C’est parce qu’elle est orpheline que la droite française risque la division.

ImageL’immense historien René Rémond, nous a livré une étude qui fait date en science politique, « Les droites en France ». Oui les droites et non pas la droite. Même si sa thèse est remise en cause, Rémond a identifié dans sa thèse une typologie de la droite qui serait divisée en trois grands courants issus de la Révolution Française.

Une droite contre-révolutionnaire (Copé, Boutin, Morano), une droite Orléaniste (les centristes) et une droite bonapartiste (les héritiers du gaullisme : Fillon, Baroin, Juppé). Ces droites ont des origines et des originalités conceptuelles qui peuvent difficilement les unir dans le temps. La droite d’ailleurs, nous dit Rémond, n’existe que par ce qu’il y a la gauche. C’est ce clivage existant depuis la grande Révolution qui a fait en sorte qu’historiquement cette droite a pu parfois trouver les moyens de s’unir et de gouverner ensemble. Bien entendu le temps et les expériences ont fait que ces trois droites ont évolué. Plus ou presque plus de royalistes, une part non négligeable d’athéisme, même si la religion et ses dogmes gardent une place importante y compris et surtout dans l’appréciation des évolutions sociétales. On le voit sur la question du mariage pour tous.

Déjà à l’époque du RPR, Chirac a eu de grandes difficultés à unir la famille de la droite sous une même bannière. Les giscardiens sont une composante à part entière de la droite et ont un véritable poids politique. L’opposition aux gaullistes est réelle et marquée. C’est l’essor des théories économiques libérales anglo-saxonnes et l’adoption de grandes avancée sociales pour le monde du travail dans les années 1980, ainsi que des chamboulements profonds de la société avec la dépénalisation de l’homosexualité et le PACS, l’abolition de la peine de mort, et ce bond en avant de la technologie qui ont sans doute aidé à cimenter un bloc de droite illusoirement homogène, l’UMP. La chiraquie est sur le déclin et les courants libéraux nourris par une mondialisation anglo-saxonne qui exporte les McDonald et les théories de l’offre et du choc des civilisations prend petit à petit l’ascendant. C’est là que Sarkozy est devenu ce personnage emblématique à droite, une sorte de guide. Oui la sémantique n’est pas anodine, la notion de guide renvoyant à des courants politiques de droite extrême. Mais il y a ce mélange de nationalisme-patriotique puant, pas celui lumineux dans lequel prend racine la République. Un autre qui justifie le rejet de l’autre, la théorie du bouc-émissaire. Il y a chez Sarkozy ce populisme développé autour des idées du mérite, de l’effort, du travail. La volonté de mettre sur pieds un grand parti politique monolitique, discipliné, populaire au service du chef. Tout cela est enfin enrobé de la pensée contre-révolutionnaire parfaitement articulée par Henri Guaino, la plume de Sarkozy et Claude Guéant, le cerveau stratégique de la machine électorale sarkozyste. C’est parce que tout est bien huilé et que tout le monde entre dans le rang que l’UMP de Sarkozy est une réussite à droite.

Un grand syndicat patronal et une droite unie derrière un chef, et voilà les plus grands reculs sociaux de ces dernières décennies. On détricote les héritages du CNR, on casse l’école qui ne doit avoir pour seule ambition que de former de futurs travailleurs, on fabrique un climat de peur, une crise de l’autorité, les élites s’enferment dans la théorie du déclin. La lutte de classes n’est pas un mythe et qui mieux que la droite sait à quel point cette trouvaille de Marx est une réalité de notre ère. Tous les coups sont permis. Diviser pour mieux régner.

La social-démocratie elle se révèle enfin comme ce qu’elle est. La vieille maison de Blum peut prompt à résister, à sombrer dans les méandres du libéralisme. Le PS qui sociologiquement a toujours (plus encore maintenant) compté dans ses rangs de nombreuses personnalités de la bourgeoisie provinciale, s’est vite coupé de la condition sociale ouvrière et a vite abandonné l’idée de renverser l’ordre existant. Les apparences sont trompeuses ; le PS a certes tous les pouvoirs entre ses mains aujourd’hui, il vit une grave crise identitaire dont il ne se remettra sans doute jamais. Il vit ces dernières années sous la forme que nous connaissons.

Tout cela donc pour donner un éclairage un peu plus intéressant sur les derniers événements, sur cette guerre des chefs à l’UMP. C’est bien parce qu’elle est orpheline, que l’UMP est en crise et que l’éclatement de la famille de la droite va sans doute être bientôt d’actualité. Elle est en tout cas tout a fait probable. Dernière petite chose tout de même. Copé, on l’a vu, n’avait pas la majorité chez les sympathisants de droite, d’après les sondages. Fillon était loin devant. On voit donc cet effet de balancier vers la droite, décrit par de nombreux historiens et politologues. Copé anticipe une nouvelle droite de droite, autour d’accords plus ou moins officiels avec le Front national. Une évolution trop vite anticipée, puisque la société elle préfère toujours s’inscrire dans des marqueurs républicains , avec un attachement à l’État, aux services publics et à la liberté. Et, c’est parce que la nature a horreur du vide, que le PS suit ce mouvement de balancier et gravite aujourd’hui entre le centre-gauche et le centre-droit.

G.S

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Nous ne sommes ni dans la majorité, ni dans l’opposition. Nous sommes communistes !

L’hiver est à notre porte … Il s’installe doucement mais sûrement rendant le soleil beaucoup plus rare mais nos petits instants de déprime beaucoup plus nombreux. Le froid, le manque de soleil et de chaleur et le contexte de morosité ne nous poussent guère à plus d’élan ,d’entrain ou de bonne humeur. Pourtant hier j’ai passé une journée magnifique aux côtés de mes amis et camarades syndicalistes qui avaient répondu présent à l’appel des centrales syndicales engagées dans la journée d’action européenne du 14 novembre.

Le matin, une belle délégation de militants et d’élus communistes dont je faisais partie a rejoint le cortège de la CGT à Lens. Pas nombreux mais déterminés, nous avons foulé le bitume lensois avec la conviction et la hargne qui nous animent tous. Quelle fraternité, quel plaisir de se retrouver les uns les autres durant ce moment de lutte. Cette simplicité, cette camaraderie me font toujours le même effet. C’est bon de vivre ça, de le partager. Chacun y va de son analyse, de son coup de gueule et parle avec beaucoup de cœur et de précision de l’état de sa boutique. Partout le même constat, les mêmes craintes. Partout la peur d’être aspiré par le tsunami austéritaire qui cause 800 suppressions d’emplois productifs chaque mois dans la région Nord Pas-de-Calais. Doux, Durisotti, MSI Mecastamp, la cristallerie, la Française de mécanique, Renault Douai, Faurecia et j’en passe. Les plans de licenciements sont tombés ou planent sur la tête des salariés.

Face à cette terrible réalité, s’habiller en marinière ne suffit pas ! Le gouvernement Ayrault a fait sienne les propositions du rapport Gallois sur la compétitivité avec toujours les mêmes vieilles recettes libérales. La baisse du coût du travail pour les entreprises. J’en profite pour rappeler qu’on parle de cotisations sociales d’ailleurs. La sémantique est révélatrice d’un état d’esprit général de nos élites. Alors notre bon premier ministre annonce un pacte de compétitivité qui ressemble plus à un « choc » (expression dont raffolent actuellement les économistes les plus libéraux) de compétitivité. Un crédit d’impôt sur la compétitivité et l’emploi de 20 milliards d’euros financé en contre-partie par une hausse de 0,4% de la TVA. On décharge donc les entreprises et on fait payer les ménages. Oui vous n’avez pas rêvé, Sarkozy a bien été battu en mai dernier. Pourtant 6 mois après, la politique économique de la France demeure irrémédiablement la même. Un projet de loi de Finances 2013 qui nous engage dans une rigueur historique avec pas moins de 10 milliards d’euros d’économies de dépenses publiques. 20 milliards de recettes fiscales supplémentaires supportés majoritairement par les salariés.

Le PS dépasse les espérances, les rêves les plus fous du patronat, et inscrit durablement la France dans un phénomène qui ne cache plus son nom, l’austérité. Nous y sommes. Ce que nous regardions de loin à Athènes, à Madrid ou à Lisbonne, avec la fausse assurance de ne jamais le connaître dans le pays, a passé nos frontières. L’Europe légitime tout cela via le traité dit TSCG que nos amis socialistes ont voté presque comme un seul homme au parlement. Ayrault a été un bon soldat : il a préparé avec beaucoup de talent le terrain à cette austérité consciemment organisée. La social-démocratie s’est rendue complice de l’affaire. Rassurez-vous tout de même, le grand patronat rentier qui a fait sienne la théorie marxiste de lutte de classes, a pris les dispositions nécessaires pour se faire beaucoup d’argent. Ne vous y trompez pas, une crise systémique comme celle que nous connaissons permet de faire beaucoup d’argent. 37 milliards d’euros de dividendes versés sur l’exercice 2011 par les entreprises cotées. Plus de 80 milliards d’euros d’avoir français non déclarés en Suisse recensés en 2010. On peut évoquer la fraude fiscale aussi qui se chiffre à plusieurs milliards d’euros chaque année. Nous produisons par ailleurs presque 2000 milliards d’euros de richesse chaque année. Un chiffre record. Notre pays n’a jamais été aussi riche. Dans le même temps, notre pays n’a jamais aussi mal réparti cette richesse créée entre le capital et le travail. Les banques françaises elles, se portent bien puisque elles réalisent 21 milliards d’euros de bénéfices. Difficile à imaginer quand il y a quelques semaines, nous avons pris la décision au conseil municipal d’Avion de repousser la construction d’une nouvelle école au quartier des cheminots faute de pouvoir accéder à l’emprunt. Ce capitalisme fou et vorace fait marcher notre monde sur la tête.

Un mot également sur le projet de loi de finances 2013 de la sécurité sociale. On n’y lit aucune remise en cause des mesures prises par la droite qui ont fait reculer l’accès aux soins. Un budget d’abord comptable qui mettra encore plus à contribution les consommateurs (bière, tabac) et qui fait fi du principe de solidarité en soumettant les retraites imposables (à partir de 1215€/mois) à une taxe de 0,3 %. Pendant très longtemps, notre système de santé a été considéré comme l’un des meilleurs du monde. Cela étant dit, c’est une réalité : notre système de santé universel, ouvert à tous, ne l’est déjà plus quand 20 % des français sont obligés de retarder leurs soins pour raisons financières. Et pour cause. Il vaut mieux avoir une bonne mutuelle si l’on veut être remboursé de bien des frais engagés (dépassements d’honoraires, franchises, forfaits divers, sous-remboursement des médicaments, etc). Or cela n’est plus donné à tout le monde : 4 millions de travailleurs pauvres y renoncent faute de moyens financiers ! C’est cette terrible réalité qui a poussé les parlementaires communistes à voter contre cette proposition budgétaire. Les médias ont bien entendu d’avantage instrumentalisé ce vote que tenté de l’expliquer. Les communistes sont dans l’opposition avec la droite. Voilà ce qu’on a pu lire, entendre, et voir ces derniers jours. C’est minable et vraiment grossier. Les parlementaires du Front de Gauche s’inscrivent dans une démarche salutaire. Ils réfutent les projets de loi s’inscrivant dans une démarche d’austérité, de contraction de la dépense publique et apportent leur soutien aux projets qui vont dans le sens d’une amélioration de la condition sociale du plus grand nombre.

Ça devient bien plus intéressant qu’une incantation débile nous déclarant complice de la droite dans une machination qui aurait pour but de déstabiliser la majorité actuelle. Ce que nous désirons plus que tout c’est être utile aux salariés, aux français les plus en difficulté. En mai dernier, nous avons participé de manière décisive à la défaite de Sarkozy. Les promesses de changement de certains restent lettre morte, à notre plus grand regret. Des économistes talentueux tirent pourtant la sonnette d’alarme et demandent une relance de l’économie par la demande, comme devrait d’ailleurs le faire un gouvernement dit de « gauche ». Rien n’y fait ! Le président Hollande garde solidement le cap Merkel. Même sur le plan sociétal et symbolique il s’inscrit dans le renoncement. Aucune amnistie concernant les syndicalistes sanctionnés sous l’ère Sarkozy pour s’être opposé à des fermetures de compteurs entre-autre. On enterre le projet de vote des étrangers vivant en France aux élections locales sous de faux prétextes mathématiques. Toujours aucune mesure forte contre les expulsions de logements, les coupures d’eau et d’électricité. Maintien de la politique réactionnaire dans la gestion des dossiers de sans-papiers, des Rroms … Pas un mot, ni même une ligne sur la question de la création d’un État palestinien . On se souvient que François Hollande s’était rendu durant les élections présidentielles au dîner du Crif. La cause palestinienne exige de la part d’un gouvernement progressiste autre chose que ce qui se fait pour l’heure. Pas d’abrogation de la loi Bachelot pour les hôpitaux publics, maintien du gel des dotations aux collectivités locales qui sont au bord du gouffre … Le bilan est accablant !

Le tandem Hollande/Ayrault fait donc le choix de s’inscrire dans l’héritage des Papandréou, Zapatéro et Socrates. Plutôt que de soutenir le mouvement de transformation sociale qui a lieu en Amérique Latine, on décide de rester dans le commandement intégré de l’OTAN. Une position révélatrice de l’affirmation précédente.

Le secrétaire général de la CGT a demandé à Hollande de choisir son camp. Les communistes savent bien quel est le leur. Samedi prochain à Lille, nous organisons un grand forum de l’industrie avec les syndicalistes pour aller plus loin que le simple état des lieux. Nous voulons être porteur de propositions concrètes et surtout audacieuses. Nous étions hier dans la manifestation de dimension européenne. Nous étions en fin de semaine dernière avec les Doux et les Durisotti devant la sous-préfecture de Lens et celle de Douai. Nous nous battons pour la constitution de fond régionaux pour l’emploi, pour la constitution d’un pôle public bancaire permettant le maintien d’activité et l’investissement dans la recherche. Nous exigeons le SMIC à 1700 euros et 14 tranches d’imposition pour lisser l’effort fiscal et pour aller chercher l’argent où il est. La nationalisation des entreprises du secteur énergétique, une grande réforme de la santé publique et une grande réflexion sur la création d’une réelle démocratie au sein de l’entreprise permettant aux représentants du CE de participer au schéma stratégique des entreprises.

Tant de propositions que nous aurions souhaité voir en débat au sein des hémicycles. Nous ne sommes pas prêt de renoncer. Nous continuons la lutte, nous restons mobilisés et gardons cet élan de révolte qui nous pousse à être réaliste en exigeant l’impossible.

G.S