous continuerons à défendre et à bâtir dans les semaines, les mois et les années à venir. Sur ces quelques mots, je vous souhaite une excellente soirée. Vive le théâtre engagé, Vive la culture, Vive les utopistes debout !

G.S

Le jour d’après ou la tragédie des drapeaux

window-1874622_960_720Voilà que le drapeau rouge n’a pas le droit de se déployer pour défiler le 18 mars, date d’une marche triomphale où la République des petits marquis sera brandie sur une pique pour en exiger une autre, aussi sage et rangée que sa sœur aînée. Un peu moins concentrée sans doute, toujours aussi bourgeoise assurément. On disserte, on s’insulte, on divise, on joue le petit spectacle de Guignol sur la petite place quand les vastes rouages historiques s’emballent et que les peuples n’ont plus envie de rire.

L’affaire devient sérieuse messieurs ne le voyez-vous pas ? Le vieux continent se vautre de nouveau dans les pulsions fiévreuses de l’autoritarisme. Comment pourrait-il en être autrement ? L’Union européenne n’est-elle pas la résurrection faussement aseptisée du fascisme à grande échelle? Ce qu’elle a fait endurer à la Grèce dans un silence complice, n’est-ce pas une parfaite démonstration de la brutalité des puissants, prêts à tout pour que le règne ordo-libéral claque dans le vent de l’éternité ? Elle tue les paysans, les hôpitaux, les universités, elle fabrique des villes fantômes où les usines trônent abandonnées, rongées par la rouille, la pourriture et les souvenirs des jours heureux. Vous faites la leçon aux ouvriers ou à ceux qui le fussent jadis, ces hommes pétris de mauvaises manières, si détestablement insolents, qui se tournent, tourmentés par ce sentiment d’abandon et de colère, vers la droite populiste. Ne comprenez-vous pas qu’ils n’en peuvent plus ?

Ici, en bas, dans la province lointaine où il n’est pas besoin d’avoir lu Hugo pour comprendre la misère, on se suicide, on se détruit, on meurt. Alcool, médicaments, divorces, violence, drame. Dans un récent portrait sur Mélenchon  où un psychanalyste médiatique brosse avec une fausse retenue dans le sens du poil le tribun magnifique, on le voit à Hénin-Beaumont devant un coron le teint blafard, la mine décomposée, le regard sombre. Alors que pour ne pas qu’elle s’écroule et roule sur le sol il est obligé de blottir sa tête entre ses mains, il lâche tragiquement « quelle misère ici, je ne m’attendais pas à ça … »

Nous autres, les militants honnêtes, les petites âmes pleines de bonté et de courage qui partageons et supportons tous les jours cette réalité crue et drue, on ne sait plus quoi faire, quoi dire. Chez nous, personne ne mène campagne ou presque, à peine voit-on fleurir quelques affiches ici ou là. Vous, vous jouez vos partitions avec vos grands airs, vos slogans, vos postures. Le pouvoir vous fait bander, le petit jeu de la chaise musicale pimente vos existences. Autour de vous, tous vous ressemblent, vous encouragent, vous idolâtrent. Tous ignorent à quel point le réel peut être cauchemardesque.

Le drapeau rouge pour le drapeau rouge n’a aucun sens s’il n’incarne pas une espérance, un sentiment de révolte, une illumination capable de nous soulever. Il est là le fond du problème. Promettre 100 milliards de dépense publique supplémentaire dans les 5 ans qui viennent ou une sixième république parlementaire ne changera rien à l’équation. Tant qu’on ne dira pas vouloir jeter Maastricht au feu, tant qu’on ne dira pas qu’on ré-ouvrira les usines par la force en prenant collectivement le droit de propriété qui nous revient, tant que l’école ne sera pas de nouveau un sanctuaire qui protège, qui délivre, qui brise les chaînes et élève les consciences, vous pourrez continuer à pleurer le soir du premier tour, à dire votre incompréhension, à déplorer l’ascension continue et vertigineuse de l’extrême-droite. Criez, maudissez, jouez la petite farce mais ne nous demandez pas de comploter avec vous. N’insultez pas notre intelligence quand nous aiguisons notre précieuse et expérimentée méfiance, quand nous n’applaudissons pas à tout rompre votre délicieuse figuration ou ne réalisons pas la docile petite courbette. Les matins ne chantent plus depuis longtemps ici malgré les promesses et les beaux parleurs.

En vérité je vous le dis, beaucoup ne vous suivront pas. Beaucoup ne glisseront pas le bulletin dans l’urne. Beaucoup se disent que tout ça n’a que trop duré. Beaucoup se disent que d’ici quelques semaines le sketch prendra fin, que la gauche sera en lambeaux avec un PS atomisé car tous ses cadres auront rejoint Macron, que l’opération Mélenchon ne pissera pas plus loin que le mur et qu’il disparaîtra aussi soudainement qu’il est apparu. La misère elle sera toujours là et nous avec. Vos larmes chaudes n’y pourront rien. Votre couardise sous perfusion de renoncement par contre …

G.S

La politique du vide ou le vide politique

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Pour la première fois depuis longtemps, je ne trouve plus le goût, la force d’alimenter ce blog. Pourtant à deux mois de l’élection présidentielle, je devrais pouvoir en dire des choses. Je devrais pouvoir en analyser des mécanismes. Mais non … Je suis partagé entre amertume, dégoût et pire que tout, renoncement. Renoncer au combat, renoncer à porter l’idée de changement. Plus que jamais le poète, le compositeur génial me sauvent d’un ennui mortel. Neruda me parle si merveilleusement bien d’amour, Camus m’explique avec délice ce qu’est l’absurde, les vieux compositeurs allemands me régalent de leur musicalité aux algorithmes parfaits, Chet Baker calme avec douceur mes crises d’angoisse. Je me consacre à des tâches bien éloignées de ce spectacle électoral lénifiant.

Je me mets souvent à la place du salarié broyé par la fatigue, celui qui se lève tous les matins pour rejoindre une boutique qui vivote dangereusement, celui qui va pointer la tête basse et le regard usé chaque matin à Pôle Emploi, cette aide-soignante au dos ruiné qui voit son service plein à craquer et qui se demande comment il sera possible de continuer à ce rythme dans les semaines à venir. J’imagine ces millions de françaises et de français chaque soir devant la télé en train d’assister à la mascarade électorale. Macron, Fillon, Le Pen, Hamon, Mélenchon. Peut-être avons nous droit aux politiques que l’on mérite. Je le dis tranquillement, sans soucis de la polémique mais depuis quelques temps il m’arrive de penser à rendre ma carte. Cette carte soigneusement rangée dans la poche de celles et ceux qui jusqu’au bout ont tenté de résister au triomphe éclatant du capitalisme. Le rêve socialiste semble évanouit dans un continuum historique qui a fini par assécher le principe même d’idéal.

J’ai pourtant en tête le souvenir des dockers du Havre tapant avec rythme et entrain sur leurs tambours, ouvrant la marche à un immense cortège joyeux criant à l’unisson son rejet de la loi travail. Je me souviens de ces amphithéâtres universitaires bondés où, à la méthode de Socrate, on se partage le savoir, la connaissance. Je me souviens de ces centaines d’autocars qui convergent sur Paris pour colorer les grandes artères haussmaniennes d’un rouge vif, d’un rouge sang, celui de ces cols bleus qui ont donné leurs vies pour que les travailleurs puissent avoir des droits.

Pourtant, aujourd’hui on se bat pour négocier son indemnité de départ, on se bat pour revaloriser le SMIC de 5 euros par jour, pour limiter la pression fiscale si forte sur les petits ménages. L’horizon révolutionnaire prend les traits d’une rêverie austère, desséchée. Aujourd’hui on se dit que Hamon est le moindre mal et que peut-être il faut se ranger derrière lui pour se donner une petite chance de ne pas goûter au pire, comme si le pire n’était pas advenu depuis longtemps. Hamon porte quelques maigres promesses progressistes, suffisantes aux yeux de certains pour bâtir une convergence. Rêve peuple exploité, le soleil brillera. La force est tranquille, très tranquille, surtout pour les puissants. On peut même se permettre de laisser François Ruffin faire son petit speech ému à la cérémonie des césars, déranger la petite bourgeoisie si confortablement installée dans un entre-soi aveugle où le sort d’un ouvrier n’a que peu de valeur. La bourgeoisie aura toujours peur du danger de la révolte mais pour l’heure, elle doit dormir assez tranquillement j’en fais le pari. En tout cas pour une partie d’entre-elle, on se délecte et on se surprend même à frissonner devant une envolée hugolienne. Cela pimente un peu le quotidien …

Pour autant, je sais que cette extinction de foi est passagère. Comme dans le creux d’une vague, il arrive que la tempête nous dresse face à un mur. Il y a quelque part l’idée du répit dans cet instant. Vous êtes à la fois profondément désespérés, et en même temps vous vous en remettez au tragique, à l’inertie, à la force de la nature lorsqu’elle paraît indomptable. Vous sortez un moment de la tétanie qui vous paralyse presque, du poids de la responsabilité que vous vous infligez et vous vous contentez de contempler. Vous contemplez le désastre en vous disant qu’à ce moment précis vous ne pourrez rien y faire. Mais l’instinct de survie reprendra le dessus et vivre c’est agir. Ne pas écrire n’est finalement pas si grave lorsqu’on ne cesse pas de penser. “L’imagination pure est la représentation d’un objet absent, mais non encore constitué” nous disait Kant. Il n’y a donc pas de raison de désespérer.

G.S

L’escroquerie politique et la révolution passive

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La tragi-comédie présidentielle continue son œuvre. Sans égale mesure, ce scrutin est le pire de tous les temps. La campagne est régie par les scandales, les médias n’ont jamais été aussi intrusifs et malveillants avec 8000 articles en deux ans consacrés à Macron (ici), les idéologies qui façonnent notre univers mental et politique totalement asséchées. Comme aux États-Unis nous assistons à un rejet massif, via les primaires de la droite et du PS, des candidats vendus par l’establishment laissant la place à des seconds couteaux tout aussi néfastes pour notre intérêt commun. L’extrême-droite est au rendez-vous avec une estimation de vote autour de 28 % sans même son entrée en campagne effective.

Alors qu’une grande part de la population est inquiète des soubresauts géopolitiques de la période, rejette viscéralement la globalisation et son processus d’hégémonie culturelle, que 9 millions de personnes vivent en situation de pauvreté, que de nombreux plans sociaux continuent de saccager la classe ouvrière, la caste politique continue d’asséner son discours parfaitement rodé creusant un peu plus encore la désespérance populaire. Européisme délirant, destruction de la sécurité sociale présentée comme inévitable pour assurer la compétitivité, méritocratie fantasmagorique dans une société où la captation des richesses se fait autour d’un très petit noyau composé de familles bourgeoises. Cette campagne des scandales relègue au rang de disparus les enjeux réels de la période : le partage du travail avec une importante baisse du temps de travail et une socialisation d’une partie de l’appareil productif pour créer des emplois en masse dans l’industrie, la recherche et les services, sortie des traités et émission d’une nouvelle monnaie pour relocaliser la production industrielle et libérer notre économie des directives de la Bundesbank, propriété populaire des banques et du crédit et condamnation de tous ceux qui ont spéculé avec les richesses de la nation, lutte contre l’exil fiscal, refonte des institutions … Bref il est évident que notre pays a besoin d’une thérapie de choc. Une âpre bataille culturelle doit être menée loin des planches de la scène électorale grotesquement tragique.

En réalité, rien de positif ne pourra émaner des élections, c’est maintenant une certitude. La révolution élective n’existe pas. Les bouleversements ne peuvent naître que par la constitution d’un rapport de force féroce avec le capital, le même que la CGT et le PCF ont réussi à bâtir en 1944 pour ensuite arracher la révolutionnaire sécurité sociale. La sécurité sociale n’est pas un simple système de solidarité universelle. C’est la socialisation d’une part redoutable de la richesse. C’est un vecteur d’appropriation collective de la richesse que nous produisons. Bien entendu, de réforme en réforme, la philosophie de l’œuvre pharaonique de Croizat a été galvaudée. Les travailleurs ont de moins en moins de place dans la gestion de cette dernière et des créations comme la CSG par Rocard, maître à penser de Hamon, sont des coups de canif redoutables dans l’équilibre de l’œuvre.

On peut discuter du besoin de moderniser les symboles ou la dialectique, l’affrontement de classe et ses enjeux demeurent irrémédiablement les mêmes. La dualité entre propriété privée ou publique, entre propriétaire du capital et travailleurs, entre communisme et réformisme reste inchangée. C’est bien parce que la gauche n’assume plus sa mission idéologique que les droits universels reculent, que le travail a été précarisé à un point tel que des millions de salariés ne peuvent plus se syndiquer et ainsi défendre leurs droits, que le code du travail est dépecé et que nous nous dirigeons lamentablement vers le contrat unique, la disparition de toutes les réglementations horaires, sécuritaires, sociales, salariales.

C’est donc le pire des scénarios qui se profile d’autant plus que l’idéal communiste a cette fois-ci totalement disparu. Aucun candidat à gauche n’appelle à l’occupation post-électorale de son lieu de travail pour lancer un vaste chantier transformateur. Aucun candidat à gauche ne propose de combattre la propriété privée de l’outil productif. Aucun candidat à gauche n’est réellement en phase avec les aspirations ouvrières. C’est ce que déclarait dans une récente interview le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez. C’est surtout tout le précieux et pertinent travail de clarification que Gramsci a mené durant les années 1920 et 1930 en développant le concept de révolution dans le monde capitaliste occidental ; révolution active ou passive. Je voterai Mélenchon car c’est le choix de mon parti et qu’il fait la proposition la plus radicale dans cette campagne sans pour autant signer un blanc seing. Tous les autres ne sont que l’offre multi-facette de la bourgeoisie. Hamon ou Macron, Le Pen ou Fillon, les puissants retrouveront leurs billes quoi qu’il arrive. Le chouchou c’est Macron d’où l’entreprise de destruction de Fillon. Macron c’est le Renzi français. Un jeune premier de la classe aux idées vieilles comme le monde capitaliste. Maximiser le profit en détruisant l’État et le modèle social. Mais on disserte dans la presse sur ses yeux bleus, sur sa barbe estivale, sur son couple atypique avec sa femme couguar. Sauf qu’il suffit de constater dans quel état se trouve l’Italie aujourd’hui. « Ils n’ont pas senti la souffrance : ils ont créé le chaos, ils ont laissé tout rafler à ceux qui étaient les plus forts économiquement » pour convoquer de nouveau Gramsci.

Il me semble que le niveau médiocre de cette campagne est un révélateur puissant. Le système pourrit sur pied. Je crois que nous venons d’entamer la descente aux enfers du capitalisme. L’écosystème menacé, la chute de la toute puissante Amérique, la nostalgie galopante dans l’ex-URSS, le rejet populaire de la globalisation et la montée en puissance de nouveaux modèles de consommation éthiques et solidaires, me poussent à croire que le vieux monde s’éteint peu à peu. La jeunesse fabriquent des pratiques sociales novatrices, hors des sentiers battus. Elle est imprévisible et cherche pour une part à échapper à l’emploi, à la télévision pourrie, au système médiacrate. Sa faiblesse est sa négation de l’idéologie et du besoin crucial d’organisation. On ne peut pas lui en vouloir totalement, l’école et l’offensive culturelle dominantes y sont pour beaucoup.

Le danger d’une telle période est l’absence d’une voie de progrès, tant par les idées que par les pratiques. C’est la raison première de ma détestation de ceux qui dirigent le parti communiste aujourd’hui. Leur responsabilité est si grande dans le marasme ambiant. Voilà donc qu’une partie d’entre-eux réfléchissent à ranger le PCF derrière Hamon et son revenu universel, véritable bombe à retardement qui fera sauter toute l’architecture de notre modèle social, qu’il faut défendre jusqu’à la mort. La clé du changement est sa généralisation progressive. C’est pourquoi tous les candidats veulent y mettre fin.

Je comprends et souscris à la vive colère qui se propage et se renforce dans le peuple, à la détestation viscérale de la politique telle qu’elle se pratique aujourd’hui. Point d’inquisition de ma part pour condamner moralement l’abstentionniste, le cheminot en colère qui crie au tous pourris. Oui ce monde est pourri mais « Tout ce qui survit d’élémentaire dans l’homme moderne revient irrésistiblement à la surface : ces molécules pulvérisées se regroupent suivant des principes qui correspondent à ce qui subsiste d’essentiel dans les couches populaires les plus profondes ».

G.S

Gloire à la jeunesse !

manifestation-jeunesse« Le monde marche, pourquoi ne tournerait-il pas ? ». Le jeune prodige Arthur Rimbaud, dans une Saison en enfer, écrivait ces mots. Il a piétiné la vieille tradition classique de la poésie française avec sa fraîcheur, sa folie, sa désinvolture légendaire, sa détestation de l’ordre, ecclésiastique ou moral. « Depuis longtemps je me vantais de posséder tous les paysages possibles, et trouvais dérisoires les célébrités de la peinture et de la poésie modernes ». En un sens, il a mené une révolution et aujourd’hui encore nous sommes des millions à le lire. Comme Verlaine, nous nous sentons fascinés par cet ange tombé du ciel, sculptant le beau pour penser la maladie de vivre une vie si tragiquement grise et ennuyeuse.

Ce billet ne prendra pas les traits d’une critique abondée de chiffres, ou encore d’une tribune enflammée contre le renoncement des hommes et des femmes qui font la politique pour et surtout contre nous. Non j’avais envie de rendre hommage à la jeunesse, à ses imperfections, à son sens de la provocation, à l’ennui que lui inspire ce monde. Ce monde qu’elle rejette sans toujours prendre la peine de comprendre ou de dire pourquoi. Sans doute que la perspective de suivre une formation dans le commerce, dans le management, dans la vente n’est guère enthousiasmante à ses yeux. Sans doute que la mise en concurrence dès le plus jeune âge pour ensuite mourir au travail sous les coups de bâtons d’un patron boudiné, rouge d’avidité et laid comme le profit n’éveille pas en elle de stimulation particulière. Sans doute aussi que de devoir se vendre une cravate nouée au cou ou un tailleur serrant, gris terne, pour gagner tout juste le SMIC n’inspire pas chez elle l’épanouissement. Chômage, petit contrat, stage … « Ce peuple est inspiré par la fièvre et le cancer » … Voilà je crois, tout comme l’impétueux Rimbaud, comment la jeunesse décrypte le monde dans lequel elle est condamnée à l’existence.

Contrairement à l’idée trop répandue, la jeunesse n’a jamais été si éduquée. Elle l’est tellement, qu’elle refuse de lire nos journaux, à se plier servilement aux petites règles de la domination. Elle est ultra connectée et crée, dans des endroits où elle est chez elle, d’incroyables choses. Elle maîtrise la vidéo, le code informatique, des sous-cultures extrêmement riches et originales. Pour une part, elle connaît le cinéma, la musique. Elle dessine, joue d’un instrument, écrit. Elle est imaginative, se délivre à elle même des savoirs fondamentaux via la vulgarisation. Oui elle se trompe parfois, oui elle ne lutte pas comme on pourrait l’attendre. Oui elle rejette trop durement les partis, les syndicats, le vieux monde. Mais chaque jour, elle est une source d’inspiration. Chaque jour elle m’étonne et je découvre chez elle de belles et grandes choses. Il lui manque des repères, la perception de jalons susceptibles de lui donner de la force et de pouvoir briser les chaînes qui nous retiennent tous au sol.

Il serait pourtant temps de dialoguer avec elle, d’essayer de la comprendre. De lui laisser de vastes espaces d’expression sans lui souffler à l’oreille ce qu’elle peut ou ne peut pas dire ou faire. Elle déborde d’imagination et je la sais capable d’ériger des ponts vers un autre monde, une autre civilisation débarrassée des fantasmes de la vieille garde bourgeoise. Elle envahit des places, ressuscite l’utopie, se débrouille parfois pour échapper à l’emploi organisant des systèmes de solidarité capables de financer ses projets.

Elle n’a pas lu Marx et souvent même n’a lu que très peu d’auteurs classiques. Elle a inventé une nouvelle science-fiction où tout est possible. Des univers codifiés qui incarnent la douleur de vivre cette vie mais qui disent son aspiration à vivre autre chose. Elle se plonge parfois trop facilement dans une forme de nihilisme légitimement critiquable. Mais être jeune c’est aussi cela. C’est être en perpétuelle recherche d’un chemin, c’est tâtonner, expérimenter, se tromper, tomber même. Mais une fougue, une énergie, une soif de s’éveiller font qu’elle ne renonce que rarement. Ce qui est certain, c’est qu’elle ne veut pas du monde qu’on est en train de lui léguer, de lui imposer. Elle marche à reculons pour ne pas sombrer trop vite dans le tourbillon de l’habitude, en un sens donc de l’absurde comme pourrait le soutenir Camus.

Globalement elle ne vote pas même si elle pense, à sa façon, la politique. Comment pouvoir lui reprocher de ne pas prendre part au débat politique quand les seules perspectives qu’on lui propose de discuter sont l’austérité, la nécessité de travailler plus et mal pour des salaires toujours plus bas. Le choix entre Macron ou Fillon … Comment, finalement, lui reprocher de ne pas participer à l’élaboration des plans de sa lugubre prison ? D’ailleurs pendant la bataille contre la loi travail, le slogan de sa mobilisation n’était-il pas « on vaut mieux que ça ». Je l’avais trouvé tellement fort et beau ce cri de ralliement.

Notre responsabilité est claire. Il nous faut trouver le moyen d’établir une connexion entre elle et nous. Nous qui avons des structures intellectuelles précises, une expérience de la lutte, un héritage presque génétique du combat, nous sommes capables de mettre des mots et des concepts sur les aspirations de cette dernière. Comme le soulignait Friot, si la vieille garde communiste trouve le moyen de s’ouvrir à cette jeunesse intérieurement révoltée, le capitalisme tremblera si fort qu’il risquerait de s’effondrer pour de bon. Alors nous ne devons pas avoir peur d’exiger l’impossible. Nous devons cesser de ne penser le bonheur que de manière ratatinée, meurtris que nous sommes par nos renoncements en cascade. Alors la jeunesse grimpera les barricades à nos côtés et plus rien n’empêchera l’avènement de la lumineuse aurore. Mais disons lui d’abord et simplement, avec la force et l’honnêteté que cela réclame, comme l’a fait si magistralement Jaurès aux lycéens d’Albi dans son mythique discours à la jeunesse, « vous avez le droit d’être exigeants ».

G.S