Louvre-Lens : le musée de la culture bourgeoise qui cultive la violence symbolique.

ImageLe jour de la Sainte Barbe, fête mi-chrétienne mi-païenne qui met à l’honneur la puissante corporation minière, la grande armada socialiste, le président Hollande en tête, a inauguré comme il se doit l’ouverture des portes du musée du Louvre implanté à Lens. C’est un grand jour pour la baronnie socialiste de la région qui a fait de la présence de cette structure sur ce territoire si spécifique, le symbole quasi divin de la volonté des élites politiques du Nord et du Pas-de-Calais de maquiller le déclin de l’industrie de reconversion et la paupérisation toujours croissante de la population. L’ex bassin minier qui rayonne autour de la ville de Lens est le bassin d’emploi le plus pauvre de France. Les statistiques sociales, sanitaires et médicales glacent le sang, tout comme celles du décrochage scolaire. Le tissu industriel est en déliquescence et le chômage atteint des records. D’après l’INSEE, au deuxième trimestre 2012 nous étions à 13,2% de chômage dans la région Nord-Pas-de-Calais, soit pratiquement 4 points de plus que nationalement.

Après des millions d’euros de campagne de communication financés par la conseil régional ,la ville de Lens et les intercommunalités, le jour historique est enfin arrivé et globalement la population du lensois se dit fière d’accueillir une telle structure chez elle. C’est donc le même conseil régional, pilote des investissements sur le projet, qui a fait disparaître dans une prose incompréhensible dans le schéma régional d’aménagement toute idée de politique de relance industrielle dans une région qui a vocation , par son positionnement géographique et le savoir-faire de ses salariés, a être le fleuron de l’industrie française. L’industrie c’est sale ; l’avenir est au tourisme et à l’économie de service. Voilà la vision des éléphants socialistes de la région. Cet aparté prendra tout son sens pour la suite du raisonnement.

La région de Béthune-Bruay, où règne en maître le monsieur culture du PS du Pas-de-Calais, monsieur Jean-Paul Korbas, est elle aussi réputée pour financer des projets culturels extrêmement coûteux et qui nient le décalage entre les élites politiques locales, pour beaucoup d’entre-elles d’anciens enseignants à riche capital culturel, et la population bien loin d’avoir la possibilité de décrypter les codes intellectuels indispensables à la compréhension de ce type de culture. Il suffit de voir la programmation de « Béthune 2011, capitale régionale de la culture » pour saisir l’existence de ce grand écart. Un projet qui a obligé à des dépenses faramineuses sans même s’inscrire dans une réflexion générale et territoriale. Le problème des socialistes totalement hégémoniques dans la région, c’est que pour beaucoup d’entre-eux, ils se sont coupés du terrain , de leur territoire et ne côtoient la misère que dans le cadre de leurs permanences, deux heures en moyenne par semaine. Ils ont oublié que la culture doit être pensée et qu’elle fait l’objet d’une lutte générale. Les dominés ne perdront leurs chaînes que lorsque nous réunirons les circonstances qui permettent un égal accès au patrimoine artistique, littéraire, intellectuel, musical … Mais déjà les socialistes sont dans l’erreur à la base en exaltant le concept « d’égalité des chances ». Ce concept est la négation absolue de la lutte des classes et des inégalités sociales et culturelles qui en découlent. Pour être avec mes camarades communistes régulièrement devant le tribunal de commerce et aux côtés des salariés quand une boîte menace de fermer ses portes, dans les quartiers, dans les conseils d’administration des écoles et lycées, je me rend bien compte que l’appropriation de notre culture commune par le plus grand nombre dans la région est loin d’être un état de fait.

Cela ne signifie pas que dans le nord de la France nous sommes plus bête qu’ailleurs. C’est plutôt l’accompagnement par les politiques, de manière sans doute inconsciente sur certains aspects, des phénomènes récurrents de reproduction sociale chère à Bourdieu qui enferme encore d’avantage notre population dans une situation de confiscation de la culture. La culture pour tous, ça n’est pas un superbe musée moderne de rayonnement international au milieu des terrils ou encore le soutien au développement de structures imposantes et multi-salles pour rentabiliser au maximum le cinéma industriel. La culture pour tous, c’est le soutien aux comédiens amateurs, c’est le financement du travail en résidence pour permettre une stabilité et un confort dans la création ,c’est un nouveau statut de l’artiste, c’est un plan ambitieux de financement d’équipements culturels locaux dans lesquels travaillent des gens formés pour élaborer des saisons culturelles pluridisciplinaires, c’est le soutien aux écoles municipales, départementales et régionales de musiques et de danses, c’est une véritable politique du livre qui en permette un accès démocratisé et une valorisation du travail de l’écrivain. C’est créer des fonds régionaux permettant le développement du cinéma amateur et la pratique ouverte du théâtre. Pis, c’est une large réforme de l’éducation nationale qui doit faire de l’école, dès la section maternelle, un lieu de création permanente, d’appel à l’instinct créatif . La culture et les artistes doivent s’inviter largement dans les écoles, ouvrir les esprits. Nous en sommes si loin aujourd’hui … Cela réclame bien entendu de prendre à bras le corps d’autres problématiques en amont. La formation des enseignants, un corps professoral reflétant les réalités sociales de notre société, l’aménagement de temps quotidiens à la pratique culturelle, le lien entre les écoles et les structures culturelles du territoire. La gratuité d’accès pour ceux qui ne le peuvent, aux bibliothèques, salles de cinéma, écoles de musique, musées etc chez les plus jeunes. On peut donc légitimement s’intéresser sur l’accès aux transports en commun qui ne doivent plus exclusivement desservir les zones commerciales, mais aussi les lieux culturels.

C’est en définitive cela faire de la politique. C’est bien cela qu’on attend d’un gouvernement progressiste. Il est bien entendu que toutes ces solutions ne peuvent s’élaborer sans les acteurs culturels. Bien entendu tout ceci a un coût. La culture a certes un prix mais elle permet une finalité d’une richesse inestimable : l’esprit critique, la compréhension du monde et des logiques qui nous entours par le plus grand nombre. Une société tournée vers l’avenir est une société qui combat les obscurantismes, qui fait avancer la connaissance générale d’une génération par rapport à la précédente.

Alors les mêmes socialistes que nous évoquions plus haut, mais ceux qui siègent à la tête des ministères annoncent une baisse de 2% du budget culturel pour l’an prochain, soit un budget chiffré à 7,4 milliards d’euros. C’est 4 fois moins que ce que nous consacrons au budget des armées qui s’élève à 31,4 milliards d’euros. La messe est dite. Si on pense aussi aux reculades de Peillon sur une grande réforme de l’école, on mesure l’échec avancé de l’équipe au pouvoir dans le domaine. Pour ce qui est des socialistes locaux, leur absence remarquée dans le soutien aux salariés qui luttent, leur refus de mener à bien et d’exiger un vaste plan industriel pour notre région, seul garant d’un retour réel à l’emploi pour beaucoup de nos concitoyens, cette politique culturelle pharaonique sans queue ni tête, participent au renforcement de la violence symbolique renvoyée à l’existence de beaucoup d’individus de la région. Pas de culture pour tous sans l’éradication de la précarité de l’existence. Quand on peut difficilement manger, ou se loger, on ne peut indéniablement pas investir de son temps et de son argent dans la découverte et la pratique de la création, du monde des mots et des rêves, de la connaissance et de la sagesse. C’est un état de fait.

La culture est plus qu’une bataille, elle est l’essence même d’une philosophie politique progressiste qui permet le partage, bien souvent la tolérance, l’amour et le rêve. Elle permettrait de résoudre bien des problèmes si, comme l’argent roi, on la répartissait équitablement, si nous menions enfin et définitivement la nuit du 4 août et la destruction des privilèges dont jouissent les dominants de notre temps.

G.S

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Un commentaire sur « Louvre-Lens : le musée de la culture bourgeoise qui cultive la violence symbolique. »

  1. Je decouvre aujourd hui . Tout a fait d accord .
    Je vais revenir ici ce soir pour te dire le debat que je mene avec des copines profs qui me traite de bobos parce je defends le feuilleton de Bruno Dumont , P’ptit Quinquin . Il faut mener le debat et ne pas laisser la discussion porter sur l image de la region .cf la voix du nord d aujourd hui . Je n ai pas les moyens de faire un article pour liberte . Je te donne mes arguments et tu t en sers . Peut etre Cugier aura t il fait un papier . Je n ai pas recu Liberte …greve des postiers d arras .
    A tres vite

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