Ici, c’est Gotham City

Gotham-city-dark-knightJe viens d’écouter avec délectation une émission enregistrée dans les studios d’europe 1 autour d’Emmanuel Todd, célèbre et remarquable historien qui nous a livré de brillantes et indispensables analyses anthropologiques et démographiques. Avec la sincérité voire la désinvolture qui est la sienne, il a déjoué un à un les pièges dressés par Duhamel et consort. En quelques minutes il balance que nous ne sommes plus en démocratie mais en oligarchie, que les affaires se règlent dans un petit cercle restreint, que l’Ukraine est le résultat d’une crise européenne profonde reposant sur l’hégémon allemand et toutes les conséquences induites, que l’euro est une erreur historique et enfin que nos élites sont minables car totalement incultes.

On ressent fortement le malaise chez les journalistes, eux qui sont habitués au confort de l’entre-soi, alors ils décident de prendre le virage fatal, l’affaire Jouyet. Non-affaire en réalité et c’est d’ailleurs ce que va expliquer l’historien rebelle. Jouyet incarne à merveille l’uniformisation du monde de nos élites et il n’y a donc rien de plus normal dans ce contexte que d’assister à ce spectacle grotesque. Mais Todd va plus loin, il explique que cette affaire ne se déroule pas entre Jouyet et Fillon mais entre Jouyet et le journal Le Monde. Habile manœuvre de l’intellectuel pour dénoncer la presse aux ordres qui dessine une réalité tronquée, une lecture de la diplomatie internationale totalement biaisée et donc dangereuse. Un festin cette émission. Quand on milite sincèrement dans le camp progressiste au milieu de ce monde pourri, corrompu, englué, c’est un régal de pouvoir être témoin ponctuellement de ce type de prestation. Même si je ne partage pas toutes les positions de Todd, qui garde je crois une rancœur envers le PCF suite à l’exclusion de son grand père Paul Nizan à l’époque, il s’avère être efficace à de multiples reprises. Le reproche qu’on peut lui faire, comme à tous les intellectuels marxistes et/ou progressistes, c’est de ne pas faire d’effort de vulgarisation pour être compris par le plus grand nombre. Il y a, et je le dis depuis longtemps maintenant, un besoin crucial d’insuffler de la pensée dans notre pays, dans notre classe des exploités. On a besoin d’assimiler leurs travaux, leurs analyses. C’est un « nous » très général à échelle du peuple. Il va donc falloir qu’ils apprennent à se rendre accessible.

Alors vous me direz, pourquoi ce titre un peu farfelu et quel est le lien avec cette émission de radio. Et bien Todd dit autre chose : il y a une époque, dans un contexte comme le nôtre, il y aurait eu trois coups d’État et six révolutions. Le peuple est mou, individualiste et quand il va voter, il le fait avec la nausée. Plus personne ne croit encore à tout ceci, la petit cour élyséenne distrait le bon peuple, et les choses suivent leur cours. La police assassine un môme sans réactions vives et unanimes, de nombreux policiers ou gendarmes n’hésitent plus à afficher leur appartenance à l’extrême-droite, les médias sont corrompus, les lois qui restreignent nos libertés font leur apparition, la guerre plane tout le temps quelque part, parfois pas très loin, Alors moi qui suis fan depuis tout petit de l’univers comics de Batman, je pensais à Gotham en écoutant Tood. Après tout, il s’agit de récits hypothétiques chez Bob Kane et les autres. Une littératures abondante, de nombreux films s’inscrivent dans cette démarche de science fiction d’anticipation. Donc peut-être pas si fiction que cela … Une chose est certaine, les choses n’évoluent pas pour l’heure dans le bon sens. On fait confiance à l’intelligence populaire mais nos ennemis sont aujourd’hui très forts et organisés. Y aura t-il un réveil général après des années d’anesthésie et de souffrances endurées ? Ce réveil général sur lequel on compte tous.

Militer aujourd’hui, ça commence tout doucement à s’apparenter à la vie d’un chevalier noir. Des héros du réel, anonymes le plus souvent, pas toujours très heureux de vivre au milieu de tout ça, parfois incompris des gens qui les entourent. On m’a appris à être patient, à travailler méthodiquement, à ne pas me résigner. Nous sommes encore nombreux dans ce cas là. J’espère mais j’en suis convaincu, que nous le resterons encore longtemps.

G.S

Publicités