Courrier adressé à la ministre de la culture Aurélie Filippetti

imagesVoici le courrier que j’ai rédigé et cosigné avec mon maire à l’adresse de madame le ministre de la culture concernant les intermittents du spectacle et le devenir des politiques culturelles :

Madame le ministre,

En ces temps troublés, où l’homme se perd dans la cupidité aveugle d’une poignée d’oligarques mettant le monde à feu et à sang, permettez-nous de vous livrer ces quelques mots d’André Malraux, « la culture … ce qui a fait de l’homme autre chose qu’un accident de l’univers. ». Les instincts primaires de domination, le pouvoir dans ce qu’il a de plus cruel et violent, animent les évolutions de nos sociétés où l’on érige en vertu universelle la réussite personnelle au détriment de victoires collectives pour rendre l’humanité plus lumineuse. Alors que l’offensive sarkozyste a relégué la culture au rang de caprice, de futilité superflue, la Relex et les Ray-bans semblent avoir pris le pas sur le bon mot ou l’étonnement face aux cultures du monde.

Le changement de majorité et le retour de la gauche au pouvoir, présageaient chez beaucoup une bataille pour soutenir les hommes et les femmes qui, avec la passion qui les anime au quotidien et la soif de participer à l’éveil des consciences, remplissent les salles de spectacle, animent des ateliers d’écriture, de lecture, de théâtre, de danse, d’arts plastiques dans les quartiers y compris ceux délaissés par la République. Alors que la désespérance et la dureté de l’existence poussent certains de nos concitoyens dans les bras du racisme, de l’intolérance, du repli sur soi, nous avons plus que jamais besoin de produire de la pensée, de l’étonnement, du rêve et même de l’idéal. La culture sous toutes ses formes participe de ce travail devenu indispensable. Nous devons apprendre à nous connaître, apprendre à nous comprendre, apprendre à nous aimer. Brecht écrivait, « il faut chasser la bêtise parce qu’elle rend bête ceux qui la rencontrent ». Voilà exactement la mission émancipatrice qui est celle, qui doit être celle de la production culturelle.

Il faut de fait s’en donner les moyens. Nous en venons donc maintenant aux motifs de cette interpellation Madame le ministre. Parce que la culture n’est pas une marchandise, nous dénonçons avec force et profonde conviction l’accord unedic signé le 22 mars avec le MEDEF, la CFDT et FO qui va avoir, si il devient effectif, des incidences lourdes et graves pour des milliers d’intermittents du spectacle. C’est le règne de la précarité qui se dessine à l’horizon avec cet accord et nous sommes nombreux à ne pouvoir le tolérer. Outre le collectif du 22 mars et le récent communiqué des directrices et directeurs de centres dramatiques et chorégraphiques nationaux, nous sommes des milliers d’élus, de citoyens à nous inquiéter d’une dérive marchande, d’un abandon de la part des autorités des actrices et des acteurs de la culture. Nous apportons d’ailleurs notre soutien plein et entier à la résistance que ces travailleurs de la culture mènent actuellement. Nous vous prions donc de surseoir à l’application de cet accord et à initier un grand débat national sur l’avenir des politiques culturelles dans notre pays et en Europe.

Ce projet néfaste s’inscrit par ailleurs dans un contexte économique d’une extrême difficulté. Les collectivités territoriales qui jouent un rôle essentiel dans le développement des politiques culturelles sont sacrifiées sur l’autel de l’austérité au travers de coupes budgétaires d’ampleur historique. Bientôt, elles seront contraintes de devoir mettre fin à des pans entiers de leur champ d’action et la culture sera condamnée très rapidement à l’échafaud de l’inquisition libérale.

Ne pas maintenir et développer les politiques culturelles conduirait, comme l’a si justement notifié Jack Ralite au président de la République, à « des agios humains et politiques, à un freinage dans la culture ». On ne peut se le permettre en ces heures troublées. Aussi, je vous informe que nous allons travailler à la tenue dans notre commune d’assises locales de la culture en lutte afin d’échanger, de converger, de fédérer les volontés, les idées pour faire triompher une vision ambitieuse et durable de la politique culturelle pour que la culture quitte le patrimoine d’une seule et petite élite égoïste et devienne une richesse partagée de l’Humanité, le trait-d’union des consciences.

Nous vous prions de croire, Madame le ministre, en notre haute considération.

Jean-Marc TELLIER,

Maire d’Avion,

Conseiller général du Pas-de-Calais

Guillaume SAYON,

Adjoint au maire à la culture de la ville d’Avion

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