Pour un parti communiste au service des classes populaires (publié dans « Communistes 62 »)

PCF-paris-coupole« Je n’admets pas, que l’on puisse avec des phrases et des mots vides de sens, parler d’optimisme ». Cette phrase n’est pas celle d’un grand philosophe allemand toujours prompt à analyser les concepts, mais de l’enfant du pays, ce grand dirigeant communiste, chez qui la fonction publique puise sa paternité, Maurice Thorez. Alors que depuis des années, certains s’évertuent à faire douter les communistes de la puissance de leur projet, de la grande et parfois héroïque histoire qui fût la nôtre, du talent et de la redoutable intelligence des hommes et des femmes qui l’ont façonnée et continuent ici ou là à la façonner, Thorez démontre sans même le savoir, une fois encore, la justesse de l’analyse qui fût toujours la sienne, elle qui sonne comme une terrifiante mais exacte prémonition. Car cette phrase, n’est-elle pas le parfait résumé de ce qu’est Macron et le macronisme ? Le discours creux, manipulateur, simulant les traits de la modernité, de l’espoir ressuscité, alors que le projet politique qui se dérobe derrière les mots est en fait vieux comme le monde, vieux comme les premiers essais sur la main invisible, vieux comme les premières offensives violentes et radicales de la dame de fer et du cow-boy de Washington dès le début des années 1980.

Ce néolibéralisme destructeur qui va plonger l’Amérique latine dans la dictature, la corruption, l’exploitation radicale. Ce même néolibéralisme qui va totalement maltraiter la classe ouvrière britannique et en premier lieu les mineurs. Ce dernier qui va déséquilibrer des États entiers aux États-Unis en laissant mourir l’industrie manufacturière. Ce néolibéralisme, ciment de la construction européenne depuis l’acte unique pour ne pas dire depuis sa création, qui plonge dans une guerre concurrentielle totalement larvée les nations européennes du nord et du sud les unes contre les autres. Tout cela prend, soyons au moins d’accord sur ce constat, les accents du chaos. C’est une des illustrations de la fameuse stratégie de choc conceptualisée par Naomi Klein.

Tu te demandes finalement camarade où veut en venir ce texte et où se situe le lien avec le titre. Pourquoi présenter le lancement de la grande souscription fédérale de la sorte. Sans doute parce qu’il serait bon de nous rappeler pourquoi notre société, pourquoi les millions de travailleurs français, la plupart réfugiés dans le mutisme, dans l’abstention ou perdus dans le vote FN, ont besoin du PCF. Combien nous souffrons aujourd’hui de l’absence de communisme, de l’absence d’un grand parti populaire enraciné à la fois dans le quartier et dans l’entreprise.

Quelques uns chez les communistes, assez timidement quoi qu’avec détermination, finissent par penser et dire que l’avenir ne réside pas dans les partis, vieilles carcasses d’un vieux monde. L’avenir, ça serait le mouvement. Un mouvement volontairement ambigu, sans structures de direction, sans règles collectivement établies. Il faudrait simplement suivre le chef comme des apôtres suivent leur dieu. Cela ne peut raisonnablement pas être le chemin de l’émancipation.

Faire vivre le parti, se donner les moyens d’avoir des outils pour parler aux masses, d’avoir des sections et des cellules au plus proche de la réalité, d’avoir des élus combatifs et dévoués, c’est faire œuvre de résistance face à ces évolutions du monde. C’est se donner les moyens de ne pas faire mourir le vieux rêve du commun, voilà qui fera plaisir à Pierre Laurent. Tout est à nous, rien est à eux crions-nous en manif. Tous, à la base, nous ne lâchons pas ces mots avec légèreté, sans les peser.

La dernière séquence électorale, tu le sais, a été difficile pour nous. Les divisions idiotes, l’hyper-abstention, les mécanismes monarchiques du régime présidentiel, notre disparition des écrans radars suite à notre ralliement à Mélenchon sans conditions, tout cela a rendu la tâche de nos valeureux candidats aux élections législatives extrêmement compliquée. Il se sont tous battus, ont fait de leur mieux mais les résultats sont historiquement bas. Le parti fait un peu plus de 2 % à échelle nationale. C’est, disons-le, l’aveu d’un échec, celui d’une stratégie d’effacement. Que dire de ce poste de député dans le lensois, perdu à une poignée de voix dans des circonstances qu’il n’est pas besoin de rappeler. Avec un vrai éclairage public, les choses auraient peut-être pu en être autrement.

Il est donc crucial que chaque communiste participe selon ses moyens à créer les conditions de la solidarité financière avec nos candidats non-remboursés qui, pour certains d’entre-eux, ont contracté un prêt personnel pour financer la campagne. Nous l’avons toujours fait et nul doute qu’une fois encore chacun saura prendre ses responsabilités et démontrer son attachement viscéral au parti, à son parti.

L’élection de quatre députés d’extrême-droite dans le bassin minier est un signal terriblement fort qui traduit la grande dangerosité de la période. Aussi la résistance à cette situation ne peut pas se résumer à la politique de la terre brûlée ou du coup d’éclat médiatique. « Quand on n’est pas les plus forts, on doit être les plus sages » écrivait le grand Zola dans Germinal. C’est le pari que nous devons faire. Forts de notre histoire, de notre expérience dans la lutte, de notre puissant réseau militant, donnons-nous donc les moyens d’incarner plus que jamais la sagesse révolutionnaire dont le peuple, préférons-y les prolétaires, a un impératif besoin.

G.S

Mes parents, ces héros de la classe ouvrière !

ses5_adler_001fJ’ai suivi d’assez près les travaux actuels de l’Assemblée concernant les ordonnances. Ces fameuses ordonnances qui vont permettre au gouvernement d’avoir les coudées franches pour dynamiter le code du travail, pourtant déjà sévèrement encorné par les lois Macron et El-Khomri. Mesurons à quel point la bataille qui s’annonce ne peut se résumer à une simple confrontation juridique. C’est bien le code du travail comme aspect symbolique qui est attaqué. Oui il s’agit de recommandations de la commission européenne, oui l’Allemagne veut faire plier le dernier pays qui résiste encore au libéralisme débridé pour tuer définitivement toute possibilité de résistance à son projet impérialiste, comme l’a révélé Yanis Varoufakis, alors ministre de l’économie grec maltraité par le duo Merkel-Schaüble. Mais à une échelle franco-française, c’est la possibilité de mettre à genoux la classe ouvrière, aujourd’hui désarmée et affaiblie, après qu’elle su durant plus d’un siècle arracher une série de conquêtes lui donnant une existence sociale et politique dans l’entreprise comme dans la société.

Qui peut sérieusement croire l’idée que si demain les accords de branches ou les cadres nationaux laissent place à des accords d’entreprise, le salarié et son patron seront sur un pied d’égalité pour négocier les conditions de travail ? S’il nous a fallu arracher le principe de la hiérarchie des normes au prix de luttes parfois violentes, c’est bien parce que nos aïeux savaient qu’il existe irrémédiablement un rapport de subordination entre le salarié et le chef d’entreprise. Comment pourrait-il en être autrement à partir du moment où vous devez vendre votre force de travail en échange d’un salaire ? Ainsi, il faudrait être terriblement crédule ou particulièrement vicieux et mal intentionné pour vendre l’idée d’un possible dialogue social dans l’entreprise. Le dialogue sous-entend la possibilité d’une écoute réciproque, d’une forme de sagesse dans l’échange, d’une volonté d’apaisement qui servirait l’une et l’autre des parties. Imaginer un tel rapport dans l’entreprise relève de la métaphysique.

C’est le même principe que d’imaginer Muriel Pénicaud, ministre du travail, ancienne directrice générale adjointe chez Dassault systèmes de 2002 à 2008, directrice générale des ressources humaines chez Danone de 2008 à 2013, directrice générale de Business France en 2015, une agence au service de l’internationalisation de l’économie française, mener un chantier aussi vaste que celui dont on parle avec comme boussole l’intérêt des salariés. Cette haut-fonctionnaire passée par la case privé, comme beaucoup de ses condisciples, fait partie de ce corps social chargé d’exécuter les recommandations de la bourgeoisie. C’est ce que Marx appelle la petite bourgeoisie.

Pour clore la démonstration, je me range moi à la sagesse de Saint-Just qui disait « la force n’a ni droit ni raison, mais il peut être impossible de s’en passer pour faire respecter le droit et la raison ». Autrement dit, seul le rapport de force peut produire des résultats pour celui qui se trouve en situation de domination.

Il faut reconnaître à Muriel Pénicaud une forme d’efficacité dans la tâche qui est a la sienne. Elle a mené avec autorité pour ne pas dire autoritarisme les débats en commission des affaires sociales sans jamais flancher. Elle ne s’est jamais laissée entraîner sur le terrain de la dialectique continuant à délivrer les éléments de langage de notre époque politique. Aucun amendement retenu, un calendrier serré … C’est une véritable blitzkrieg sociale à laquelle elle se livre. Elle le sait d’avance, il ne pourra y avoir qu’une victoire au bout. Son groupe parlementaire est totalement fanatisé par la ligne politique qu’elle défend. Ces jeunes députés macronistes sont tous les produits de la méritocratie petite bourgeoise vendue dans nos grandes écoles alignée sur la pensée dominante anglo-saxonne. On pourrait d’ailleurs disserter sur le poids toujours plus grand de l’anglais dans les cours et concepts délivrés là-bas.

Comment ne pas trouver savoureux et en même temps surréaliste l’échange provoqué par Ruffin dans l’hémicycle lorsqu’il fait la démonstration de la grande voracité du groupe Auchan et le décalage de la loi pour limiter cet instinct de prédation et de captation. La réponse du rapporteur, député macroniste, ancien DRH de chez Auchan, va rentrer dans les annales. Ruffin et ce député incarnent deux mondes totalement distincts jusqu’à parler deux langages totalement étrangers l’un à l’autre. Ce décalage est sidérant (ici).

C’est en voyant à l’œuvre tout ce beau monde à l’image de ce député macroniste, qui n’a pas même idée de ce que peut être la dureté du travail dans les usines, sur les chantiers, dans une exploitation agricole, que j’ai pensé à mes parents. Par chance, ils sont la parfaite incarnation de ce qu’est la conscience de classe. Je ne suis pas aujourd’hui communiste par le pur fruit du hasard.

Je n’ai jusque-là que peu écrit sur mes parents. Il y a toujours quelque chose de très freudien, d’assez effrayant qui laisse planer son ombre sur une telle entreprise. J’ai été rassuré là-dessus à la lecture d’un article paru dans le Nouvelobs dans lequel la sociologue Annie Ernaux, grande figure intellectuelle de notre temps, évoque ce phénomène. L’écriture est une approche presque psychanalytique dans notre rapport à notre intimité. Pas étonnant par ailleurs qu’Ernaux a traité de concert la question des origines sociales avec celle de la sexualité.

Malgré cette difficulté connue, j’ai senti le besoin irrépressible d’écrire sur mes parents. Au milieu de ce chantier législatif ce sont leurs visages, leurs trajectoires qui me hantent l’esprit. D’abord pour une raison tout à fait évidente : ils seront en première ligne dans les victimes de cette future loi. Mon père est carrossier peintre dans une petite SARL qui vivote, dans des conditions de travail dignes du XIXe siècle, ma mère est aide-soignante dans un système hospitalier public en décrépitude. L’un comme l’autre savent ce qu’est la souffrance au travail et à quel point le dialogue social est un leurre grossier. L’inspection du travail a pointé une fois le bout de son nez dans le garage où travaille mon père. Ils avaient promis de passer de nouveau, ils ne l’ont jamais fait. Aucune mesure coercitive à l’égard du patron, rien … Mon père pourra continuer à travailler sous les vieilles tôles remplies d’amiante, dans les courants d’air glacés des rudes hivers du nord, sans respect des règles d’hygiène de base … Cela fait déjà 30 ans qu’il supporte la chose. Il est certain que notre loi travail à nous, si notre classe était au pouvoir, consisterait par exemple à renforcer l’inspection du travail, avec d’importants recrutements d’inspecteurs du travail, avec une législation renforcée, un suivi étroit des dossiers et des mesures punitives plus dures. Il n’en sera rien dans le cas présent, sans surprise.

J’ai donc la possibilité de mettre un visage sur l’enjeu de civilisation qui se joue. Cette loi travail est en chantier en même temps qu’une importante loi économique où on annonce déjà 3 milliards d’euros de baisse d’impôts pour 3000 familles. Comment pouvoir nier encore qu’au cœur de cette offensive, c’est la lutte des classes dans son éclatante vérité qui se révèle ? La classe à laquelle j’appartiens, celle de mes parents, est indéniablement en train de la perdre. Mais le grand Henri Malberg qui vient de nous laisser orphelins, a sa vie durant rappelé ô combien notre combat repose sur une vision diachronique optimiste. Je me dois d’être optimiste parce que le sort de mes parents est en jeu. Qu’ils sont à mes yeux des héros de l’ordinaire. Il y a presque une part de sacré dans la manière dont je les vois. Des travailleurs courageux, honnêtes, qui dès le plus jeune âge m’ont appris à détester les patrons. Ils m’ont inculqué des valeurs cardinales essentielles. La probité à toute épreuve, le sens de l’intérêt commun, le respect, le courage et le sens de l’effort. Jamais je ne les ai vu craquer alors que j’ai compris avec le recul, jeune adulte que je suis, les colossaux sacrifices et efforts qu’ils ont fait pour que mon frère, ma sœur et moi ne manquions jamais de rien. Je leur dois tant. Dans une sorte de conviction immuable, j’ai le sentiment que je dois être à la hauteur de ces sacrifices, de cet amour viscéral qui est le leur.

J’ai aujourd’hui des responsabilités politiques, un engagement militant clair et défini, une parole publique via ce blog et les tribunes qui me sont parfois offertes. C’est pour cela que je lie presque mécaniquement mon engagement contre la loi travail à ma trajectoire familiale, à mes parents. Pour paraphraser de nouveau Annie Ernaux c’est l’idée de « venger ma race ». Elle qui n’a rien d’autre que sa force de travail et cette possibilité de mobilisation politique et sociale pour ne pas totalement plonger dans l’asservissement brutal.

G.S

La malbouffe, une perversion du capitalisme

3042477343_fea69e08e4_bIl y a fort longtemps maintenant que je voulais traiter, sans être un spécialiste de la question, mais parce que le phénomène me frappe fortement et qu’il devient un problème de société comme on dit, de la question de la malbouffe. En effet, alors que je passe des heures dans les grandes surfaces pour faire le choix de mes produits, regardant avec soin leurs provenances, le tableau énergétique de ces derniers, les éventuelles appellations contrôlées, je remarque mécaniquement ce que déversent sur les tapis roulants de la caisse les clients qui m’entourent. Soda, produits transformés, sucre, sel à outrance … Les comportements alimentaires sont tels qu’ils posent d’importantes problématiques de santé publique. Obésité, diabète, cholestérol, maladies cardio-vasculaires … Les chaînes de restauration rapide tournent à plein régime, les produits à réchauffer au micro-onde, bourrés de sucre et souvent de sel, connaissent un succès populaire indéniable et les comportements addictifs et à risque explosent.

Il y a peu, des médecins américains publiaient une enquête alarmante pour dénoncer les effets dévastateurs du Coca Cola qui cause des milliers de cas de Cirrhose outre-atlantique. La stéatose métabolique non alcoolique (NASH), est le résultat d’une consommation anormalement élevée de sucre qui a pour conséquence de rendre le foie « gras ». L’enquête estime que 20 % de ceux qui en souffrent peuvent contracter une cirrhose et même un cancer du foie. Le phénomène est tellement grave que l’OMS a du publier des recommandations appelant à limiter la consommation de sodas, y compris light qui habituent le palais aux saveurs sucrées.

Autrement dit, la grande distribution, main dans la main avec les géants de l’agro-alimentaire, nous empoisonnent en toute légalité et nous encouragent même à la consommation de masse via la publicité et des techniques de marketing de plus en plus élaborées et novatrices. Souvenons-nous du scandale révélé par Élise Lucet sur le jambon, piqué au nitrite de Sodium pour lui donner cette belle couleur rosée. Le problème du nitrite de sodium c’est qu’il peut être responsable du cancer colorectal. Les dangers sont connus mais les publicitaires savent bien que le gris naturel de la viande de porc ne permettrait pas de vendre aussi bien le jambon.

Sur l’échelle de la morale piétinée, que dire de ce lien évident entre le prix et la qualité du produit. En effet, plus un produit est accessible par son prix, plus il est dangereux car de qualité discount. C’est l’ouvrier chez Lidl ou Aldi et le cadre supérieur dans les nouveaux magasins bio à la mode. La luttes des classes jusque dans les assiettes.

On pourrait donc se contenter de cet état des lieux, le dénoncer, multiplier les complaintes et autres offuscations. Mais il me semble qu’une analyse politique plus fine s’impose. Cette logique ne tombe pas du ciel ou n’est pas inhérente au progrès ou à je ne sais quelle évolution de société contre laquelle on ne peut rien.

Dans La situation des classes laborieuses en Angleterre publié en 1845, Engels évoque déjà ces travers et revient sur un phénomène bien connu à Londres concernant la qualité du pain où on allait jusqu’à mélanger la farine avec du plâtre pour réduire les coûts de production. Engels et Marx évoquent ce phénomène en le liant à la théorie de la valeur, colonne vertébrale de la pensée marxiste. Parce que le capital cherche à diminuer la valeur de la force de travail, il lui faut agir pour faire baisser la valeur des produits nécessaires à la vie, à la reproduction sociale. Vous admettrez que le phénomène devient donc éminemment politique. La standardisation alimentaire, la substitution du modèle agricole traditionnel par l’industrie agro-alimentaire en même temps que la constitution d’un capitalisme industriel avec de fortes concentrations ouvrières urbaines, répond à des logiques propres au capitalisme. C’est l’articulation prouvée entre les salaires, les prix et les profits.

Ainsi, batailler aujourd’hui pour défendre une agriculture raisonnée, pour fermer les gigantesques exploitations hors-sol, pour revenir à des circuits-courts, pour un retour au modèle coopératif voire à des modèles de planification publique, n’est pas une posture bobo ou une préoccupation secondaire, c’est le cœur de la lutte anticapitaliste en réalité. C’est sortir des logiques d’exploitation et de rentabilité, c’est se réapproprier notre modèle de consommation priorisant la qualité, la préservation des ressources, la santé publique et l’épanouissement personnel.

Les communistes doivent donc impérativement se saisir de cette question et lancer de grandes batailles populaires de sensibilisation, d’explication et aider à la création de modèles alternatifs. Le marxiste que je suis ne croit pas à la loi de l’exception ou de l’îlot de résistance. Il faut évidemment soutenir l’expérimentation et l’initiative individuelle mais il faut surtout faire de la politique à grande échelle et mettre du contenu dans les batailles à construire.

Le refus de l’Europe, parce que l’anticapitalisme ne peut plus faire l’économie de cette étape, peut aussi prendre ce chemin-là par exemple. Si certains sont frileux sur les questions de souveraineté notamment monétaire, alors peut-être comprendront-ils à quel point l’Europe a été un vecteur d’accélération de ce modèle industriel. La création d’une série de normes autoritaires ont poussé à la disparition de petites et moyennes exploitations agricoles partout en Europe pour favoriser des structures de type industriel à coup de milliards de subventions. L’Europe est aujourd’hui un espace de coopération économique tel que l’imaginaient les américains à la sortie de la seconde guerre mondiale. Il fallait pouvoir doper le modèle capitaliste industriel pour détourner le regard vers l’ouest et ne pas se laisser aller à la tentation du communisme très fort notamment en France et en Italie. Cela a donné les fameuses 30 glorieuses. L’industrie a été gourmande en main-d’œuvre qu’il fallait pouvoir nourrir. Le capitalisme s’inscrivant dans des logiques de rentabilité et de recherche permanente du profit, a donc édifié ce modèle alimentaire. L’Europe a permis l’universalisation de ce dernier à court-terme.

Je ne peux ici m’empêcher de valider la prophétie clouscardienne de néo-fascisme. En effet la grande perversité du modèle est d’allier les logiques de rentabilité et de profit du capital avec une servitude par le désir en poussant à la consommation de masse via l’exaltation des affects. S’il fallait faire un brin d’humour sarcastique, nous dirions sans doute que les publicitaires seraient les premiers sélectionnés pour la guillotine. La grande force du modèle est de pouvoir psychologiquement retourner la culpabilité sur les consommateurs eux-mêmes. Car oui, à l’heure de la glorification du parcours individuel, fruit pourri post-soixante-huitard, chacun est responsable de son comportement et de ses actes, vertueux ou vicieux. Si un consommateur consomme mal, c’est évidemment de sa faute. Il n’est pas, bien sur, conditionné à le faire.

Alors, je me permettrais une relecture prosaïque de Voltaire. Cultivez votre jardin camarades-citoyens. Passez du temps dans vos jardins, plantez vos légumes, faites vos graines, arrosez avec délicatesse et soin vos fruits et légumes. Si vous le pouvez, faites plaisir à votre entourage en distribuant vos salades, vos tomates. Encouragez vos amis, votre famille à en faire autant. Buvez de l’eau, un bon vin avec modération, avec vos amis. Faisons de l’éducation à grande échelle dès le plus jeune âge à la nourriture saine, au partage de la terre et de ses bienfaits. Et puis surtout réédifions collectivement la politique du commun (voilà qui fera plaisir à Pierre Laurent). Une réappropriation de la terre, la sortie du modèle agricole des standards industriels, du capitalisme, une politique nationale de santé publique volontariste comme le font les cubains. C’est en cela que le communisme est définitivement une idée neuve.

G.S

Le président Jupiter ou la mythologie européiste

galerie-farnc3a8se-jupiter-et-junon-1597-1602-fresque-rome-palais-farnc3a8seNotre président serait donc le nouveau Jupiter. Les médias dominants, genou à terre, voient donc chez notre jeune freluquet de président un homme fort, au leadership incontesté et incontestable, un néo-leader du monde libre (rien que ça !) ai-je lu dans je ne sais plus quel papier. Oui souvenez-vous il a résisté à la poignée de main vigoureuse du président Trump, il a reçu le méchant Poutine dans les ors versaillais histoire d’impressionner le barbare caucasien, sorte de revisite de la légende napoléonienne quand l’empereur corse rivalisait de force avec le Tsar de la grande Russie Alexandre. Si l’image paraît particulièrement grotesque pour le commun des mortels, lui qui n’a pas voté ou voté que du bout des doigts pour ce Lecanuet 2.0, la classe dominante elle, privée du fétiche de ses rêveries modernes, la grande et belle Europe, se convainc, à coup de flagellation compulsive et d’idolâtrie dégoulinante de crème, que notre Manu national va pouvoir sauver le condamné, le projet européen.

Jupiter est peut-être le dieu des dieux, mais par une tromperie malhonnête, il est aussi le père d’Europe dans la mythologie gréco-romaine. Le monde est décidément bien fait. Notre Jupiter bleu-blanc-rouge aurait donc la capacité politique de redonner souffle et âme à l’Europe qui agonise, se putréfie même dans les îles grecques, en Italie, au Portugal et plus récemment en Grande-Bretagne. Il faut reconnaître que le Macron est un illusionniste particulièrement doué. Fraîchement élu, il est parti à la rencontre de la Kaiserin Merkel, main de fer dans un gant de fer, gardienne de l’orthodoxie budgétaire et de l’autoritarisme néo-libéral qui tuent une bonne partie du continent, pour asseoir l’idée qu’un nouveau rapport de force entre les deux nations épicentrales de l’Union était possible.

Pourtant,à trois semaines du futur conseil des ministres franco-allemand qui se tiendra à Paris le 13 juillet prochain, lors d’une conférence de presse totalement préparée et maîtrisée, la connivence entre les deux chefs d’État de part et d’autre du Rhin a été éblouissante. Le journal « Le Monde » titre Merkel et Macron, « en symbiose » pour l’Europe , BFM TV titre lui Merkel et Macron « d’une même voix » pour le rayonnement de l’Union Européenne , et j’en passe. Même phénomène outre-Rhin où la presse allemande a inventé le nouveau concept de « M&M’s » (Merkel et Macron) saluant le retour du couple franco-allemand.

En réalité, l’objectif politique était de couper court toute forme de velléité nouvelle au sein de l’Union. Ce joli spectacle médiatique a totalement éclipsé le premier ministre britannique Theresa May et l’instabilité politique du moment à Londres autour de la question européenne et la nouvelle pilule amère infligée à la Grèce que même le FMI annonce comme le coup de cravache de trop. D’ailleurs, est-il besoin de le noter, mais l’échec patent de l’entreprise Tsipras n’est plus à démontrer. Personne aujourd’hui ne peut réellement imaginer sérieusement faire reculer l’Allemagne par le processus des négociations. C’est un jeu de quitte ou double. La preuve la plus flagrante que Macron se couche d’entrée de jeu, c’est l’immense et dramatique chantier de démantèlement brutal du code du travail à venir qui est une application stricto sensu des recommandations du Conseil Européen. L’étau se resserre jusqu’à rendre perceptible et sensible l’asphyxie inévitable des travailleurs. Le libéralisme débridé que rejettent les peuples anglo-saxons depuis peu y ayant goûté bien avant nous, dès le début des années 1980, connaît seulement maintenant son simple apogée sur le continent. Alors que nous avons les preuves historiques de son échec, de sa grande brutalité, il est la doxa sacrée qui régit toute notre vie politique en Europe. Comment ainsi ne pas comprendre le désintérêt grandissant du citoyen-électeur pour cette chose. Après tout on ne peut blâmer le travailleur qui décide de ne pas s’infliger lui-même le coup de poignard qui le videra de son sang.

Pour revenir à l’Europe et aux relations franco-allemandes, j’émets une autre hypothèse qui va dans le sens d’un alignement total du président français sur les intérêts allemands. Les récentes déclarations de ce dernier sur la Russie et cette soudaine posture médiatique néo-gaullienne m’ont rendu curieux. On le sait, Trump a dans sa ligne de mire la puissante industrie allemande. Même si le combat majeur se passe dans le Pacifique dans un duel sino-américain qui va déterminer bien des choses dans les années à venir et notamment si le déclin de l’oncle Sam sera total ou non, les étasuniens ne cachent pas leur volonté d’affaiblir l’Allemagne qui décidément devient gênante de par sa domination continentale intégrale et sa balance commerciale considérablement excédentaire. Cependant, Merkel qui repart très probablement pour une nouveau mandat, posant au passage sérieusement la question de la vitalité démocratique dans ce pays, est un véritable général au combat. Elle a de très puissants et cruciaux intérêts économiques et financiers à défendre et elle ne peut donc pas se permettre d’avoir des cailloux dans les chaussures. De l’ordre et un consensus ferme, les deux piliers de l’impérialisme germanique. Ainsi ressort des cartons le projet d’Europe de la défense dont l’objectif est davantage politique que militaire comme on peut facilement le comprendre, et l’assurance d’un alignement total de la France sur ses positions. Sur ce second point, nous savons d’ores et déjà que d’importants points ont été marqués. Quant à la Russie, il vaut mieux par les temps qui courent signer une trêve provisoire. Pour peser face aux États-Unis, la Russie est l’allié de circonstance idéal.

Comme nous sommes de plus en plus nombreux à l’affirmer et à juste titre, la question européenne est la question politique centrale de notre temps. Elle détermine tout. Le reste n’est qu’agitation, pirouettes médiatiques et caches-misère. Plus grave sans doute, ce qui était à craindre est en action, la France n’a pas élu un président aussi souverain soit-il dans son comportement, mais un vice-chancelier déposant les armes avant même d’avoir combattu. L’élite française tout comme au siècle dernier assume pleinement sa germanophilie et trahit une fois de plus les intérêts nationaux. Mesurons un instant les conséquences désastreuses d’une telle aventure. Une crise plus profonde encore et son lot de misère, de chômage, de désindustrialisation, de crise identitaire exacerbée, essentiellement encore dans les zones périphériques, là où le FN fait des scores exorbitants. La menace de plus en plus prégnante, menaçante du fascisme ressuscité en France comme ailleurs.

Pendant ce temps, l’aveuglant européisme des tenants de la voie progressiste paralyse toute possibilité d’alternative concrète. Mélenchon tenait le bon bout sur ce point, mais en alliant ce discours lucide et courageux sur l’Europe au concept du dégagisme, en déconnectant son analyse des principes fondamentaux du capitalisme, de l’impérialisme et de son expression socio-politique la lutte des classes, il est à craindre qu’il ait simplement défriché le terrain qui peut favoriser l’émergence de la pire des charognes, le national-socialisme.

G.S

Chronique d’un espoir déchu ou le triomphe de la maladie infantile

a521b3d08bac83af8c55f7fbac35c109Comme je suis heureux de retrouver ce blog, la plume après cette longue séquence électorale. Naviguant sur d’autres océans numériques le tant de la campagne législative, je n’avais plus le temps de l’alimenter. Ce blog, il est une toile où j’épanche égoïstement mes colères ou mes espérances. Pour autant, je sais que vous êtes quelques camarades à le lire avec attention. J’en profite pour vous remercier pour vos messages réguliers d’encouragement. Il y a un compteur avec des lignes de chiffres froides, abstraites. Je sais donc que je suis lu mais par qui, pourquoi. Alors vos retours sont toujours d’une saveur unique. Merci.

Ceci étant dit, comme vous vous y attendez logiquement, je veux revenir sur les événements récents. L’élection d’Emmanuel Macron, les élections législatives et la gauche en lambeaux … Alors que des espoirs fleurissaient de nouveau contre toute attente, il y a un an de cela nous avions tous la certitude d’un retour fracassant de la droite au pouvoir, Mélenchon entre temps réussissant à mobiliser un électorat que nous n’attendions pas dans un contexte propice à sa candidature, tout cela se pulvérisa avec violence sur le mur du gauchisme crétin, vicieux, dangereux.

10 à 15 députés vraiment à gauche, une phalange au ventre mou de survivants socialistes, un modeste groupe de députés de droite, 5 à 10 députés fascistes et une lourde, écrasante, désespérante majorité toute acquise au jeune président-banquier. La bourgeoisie a réussi le grand chelem avec, il faut le reconnaître, une très grande aisance. Un boulevard dépeuplé au milieu du désert. La démocratie n’est plus qu’une affreuse poupée poussiéreuse oubliée dans les dédales du temps. La chose publique ne fait plus rêver que les petits parasites chèrement parfumés et vêtus des écoles de commerce.

Le business, l’horrible dictature des chiffres, du tout consommable détruit avec systématisme. Quand des mythes se sont faits sur une main providentielle changeant l’acier en or, le libéralisme lui pourrit tout ce qu’il touche. Le capitalisme plus globalement, disons-le. Un capitalisme et sa classe qui n’a jamais pris Marx tant au sérieux. Car oui, n’en doutons pas, nous vivons un épisode historique de lutte des classes. Seulement et comme vous le savez, notre classe, celle des exploités (oui je parle moi d’exploités quand d’autres balancent par calcul électoral un horrible « les gens »), n’est pas celle qui mène le combat. Rarement le rapport de force a été si vertigineusement déséquilibré qu’en ce moment. Le syndicalisme survit, la gauche est liquéfiée, le parti communiste est dangereusement menacé, la France Insoumise réanime vigoureusement le cadavre fou de la social-démocratie rose pâle. Mélenchon la teinte néanmoins d’un drôle de bleu, le résultat étant une sorte de synthèse artificielle entre un patriotisme gloubli-boulga (une frange non négligeable d’Insoumis capable de passer du vote Mélenchon au vote Le Pen) et de l’interventionnisme keynésien aux couleurs de l’écologie.

Je veux ici dire ou plutôt redire mon opposition radicale à l’entreprise politique de Mélenchon. Non pas pour alimenter à mon tour la bataille rangée et délirante entre communistes et insoumis, notamment sur les réseaux sociaux, royaume de l’insoumis soldat, mais pour rappeler à certains, aux camarades désœuvrés, l’importance des mots et des concepts. Mélenchon a réussi avec un talent que je lui reconnais sans hésitation, à créer un imaginaire capable de dépasser les clivages traditionnels, les clivages de classe même. Une opposition binaire et simplifiée entre une élite très large, sorte de monolithe à pensée unique composé de tout ce qui n’est pas labellisé insoumis ou presque, et « le peuple », sorte d’ovni politique dont on ne sait finalement pas grand chose. C’est le bon peuple qui n’est ni journaliste, ni banquier, ni socialiste, ni encarté …

Mélenchon fait de la science appliquée et du mimétisme. Tout cela, c’est le travail de la sociologue Chantal Mouffe, dont il n’est pas toujours simple de comprendre le positionnement politique, et une déclinaison tricolore du Podemos espagnol. Ce que d’autres ont conceptualisé comme le populisme de gauche. Ce chemin est à mes yeux un leurre, une erreur. Cette entreprise de substitution de la lutte des classes ne nous mènera qu’au désastre. Il est indéniable que cette stratégie paye électoralement. Encore qu’elle ne mène qu’à la seconde ou troisième marche du podium. Mais elle trompe les travailleurs qui d’ailleurs, pour une part importante et c’est heureux finalement, continuent de bouder tout de même les urnes. Un tel discours choquera nombre de mes camarades communistes tant ils ont oublié par nos pratiques récentes , combien le combat politique ne se gagnera pas dans les hémicycles. Pas pour sa grande part en tout cas ! Ce qu’il manque cruellement aujourd’hui, c’est un grand parti organisé et son frère syndicaliste. Le mouvementisme est l’ennemi de la révolution. Il me semble que Podemos et la France Insoumise font plus de dégâts qu’il ne pansent de plaies. Je reviendrais peut-être dans un prochain billet plus en détails sur ce point.

La présidentielle a donc été une aventure unique. Du départ, je ne soutenais pas la candidature de Mélenchon. Minoritaire dans ma section, dans mon parti suite à la consultation interne, je respectai néanmoins le choix souverain des communistes mais je ne fis ni meeting, ni publicité de la candidature. J’ai néanmoins glissé le bulletin dans l’urne, à regret aujourd’hui. 7 millions de voix dont beaucoup de jeunes se sont portées sur ce même nom. C’était, il faut bien le dire, d’un point de vue de la stratégie électorale, une belle assise pour dynamiter le projet Macron. Avec un tel score le soir du premier tour, il y avait là matière à lancer une dynamique intéressante pour la suite des événements. Alors que nous aurions du voir apparaître un candidat souriant, victorieux, appelant à ratatiner l’extrême-droite, à bâtir un beau et combatif premier mai, à investir au plus vite avec intelligence et rassemblement les circonscriptions pour aller chercher 100 à 200 députés voire plus qui mèneraient la résistance à l’Assemblée, est apparu un Mélenchon au teint blafard, ne reconnaissant pas sa défaite, renvoyant le centre-droit et l’extrême-droite à l’idée d’un péril similaire,faisant preuve d’un sectarisme abscons. Je suis resté estomaqué devant la scène. C’est donc à cet homme qu’il faudrait confier la conduite de notre ligne de front.

C’est à la suite de cela, que les législatives sont devenues ce qu’elles sont. Une déroute sans nom. La gauche va pratiquement disparaître et la représentation nationale ne va jamais prendre autant les traits ce dimanche qu’un entre-soi de classe radicalement affirmé. Un quinquennat d’une très grande violence sociale est à redouter alors même que le scénario pouvait finalement ne pas être si évident. Combien de circonscriptions bêtement perdues, dommages collatéraux de la folie insoumise. Combien de mains tendues pour finalement essuyer des crachats arrogants et d’une désespérante stupidité. Ici chez moi, à Lens, nous devions gagner la circonscription. Il n’en sera rien pour 221 voix. Pis, nous aurons peut-être un vieux fasciste aigri de 73 ans comme député. Comment ne pas enrager, comment ne pas se promettre de tout faire pour faire tomber le cavalier JLM de sa monture diabolique. La colère n’est pas tant nourrie par esprit de parti que par l’idée de ces concitoyens croisés tous les jours qui n’auront pas demain ce parlementaire de combat et de conviction qu’aurait été mon camarade maire d’Avion, Jean-Marc Tellier. Quel immense gâchis !

Mais il serait beaucoup trop simple de jeter la pierre à l’unique France Insoumise. Le PCF porte lui aussi une telle responsabilité. Il est cette coquille vide, portée à bout de bras par des hommes et des femmes exceptionnels sur le terrain mais dévastée par une succession de dirigeants qui finissent par faire honte à son histoire. Dénaturé, vidé de toute substance, de toute dynamique, compromis dans le ronronnement institutionnel, il n’apparaît plus, ne vend plus aucune forme d’espérance. Bien sur ici ou là il a encore du sens, il est reconnu et estimé parce qu’il lutte avec humilité et constance. C’est là où dimanche dernier il arrive encore à aller chercher quelques voix, mais le voilà pratiquement aphone, muet. Nous avons pourtant tant besoin de lui.

Au diable les procès, les vieux démons, l’improbable idée de l’obsolescence de sa matrice quand on se sait un peu philosophe. Le communisme est une idée neuve. Des jeunes de plus en plus nombreux s’intéressent à lui, les faits lui donnent plus que jamais raison. Alors pourquoi nous-mêmes continuerions nous donc à en douter ? Si nous tendons un peu l’oreille, un cri puissant s’envole des quartiers populaires, des chaînes de production, de ces retraités aux pensions de misère. Offrons-leur une voie, une perspective, le tableau rayonnant des jours heureux. Je suis prêt, de toutes mes forces, à redorer ces trois lettres, paradigme d’un autre monde, celui du triomphe collectif. Et toi, camarade ?

G.S

Le loup, les vautours et le corbillard

jab3_courbet_001fL’obsessionnel fétichisme du bilan des communistes s’appliquera t-il un jour à celles et ceux qui ont défiguré la puissance de la matrice qui nous anime, à celles et ceux qui ont sacrifié sur l’autel des renoncements opportunistes le crucial besoin d’ériger avec constance et rigueur une critique et une pratique radicales du capitalisme ?

L’année 2017 et sa cohorte électorale, les errements et autres génuflexions de congrès où on nivelle par le bas notre niveau d’exigence révolutionnaire, marque la fin d’un cycle de décomposition de l’appareil communiste. Après l’ère Hue et son rouleau compresseur réformiste, après la période Buffet confirmant l’effacement du parti, nous voici donc dans les petites manœuvres funestes qui viennent atteler la carriole mortuaire. Pas de candidat, pas de visibilité et une approche chaotique des législatives, la France Insoumise et Jean-Luc Mélenchon faisant enfin tomber le masque pour nous laisser entrevoir l’hideux visage du gauchisme destructeur. Ces gens sont des pyromanes qui croient aux vertus de la politique du pire. Brûler la terre et l’écorce dans l’espoir de voir refleurir les graines d’espérance. C’est une folie à la hauteur de la dégénérescente ligne qui s’invente dans les prêches sectaires du grand maître.

Nous voici donc cadenassés entre une social-démocratie qui se réinvente et l’héritage trotskiste qui jouit provisoirement d’une place démesurément grande du fait de notre grande faiblesse. Partout où nous avons laissé la place, de l’Espagne à l’Italie, de la Grèce à la France, les peuples sombrent dans la désespérance et le fascisme déploie ses longues ailes sombres obstruant ainsi la lumineuse voie de la transformation radicale du monde par nous-mêmes et pour nous-mêmes. Le radicalisme de gauche est donc devenu cette monstruosité populiste raclant dans les coins pour satisfaire les calculs savants des équipes de campagne formées à Science-Po. Je ne dis évidemment pas que le discours seul et son degré de pureté font l’avenir. Je dis néanmoins que ranger le drapeau rouge, que travestir la lutte des classes en substituant une classe par un peuple artificiel ne nous mènera jamais ailleurs que vers une impasse. Comme il faudrait que tous nous relisions Lénine pour nous mettre une bonne et salutaire baffe et stopper là la descente aux enfers.

J’ai conscience de la bêtise d’un tel texte dans la période dans laquelle nous sommes. Je sais que bien des camarades me reprocheront ces mots et ces lignes. Cependant, les menaces de procès de la France Insoumise à notre encontre sont la provocation de trop quand on sait que le gourou fait ses meilleurs scores dans nos villes, que l’appareil malgré de saines oppositions s’est mis en branle pour envahir les quartiers populaires, tenir les murs, convaincre une à une les consciences abîmées d’une classe ouvrière meurtrie et abandonnée. La responsabilité d’une telle folie nous incombe totalement, nous qui avons laissé le ver pourrir le fruit. Le parallèle gerbant de Garrido, dont la médiocrité se dispute à la suffisance, entre le PCF et le FN révèle la dangerosité des gens à qui nous pensons pouvoir céder le flambeau révolutionnaire par procuration.

Je repense avec colère à l’arrogance de ceux qui nous montraient du doigt, nous les sectaires, nous les orthodoxes, nous les staliniens. Qui êtes-vous vous et avez-vous seulement conscience de la responsabilité que vous assumez aveuglement en prenant une place que l’histoire n’aurait jamais du vous laisser ? Ces élus qui n’ont même pas su respecter le processus démocratique du parti, eux qui ont tant loué la superbe de ce loup qui leur mangeait pourtant déjà la laine sur le dos ? Vous pleurez de chaudes larmes aujourd’hui quand la députation s’éloigne alors qu’elle était possible et accessible parce que nous travaillons comme des chiens pour sauver ce qu’il reste du service public, parce que nous sommes les derniers à vivre dans le réel, parce que nous nous battons avec sincérité pour la dignité des plus faibles. Vous ne mesurez même pas le sacrifice que vous consentez en envoyant à l’abattoir ces héros de l’ordinaire, ces militants infatigables qui ont avalé couleuvre sur couleuvre mais qui ont une conscience de classe tellement grande, qu’ils se refusent à abandonner le terrain tant les incidences pourraient alors être lourdes. Dans le huis-clos confortable des petites manœuvres de sommet, vous livrez aux chiens cet outil qui a fait les jours de gloire de la classe ouvrière, qui a permis de faire tomber le fascisme quand dans l’ombre de la clandestinité les coups de fusils s’abattaient sur la bête immonde. Viens Garrido lire un à un les noms de nos camarades sur les murs des citadelles et ose encore nous comparer à l’extrême-droite ?

Alors oui, l’heure du bilan devra sonner à un moment ou à autre. Oui, il nous faudra désigner les coupables et leur faire prendre leurs responsabilités. Oui, il nous faudra sortir de l’ornière et assumer notre responsabilité collective. Oui, il faudra prendre les armes, notre bâton de pèlerin et tout reconstruire avec constance et droiture, avec méthode et discipline. Oui Mélenchon comme tu le disais en 2012, nous sommes le drapeau rouge et le rouge du drapeau quand tu n’es et ne seras toi que le fossoyeur irresponsable des jours heureux.

G.S

Exploités et dominés, pas une voix de plus pour le front national !

contrepetrie-marine-le-penAprès une longue journée d’attente, les résultats sont tombés très vite. Macron en tête et le fascisme en embuscade. Autant dire que le scénario de la bourgeoisie s’est déroulé sans embûches. Une fois de plus, le fascisme joue parfaitement son rôle en permettant au candidat de l’oligarchie d’être élu. Je crois que les choses ne sont pas tellement plus compliquées que cela. La ficelle est maintenant connue, elle est tirée à chaque fois et elle permet aux puissants de continuer leurs sales besognes pour leurs seuls intérêts particuliers. L’OTAN vivra, l’Europe continuera d’étrangler toujours un peu plus les travailleurs, la dérégulation et la casse des conquis salariaux permettront de contrecarrer encore pour quelques temps la baisse tendancielle du taux de profit. Pour un moment encore … Quand ils n’auront plus le choix, ils utiliseront le fascisme et ainsi recréeront de l’ordre, le leur.

Il va sans dire que Macron, de par son parcours et son identité peut être la dernière tentative de chantage au fascisme. Son futur quinquennat, s’il était élu, ne serait pas pire que celui qui s’achève, pas meilleur non plus mais la colère populaire prend une telle envergure que tout cela pourrait finir dramatiquement. Preuve en-est de cette colère, la claque historique des deux candidats du bloc central, PS et Républicains. Un cycle semble s’éteindre doucement mais durement. La difficulté dans un tel contexte consistera à faire vivre avec force et rassemblement l’alternative progressiste. On peut accuser Hamon d’avoir fait perdre Mélenchon sur la dernière marche, la réalité est que Mélenchon nous fait perdre lui-même. Même s’il a mené une remarquable campagne, qu’il a su trouver les mots justes pour incarner notre espoir de paix, qu’il a su insuffler une vision enthousiasmante pour l’avenir, il a cruellement manqué de sens du rassemblement. Ses invectives en direction des communistes et de tout ceux qui ne graviteraient pas par nature autour de lui et de son projet, nous qui n’avons jamais pu trouver grâce à ses yeux. C’est une faute tactique qui lui coûte le triomphe auquel il aspirait sincèrement si l’on en juge par sa mine déconfite hier soir lors de son discours.

Les choses sont ainsi faites et il ne servirait à rien de tourner le couteau encore un peu plus dans la plaie. Par rapport à 2012, Mélenchon va tout de même chercher 3 millions de voix supplémentaires quand Le Pen en arrache 1,6 millions en plus. Alors même que l’instrumentalisation médiatique, les attentats, ont joué à plein tube le refrain de la peur et du besoin de sécurité et d’ordre. En réalité, Le Pen fait un mauvais score hier soir même si ce dernier lui permet d’accéder au second tour. Elle était annoncée à 28 % je le rappelle. Il y a fort à parier d’ailleurs que d’importantes dissensions internes naîtront rapidement dans leurs rangs. La stratégie Le Pen/Philippot va commencer à poser problème pour certains et c’est tant mieux. Les problèmes judiciaires ne risquent pas d’arranger leurs affaires non plus.

Alors, je lis et j’entends le traditionnel peste ou choléra. Effectivement, on retrouve une fois de plus au second tour d’un scrutin les deux faces d’une même pièce : le fascisme et son terreau, le libéralisme des puissants et son outil de maintien. Pour autant c’est très clair pour moi comme cela peut l’être pour tous les communistes. On ne tergiverse pas avec l’extrême-droite, jamais ! Macron est un multimillionnaire sous perfusion des puissants c’est vrai. Macron est une bulle insipide qui vogue selon les vents, c’est vrai aussi. Mais les personnages comme Macron, on les pratique depuis toujours et on sait qu’on peut les combattre, qu’on peut les mettre en difficulté. On sait vers quoi ils veulent toujours tendre. Avons-nous les mêmes certitudes avec les fascistes ? Bien entendu que non. Le Pen présidente, c’est le risque de la terreur pour la classe ouvrière et plus encore pour celles et ceux qui se battent, malgré toutes les difficultés, pour défendre ses intérêts de classe.

Soyons d’une clarté exemplaire, pas une voix supplémentaire pour le front national ! Pas une caution populaire de plus pour nos ennemis de classe les plus violents et redoutables. Avec les 7 millions de voix engrangées par Mélenchon, nous avons là une force qui peut nous permettre d’ériger demain un rapport de force face au président banquier Macron. Ce qui va compter, c’est d’envoyer un maximum de députés du peuple à l’Assemblée Nationale. Et plus encore, ce qui sera la mère des batailles, c’est de nous armer dans nos lieux de travail, dans nos partis et syndicats, dans la rue pour faire plier la volonté de fer des puissants. On travaille donc à ne pas permettre aux fascistes de prendre le pouvoir et on se prépare à la lutte déterminée et rassembleuse. Voilà, je crois, le plan de travail que nous devons nous fixer pour les semaines et mois à venir.

G.S