Un communisme français pour un communisme global

ad093ni_0000003061Il semblerait que la vieille tentative de diversion identitaire, pratique adulée par les petits soldats du capital, reprend du service. En plein cœur d’un débat à l’Assemblée sur un nouveau texte de loi antiterroriste durant lequel le jeune député du Nord LFI Ugo Bernalicis a utilisé le terme de « démocrature », alors que le petit caporal Manuel Valls tente de ré-exister médiatiquement en ressortant des cartons ses vieilles et viscérales obsessions autour de l’islamo-gauchisme et du péril républicain, alors qu’une polémique a enflé sur les réseaux sociaux autour des affaires Nour et Desbureaux, les macronistes font finalement appel aux vieilles ruses éculées pour anesthésier l’opinion publique en proie à une vive colère parfaitement légitime.

En effet, alors que jour après jour chacun peut mesurer le niveau de violence de la politique gouvernementale actuellement à l’œuvre via la destruction du cadre juridique et social dans la jungle de l’entreprise, via le dépeçage des aides sociales, baisse des APL, hausse de la CSG pour un transfert de cotisations sur les seuls travailleurs ou anciens travailleurs alors même qu’on supprime l’ISF, via la vente ahurissante d’Alstom et des chantiers navals de l’Atlantique, fragilisant un peu plus la place de la France dans le concert des nations industrielles et donnant encore plus de poids au géant allemand, la légitimité et l’intérêt du débat politique se placeraient dans une manichéenne opposition entre des laïcards toujours plus fanatisés et des traîtres à la patrie qui passeraient leur temps à excuser les terroristes et leur processus de radicalisation.

Ainsi, cette grande nation politique qui est la nôtre, qui a su à plusieurs reprises secouer le continent pour faire tomber la tyrannie de son fauteuil doré, se rabaisse t-elle à penser qui est patriote et qui ne l’est pas, qui est franchement républicain et qui n’en serait finalement pas digne. Comme si d’ailleurs cette République n’était pas en lambeaux avec un président minoritaire, des rapports internationaux des Nations-Unies qui épinglent nos autorités, mères porteuses de lois toujours plus sécuritaires, comme s’il n’existait pas un violent divorce entre l’immense masse des travailleurs et leurs élites. Des élites qui ont franchi le Rubicon lorsqu’elles ont enterré le « non » du referendum de 2005, lorsqu’elles acceptent d’appliquer des directives sauvages qui détruisent nos services publics, notre industrie, notre agriculture, notre indépendance monétaire. Des élites qui affichent un mépris non dissimulé envers ce qu’elles perçoivent comme étant une masse inculte presque barbare, dans la bonne vieille tradition de la frange réactionnaire bourgeoise du XIXe. Que dire de notre participation à des guerres impérialistes au proche et Moyen-Orient, en Afrique sahélienne et du Nord, dans les attaques répétées envers l’Amérique latine qui servent les intérêts géostratégiques nord-américains.

Si seulement il était possible dans ce pays de discuter de tout cela, de voir la France comme ce qu’elle est : une force capitaliste qui décline, totalement inféodée, au même titre que l’Espagne, l’Italie ou la Grèce, au bon vouloir de la bourgeoisie allemande. Une nation qui accepte passivement, docilement, de ne plus se penser comme t-elle, de ne plus avoir une vision planificatrice de son économie, de son industrie, qui ne cherche même plus à se penser dans le cadre d’une saine et impitoyable guerre de classe hexagonale. Cela rend particulièrement périlleuse la mission que s’assigne la vieille école marxiste à laquelle j’appartiens. Alors qu’il y a un profond travail de clarification à avoir dans l’articulation nationalisme / internationalisme, je ne suis pas sûr que la politique du choc médiatique soit particulièrement constructive. Réclamer la disparition du drapeau européen à l’Assemblée dans les conditions actuellement à l’œuvre, c’est certainement maladroit mais surtout et avant tout contre-productif. Ce drapeau doit disparaître j’en suis convaincu mais n’est-ce pas d’abord dans l’imaginaire politique collectif qu’il faut le faire disparaître ? Dans la tête des nôtres qui n’échappent pas à la névrose post traumatique d’une Europe d’après-guerre vendue comme incontournable, indéboulonnable ? Je me retrouve en réalité plus dans les propos d’un Arnaud Montebourg au lendemain de l’annonce de la vente d’Alstom que dans ces chiffons rouges agités frénétiquement qui finissent par desservir la cause.

Ne nous y trompons pas, notre travail doit se mener en plusieurs étapes simultanées. Alors même qu’il y a un mythe à détruire , celui de l’Europe éternelle, il y a en même temps à combattre l’idée du repli, des frontières hermétiques, du barbelé faussement protecteur. Prendre ce travail à la légère, en rester au stade de l’emphase médiatique, c’est prendre le risque de flouter les enjeux, de créer de la confusion et des rapprochements douteux. C’est tout le travail de distinction entre nationalisme et chauvinisme, entre la défense des intérêts d’une classe sociale qui se pense et se vit dans un cadre national et un national-socialisme qui se dissimule derrière des formules alambiquées.

J’ai la certitude qu’il ne pourra pas y avoir de mouvement social digne de ce nom, de vague contestataire capable de tout balayer sur son chemin sans articuler ces différents enjeux entre-eux. Cette conception de la tâche révolutionnaire à venir doit être au cœur de la préparation du prochain congrès des communistes. Cela nous permettra ainsi de ne pas sombrer trop facilement dans les débat crétins et stériles d’une identité républicaine fantasmée, dans les postures faciles sur la question des indépendances régionales notamment en Espagne, dans les poncifs ridicules d’une possible refonte sociale de l’Europe. La révolution va devoir d’abord être culturelle, militante avant de se penser en grand.

G.S

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Mon discours lors de l’ouverture de saison culturelle avionnaise

20170915_231542Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

Je vous remercie de votre présence nombreuse ce soir et vous souhaite la bienvenue pour cette ouverture de saison un peu particulière. En effet, nous soufflons la vingtième bougie de notre salle de spectacle Louis Aragon.

Vingt ans et autant d’engagement pour une culture populaire, exigeante, qui a du sens, qui bouscule et interpelle.

Vingt ans de musique, de solos de batterie, de riffs de guitare, de poésie.

Vingt ans de fous-rires, d’émotion, de frissons. Combien de générations déjà ont pu prendre place chaque année dans ses fauteuils grâce aux partenariats construits avec les écoles. Non pas pour simplement divertir ; jamais dans la facilité.

Non un travail pensé pour éveiller, pour surprendre. Une alternative militante à la télé poubelle, aux contenus lessivés par le pouvoir de l’argent, de la course à l’audimat. Ici la culture se déguste comme un bon vin mais sans modération.

Cet anniversaire n’aurait pas de sens sans tous ces artistes régionaux, parfois nationaux, qui ont partagé leur travail, leur talent avec nous. Nous faisons d’ailleurs en sorte de toujours mieux les accompagner, les soutenir en développant dans la mesure de nos moyens des coproductions, en mettant à leur disposition le savoir-faire et l’intelligence de notre équipe. D’ailleurs, cet anniversaire ne serait rien sans eux. Sans Michel évidemment, sans Mickaël, sans Lahcen, sans notre Michel Duhamel, sans la très précieuse Pascale, sans le compatriote transalpin Giordano. Sans Marian, sans Fred, sans Jean-Claude à une époque.

Je veux leur dire ici toute mon admiration et un grand merci. Vous savez, il m’arrive très souvent de défendre avec vigueur le service public. Pas simplement pour les missions indispensables qu’il dispense universellement. Mais aussi parce qu’il est incarné par des hommes et des femmes passionnés par leur travail, qui parfois ne comptent pas leurs heures, qui n’ont plus connu d’augmentation de salaire depuis des années mais qui pourtant continuent, avec la même force, la même passion, à exercer leurs missions. Toute mon équipe ici en est une preuve éclatante.

Cet anniversaire n’aurait pas de sens sans l’engagement de générations d’élus qui se sont succedées pour donner vie à cet espace culturel, pour favoriser la lecture dès le plus âge, pour permettre à tous d’exercer de la musique, de la danse, des arts plastiques. Jacques Robitail à l’époque a pris la décision de transformer cet ancien collège du centre en un espace moderne et ambitieux. Puis mes prédécesseurs ont tenté de faire vivre au mieux ce lieu, de faire en sorte que les habitants en fassent leur refuge. Quel bonheur de voir les jeunes venir faire leurs devoirs le mercredi à l’étage de la médiathèque, de voir ces nombreux visages défiler à l’école de musique, de célébrer au début de l’été les créations originales de l’atelier arts plastiques. De voir la salle pleine à craquer lors du gala de danse annuel. De voir l’harmonie exister encore, d’avoir même laissé un peu de place à un orchestre jeune qui promet pour l’avenir.

Je peux vous dire que pour les élus, c’est un bonheur toujours renouvelé, c’est le sentiment d’avoir accompli quelque chose de beau. Car oui les années passent, les habitudes s’instaurent dans une mécanique aveugle, on finit par oublier ô combien ce lieu, cet engagement pour la culture ne va pas de soi.

En effet, nous aurions pu nous contenter de donner une enveloppe chaque année moins fournie à des sociétés de productions pour faire du chiffre, de l’humour en entrée, en plat de résistance, en dessert. Des choses dans l’air du temps qui nous assureraient une salle pleine et une généreuse recette.

Je ne suis pas là dans la politique fiction, dans la caricature outrancière. Cette réalité existe. Je ne donnerai pas de nom mais croyez-moi, à quelques minutes en voiture d’ici, des villes font ce choix.

Ici on s’y refuse catégoriquement. Non pas par excès d’intellectualisme, par caprice petit bourgeois comme peuvent le penser et le dire quelques rustiques polémistes.

Non, parce qu’ici nous respectons les publics, les artistes, les mots, la beauté.

Parce que nous souffrons comme tant de citoyens, de la misère intellectuelle, culturelle, politique de l’époque. Parce que nous avons la certitude, à l’instar du grand Gramsci, qu’on ne peut sortir de la domination, de l’exploitation qu’en en prenant réellement et fortement conscience. Alors il faut des images, il faut des mots, des mouvements, des couleurs, des corps pour y arriver. Aussi, modestement, nous prenons notre part dans cette vaste bataille.

Lorsque nous faisons confiance à des compagnies qui proposent une œuvre forte et authentique, c’est notre contribution.

Lorsque nous instaurons le pass’culture pour permettre aux jeunes de 16 à 19 ans d’accéder aux spectacles, aux concerts, aux séances de notre cinéma municipal pour un tarif unique de deux euros (il arrive à l’automne), c’est notre contribution.

Lorsque nous avons travaillé mois après mois à convaincre des associations, des villes voisines, des structures d’éducation populaire de nous aider à bâtir le festival les « utopistes debout ! » c’est là aussi notre contribution.

Lorsque nous organisons des ciné-débats, des ateliers de création avec les habitants, des spectacles décentralisés dans les quartiers, c’est notre contribution.

Je pourrais continuer à dérouler cette liste qui me rend chaque jour fier du travail accompli. Bien évidemment, on peut toujours faire mieux, toujours faire plus.

Mais il y a une réalité et vous la connaissez. Nous sommes une ville pauvre, au cœur d’un territoire sinistré. Tout ici nous pousse à la désespérance, au chaos.

Nous travaillons tous les jours dans l’urgence pour éviter qu’une famille se retrouve à la rue, pour permettre à des familles de ne pas crouler sous les dettes, pour maintenir le service public bien qu’il s’exerce à flux-tendu, pour empêcher des fermetures de classes, pour lutter contre le décrochage scolaire, pour accompagner nos précieuses associations qui ont de plus en plus de mal à pouvoir se financer.Alors tant que la culture résiste et résistera ici, un espoir demeure et demeurera en floraison.

C’est un coût, ce sont des choix qu’il nous faut mesurer, qu’il nous faut penser dans le contexte que je viens de décrire. J’ai toujours un peu mal quand on cri au « tous pourris » en parlant des élus, quand on cède à longueur d’antenne la parole aux déclinistes de service, aux corbeaux de tempête, à ceux qui nous disent que le progressisme est mort, que le modèle c’est le libéralisme débridé, le tout consommable, la passivité face à l’histoire.

Il faut de l’optimisme, de l’humilité, un certain sens du devoir envers ses congénères de classe, du travail, une volonté inébranlable et de l’action dans le soucis de l’unité. C’est nourri par cette recette que j’ai appris à militer ici.

Puis j’ai rencontré Michel qui se bat presque nuit et jour pour faire vivre ce lieu et une certaine idée de la culture. Certains s’amusent parfois de son opiniâtreté, de sa fermeté sur de nombreux principes. Moi je les admire et m’en inspire. Moi le stalinien, lui le trotskyste, nous les soldats de l’éducation populaire. Peut-être est-ce cela le ticket gagnant. Partout où l’on nous laisse un fauteuil, un coin de table, nous montons au front sans jamais baisser les yeux et le poing. Je peux vous dire que dans pas mal de lieux et de structures maintenant, ils savent qui nous sommes et que nous ne sommes pas prêts de nous taire, d’abdiquer.

Il m’arrive bien sur parfois de douter, de me dire face à une pluie d’obstacles que c’est trop dur et que de toute manière à mon petit niveau, je sacrifie tant de choses pour peut-être une chimérique espérance. Que le combat est si déséquilibré que jamais nous n’arriverons à faire basculer ce monde.

Et puis, il y a quelques jours je reçois un message d’un ami qui venait de recevoir la plaquette de la saison dans sa boîte aux lettres. Il me félicite pour notre travail, me demande si on peut déjà réserver des places pour tel ou tel spectacle et puis il me dit que sa maman a fait du repérage sur la plaquette. Elle a listé les spectacles de la saison qu’elle compte découvrir. Une dame qui il y a un an n’avait jamais mis les pieds dans notre salle de spectacle, peut-être même dans une salle de spectacle. Elle est venue voir un spectacle en début de saison l’année dernière et elle y a pris goût.

Elle réitère l’expérience et veut la réitérer encore.

Y a t-il plus belle victoire que celle-ci ? Je ne le crois pas non. Je peux donc mettre un visage sur l’espoir qui me guide depuis déjà quelques années. Vous êtes les visages ce soir de cette victoire.

Alors permettez-moi de conclure ce petit mot. La culture je le disais n’aurait pas de sens sans les artistes, sans des lieux pour pouvoir l’accueillir, sans des techniciens passionnés, des élus déterminés. Mais la culture n’aurait surtout pas de sens sans vous. Elle ne peut exister sans vous. On ne peut guère irriguer un désert. Michel va vous présenter dans un instant la saison. Venez avec votre mari, votre épouse, votre ou vos amants et maîtresses, vos amis, vos enfants, vos voisins. Venez espérer avec nous. Venez aimer, frissonner, rire, pleurer, vous révolter avec nous.

« Tout le monde veut vivre au sommet de la montagne, sans soupçonner que le vrai bonheur est dans la manière de gravir la pente » écrivait le grand Gabriel Garcia Marquez. J’ai moi une certitude, cette pente nous devons la gravir ensemble car le bonheur ne se vit que s’il est partagé. Je vous remercie.

G.S

Une université dans nos quartiers ?

[Mai_1968]_Université_populaire_Atelier_[...]_btv1b90184117Courte note, écrite rapidement, en guise de nouveau billet. Il se trouve que depuis quelques jours je me suis intéressé aux critiques publiées concernant la psychanalyse. Comme l’immense majorité d’entre-nous, j’avais une idée plutôt positive de cette discipline et depuis longtemps j’ai l’idée de lire Freud. Un professeur de philosophie en classe préparatoire, disciple de Lacan, parlait des heures entières avec une passion incroyable de psychanalyse, de son expérience personnelle dans le domaine. Tout cela semblait plutôt alléchant pour l’esprit curieux qui était le mien.

Quelques années plus tard, me voilà en train de découvrir que Freud était un horrible personnage,que les freudo-marxistes ont constitué un mythe totalement biaisé et que la psychanalyse s’avère être beaucoup moins respectable que ce qu’elle a bien réussi à faire croire. Freud était misogyne, homophobe, vénal, proche des nazis. Dans sa correspondance il explique comment un régime politique fort peut réussir à contenir les pulsions d’une société. S’en suivra une dédicace pleine de tendresse à Mussolini. Cette étude rapide n’est pas sans conséquence. Je découvre une vérité qui me rappelle ma part d’ignorance. Comme certains de mes camarades je le sais, ce sentiment de ne pas savoir ou de mal savoir n’est pas des plus agréables. Pour autant, me voilà heureux d’être un peu moins bête. J’ai pris conscience que malgré tous mes efforts pour m’inviter à la table de ceux qui savent, tant de choses m’échappent parce que je n’ai pas eu l’occasion, ni les moyens, de les apprendre. On ne va pas ici dresser de nouveau les contours d’un tableau que l’on connaît déjà trop. L’école reproductrice, l’hégémonie culturelle si merveilleusement expliquée par Antonio Gramsci …

Je suis allé ensuite de conférence en conférence sur internet, des camarades m’ont donné des références bibliographiques. J’ai ainsi découvert des réseaux bénévoles qui font un travail formidable pour rendre la culture accessible, pour permettre aux travailleurs jeunes et moins jeunes de pouvoir eux aussi apprendre et connaître. J’ai découvert le précieux travail d’une vingtaine d’universités populaires dans tout l’hexagone. Tous appliquent Gramsci. Sortir la classe ouvrière de l’ignorance ou du système de pensée imposé par la classe dirigeante. Les discours officiels, le poids colossal de l’économie, le langage dominant, les valeurs artificielles … Ainsi l’idée de Gramsci était au demeurant assez simple. Aucune révolution prolétarienne ne pourra aboutir positivement tant que nous n’armerons pas la classe ouvrière culturellement. Pour vouloir combattre le capitalisme et comprendre son intérêt de classe, il faut avoir conscience de son exploitation et des intérêts qui nous lient à d’autres individus. On le voit d’ailleurs fortement dans le parti. Depuis la fin des écoles centrales, depuis qu’il n’existe que de maigres outils de formation militante, il y a un profond recul idéologique dans nos rangs. Dans le même temps, il y a une très forte demande. Nos sommes juste dans l’incapacité de pouvoir y répondre comme il le faudrait. Les intellectuels marxistes se font rare et les espaces permettant d’organiser cette mission, peau de chagrin.

Alors j’ai expliqué sur les réseaux sociaux que si des camarades, des copains de l’associatif, des intellectuels progressistes ou des acteurs de l’éducation populaire étaient intéressés pour construire une université populaire ici, au cœur du bassin minier du Pas-de-Calais où le FN est en train de tout rafler, où la misère et la désespérance s’insinuent comme un poison dans les veines, alors peut être devrions-nous rapidement fédérer nos énergies et nos envies pour rendre cela possible.

J’ai depuis le départ l’intime conviction que le point initial de notre action politique se situe à ce niveau. L’explosion de l’internet alternatif, la crise du média papier, les critiques de plus en plus vives des émissions politiques et culturelles qui inondent les télévisions sont la preuve d’une overdose pour nombre de nos concitoyens. L’overdose en question ne suffit pas. Alors qu’il faudra nous battre pour rendre une alternative possible et crédible dans ce pays, des organisations politiques et syndicales suffisamment radicales et organisées pour enfin pouvoir asséner des coups, il nous faudra aussi et surtout armer nos congénères de classe. C’est le travail de nombreux acteurs déjà je le sais et je salue avec beaucoup d’admiration cet engagement. Mais il nous faut démultiplier cette action, lui donner plus de force. Tout cela avec nos petits moyens, nos réseaux chancelants au cœur de la tempête néolibérale.

Je réitère donc à nouveau ma proposition et peux permettre l’organisation d’une première rencontre pour échanger sur cette idée, pour faire un état des lieux de nos forces et remplir des salles dans nos quartiers pour des cours alternatifs, pour partager le savoir et élever la conscience collective. C’est de la sorte que nous pourrons sans doute enfin inverser les dynamiques populistes, l’écrasement culturel d’une classe décidée à nous mettre à genoux.

G.S

Le deuil de la surprise

Jean-Antoine_Watteau_La_Surprise,_oil_on_panelFormulation un peu étrange que ce titre. C’est la formule qui m’est venue en regardant dans le rétroviseur de l’histoire présente. Macron est formidablement conforme aux attentes que nous redoutions chez les uns, espérions chez les autres. Dans une sorte de communion politique gauche / droite totalement artificielle et médiatiquement maîtrisée, il fait le sale boulot, celui pour lequel il se retrouve dans le fauteuil de l’idiot utile, du roi sans couronne. Suppression presque totale du code du travail, réforme éducative pour graver dans le fait culturel le goût d’entreprendre, annonce récente par Le Maire d’une vague de privatisations pour nous dit-on financer l’innovation, européisme délirant pour assurer la discipline menée par l’Allemagne. Macron fait du Macron et cela rend la situation presque absurde. Nous avons le sentiment d’être enfermés dans une forme de déterminisme cauchemardesque qui déprime à l’avance les vieux briscards du syndicalisme de classe.

C’est en écoutant une récente émission de France Culture autour d’Emmanuel Todd que j’ai enfin réussi à ouvrir une page blanche de mon logiciel de traitement de texte (open office évidemment) et à matérialiser ma sortie officielle de l’été. Todd vient de publier une sorte de testament intellectuel où il fait le bilan de 40 ans de recherches démographiques pour nous livrer une histoire de l’humanité. Ainsi, le système familial souche autoritaire allemand explique pourquoi l’Europe est ce qu’elle est, pourquoi nous avons eu l’euro et une banque centrale indépendante. Macron, avant lui Valls, incarne la victoire en France de l’espace catholique zombie, les vieilles régions inégalitaires et hiérarchiques sur la vieille France centrale et méridionale, celle qui a fait la Grande Révolution.

S’il fallait donc rationaliser les évolutions historiques récentes et ne pas s’enfermer dans des débats philosophiques sans fin sur l’épouvantable crise métaphysique qui crucifie l’occident incroyant, Todd nous y aide avec brio. Il conclut son entretien sur France Culture en disant que l’abandon des classes populaires, s’il continuait irrémédiablement son chemin, mènerait la France à la désintégration. Nul besoin de lire les cartes pour le comprendre. Habitant du Pas-de-Calais, territoire sinistré, victime de l’Europe qui favorisa et planifia même la décentralisation industrielle vers l’Europe périphérique à bas coût, elle connaît aujourd’hui un FN à 40%, une stratification sociale et géographique très brutale et un rejet des élites viscéral. Le PS dans sa forme ultime est passé du pouvoir sans partage à la pulvérisation mortelle. Ici les grands barons socialistes qui ont vendu l’Europe en kit tout en se partageant les strapontins, qui ont espéré avec une quasi naïveté problématique que l’économie touristique allait pouvoir régler tous les problèmes, ont absolument tout perdu et se livrent une terrible bataille interne pour hériter des ultimes substrats auxquels ils peuvent encore goûter. Certaines morts sont particulièrement pathétiques. Nous ne profitons pas de cet effondrement autant se le dire, nous sombrons dans les profondeurs avec le reste du paquebot. C’est toute la gauche post-soixante-huitarde qui disparaît brutalement. C’est ce qui donne des ailes au post-marxisme labellisé Podemos en Espagne, France Insoumise en France. L’idée que le clivage dit traditionnel a fait son temps et qu’il faut plutôt asseoir l’idée d’un antagonisme peuple/ élite. Pas sûr pourtant que les préoccupations à venir des actuels bénéficiaires de contrats aidés soient les mêmes que celles d’un développeur web qui code un Meetic insoumis. Vaste débat …

Deuil de la surprise aussi de fait dans notre univers dit de la gauche radicale. Nous sommes désespérément là où on nous attendait. Incapables de créer l’unité, à peine dans l’alternative si cela n’est dans les méthodes de marketing politique. C’est à peine si on ose causer stratégie avec les camarades à la base. Il serait terrifiant de goûter l’amertume du renoncement, la volonté d’abandonner après avoir tout sacrifié. C’est la conséquence de la détestable aptitude de nos dirigeants à être les plus mauvais, à conforter le compromis de classe qui nous a mené au pire, à ériger de manière consciente ou inconsciente, la réponse à cette question peut s’avérer terrifiante, un mur entre les travailleurs eux-mêmes. Le réformisme, c’est le poison dissimulé dans le fruit rouge, celui qui crée la paralysie, l’enfermement doctrinaire, l’insipide espérance d’un capitalisme raisonnablement raisonnable. Pure folie en réalité, une hérésie même lorsqu’on travaille activement l’histoire sociale.

Depuis Jaurès on sait qu’il ne peut y avoir de victoire que dans l’unité des travailleurs et de ses organes politiques. Robespierre avant lui savait que le compromis bourgeois était un leurre abject, une farce de révolution, une ignominie sans nom. Comment pouvoir se dresser en héritier de cette histoire là et pratiquer la dispersion, le rejet systémique des autres forces de résistance.

L’intelligence tactique du révolutionnaire, elle est le résultat d’une capacité à percevoir les choses, à les sentir. Elle est dans la capacité à pouvoir créer les ponts, les connexions, pour consolider les forces existantes et permettre de réellement pouvoir espérer un rapport de force digne de ce nom quand celui-ci se fait presque inespéré. On ne parle pas de simples petites querelles de chapelles sans conséquence. C’est la survie de millions de travailleurs qui est en jeu. C’est la destinée de toute une civilisation qui se joue là maintenant. Je le dis précisément et avec la gravité suffisante pour que cela soit bien clair dans l’esprit de ceux qui n’osaient encore y croire. C’est peut-être même, le sort suprême de l’humanité qui est en train de se jouer. C’est l’acceptation de passer l’ultime cap du capitalisme et donc le risque scientifiquement avéré maintenant de l’extinction de notre ère. Todd dresse une histoire de l’humanité et une chose est sûre, cette histoire se terminera avec un maintien et même un renforcement des logiques en cours. Le productivisme poussé à l’extrême pour contrer la baisse tendancielle du taux de profit. Cela passera par le besoin de détruire toujours plus de capital vivant pour reprendre le luciférien jargon marxiste, donc perpétuer la hausse du chômage, creuser les inégalités, consolider l’aspect systémique de la crise, et surtout détruire tragiquement l’écosystème donc les conditions de la vie humaine sur terre.

On pourrait de fait aller jusqu’à dire que la survie sur terre est conditionnée à la victoire de notre camp. Voyons donc le chemin à parcourir, les verrous à faire sauter, les baffes à distribuer, la clarification à organiser pour être en état de combattre. Tous défiler le 12 septembre sans aucune brouille quelconque aurait été un pas minuscule mais un pas tout de même. Cela pour bien comprendre l’état de décomposition dans lequel nous pataugeons, nous nous débattons pour maintenir un souffle de vie.

Je ne voudrais pas paraître trop sombre dans mes appréciations, dans ce texte. Cela ne serait pas le reflet de ce que je pense réellement. Je ne suis pas désespéré, je ne suis même pas accablé. Je suis en colère mais certain que nous y arriverons parce que nous devons y arriver. Certain qu’il y a suffisamment d’intelligence et de courage à la base pour un jour savoir remettre tout le monde au pas et pouvoir passer la vitesse supérieure. Quand ? Comment ? Je n’en sais rien et ce que je peux percevoir me fait dire « pas dans l’immédiat ». Mais des contre-ordres à des positionnements critiques émergent. Une section départementale de FO ici ou là décide de rejoindre quand même les cortèges du 12. Mailly a d’ailleurs du faire une sortie médiatique pour railler ceux qui prendraient cette décision. Les choses avancent donc. C’est lent, c’est tâtonnant, mais cela avance. Je garde donc une forme d’optimisme que certains penseront crétin mais qui n’est pourtant pas une simple utopie, qui repose sur l’analyse de faits, sur de précieuses études sociologiques, démographiques, historiques. Alors pas de surprise en cette rentrée mais le bonheur d’avoir croisé la route de Todd en ce dimanche, qui m’a permis de prendre le temps d’écrire et surtout de penser.

G.S

Pour un parti communiste au service des classes populaires (publié dans « Communistes 62 »)

PCF-paris-coupole« Je n’admets pas, que l’on puisse avec des phrases et des mots vides de sens, parler d’optimisme ». Cette phrase n’est pas celle d’un grand philosophe allemand toujours prompt à analyser les concepts, mais de l’enfant du pays, ce grand dirigeant communiste, chez qui la fonction publique puise sa paternité, Maurice Thorez. Alors que depuis des années, certains s’évertuent à faire douter les communistes de la puissance de leur projet, de la grande et parfois héroïque histoire qui fût la nôtre, du talent et de la redoutable intelligence des hommes et des femmes qui l’ont façonnée et continuent ici ou là à la façonner, Thorez démontre sans même le savoir, une fois encore, la justesse de l’analyse qui fût toujours la sienne, elle qui sonne comme une terrifiante mais exacte prémonition. Car cette phrase, n’est-elle pas le parfait résumé de ce qu’est Macron et le macronisme ? Le discours creux, manipulateur, simulant les traits de la modernité, de l’espoir ressuscité, alors que le projet politique qui se dérobe derrière les mots est en fait vieux comme le monde, vieux comme les premiers essais sur la main invisible, vieux comme les premières offensives violentes et radicales de la dame de fer et du cow-boy de Washington dès le début des années 1980.

Ce néolibéralisme destructeur qui va plonger l’Amérique latine dans la dictature, la corruption, l’exploitation radicale. Ce même néolibéralisme qui va totalement maltraiter la classe ouvrière britannique et en premier lieu les mineurs. Ce dernier qui va déséquilibrer des États entiers aux États-Unis en laissant mourir l’industrie manufacturière. Ce néolibéralisme, ciment de la construction européenne depuis l’acte unique pour ne pas dire depuis sa création, qui plonge dans une guerre concurrentielle totalement larvée les nations européennes du nord et du sud les unes contre les autres. Tout cela prend, soyons au moins d’accord sur ce constat, les accents du chaos. C’est une des illustrations de la fameuse stratégie de choc conceptualisée par Naomi Klein.

Tu te demandes finalement camarade où veut en venir ce texte et où se situe le lien avec le titre. Pourquoi présenter le lancement de la grande souscription fédérale de la sorte. Sans doute parce qu’il serait bon de nous rappeler pourquoi notre société, pourquoi les millions de travailleurs français, la plupart réfugiés dans le mutisme, dans l’abstention ou perdus dans le vote FN, ont besoin du PCF. Combien nous souffrons aujourd’hui de l’absence de communisme, de l’absence d’un grand parti populaire enraciné à la fois dans le quartier et dans l’entreprise.

Quelques uns chez les communistes, assez timidement quoi qu’avec détermination, finissent par penser et dire que l’avenir ne réside pas dans les partis, vieilles carcasses d’un vieux monde. L’avenir, ça serait le mouvement. Un mouvement volontairement ambigu, sans structures de direction, sans règles collectivement établies. Il faudrait simplement suivre le chef comme des apôtres suivent leur dieu. Cela ne peut raisonnablement pas être le chemin de l’émancipation.

Faire vivre le parti, se donner les moyens d’avoir des outils pour parler aux masses, d’avoir des sections et des cellules au plus proche de la réalité, d’avoir des élus combatifs et dévoués, c’est faire œuvre de résistance face à ces évolutions du monde. C’est se donner les moyens de ne pas faire mourir le vieux rêve du commun, voilà qui fera plaisir à Pierre Laurent. Tout est à nous, rien est à eux crions-nous en manif. Tous, à la base, nous ne lâchons pas ces mots avec légèreté, sans les peser.

La dernière séquence électorale, tu le sais, a été difficile pour nous. Les divisions idiotes, l’hyper-abstention, les mécanismes monarchiques du régime présidentiel, notre disparition des écrans radars suite à notre ralliement à Mélenchon sans conditions, tout cela a rendu la tâche de nos valeureux candidats aux élections législatives extrêmement compliquée. Il se sont tous battus, ont fait de leur mieux mais les résultats sont historiquement bas. Le parti fait un peu plus de 2 % à échelle nationale. C’est, disons-le, l’aveu d’un échec, celui d’une stratégie d’effacement. Que dire de ce poste de député dans le lensois, perdu à une poignée de voix dans des circonstances qu’il n’est pas besoin de rappeler. Avec un vrai éclairage public, les choses auraient peut-être pu en être autrement.

Il est donc crucial que chaque communiste participe selon ses moyens à créer les conditions de la solidarité financière avec nos candidats non-remboursés qui, pour certains d’entre-eux, ont contracté un prêt personnel pour financer la campagne. Nous l’avons toujours fait et nul doute qu’une fois encore chacun saura prendre ses responsabilités et démontrer son attachement viscéral au parti, à son parti.

L’élection de quatre députés d’extrême-droite dans le bassin minier est un signal terriblement fort qui traduit la grande dangerosité de la période. Aussi la résistance à cette situation ne peut pas se résumer à la politique de la terre brûlée ou du coup d’éclat médiatique. « Quand on n’est pas les plus forts, on doit être les plus sages » écrivait le grand Zola dans Germinal. C’est le pari que nous devons faire. Forts de notre histoire, de notre expérience dans la lutte, de notre puissant réseau militant, donnons-nous donc les moyens d’incarner plus que jamais la sagesse révolutionnaire dont le peuple, préférons-y les prolétaires, a un impératif besoin.

G.S

Mes parents, ces héros de la classe ouvrière !

ses5_adler_001fJ’ai suivi d’assez près les travaux actuels de l’Assemblée concernant les ordonnances. Ces fameuses ordonnances qui vont permettre au gouvernement d’avoir les coudées franches pour dynamiter le code du travail, pourtant déjà sévèrement encorné par les lois Macron et El-Khomri. Mesurons à quel point la bataille qui s’annonce ne peut se résumer à une simple confrontation juridique. C’est bien le code du travail comme aspect symbolique qui est attaqué. Oui il s’agit de recommandations de la commission européenne, oui l’Allemagne veut faire plier le dernier pays qui résiste encore au libéralisme débridé pour tuer définitivement toute possibilité de résistance à son projet impérialiste, comme l’a révélé Yanis Varoufakis, alors ministre de l’économie grec maltraité par le duo Merkel-Schaüble. Mais à une échelle franco-française, c’est la possibilité de mettre à genoux la classe ouvrière, aujourd’hui désarmée et affaiblie, après qu’elle su durant plus d’un siècle arracher une série de conquêtes lui donnant une existence sociale et politique dans l’entreprise comme dans la société.

Qui peut sérieusement croire l’idée que si demain les accords de branches ou les cadres nationaux laissent place à des accords d’entreprise, le salarié et son patron seront sur un pied d’égalité pour négocier les conditions de travail ? S’il nous a fallu arracher le principe de la hiérarchie des normes au prix de luttes parfois violentes, c’est bien parce que nos aïeux savaient qu’il existe irrémédiablement un rapport de subordination entre le salarié et le chef d’entreprise. Comment pourrait-il en être autrement à partir du moment où vous devez vendre votre force de travail en échange d’un salaire ? Ainsi, il faudrait être terriblement crédule ou particulièrement vicieux et mal intentionné pour vendre l’idée d’un possible dialogue social dans l’entreprise. Le dialogue sous-entend la possibilité d’une écoute réciproque, d’une forme de sagesse dans l’échange, d’une volonté d’apaisement qui servirait l’une et l’autre des parties. Imaginer un tel rapport dans l’entreprise relève de la métaphysique.

C’est le même principe que d’imaginer Muriel Pénicaud, ministre du travail, ancienne directrice générale adjointe chez Dassault systèmes de 2002 à 2008, directrice générale des ressources humaines chez Danone de 2008 à 2013, directrice générale de Business France en 2015, une agence au service de l’internationalisation de l’économie française, mener un chantier aussi vaste que celui dont on parle avec comme boussole l’intérêt des salariés. Cette haut-fonctionnaire passée par la case privé, comme beaucoup de ses condisciples, fait partie de ce corps social chargé d’exécuter les recommandations de la bourgeoisie. C’est ce que Marx appelle la petite bourgeoisie.

Pour clore la démonstration, je me range moi à la sagesse de Saint-Just qui disait « la force n’a ni droit ni raison, mais il peut être impossible de s’en passer pour faire respecter le droit et la raison ». Autrement dit, seul le rapport de force peut produire des résultats pour celui qui se trouve en situation de domination.

Il faut reconnaître à Muriel Pénicaud une forme d’efficacité dans la tâche qui est a la sienne. Elle a mené avec autorité pour ne pas dire autoritarisme les débats en commission des affaires sociales sans jamais flancher. Elle ne s’est jamais laissée entraîner sur le terrain de la dialectique continuant à délivrer les éléments de langage de notre époque politique. Aucun amendement retenu, un calendrier serré … C’est une véritable blitzkrieg sociale à laquelle elle se livre. Elle le sait d’avance, il ne pourra y avoir qu’une victoire au bout. Son groupe parlementaire est totalement fanatisé par la ligne politique qu’elle défend. Ces jeunes députés macronistes sont tous les produits de la méritocratie petite bourgeoise vendue dans nos grandes écoles alignée sur la pensée dominante anglo-saxonne. On pourrait d’ailleurs disserter sur le poids toujours plus grand de l’anglais dans les cours et concepts délivrés là-bas.

Comment ne pas trouver savoureux et en même temps surréaliste l’échange provoqué par Ruffin dans l’hémicycle lorsqu’il fait la démonstration de la grande voracité du groupe Auchan et le décalage de la loi pour limiter cet instinct de prédation et de captation. La réponse du rapporteur, député macroniste, ancien DRH de chez Auchan, va rentrer dans les annales. Ruffin et ce député incarnent deux mondes totalement distincts jusqu’à parler deux langages totalement étrangers l’un à l’autre. Ce décalage est sidérant (ici).

C’est en voyant à l’œuvre tout ce beau monde à l’image de ce député macroniste, qui n’a pas même idée de ce que peut être la dureté du travail dans les usines, sur les chantiers, dans une exploitation agricole, que j’ai pensé à mes parents. Par chance, ils sont la parfaite incarnation de ce qu’est la conscience de classe. Je ne suis pas aujourd’hui communiste par le pur fruit du hasard.

Je n’ai jusque-là que peu écrit sur mes parents. Il y a toujours quelque chose de très freudien, d’assez effrayant qui laisse planer son ombre sur une telle entreprise. J’ai été rassuré là-dessus à la lecture d’un article paru dans le Nouvelobs dans lequel la sociologue Annie Ernaux, grande figure intellectuelle de notre temps, évoque ce phénomène. L’écriture est une approche presque psychanalytique dans notre rapport à notre intimité. Pas étonnant par ailleurs qu’Ernaux a traité de concert la question des origines sociales avec celle de la sexualité.

Malgré cette difficulté connue, j’ai senti le besoin irrépressible d’écrire sur mes parents. Au milieu de ce chantier législatif ce sont leurs visages, leurs trajectoires qui me hantent l’esprit. D’abord pour une raison tout à fait évidente : ils seront en première ligne dans les victimes de cette future loi. Mon père est carrossier peintre dans une petite SARL qui vivote, dans des conditions de travail dignes du XIXe siècle, ma mère est aide-soignante dans un système hospitalier public en décrépitude. L’un comme l’autre savent ce qu’est la souffrance au travail et à quel point le dialogue social est un leurre grossier. L’inspection du travail a pointé une fois le bout de son nez dans le garage où travaille mon père. Ils avaient promis de passer de nouveau, ils ne l’ont jamais fait. Aucune mesure coercitive à l’égard du patron, rien … Mon père pourra continuer à travailler sous les vieilles tôles remplies d’amiante, dans les courants d’air glacés des rudes hivers du nord, sans respect des règles d’hygiène de base … Cela fait déjà 30 ans qu’il supporte la chose. Il est certain que notre loi travail à nous, si notre classe était au pouvoir, consisterait par exemple à renforcer l’inspection du travail, avec d’importants recrutements d’inspecteurs du travail, avec une législation renforcée, un suivi étroit des dossiers et des mesures punitives plus dures. Il n’en sera rien dans le cas présent, sans surprise.

J’ai donc la possibilité de mettre un visage sur l’enjeu de civilisation qui se joue. Cette loi travail est en chantier en même temps qu’une importante loi économique où on annonce déjà 3 milliards d’euros de baisse d’impôts pour 3000 familles. Comment pouvoir nier encore qu’au cœur de cette offensive, c’est la lutte des classes dans son éclatante vérité qui se révèle ? La classe à laquelle j’appartiens, celle de mes parents, est indéniablement en train de la perdre. Mais le grand Henri Malberg qui vient de nous laisser orphelins, a sa vie durant rappelé ô combien notre combat repose sur une vision diachronique optimiste. Je me dois d’être optimiste parce que le sort de mes parents est en jeu. Qu’ils sont à mes yeux des héros de l’ordinaire. Il y a presque une part de sacré dans la manière dont je les vois. Des travailleurs courageux, honnêtes, qui dès le plus jeune âge m’ont appris à détester les patrons. Ils m’ont inculqué des valeurs cardinales essentielles. La probité à toute épreuve, le sens de l’intérêt commun, le respect, le courage et le sens de l’effort. Jamais je ne les ai vu craquer alors que j’ai compris avec le recul, jeune adulte que je suis, les colossaux sacrifices et efforts qu’ils ont fait pour que mon frère, ma sœur et moi ne manquions jamais de rien. Je leur dois tant. Dans une sorte de conviction immuable, j’ai le sentiment que je dois être à la hauteur de ces sacrifices, de cet amour viscéral qui est le leur.

J’ai aujourd’hui des responsabilités politiques, un engagement militant clair et défini, une parole publique via ce blog et les tribunes qui me sont parfois offertes. C’est pour cela que je lie presque mécaniquement mon engagement contre la loi travail à ma trajectoire familiale, à mes parents. Pour paraphraser de nouveau Annie Ernaux c’est l’idée de « venger ma race ». Elle qui n’a rien d’autre que sa force de travail et cette possibilité de mobilisation politique et sociale pour ne pas totalement plonger dans l’asservissement brutal.

G.S

La malbouffe, une perversion du capitalisme

3042477343_fea69e08e4_bIl y a fort longtemps maintenant que je voulais traiter, sans être un spécialiste de la question, mais parce que le phénomène me frappe fortement et qu’il devient un problème de société comme on dit, de la question de la malbouffe. En effet, alors que je passe des heures dans les grandes surfaces pour faire le choix de mes produits, regardant avec soin leurs provenances, le tableau énergétique de ces derniers, les éventuelles appellations contrôlées, je remarque mécaniquement ce que déversent sur les tapis roulants de la caisse les clients qui m’entourent. Soda, produits transformés, sucre, sel à outrance … Les comportements alimentaires sont tels qu’ils posent d’importantes problématiques de santé publique. Obésité, diabète, cholestérol, maladies cardio-vasculaires … Les chaînes de restauration rapide tournent à plein régime, les produits à réchauffer au micro-onde, bourrés de sucre et souvent de sel, connaissent un succès populaire indéniable et les comportements addictifs et à risque explosent.

Il y a peu, des médecins américains publiaient une enquête alarmante pour dénoncer les effets dévastateurs du Coca Cola qui cause des milliers de cas de Cirrhose outre-atlantique. La stéatose métabolique non alcoolique (NASH), est le résultat d’une consommation anormalement élevée de sucre qui a pour conséquence de rendre le foie « gras ». L’enquête estime que 20 % de ceux qui en souffrent peuvent contracter une cirrhose et même un cancer du foie. Le phénomène est tellement grave que l’OMS a du publier des recommandations appelant à limiter la consommation de sodas, y compris light qui habituent le palais aux saveurs sucrées.

Autrement dit, la grande distribution, main dans la main avec les géants de l’agro-alimentaire, nous empoisonnent en toute légalité et nous encouragent même à la consommation de masse via la publicité et des techniques de marketing de plus en plus élaborées et novatrices. Souvenons-nous du scandale révélé par Élise Lucet sur le jambon, piqué au nitrite de Sodium pour lui donner cette belle couleur rosée. Le problème du nitrite de sodium c’est qu’il peut être responsable du cancer colorectal. Les dangers sont connus mais les publicitaires savent bien que le gris naturel de la viande de porc ne permettrait pas de vendre aussi bien le jambon.

Sur l’échelle de la morale piétinée, que dire de ce lien évident entre le prix et la qualité du produit. En effet, plus un produit est accessible par son prix, plus il est dangereux car de qualité discount. C’est l’ouvrier chez Lidl ou Aldi et le cadre supérieur dans les nouveaux magasins bio à la mode. La luttes des classes jusque dans les assiettes.

On pourrait donc se contenter de cet état des lieux, le dénoncer, multiplier les complaintes et autres offuscations. Mais il me semble qu’une analyse politique plus fine s’impose. Cette logique ne tombe pas du ciel ou n’est pas inhérente au progrès ou à je ne sais quelle évolution de société contre laquelle on ne peut rien.

Dans La situation des classes laborieuses en Angleterre publié en 1845, Engels évoque déjà ces travers et revient sur un phénomène bien connu à Londres concernant la qualité du pain où on allait jusqu’à mélanger la farine avec du plâtre pour réduire les coûts de production. Engels et Marx évoquent ce phénomène en le liant à la théorie de la valeur, colonne vertébrale de la pensée marxiste. Parce que le capital cherche à diminuer la valeur de la force de travail, il lui faut agir pour faire baisser la valeur des produits nécessaires à la vie, à la reproduction sociale. Vous admettrez que le phénomène devient donc éminemment politique. La standardisation alimentaire, la substitution du modèle agricole traditionnel par l’industrie agro-alimentaire en même temps que la constitution d’un capitalisme industriel avec de fortes concentrations ouvrières urbaines, répond à des logiques propres au capitalisme. C’est l’articulation prouvée entre les salaires, les prix et les profits.

Ainsi, batailler aujourd’hui pour défendre une agriculture raisonnée, pour fermer les gigantesques exploitations hors-sol, pour revenir à des circuits-courts, pour un retour au modèle coopératif voire à des modèles de planification publique, n’est pas une posture bobo ou une préoccupation secondaire, c’est le cœur de la lutte anticapitaliste en réalité. C’est sortir des logiques d’exploitation et de rentabilité, c’est se réapproprier notre modèle de consommation priorisant la qualité, la préservation des ressources, la santé publique et l’épanouissement personnel.

Les communistes doivent donc impérativement se saisir de cette question et lancer de grandes batailles populaires de sensibilisation, d’explication et aider à la création de modèles alternatifs. Le marxiste que je suis ne croit pas à la loi de l’exception ou de l’îlot de résistance. Il faut évidemment soutenir l’expérimentation et l’initiative individuelle mais il faut surtout faire de la politique à grande échelle et mettre du contenu dans les batailles à construire.

Le refus de l’Europe, parce que l’anticapitalisme ne peut plus faire l’économie de cette étape, peut aussi prendre ce chemin-là par exemple. Si certains sont frileux sur les questions de souveraineté notamment monétaire, alors peut-être comprendront-ils à quel point l’Europe a été un vecteur d’accélération de ce modèle industriel. La création d’une série de normes autoritaires ont poussé à la disparition de petites et moyennes exploitations agricoles partout en Europe pour favoriser des structures de type industriel à coup de milliards de subventions. L’Europe est aujourd’hui un espace de coopération économique tel que l’imaginaient les américains à la sortie de la seconde guerre mondiale. Il fallait pouvoir doper le modèle capitaliste industriel pour détourner le regard vers l’ouest et ne pas se laisser aller à la tentation du communisme très fort notamment en France et en Italie. Cela a donné les fameuses 30 glorieuses. L’industrie a été gourmande en main-d’œuvre qu’il fallait pouvoir nourrir. Le capitalisme s’inscrivant dans des logiques de rentabilité et de recherche permanente du profit, a donc édifié ce modèle alimentaire. L’Europe a permis l’universalisation de ce dernier à court-terme.

Je ne peux ici m’empêcher de valider la prophétie clouscardienne de néo-fascisme. En effet la grande perversité du modèle est d’allier les logiques de rentabilité et de profit du capital avec une servitude par le désir en poussant à la consommation de masse via l’exaltation des affects. S’il fallait faire un brin d’humour sarcastique, nous dirions sans doute que les publicitaires seraient les premiers sélectionnés pour la guillotine. La grande force du modèle est de pouvoir psychologiquement retourner la culpabilité sur les consommateurs eux-mêmes. Car oui, à l’heure de la glorification du parcours individuel, fruit pourri post-soixante-huitard, chacun est responsable de son comportement et de ses actes, vertueux ou vicieux. Si un consommateur consomme mal, c’est évidemment de sa faute. Il n’est pas, bien sur, conditionné à le faire.

Alors, je me permettrais une relecture prosaïque de Voltaire. Cultivez votre jardin camarades-citoyens. Passez du temps dans vos jardins, plantez vos légumes, faites vos graines, arrosez avec délicatesse et soin vos fruits et légumes. Si vous le pouvez, faites plaisir à votre entourage en distribuant vos salades, vos tomates. Encouragez vos amis, votre famille à en faire autant. Buvez de l’eau, un bon vin avec modération, avec vos amis. Faisons de l’éducation à grande échelle dès le plus jeune âge à la nourriture saine, au partage de la terre et de ses bienfaits. Et puis surtout réédifions collectivement la politique du commun (voilà qui fera plaisir à Pierre Laurent). Une réappropriation de la terre, la sortie du modèle agricole des standards industriels, du capitalisme, une politique nationale de santé publique volontariste comme le font les cubains. C’est en cela que le communisme est définitivement une idée neuve.

G.S