Du remaniement à une crise de souveraineté

imgscan-contrepoints-2013791L’annonce a fait grand bruit au cœur de la tempête politique d’un règne agonisant, Valls a proclamé la démission de son gouvernement. Enfin tout va bien car celui qui a fait le score le plus bas lors des primaires socialistes restera en poste à Matignon. La composition du nouveau gouvernement sera annoncée dans la courant de la journée. Toutes et tous nous piétinons d’impatience face au suspens de cette annonce. Plus à droite encore ? Exactement les mêmes à d’autres postes ? Quoi qu’il en soit, une chose restera immuable, François Hollande l’a déjà annoncé, c’est le cap économique de l’exécutif. Malgré des résultats catastrophiques et un record d’impopularité, Hollande habillé de son costume d’idiot utile des puissants, compte bien mener jusqu’au bout les recettes absurdes de la castes des économistes et autres diseurs de bonne aventure au garde-à-vous devant les banques et les spéculateurs de tous ordres.

Il faut bien se rendre à l’évidence même si l’évidence est limpide depuis un moment, la Ve République est mourante. Les remaniements en cascade, les fantasmes d’une dissolution et j’en passe n’apporteront pas les réponses adéquates à la situation que nous traversons. En réalité nous sommes dans une impasse. Privés de notre souveraineté par les textes européens et la rigidité des règles économiques communautaires, embourbés dans la mutation assumée du Parti Socialiste en un petit parti gestionnaire aux ordres, comment pouvons nous envisager sereinement l’avenir ? La gauche est-elle vouée à disparaître du jeu politique pour les 20 ans à venir ? Le risque est réel et il faut être un monument d’inconsistance politique pour le nier. Les gesticulations stériles et tardives de Montebourg, de Hamon et de Filippetti, donnent le sentiment que les rats quittent le navire et ne veulent pas être dans le camps des responsables du marasme qui s’annonce pour 2017. Car oui, les observateurs cathodiques de la vie politique n’ont que 2017 à la bouche et espèrent secrètement l’explosion dramatique avec un duel UMP/FN. Tout ceci frôle d’ailleurs l’indécence tant la situation sociale est détériorée. 14 % de français ont un niveau de vie inférieur à 60% du niveau de vie médian de la population d’après les derniers chiffres de l’INSEE, le chômage ne cesse sa terrible ascension et les salaires stagnent depuis maintenant plusieurs années. Après la Grèce et l’Italie, la France devrait rejoindre les nations européennes en récession d’ici peu.

La machine économique est bloquée, la solidarité nationale est sabotée, l’État disparaît peu à peu et notre système de valeurs s’enlise. Les ingrédients d’une crise globale sont donc réunis. A situation exceptionnelle, il faut des mesures exceptionnelles. Comme l’a déclaré le secrétaire national du PCF Pierre Laurent, il y a urgence à bâtir un projet alternatif crédible et sérieux et une majorité pour pouvoir l’appliquer. On ne peut décemment plus perdre son temps dans de fausses querelles et autres crises existentielles. Il faut travailler et arrêter de se voiler la face avec des blocages idéologiques absurdes. Pour reprendre la terminologie ambiante, la gauche doit se décomplexer. Cela ne signifie pas répondre fatalement aux sirènes des puissants, se résigner à l’économie de marché et réclamer tragiquement quelques aménagements à la marge. Le temps à venir devra être celui du courage politique. La gauche de combat ou le chaos. L’alternative est mince !

Une crise de souveraineté

Ne nous y trompons pas, nous ne sommes pas uniquement dans une crise de régime. C’est l’idée développée ces dernières heures et chacun y va de sa formule. C’est une crise bien plus profonde, bien plus enracinée. C’est une crise de souveraineté. Le marché économique mondial, l’Union européenne, les lobbys de toute sorte. Le peuple n’est plus l’épine dorsale de la vie politique. La démocratie en entreprise est presque inexistante et les choses empirent avec les annonces de réformes à venir. Les mobilisations populaires n’ont plus aucune incidence sur le pouvoir en place, les syndicats sont méprisés, le référendum perdure dans les livres d’histoire et d’éducation civique. De plus, une infime minorité de technocrates organise la dette pour ensuite justifier les coups amples du rabot austéritaire. Sans sombrer dans une paranoïa malsaine, nous sommes donc à un moment décisif. Soit le volcan français se réveille et permet un changement profond pour redonner à la France et aux français pouvoir et légitimité, soit nous allons vers une séquence politique catastrophiques qui ouvre de multiples scenarii tous plus dangereux les uns que les autres. On ne peut donc plus perdre de temps. Des débats cruciaux nous attendent et doivent vite être tranchés. Je pense à la question de l’avenir de l’Europe et de l’euro, à celle des nationalisations et des nouvelles formes d’échanges économiques à développer (SCOP), au statut des banques et de la propriété privée de l’outil productif. Une majorité de gauche doit pouvoir se dessiner et porter l’alternative sans se dérober. C’est l’unique option qui se présente à nous et elle va demander des bouleversements profonds de la culture politique des communistes comme de bien d’autres partenaires potentiels.

G.S

Publicités