Le temps du réveil !

LGBT_Communism_cda01-1728x800_cJe ne vous ferai pas l’insulte ici qui consiste à citer grossièrement Gramsci pour évoquer cette période d’immenses troubles qui crépite sous nos yeux. Bien sûr la situation brésilienne et plus spécifiquement peut-être celle de toute l’Amérique latine, du Chili à l’Argentine, de l’Équateur au Venezuela où le pouvoir révolutionnaire est en grande danger, mais évidemment aussi la situation proche de nous en Europe, en Italie, en Pologne, en Hongrie, en Autriche ou encore en Allemagne où le retour du néo-nazisme jouit d’un essor pour le moins préoccupant. Travaille en coulisses hexagonales, sous perfusion financière américaine, la blondeur jeune et glaciale, la nièce Le Pen à la destinée fasciste aussi prononcée que son strabisme congénital, qui a créé une école des cadres d’extrême-droite pour se préparer à pouvoir gouverner si la bourgeoisie faisait irrémédiablement ce choix. C’est peut-être là le point le plus important de ce propos nocturne, le fascisme comme un moyen politique dont sait pouvoir user la bourgeoise si les structures qui assurent ses intérêts sont menacées.

Il faudrait être un candide absolu pour ne pas avoir à l’esprit cette réalité historique précise. Le romantisme politique doit pouvoir avoir ses limites. La force des idées est une chose, la détermination totale de la bourgeoisie à défendre son dû, en est une autre ! Or, le point commun entre toutes les nations où l’extrême-droite est au pouvoir ou en passe de l’être, c’est une fulgurante atomisation populaire, une colère profonde, sourde, noire faisant craindre l’insurrection. Des nations qui s’étiolent, qui brûlent comme le bout de papier suspendu sur la flamme. Ce qu’il manque dans l’équation pour avoir l’ensemble des éléments d’analyse entre nos mains, c’est l’extrême faiblesse de notre camp, c’est l’absence de communisme.

On peut résumer l’accession du fou-furieux misogyne, homophobe et qui veut raser toute l’Amazonie à la présidence au Brésil sur le seul fait que la finance internationale soit derrière le coup, que l’emprisonnement de Lula empêchait toute possibilité de victoire progressiste, ou peut-être même par je-ne-sais quel excès de folie destructrice qui se serait emparée des masses brésiliennes. Petite parenthèse, pas n’importe quelle masse puisque l’étude cartographique des résultats électoraux brésiliens démontre un vote de classe assez clair des franges les plus privilégiées pour l’extrême-droite. Mais enfin … Pèsent lourdement dans la balance des événements, la terrifiante corruption du Parti des travailleurs, le faible degré de transformation sociale et politique du Brésil malgré 10 ans de gouvernance ininterrompus. Il y a bien eu des avancées dans le domaine de la santé, de l’éducation, des campagnes d’alphabétisation etc … Néanmoins, on ne peut que constater le fait que tout cela en est resté au stade d’un réformisme prudent qui a laissé du temps à l’ennemi de pouvoir s’organiser et ainsi lutter. Lénine et Marx avant lui ont suffisamment écrit sur le sujet pour le comprendre. Chavez lui-même liait les difficultés auxquelles il faisait face en son temps avec la trop grande lenteur et la trop grande tiédeur du processus révolutionnaire en cours au Venezuela.

On peut également et à juste titre déplorer en France la récupération de la colère populaire contre l’augmentation du prix de l’essence par l’extrême-droite avec ce mouvement du 17 novembre. On peut dire notre opposition, écrire des communiqués de presse pour dénoncer l’entourloupe, expliquer qu’il y a bien d’autres batailles plus décisives, pour les salaires, les retraites ou les services publics, toujours est-il que nous payons sans doute notre faiblesse politique et idéologique, que nous n’avons pas su donner des armes redoutables à la classe ouvrière pour pouvoir politiser cette bataille et l’inscrire dans le cadre d’une vraie lutte de classe qui aboutirait à l’exigence d’une socialisation du secteur de l’énergie sous gestion populaire.

Le capitalisme doit plus que jamais s’assurer de survivre encore un peu, tant que l’équilibre écologique le permet. Dans le même temps, les peuples bougent et se fâchent, n’en peuvent plus des injustices et de la précarité. Ils ont des enfants et sentent bien que les chemins du chaos se dessinent impitoyablement devant eux. Il y a un désir d’autre chose mais rien ni personne pour pouvoir matérialiser les choses. Il y a bien eu la dynamique populiste, prenant le contre-pied de la vieille structure installée, se proposant d’organiser le peuple comme entité abstraite au cœur d’un grand mouvement faussement auto-géré mais emmené par un tribun charismatique où toutes les doléances se mêlent et s’entremêlent. L’idée est assez simple en réalité, plus on met en mouvement d’individus sur la base de leurs revendications propres, plus on sera fort. Le théorème de la force du nombre. Tant et si bien que quelques opportunistes bien inspirés ont parfaitement saisi la manœuvre et dénoncent les vieilles structures d’un vieux monde en décrépitude et la responsabilité évidente des migrants, des impôts et des taxes dans le marasme économique ambiant. C’est le danger d’une lecture politique déconnectée du conflit de classe. Le danger d’opposer un peuple et des élites, c’est de nourrir efficacement toutes les formes de populismes y compris les plus sales. Encore une fois, pèse dans cette situation politique boiteuse l’absence de communisme.

Je n’affirme pas deux fois cette idée sur le principe d’une passion dévorante et immature. Depuis au moins Spinoza, on sait que les passions ne sont pas les meilleures alliées de la raison. Je l’affirme par sens de l’histoire, par pragmatisme et par devoir.

Par sens de l’histoire parce que la démonstration a été faite depuis la Révolution Française, bourgeois et prolétaires n’ambitionnent pas les mêmes révolutions. Quand les premiers aspirent à rendre la propriété sacrée, les seconds s’évertuent à donner un sens pratique au principe d’égalité. Quand les premiers trahissent par intérêt économique la Nation en appelant les ennemis intérieur et extérieur à charger, les seconds prennent les armes et donnent leurs vies pour défendre paix et liberté.

Par sens pratique tout simplement parce qu’aucune autre alternative au capitalisme hormis le communisme n’a pour l’heure était si bien théorisée et pensée que cette dernière. Le communisme est à ce jour la seule réponse globale en capacité de nous faire sortir du capitalisme et ainsi d’avoir une chance réelle de sauver notre humanité plus que jamais menacée.

Par sens du devoir parce que l’heure est suffisamment grave pour ne plus avoir recours aux coquetteries verbales ou intellectuelles. A vouloir débaptiser les choses, à vouloir les déguiser sous un apparat moderne, à vouloir penser les choses sous le prisme du nouveau siècle ou à vouloir segmenter les luttes et indignations, on finit par dénaturer l’essentiel, la matière première. On peut bien le vouloir du XXIème siècle, nourri et à la fois guéri des expériences du passé, plus en phase avec les revendications de notre temps, faut-il véritablement le vouloir à la base. Si l’on veut combattre le racisme, le patriarcat, l’homophobie, la xénophobie, les violences de tous types et j’en passe, il faut créer les connexions qui expliquent le principe même de rejet, de division, d’inégalité. Tout cela est matriciel et ces luttes doivent toutes s’inscrire dans la vaste bataille pour le communisme.

Vouloir changer les mentalités, notre monde culturel, c’est vouloir changer le monde tout simplement. Halte aux communautés de colères qui cohabitent les unes à côté des autres. Halte aux rêves réalistes, aux petites révolutions bricolées et minoritaires. L’heure du communisme est venue, le plus rapidement possible. De ce point de vue, j’espère que le changement engagé dans notre Parti n’avortera pas dès demain, dès le prochain congrès. Notre feuille de route doit être toute tracée car le fascisme vient de passer un bras et une jambe, parce que la moitié des espèces sauvages a déjà disparu, que nos champs sont les supports morts d’un blé pourri made in Mosanto. Il n’est pas trop tard mais le temps du réveil, du réveil communiste peut-on sans doute même oser, est arrivé.

G.S

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Un renouveau manifeste !

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Un résultat historique ! C’est à l’unisson que les camarades et de nombreux commentateurs évoquent les résultats de la consultation interne des communistes. Effectivement, nous vivons un moment historique mais pour un congrès extraordinaire, il fallait un geste extraordinaire que les communistes ont su faire. Pour la première fois de notre histoire, le texte porté par la direction sortante est en minorité et ne sera pas celui avec lequel nous devrons débattre lors du congrès.

C’est bel et bien un texte dit alternatif, le texte du Manifeste, qui deviendra la base de discussion de notre congrès. Ce texte est imparfait, nous le savons tous, et le travail de l’ensemble des communistes va maintenant être de le discuter, de l’amender, de le muscler pour pouvoir affronter, avec force et organisation, la crise majeure que traverse notre civilisation humaine. Parce qu’il a fallu construire un texte le plus rassembleur possible, parce qu’il a fallu créer les conditions de le rendre une alternative capable de remporter ce scrutin interne, l’intelligence des camarades qui ont tenu la plume et qui l’ont signé a été de faire un compromis pertinent et historique afin de créer les conditions nécessaires permettant de bouger les lignes et de créer l’électrochoc tant attendu par de très nombreux communistes dans et en dehors du Parti. Je veux donc saluer ce soir le sens des responsabilités de mes camarades du réseau Faire vivre et renforcer le PCF, de nos camarades André Chassaigne et Frédéric Boccara, de tous ces secrétaires fédéraux à l’image de Fabien Roussel qui ont su courageusement faire ce qu’il faut pour créer cette situation inédite prodigieusement enthousiasmante.

Ne nous mentons pas, ne nous dérobons pas ce soir, voilà maintenant longtemps, trop longtemps, que le Parti Communiste Français fait des choix qui ont participé à notre affaiblissement, à notre effacement jusqu’à ne plus compter ou presque dans le rapport de force politique du pays. Je ne veux faire le procès de personne en écrivant tout cela, je veux simplement, avec lucidité et sens de l’histoire, faire preuve de sincérité et présenter les faits, rien que les faits. Notre score médiocre aux dernières législatives, l’absence d’un candidat communiste depuis des années maintenant à la présidentielle, les trop nombreuses municipalités perdues et notre affaiblissement électoral global, ce chiffre évocateur de 49 000 adhérents cotisants seulement lors de cette consultation qui pose sérieusement question, le refus de la direction du parti de donner la spectaculaire tribune politique et médiatique à notre camarade Ian Brossat lors de la fête de l’Humanité, preuve que nous ne comptions pas sérieusement aller au bout de la démarche de candidater lors des élections européennes … Tant d’événements et de choix qui ont poussé les communistes à réagir et à créer les conditions d’un véritable changement de cap lors de notre congrès.

L’urgence écologique, l’état des rapports de force internationaux, l’extrême prédation du capital, la destruction systématique des services publics partout en Europe, la montée inquiétante de l’extrême droite, le populisme comme farce de révolution … Il y a d’immenses chantiers politiques qui nous attendent et qui réclament une force politique organisée portant un projet global de transformation radicale de la société, de nos vies. C’est de cette manière que nous devons appréhender ce futur congrès à bien des égards décisif pour l’avenir. Le choix que viennent d’opérer les communistes ce week-end est incontestablement la première étape de ce long processus. Communistes, au travail !

G.S

Un congrès du PCF véritablement extraordinaire ? »

Congrès-du-PCF-4-juin-accueil-des-délégations-étrangères..jpg« C’était hier et c’est demain

Je n’ai plus que toi de chemin

J’ai mis mon cœur entre tes mains

Avec le tien comme il va l’amble

Tout ce qu’il a de temps humain

Nous dormirons ensemble. »

Ces quelques vers tirés de l’exceptionnelle œuvre d’Aragon « Le Fou d’Elsa », m’ont inspiré le retour vers ce blog. Je ne l’alimente que très rarement, au gré du temps et du vent dirons-nous. De nouvelles fonctions ces derniers mois font que je n’ai plus le temps suffisant et nécessaire pour me laisser aller à la prosodie de mes humeurs politiques. Le froid polaire qui règne dans nos rangs n’était pas non plus très stimulant pour qui aime, comme moi, le billet politique, naïvement chevaleresque et exagérément épique. Comme il est dur de vivre la politique, quand on est un romantique, lorsqu’elle se délite dans des pratiques et des postures d’une mollesse abyssale.

Alors que l’été n’a laissé que peu de répit au Rastignac élyséen, l’épisode des barbouzes faisant couler beaucoup d’encre, que pour des raisons personnelles je me suis intéressé à la politique transalpine riche en rebondissements et enseignements, que l’expérience du média insoumis sombre dans la tourmente révélant des pratiques dignes de la politique qu’il annonce vouloir pourtant combattre, que la fracture de classe n’a jamais été si forte ou presque dans le pays sans pour autant alimenter positivement la lutte, une bonne vieille et efficace lutte des classes, rien ne semblait me pousser à prendre le temps d’écrire. Écrire pour moi, pour penser, pour articuler les réflexions et les analyses entre elles, pour mettre de l’ordre, mais aussi écrire pour celles et ceux qui ont déjà parcouru ce blog et qui peuvent se retrouver dans ce que je peux y semer comme idées, principes et concepts.

Finalement, après quelques jours de repos bien mérités et redoutablement bénéfiques, je découvre, pour m’intéresser un peu plus aux affaires du Parti, à son congrès, que des choses se passent. Alors même que je m’étais résigné, que je n’attendais rien d’un congrès vendu pourtant comme extraordinaire, il semblerait que ce dernier soit en train de prendre des traits tout à fait inédits. Peut-être que l’extrême gravité qui caractérise notre ère politique, que le degré de médiocrité caractérisant lui notre organisation politique, ont finalement nourri un phénomène d’électrochoc dans l’esprit d’un certain nombre de camarades et pas des moindres. Peut-on aller jusqu’à évoquer une forme de courage, en tout cas un sens des responsabilités historiques ? Je le pense effectivement. La prose officielle proposée par la direction actuelle, boudée dans un premier temps par une partie non négligeable du Conseil National du Parti, trouve face à elle un autre texte qui est en train de créer la surprise.

Ce texte n’est pas simplement celui porté à la base par le réseau que j’ai toujours soutenu, il est aujourd’hui le carrefour de multiples réflexions qui ont su dépasser le stade des désaccords critiques pour constituer une dynamique rassembleuse capable de mettre fin à un processus qui nous entraîne irrémédiablement à la tombe. Outre les figures historiques du réseau dont le secrétaire départemental du Pas-de-Calais, mon camarade et ami Hervé Poly, d’autres camarades, oserais-je même le terme de figures, ont décidé de signer un même texte, de promouvoir une même démarche avec une volonté farouche et déterminée : siffler la fin de la récréation, mettre fin au néant et ressusciter l’étincelle. Le PCF doit vivre, se renforcer, porter une parole claire et limpide, se réconcilier avec son histoire, avec une série de ses fondamentaux. Retrouver des bases solides et saines pour redresser la maison et solidifier le tout. Non pas par obsession partisane, par goût de la nostalgie ou par soif d’aventure schismatique. C’est bien parce que le capitalisme traverse une crise systémique annonçant l’atteinte de son stade suprême, qu’il nous faut nous organiser pour penser l’après et sauver la civilisation humaine d’une fin évidente. « Rien que cela ! », diront certains. Il n’y a que ceux qui ne croient plus en Marx et au mouvement de l’idée qui se rattache à lui qui peuvent le nier sans sourciller. Il me semble donc que les camarades qui ont décidé de se retrouver autour du texte intitulé «  Pour un manifeste communiste du XXIe siècle » sont celles et ceux qui mesurent parfaitement la tâche historique qui nous incombe, qui décident de se présenter devant l’histoire avec un sens aigu des responsabilités.

Certains parleront de manœuvres, de trahisons, d’opportunisme. Cela sont ceux qui soit ne croient plus en l’extraordinaire force de l’idéal qui nous anime, contaminés par le verset tragique du compromis réformiste, soit sous couvert d’une intransigeance utopique, n’ont pas le sens du devoir préférant mourir le drapeau rouge sur le cœur, heureux dans leurs croyances mais inutiles à la classe ouvrière qu’ils annoncent pourtant aimer plus que tout.

Le communisme, c’est le mouvement. Un mouvement qui franchit des étapes et des stades, qui appellent tactiques et stratégies parce qu’en face, l’ennemi est puissant et organisé. Voilà l’idée qui transpire de l’alliance qui se noue autour de notre texte pour ce congrès. Un texte qui peut, si l’on regarde soigneusement les rapports de force internes, devenir majoritaire dans notre Parti et ainsi inscrire notre congrès dans une dynamique inédite. Je ne parle pas là de petites aventures cyniques qui se contenteraient de couper quelques têtes, je ne parle pas non plus d’un texte magique qui serait un remède miracle. Il nous permettrait de marquer une rupture que je crois nécessaire. Il nous permettrait d’insuffler de nouveau de la vie et du sens. Il nous permettrait de nous ressaisir collectivement de notre outil, notre Parti, et de reprendre un chemin digne de notre responsabilité historique, digne de l’héritage que nous revendiquons, digne d’une classe ouvrière désœuvrée et désarmée. De quoi reprendre goût à l’espérance et en la force de l’idéal qui nous transcende. Cela vaut peut être la peine de se battre et de déclarer, à la manière d’un Aragon fou d’amour, « c’était hier et c’est demain / Je n’ai plus que toi de chemin / J’ai mis mon cœur entre tes mains / Avec le tien comme il va l’amble / Tout ce qu’il a de temps humain / Nous dormirons ensemble. »

G.S

Un congrès extraordinaire-ment banal …

PARTIS-PCF-FETE-HUMANITEVoilà donc le retour de l’ère de pré-congrès. Le texte de base commune proposé par la direction sortante est connu, les premiers commentaires fleurissent ici ou là, les camarades se positionnent favorablement ou non pour ce texte, d’autres promettent déjà une littérature alternative pour souligner les manquements et errances de ce texte officiel … Finalement et alors même qu’un congrès extraordinaire était annoncé au lendemain d’un score désastreux aux législatives, à un ralliement de dernière minute à la locomotive insoumise lors de la présidentielle, nous nous dirigeons tout droit vers les traditionnelles et, quelque part, désastreuses pratiques de congrès, celles qui nous enferment dans une forme d’immobilisme malsain.

J’ai tout juste débuté la lecture du texte de base commune. Je ne me positionnerai donc pas ici sur son contenu et sa ligne. Je sais néanmoins à quoi m’attendre même si un effort particulier dans l’introduction réaffirme au moins que notre objectif de communistes, ça n’était pas si évident que cela depuis un certain temps, est la lutte anticapitaliste. Je souligne ici l’enthousiasme, l’engagement et le travail colossal de la commission chargée de rédiger le texte sous la férule de notre camarade Guillaume Roubaud-Quaushie, jeune historien à l’esprit fécond, l’une des rares voix communistes qui méritent, ces derniers temps, une considération particulière.

Je tenais à écrire ces quelques lignes en ce dimanche matin brumeux pour dire et décrire cette boule dans l’estomac qui ne veut décidément pas cesser son office. Une boule dans l’estomac qui se nourrit du contraste entre les multiples formes d’engagements au local de notre parti, le travail difficile de rajeunissement qui s’opère ici ou là, et cette tambouille vieille comme la mutation qui ne cesse de faire amplifier la peur dans l’esprit des camarades à l’engagement sincère, d’un scénario à l’italienne, une liquidation toujours plus avancée, toujours plus sournoise et destructrice.

Les apparats cosmétiques de dernière minute, manœuvre de sauvetage d’une direction qui ne convainc plus personne ou presque, ne peuvent en rien se montrer rassurants. Désigner le jeune et brillant Ian Brossat comme chef de file pour les européennes ne peut pas nous faire oublier l’extrême faiblesse de notre discours et de notre positionnement sur ce qu’est l’Europe. A dire vrai, s’il fallait ne prendre en compte que cette question pour juger de mon avenir dans ce parti, il y a bien longtemps que j’aurais jeté l’éponge et tenté de militer autrement. Heureusement ce parti, notre parti, garde en lui du potentiel, des camarades de très grande valeur et puis, sans doute est-ce là un point extrêmement important, rien n’existe à sa périphérie qui pourrait me motiver à le quitter. Pas même les groupuscules qui se veulent ou du moins se pensent plus révolutionnaires que nous, encore moins l’armada insoumise où il y a à boire et à manger à l’exception d’un semblant de commencement de socialisme, le vrai, pas le bagage vide mitterrandien.

Le parti communiste reste une boussole, c’est ainsi, et lorsqu’il mène ce week end ce rassemblement à Paris autour de ses 5 parlementaires des Hauts-de-France, pour remettre au gouvernement un manifeste riche de 10 grandes propositions pour l’emploi, les salaires, la santé, l’industrie, les transports ou le devenir des agriculteurs, il fait la démonstration de son ancrage dans le réel et de son extrême utilité. C’est la même chose dans de très nombreuses municipalités à direction communiste où des politiques publiques audacieuses et originales se mettent en place notamment dans les domaines culturel, sportif ou tout ce qui concerne les politiques à destination de l’enfance et de la jeunesse.

Pour autant, si beaucoup d’élus font le travail admirablement avec les moyens mis à leur disposition, le parti lui-même est en difficulté. On le voit, on le sait. C’est de plus en plus difficile de réunir les camarades, de tenir le plan de travail, de mobiliser sur telle ou telle campagne. J’y vois deux raisons essentielles. La première, le vieillissement de nos troupes. Même si je le soulignais plus haut, de jeunes cadres gagnent en responsabilité ces dernières années, nous avons de grandes difficultés à renouveler nos troupes. Nos camarades vieillissent et ne peuvent plus se mobiliser autant qu’auparavant. C’est normal et compréhensible et on ne pourra jamais suffisamment les remercier pour tout ce qu’ils ont pu faire. Nos assemblées générales sont pourtant d’une criante révélation. Les rangs sont parsemés de têtes blanches. La seconde raison, c’est bien évidemment l’absence de dynamique nationale du parti. Si nous pouvions clairement identifier une ligne, des batailles, une impulsion nationale nous pourrions sans doute convaincre localement de l’utilité de nous rejoindre. Comment le faire aujourd’hui ? Notre communication est inopérante et même osons le dire, inepte, notre direction est contestée, mole, tâtonne et n’est pas fichue de développer un langage clair, de combat et de rassemblement populaire. Ça n’est certainement pas en mettant des « e » partout que nous allons mieux promouvoir le besoin de clarté, parenthèse close.

Ainsi, sans doute n’aurait-il pas fallu d’un texte de base commune pondu en vase clos et validé par une direction mainte fois décriée par sa base. Sans doute une autre méthodologie aurait été préférable pour véritablement se donner les moyens d’un congrès qui ne serait pas extraordinaire que dans sa promesse. Je dois ici confesser ma résignation pour ce congrès. C’est à mes yeux terrible que de le dire et encore plus de le penser. Il fût un temps où le texte de base commune serait intégralement lu depuis longtemps, où j’aurais commencé les échanges avec des tas de camarades, où j’aurais fait en sorte d’attirer l’attention des camarades sur l’importance de se mêler du congrès, de ses enjeux. Je n’en ai pour l’heure pas la force, pas même l’envie. J’enrage et accuse notre direction, seule responsable aujourd’hui de cet état d’esprit, de cette aigreur incompatible avec ce qui devrait être notre posture. Les jours heureux, l’homme nouveau, le progrès commun … C’est le seul et unique chemin, le reste n’est que foutaise et piteuse justification du renoncement.

G.S

Mon discours lors de l’inauguration des boîtes à livres avionnaises

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Monsieur le maire,

Mesdames, messieurs les élus,

Mesdames, messieurs

Chers amis,

Ça n’est pas sans une certaine fierté, je dirais même une immense fierté, que nous inaugurons aujourd’hui nos boîtes à livres. Des boîtes à livres qui sont l’incarnation de bien des choses dans notre esprit.

D’abord je dirais, une conception de l’engagement pour la culture. En effet, la ville d’Avion, de par son histoire et l’engagement de ses élus , œuvre depuis longtemps pour que la culture ne soit pas le monopole de ceux qui, socialement, seraient prédestinés à pouvoir y accéder. La culture, nous l’imaginons comme une richesse, comme un chemin vers l’émancipation, et à ce titre, nous avons voulu qu’elle puisse être accessible à tous.

Alors que nous venons cette année de souffler la vingtième bougie de notre espace culturel Jean Ferrat, que nous sommes dotés d’une magnifique médiathèque où l’on dénombre 55 000 prêts de livres à l’année, que nous maintenons l’effort financier pour faire vivre notre cinéma municipal, qu’ici à Avion il est possible d’apprendre la musique, la danse, de pratiquer les arts plastiques, que nous venons de mettre en place le pass’culture qui permet aux jeunes avionnais de 16 à 19 ans de venir aux spectacles ou de se rendre dans notre cinéma pour un tarif unique de deux euros, que de l’élémentaire au lycée nous proposons chaque année deux spectacles, adaptés par niveau, nous avons voulu imaginer de nouvelles formes d’engagement.

De nouvelles formes d’engagement qui conjuguent cette bataille pour une culture universelle, exigeante, accessible, avec l’idée du partage, une idée fortement ancrée ici dans nos cités. C’est là l’essence même de ces boîtes à livres, se partager les livres comme on se passe le relais dans une course, de main en main pour faire sens, pour s’élever collectivement, pour triompher de l’adversité.

Car oui, nous le savons, ce territoire souffre, gangrené par la pauvreté. Une pauvreté économique bien sur, et malheureusement, par voie de conséquence, une pauvreté culturelle. L’accès à la culture est une bataille dans notre région.

C’est à ce titre que de nombreuses villes du bassin minier dans les années 80 et 90 ont construit des salles de spectacles, des médiathèques, des espaces de création, des écoles de musique et j’en passe. Nous sommes aujourd’hui extrêmement bien dotés en terme d’infrastructures culturelles, il suffit de voir ici à Avion à quel point, pour une ville de 18 000 habitants, nous sommes à la pointe dans ce domaine.

Pourtant, quelques années après, avec l’expérience et la pratique, nous nous sommes rendus compte que cela ne suffisait pas. L’effort était nécessaire mais il est insuffisant. Il y a un tel éloignement de nos populations par rapport à l’Art, à la création, aux livres ou au théâtre, que la proximité géographique seule des structures culturelles ne permet pas de résoudre l’équation.

Alors il a fallu se creuser les méninges et inventer des formes d’engagement pour la culture comme je les appelle.

C’est par exemple, inviter des artistes en résidence dans les quartiers, ce qui permet l’écriture d’un livre sur le thème de la colère, de la révolte et présenté lors de l’incontournable salon du livre et de la critique sociale d’Arras le premier mai dernier, où cette expérience exceptionnelle sur le quartier de la République il y a quelques années lorsqu’en partenariat avec Culture Commune et l’artiste Christophe Moyer, des habitants ont mis en scène leur quotidien pour une dizaine de représentations à guichet fermé.

C’est le pari de la gratuité à la médiathèque pour les moins de18 ans, un pari me semble t-il gagnant. C’est l’annexe Miss Robin et ses multiples activités d’éveil à la lecture, ses nombreuses expositions ludiques toute l’année. C’est la mise en place d’un orchestre jeune au sein de notre harmonie municipale, un orchestre talentueux et prometteur qui a permis à de nombreux jeunes d’accéder à la musique d’orchestre et de se produire en concert devant un large public.

C’est aujourd’hui ce nouvel outil, cette boîte à livres en cœur de quartier pour un échange direct entre habitants, entre citoyens.

Je souhaite de tout cœur, un immense succès à ce nouveau dispositif mais m’a t-on dit, à peine installées ici même, au quartier des cheminots, à la cité du 7 et en façade du centre culturel Fernand Léger, des premières petites mains curieuses déposaient déjà des livres et s’en saisissaient d’autres. Voilà qui semble prometteur ! Par ailleurs, je reçois depuis hier des messages sur facebook pour me demander comment et où déposer les livres pour alimenter les boîtes. Je n’avais pas de doute sur le fait que les avionnais se laisseraient prendre au jeu et s’approprieraient très vite l’outil.

J’ai quelques remerciements à adresser et il ne s’agit pas ici d’un exercice formel, d’une courbette de circonstance.

Je veux adresser un merci franc et sincère à mes collègues élus, ceux de la commission culture d’abord avec qui nous avons échangé les premiers sur ce projet, et tout particulièrement d’ailleurs l’inénarrable Patrick Bleitrach, qui est allé jusqu’à contacter la mairie de Rouen pour se renseigner sur le processus. Patrick dès le début du mandat a été un avocat déterminé pour la cause, les collègues de la commission pourraient en témoigner. Un merci franc et massif aux élus de l’exécutif municipal, à toi Jean-Marc, pour ta confiance et ton soutien.

Je l’ai dit, ce projet, je le dis sans pudeur, il est une fierté pour moi et avoir le soutien de l’équipe municipale pour pouvoir le réaliser, c’est un luxe, un confort que je mesure. Merci à vous tous.

Un merci à ma formidable directrice, Nathalie Delattre qui, dès que les grandes lignes étaient tracées, à imaginer quelque chose de bien plus fort, de bien plus large que mes attentes premières. Elle a imaginé plusieurs étapes dans le projet, d’abord avec nos écoles primaires où les enfants ont construit leurs propres boîtes à livres personnalisées, en liant le projet avec un autre projet totalement original de grainotèque, ce qui nous a valu une subvention exceptionnelle de la Fondation de France, en organisant des réunions de travail avec les associations de quartier pour réfléchir ensemble aux lieux d’implantation les plus pertinents. Merci pour ton implication, pour ton sérieux et ton professionnalisme, pour la passion que tu as mis dans ce projet.

Un merci à nos services techniques pour la qualité de ces boîtes à livres. J’ai eu la primeur de les découvrir dans nos ateliers municipaux il y a quelques semaines et je dois vous dire mon agréable étonnement. C’est du fait maison de bout en bout et le résultat, vous pouvez le constater comme moi, est impressionnant. Du choix du bois utilisé à la méticulosité dans la conception, nous faisons face à un véritable travail de pro. A l’image de ce jardin public, de ce kiosque rénové en régie, nos services font encore une fois la démonstration de leur talent. Mille mercis !

Un merci à nos écoles, à nos enfants, à nos associations pour leur partenariat dans le projet comme je le disais à l’instant. Tous ont participé à cet élan pour une culture toujours plus partagée, toujours plus solidaire. Et enfin merci aux avionnaises et aux avionnais qui aujourd’hui et demain sauront, je le sais, faire vivre ces boîtes à livres de la plus belle des manières.

Il faut savoir conclure alors je conclus. La ville d’Avion est une ville jeune, sportive, solidaire, révolutionnaire à bien des égards. Mais n’oublions pas de dire que la ville d’Avion est aussi une ville culturelle, une ville où la culture ne se dissocie pas de sa petite sœur, l’éducation populaire.

Dans les pas de Vilar, nous voulons casser le mythe d’une culture réservée aux initiés, d’une culture confidentielle et élitiste. La culture doit pouvoir s’inviter partout et tout le temps. C’est encore une fois une modeste contribution dans ce sens que ces boîtes à livres dans nos quartiers. Alors que la crise sabote nos systèmes de valeurs et de croyances, il est temps de créer du sens, du vivre ensemble, une communion de rires, de révolte, d’émotion. Edgar Morin a dit « la culture c’est ce qui relie les savoirs et les féconde ». C’est là la lettre et l’esprit de ce pourquoi nous sommes réunis en cet après-midi de mai. Je vous remercie

G.S

Mon discours d’ouverture pour le débat « Culture et Citoyenneté » dans le cadre du festival « Les utopistes debout ! »

29511184_10215673301176225_624720699117458651_nChers élus, chers collègues

Chers artistes, programmateurs, producteurs, metteurs en scène

Chers amoureux des arts, des lettres, du spectacle vivant,

Chers militants de la culture et de l’éducation populaire,

Chers amis,

« Quoi qu’on décide finalement sur Brecht, il faut du moins marquer l’accord de sa pensée avec les grands thèmes progressistes de notre époque : à savoir que les maux des hommes sont entre les mains des hommes eux-mêmes, c’est-à-dire que le monde est maniable; que l’art peut et doit intervenir dans l’histoire; qu’il doit aujourd’hui concourir aux mêmes tâches que les sciences, dont il est solidaire; qu’il nous faut désormais un art de l’explication, et non plus seulement un art de l’expression; que le théâtre doit aider résolument l’histoire en en dévoilant le procès; que les techniques de la scène sont elles-mêmes engagées; qu’enfin, il n’y a pas une « essence » de l’art éternel, mais que chaque société doit inventer l’art qui l’accouchera au mieux de sa propre délivrance ».

Voilà ce qu’écrivait Roland Barthes en 1964 dans Essais Critiques sur le théâtre de Brecht. Un art de l’explication, un art qui dévoile l’histoire, un art qui permet à une société d’accoucher de sa propre délivrance. Je ne pourrais pas mieux formuler la vision qui est la mienne, de l’art, du théâtre. L’art ne doit résolument pas être subversif pour lui-même, il doit l’être pour une société traversée par la domination, par l’aliénation, par le souffle puissant des habitus, de l’ordre social, colonne vertébral du système global qui nous entraîne toutes et tous irrésistiblement, le capitalisme, n’ayons pas peur de le nommer. C’est le postulat de départ. C’est en tout cas sur cette base que nous travaillons ici dans ce lieu avec Michel.

Ici, sur ce territoire si singulier où la misère n’est pas simplement économique et sociale, elle est aussi intellectuelle. Vous l’aurez compris d’entrée de jeu je crois, dans ma bouche, dire cela n’est pas du mépris de classe bien au contraire. Le fils d’ouvrier, le petit fils de mineur immigré ne pourrait jamais trahir les siens, trahir sa classe. C’est le même constat lucide que celui que formule Edouard Louis dans ses romans lorsqu’il évoque son milieu d’origine.

L’histoire de ce territoire, de sa population, c’est une histoire terrible de dépossession. Ici, la plupart des hommes et des femmes ont été dépossédés de tout : du travail, du respect, de leur dignité, de leurs mots, de leurs identités même. De la culture aussi, évidemment. Ah il y a des équipements fabuleux, des lignes budgétaires dégagées ici ou là mais pourquoi, pour qui ? Le Louvre à Lens qui se dresse au milieu des corons comme une violence symbolique au milieu d’un texte de Bourdieu. On le regarde ici avec curiosité certes, mais avec peur et ce sentiment que ce lieu ne nous appartient pas. Que la culture ne nous appartient pas.

Ces mots, les miens, peuvent paraître terriblement violents. Après tout, je suis un élu, un politique, avec un mandat à la culture. Je me demandais comment entamer mon propos. J’aurais pu vous brosser l’historique de ce lieu comme on le fait traditionnellement, vous souhaiter la bienvenue avec douceur et sourire. Je crois que nous n’en sommes malheureusement plus au temps des politesses. Lundi soir nous serons sans doute nombreux à nous revoir à la Verrière, symbole d’une époque. Celle où des lieux, des compagnies, des militants engagés pour combattre cette dépossession sont désarmés petit à petit, dans une entreprise politique savamment orchestrée.

Car, ne nous y trompons pas, chers amis, tous les mauvais coups que nous essuyons depuis des années, les réformes en cours du lycée, du bac, de l’université, tout cela est pensé. Le savoir, on ne le dira jamais assez, est l’arme ultime comme l’est le rire dans ce célèbre roman de Umberto Eco. Ce savoir, dans le fond, il est terriblement dangereux pour l’ordre établi. Celles et ceux que nous combattons mais qui ont le pouvoir le savent. Quel pire ennemi que l’éducation populaire pour les penseurs de la bourgeoisie ? Une hérésie même. Le savoir est noble, il se mérite à leurs yeux. Voilà la vérité.

Alors pourquoi continuer à soutenir des actions, des structures, des acteurs qui tentent, armés de leur seul courage, de rendre cela possible ? Nous avons accueilli la semaine dernière Franck Lepage dans ce lieu pour une longue mais passionnante conférence gesticulée sur le thème de l’éducation. Il le disait fort bien. Outre les opportunités économiques à créer avec une privatisation accrue de l’enseignement dans notre pays, il y a un travail assumé d’ostracisation des couches populaires notamment dans l’enseignement supérieur. Que dire en ce qui concerne les lieux de culture ?

Il y aura donc une bataille décisive à mener sur la question de l’éducation bien sur, dans des proportions qu’il faudra inédites, mais pour ce qui nous concerne, nous avons nous aussi un aggiornamento à assurer. Dans cette salle je le sais, il y a beaucoup de têtes dures, de militants qui malgré les difficultés ne désertent pas le combat. Malgré tout, sommes nous à la hauteur des enjeux ? Nous sommes nous donnés les moyens de véritablement résister, agir, penser l’alternative, faire advenir cet art de la délivrance comme le formulait Barthes ? Se poser cette question, vouloir y répondre avec honnêteté, avec lucidité, c’est déjà drôlement révolutionnaire il me semble.

C’est le sens que je nous imagine pouvoir donner à cette journée, à ce rendez-vous. Ce rendez-vous, il fait suite aux deux journées que nous avons organisé ici même et chez nos amis de Douchy les Mines. Nous les avions intitulées « Assises de la culture et de l’éducation populaire ». Une centaine d’acteurs culturels de la région avait répondu présents au rendez-vous en plein contexte de lutte des intermittents. Les discussions avaient été riches, passionnantes même, mais comme à chaque fois, nous avions buté sur la question des perspectives. Les constats nous les avons mené activement, les possibilités d’alternatives par contre, nous ont laissé sur notre faim.

Puis il y a eu lors des élections régionales les assises de la culture organisées par le Syndeac avec la publication d’un livre blanc. Des organismes comme le Synavie ont aussi été actifs notamment sur la question essentielle des droits culturels. Ici où là se mènent des initiatives mais il nous manque une ambition partagée, d’envergure, une dynamique collective capable d’influer concrètement et fortement sur les politiques culturelles de la région. La fameuse et cruciale question des perspectives. Excusez cette obsession mais pour le marxiste que je suis, elle est à mes yeux une priorité.

Alors chers amis, je nous souhaite de réussir ensemble à dépasser le stade du constat, à réussir à imaginer des outils pertinents de lutte et d’alternative. Nous avons la chance d’ailleurs d’avoir avec nous aujourd’hui des voisins normands qui ont élaboré une charte dans laquelle nous serions nombreux à pouvoir nous reconnaître sans hésitation. L’occasion leur est donnée cet après-midi de nous faire part de leur expérience et du sens de cette charte. Une piste parmi d’autres à explorer ensemble.

Culture et citoyenneté, qui fait l’un, qui fait l’autre, dans quel but ? Voilà donc le vaste programme qui nous attend cet après-midi. Je vous ai proposé une première piste de réflexion avec cette magnifique affirmation de Barthes. Discutons, échangeons, créons. N’est-ce pas ce que nous savons d’ailleurs faire le mieux toutes et tous.

Un dernier mot pour chaleureusement remercier toutes celles et tous ceux qui ont rendu cette journée possible. Aux amis de Hauts-de-France en scène, à toute mon équipe du service culturel de la ville d’Avion, aux compagnons de route de longue date qui ont aidé à faire connaître cet événement et qui sont présents dans la salle, à Michel, programmateur certes mais chef d’orchestre à ces heures lorsqu’il s’agit de planifier le temps politique. Merci à toutes et à tous pour votre présence et comme le disait si bien le grand Vilar « il s’agit donc de faire une société, après quoi nous ferons peut-être du bon théâtre ».

 

G.S

Une révolution nouvelle ivre d’un monde nouveau

Jeunes-Communistes-centenaire-revolution-1917Lorsque l’on écrit de plus ou moins longs papiers sur nos blogs, nous les militants politiques, nous partons à la chasse de tas d’informations, de chiffres, de citations et nous tentons d’en faire une synthèse la moins bavarde mais la plus complète possible. Par soucis de convaincre, on cherche à vouloir tout dire, tout démontrer, se donner les moyens d’un exposé rigoureux susceptible d’être pris au sérieux. Après tout, remettre en cause la pensée dominante, ses litanies obsessionnelles, cela demande d’y mettre les formes. Cette pensée dominante passe par tous les canaux de l’information, télévisuelle, radiophonique, artistique, littéraire … On se sent un peu démunis face à un tel déferlement. On s’imagine combattre une armée avec une simple fronde. Le petit blogueur que je suis, parfait rêveur, amoureux des lettres, s’imagine pouvoir se dresser en héros face à la marche forcée du monde.

Cette fois-ci, je ne vous donnerai pas de chiffres, je ne ferai pas de digressions, je ne parlerai ni de Marx, ni de Lénine, ni de Gramsci, ni de Bourdieu, ni de personne. Je veux simplement vous parler avec simplicité, à cœur ouvert.

Je ne fais pas partie des gens qui se découragent. Je ne suis pas de ceux qui gobent le discours officiel, celui qui ne dit pas un mot sur les multiples petites luttes en action dans l’hexagone, celui qui évoque le soleil étincelant et le chant mélodieux du coq en Macronie. Je vis, je travaille sur un territoire où même si demain il pleuvait des paillettes et des roses, la misère resterait toujours aussi grise. Ici c’est Germinal en vrai. Le soleil n’ose même plus pointer le bout de son nez comme le titrait désolé ce matin le quotidien la Voix du Nord. Record battu de non ensoleillement. Record battu pour le chômage aussi, pour la désertification médicale, pour le manque de services publics, pour la pollution, pour le nombre de bénéficiaires des centres d’aide sociale, du Secours Populaire. Il faut réussir à se lever tous les matins pour ensuite affronter cette réalité.

Je ne suis pas de ceux à plaindre, je vis confortablement. Cette misère je ne fais que la voir, la côtoyer de par mon travail et mon mandat d’élu local. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai crié avec les loups au départ quand j’ai vu ces émeutes dans les hypermarchés pour acheter cette saloperie de Nutella. Vendu à prix coûtant, donc sans perte pour le distributeur, des centaines de personnes se sont ruées dans les magasins pour essayer d’acheter un pot de pâte à tartiner pour leurs gosses. Moi, j’achète une pâte à tartiner bio, sans huile de palme, respectueuse de l’environnement … Facile de pouvoir juger dans ces conditions. J’ai fini par prendre un peu de recul et me suis dit, mais mon jeune ami, tu ne comprends rien de rien. C’est l’étendue de la misère de toutes ces familles qui nous saute à la figure en réalité dans cette affaire. La misère intellectuelle d’abord et il faut savoir l’admettre, par ce comportement de consommation totalement dingue. Un symptôme de l’hégémonie culturelle qui se rattache au capitalisme de notre temps appuyant là où ça fait mal. Le désir. Désirer pour le philosophe, c’est vouloir quelque chose qui ne sera plus désirable une fois l’avoir obtenu. On finira par désirer autre chose. Le démon capitaliste a créé la publicité, le sucre, les iphones, la pulsion consommatrice. La misère économique ensuite. C’était le spectacle des placards vides, des frigidaires sans âme. Pouvoir acheter le « Saint Graal » du goûter pour ses gosses quand on a presque rien à mettre dans les assiettes, c’est une aubaine rare. La voilà la véritable morale de cette histoire. Honte à ces salopards de distributeurs qui ont réitéré la chose quelques jours plus tard avec des couches pour bébés. Le visage du macronisme triomphant, c’est celui-là ne nous y trompons pas.

Et puis il y a eu la mobilisation des retraités contre la hausse de la CSG. Il y a eu de belles et unitaires actions pour s’opposer à la privatisation rampante des offices HLM, à la baisse des APL. Il y a eu un mouvement de fond dans les ehpad, du jamais vu jusque là ! Il y a les premiers blocages dans les lycées, des AG qui rassemblent quelques 200 étudiants dans les universités pour s’opposer à la mise en place de la sélection à l’entrée des universités. Il y a une montée en puissance de la grogne dans les hôpitaux, chez les élus locaux. La France belle et rebelle, attachée à son modèle social, à ses communes, à ses services publics se réveille chaque jour un peu plus. Malgré les pluies de sondages bidouillés, l’anesthésie télévisuelle, le silence des artistes subventionnés, le refrain d’un monde unique contre lequel on ne peut rien, des têtes dures se font de plus en plus nombreuses.

Nous rêvons tous d’un cinquantenaire héroïque des événements de 68, comme si un cycle s’achevait et qu’il fallait rallumer une nouvelle mèche pouvant faire sauter le vieux monde. Combien sommes-nous à l’espérer fébrilement sans encore oser le dire ? Depuis longtemps la France n’aime pas les riches et à juste titre. S’il y a des riches, c’est qu’il y a des pauvres. Des siècles d’une pensée universaliste née avec les Lumières, une succession de révolutions certes avortées mais qui ont bousculé le monde, un parti communiste d’après-guerre qui crée avec la CGT la Sécurité Sociale et la fonction publique, et voilà que dans notre ADN national, il existe un gêne insensible à la fable libérale. Le mythe anglo-saxon du self made man ne prend pas dans nos esprits gaullois, c’est comme ça. Macron et sa bande font en sorte de taper vite et fort dans l’espoir de nous l’enfoncer dans le crâne mais comme je l’écrivais plus haut, ça se débat tout en bas.

Ca se débat tout en bas et ça cherche à créer des ponts, à se rassembler. Trop de batailles ont été perdues du fait de la dispersion, d’un corporatisme abscons, de la division idiote. Pour pouvoir résister au rouleau compresseur gouvernemental, on prend la mesure de l’intérêt vital de se serrer les coudes. L’assaut du moment est trop dangereux pour pouvoir prendre le risque de faire les éternelles mêmes erreurs. C’est en cela que je suis optimiste. Ne me prenez cependant pas pour un esprit naïf. Tout cela est encore bien timide et l’ennemi en face a encore de nombreuses munitions en réserve même s’il démontre un peu vite ses craintes. Le choix du tout répressif, de la circulaire Collomb, des ordonnances, d’un calendrier serré, tout cela fait la démonstration que le jupitérien Macron sait pouvoir être détrôné de son Olympe.

Pour se faire, il va falloir de l’organisation, du contenu, des perspectives. C’est assurément ce qui nous fait cruellement défaut. Aucune de nos organisations n’est à la hauteur de l’enjeu. Au contraire, un crétinisme fulgurant condamne à la mort subite celles et ceux qui doivent incarner notre camp. Personne, ni tribun, ni organisation n’est en mesure de mener le travail de résistance et de fédération dont nous avons besoin. Peut-être est-ce l’heure de l’avènement d’une nouvelle génération que je sais pour une part déterminée, en soif d’une radicalité retrouvée. Peut-être que cette génération qui nous a conduit face à l’océan déchaîné sans pouvoir l’ouvrir en deux devrait pouvoir laisser un peu de place aux suivants, se retirer sans trop faire de bruit, tête baissée. C’est pour cela que je regarde avec espoir et envie ce qui se passe dans les lycées et universités. J’espère voir percer dans la brume, la lumineuse flamme d’une révolution nouvelle, celle qui fera chavirer sans retenue le vieux monde à l’agonie.

G.S