Pas-de-Calais : la gauche face à une responsabilité historique

696304865_B975153915Z.1_20150329235352_000_GLP486VIS.2-0Les élections départementales étant maintenant derrière nous depuis quelques jours, il est possible de tirer une série d’enseignements du scrutin sans sombrer dans les incantations stériles, les analyses légères et les colères intuitives qui nous éloignent parfois d’une vision rationnelle des événements.

Un mot d’abord sur les évolutions nationales avant d’avoir une analyse très locale. La droite rafle la mise, le FN continue de s’enraciner comme la peste localement et la gauche est en train d’exploser en vol. Mais, en regardant les choses posément, on se dit que François Hollande a des raisons d’avoir le sourire. Le petit scénario se déroule comme prévu. Objectif, réélection en 2017. Le Front national n’a jamais été aussi haut électoralement, la droite est divisée entre le camp sarkozyste et celui de Juppé, les écologistes se déchirent entre ceux qui veulent de nouveau intégrer le gouvernement et ceux qui sont favorable à la ligne Duflot charmés par Mélenchon. Nous les communistes, nous sommes inaudibles dans ce brouhaha terrifiant tant sur les questions nationales qu’internationales. Au milieu du désordre, Hollande compte les points et préparent sereinement sa réélection. Le pire dans cette affaire, c’est qu’il peut faire mouche. Par un jeu de stratégie digne d’un scénario de 24 heures chrono, il peut tirer la bonne carte et signer un nouveau bail pour l’Élysée. Le grain de sable capable de dérégler cette mécanique bien huilée serait un mouvement populaire sérieux qui réclamerait un changement de cap et des mesures urgentes de transformation sociale. Le peuple français est parfois surprenant à l’image de cette grève historique chez Radio France. Pour autant, on ne peut qu’espérer fébrilement ce réveil populaire même s’il ne semble pas poindre à l’horizon.

Valls lui grille jour après jour ses jokers et avec sa loi Macron et sa politique clairement pro-capital, il est sur le chemin de croix qui le mène à la mort politique. Son profil irascible et son manque de tact politique n’en font pas un candidat prolifique pour la course présidentielle. Quant à l’accession de Le Pen à la plus haute marche du pouvoir, nous avons pu voir lors du second tour qu’une masse importante de français n’y est pas prête. Il y a, contrairement à ce que pensent certains, une grande intelligence dans notre peuple. On ne veut pas se risquer (encore!) à la politique du pire et à l’autorité fascisante. C’est un moindre mal … Cependant le temps s’accélère et la peur du déclassement fait des ravages !

Je tenais surtout dans cette note à livrer quelques raisonnements sur ce qui s’est passé localement dans le département du Pas-de-Calais. Déjà de rappeler au préalable que cela fait au moins 10 ans maintenant que le FN travaille sa stratégie d’ancrage local. La victoire à Hénin-Beaumont a accéléré le processus. Les villes limitrophes pâtissent grandement de cette situation et c’est ainsi que les cantons Hénin 1 et 2 et celui de Harnes basculent au front national. Les candidats commencent à être connus, ils sont pour certains entrés dans les conseils municipaux, ils sont sur le terrain, serrent des mains, vont sur les marchés bref, ils mènent de manière très méthodique l’opération séduction. Ceci est un fait qu’il faut avoir l’esprit. Conjuguons-le d’ailleurs avec un autre, celui que la droite est quasiment inexistante sur le bassin minier et voilà une recette profitable pour la bande à Briois ! Le PS enregistre des reculs électoraux importants mais il est loin d’être en mort clinique. Notamment grâce à la grande responsabilité de l’électorat communiste qui a reporté ses voix avec une très grande discipline sur le candidat de gauche présent au second tour. On ne pavoise pas avec un danger venant de l’extrême-droite ! C’est une règle absolue pour les communistes qui ont toujours été légitimement intransigeants sur cette question. J’en profite pour souligner l’inconséquence caractérisée de Mélenchon et de ses lieutenants qui ont appelé à voter blanc dans un tel cas de figure en mettant au même niveau le PS et le FN. C’est un positionnement intolérable qui n’est pas digne de l’héritage dont nous nous revendiquons nous les communistes. Passons …

Maintenant que voit-on en analysant les chiffres avec lucidité et sans faux-fuyant. Ce qui permet le basculement de 6 cantons FN sur le territoire du bassin minier, c’est le clivage acerbe entre les socialistes et les communistes. Là où il y a des batailles rangées entre nos deux organisations, une faille apparaît dans laquelle s’engouffre le front national. C’est symptomatique à Lens quand le jeune maire Sylvain Robert a créé une situation inédite à l’agglomération où communistes et socialistes sont dos à dos dans une guerre fratricide dont personne ne sort renforcé. De plus, notre camarade Kamel Ben Azouz qui a su fédérer autour de sa candidature une part importante de la base socialiste avec Arnaud Sanchez fait significativement progresser le score communiste par rapport aux dernières municipales, passant même la barre des 10%. A Harnes, c’est la même chose. Les chiffres le montrent, une grosse partie de l’électorat socialiste a préféré voter blanc ou nul plutôt que de se ranger derrière Bruno Troni, le candidat communiste qualifié à la surprise générale pour le second tour. Lorsque la gauche s’entre-déchire, le FN gagne. Cela se confirme d’ailleurs avec l’analyse des résultats du canton d’Avion. Sur ce canton, à Avion, Sallaumines et Méricourt, les rapports entre communistes et socialistes sont apaisés. Tous, nous travaillons en bonne intelligence et dans un respect mutuel. Bien sur il y a des velléités, des coups de gueule sur la politique gouvernementale ou sur le dossier palestinien par exemple, mais globalement on travaille bien ensemble et toujours dans l’intérêt de nos populations. Le résultat est sans appel, le FN est écrasé sur le canton car le report des voix au second tour a été remarquable. Chacun a fait ce qu’il avait à faire et les électeurs ont voté raisonnablement de part et d’autre. La figure du diviseur est une figure mortifère pour nos populations. De plus, un communiste se caractérise par deux grandes vertus : il est patient et surtout il est rassembleur.

Bien évidemment, cela ne répond pas aux lamentables complaintes des dirigeants socialistes qui nous accusent de division. Couplet richement repris par la presse régionale à l’image des papiers d’Yves Portelli sur le secteur du lensois. Non chacun à des positions claires et il les défend évidemment. Nous avons notre vision des choses, notre programme, nos réseaux. Les socialistes ont les leurs. Il est indispensable de demeurer cette force politique qui résiste, qui a une expression forte et régulière à la sortie des entreprises, des hôpitaux et qui continuera à être utile, par exemple en se lançant d’ici peu dans une bataille départementale sur la question du non versement de milliers de retraites faute de dossiers traités par la CARSAT.

Non en revanche, il me semble que la gauche dans notre département fait face à une immense responsabilité. Soit elle continue aveuglement la guerre historique entre nos deux familles politiques quoi qu’il en coûte, à savoir un basculement complet du bassin minier entre les mains de la peste brune, soit on décide un compromis historique pour endiguer l’avancée rapide et dangereuse de l’extrême-droite chez nous. Je précise pour les petits soldats de la pensée crétine que compromis ne signifie pas compromission !Cela signifie encore moins de se ranger derrière la politique gouvernementale ou de vanter les vertus d’un Hollande ou d’un Valls. C’est du bon sens mais je préfère néanmoins le préciser. Cela signifie deux choses : un respect mutuel entre nos deux organisations dans le temps, et lorsque nous sommes amenés à nous retrouver dans des majorités institutionnelles, être clair sur les contenus et la méthode comme cela se profile dans le conseil général renouvelé. Des politiques de solidarité, la défense et le maintien des services publics et une méthode de transparence et de co-élaboration effective. Cela signifie également un geste fort de l’exécutif socialiste à la CALL pour laisser toute leur place aux élus communistes dans l’élaboration de la politique communautaire. Cela serait une première étape encourageante ! Ce qui est sur, c’est que nous pourrions nous affranchir de tels questionnements si arithmétiquement nous avions eu la démonstration dimanche que nous sommes une force alternative capable de relayer l’hégémonie socialiste mourante. Or ça n’est pas le cas. Seul, le PCF n’est pas en capacité de faire reculer le FN et encore moins de gagner de nouvelles positions. Celui qui rassemble le plus est celui qui résiste le mieux. Voilà l’enseignement majeur du scrutin de dimanche, n’en déplaise d’ailleurs à certains.

Alors en attendant de reconstituer un grand parti de classe capable de faire abstraction de tout ce qui s’apparente de près ou de loin à de la social-démocratie mollassonne, faisons au moins le pari de l’intelligence et de la raison politique.

G.S

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