Le cheval de Troie européen

9d6133992fd7c4e6a3534fc7222bfCe ne sont pas les dieux de l’Olympe, le gosier désaltéré par le légendaire nectar, qui ont courageusement et noblement dissipé la foudre des créanciers, le filet de bave aux lèvres dégoulinant devant l’illusion des milliards d’euros que la Grèce doit leur verser. Non c’est bien le peuple grec qui a, avec dignité et beaucoup de force, envoyé valser les vieux diktats des libéraux fanatiques de ce temple du monétarisme outrancier qu’est l’Europe. Même si ce référendum est une sorte de clin d’œil inspiré à la manœuvre d’Ulysse devant les portes de Troie, le chemin s’annonce long et semé d’embûches. Sans doute faudra t-il alors plutôt puiser l’inspiration dans les événements de Marathon.

Nos amis grecs ont donc tenu bon. Le score de la consultation de ce 5 juillet, date maintenant historique comme je le soulignais hier à mes amis avec qui nous attendions fébrilement le dénouement, est sans appel. Plus de 60 % de « non » à la simple question posée par le gouvernement grec. Pourtant les puissants avaient sorti l’artillerie lourde. Dans l’unanimisme qu’on lui connaît, la presse internationale soutenait ardemment le « oui ». Les institutions tyranniques de l’Europe version Friedman, ont fait en sorte de créer une situation chaotique. Banques fermées, menaces multiples d’exclusion de la zone euro, déferlement de grenouilles et pluie de sang. Cependant, l’histoire nous a enseigné à plusieurs reprises que la détermination d’un peuple debout bien que malmené ne peut souffrir de la moindre tiédeur. Malgré les menaces et les pressions, la démocratie triomphe et la dignité avec elle. La politique a hier retrouvé le juste chemin. Je crois que je suis loin d’être le seul à vouloir dire merci aux grecs. Voilà des années que nous sommes quelques uns à batailler avec nos seules convictions comme étendard. Voilà des années que nous sommes insultés, que nous sommes moqués par la bourgeoisie arrogante et ses serviles et méprisables petits valets. L’offensive idéologique est colossale. Ils ont réussi à faire croire que le progrès doit être raisonnable et que de fait malheureusement il ne peut pas être accessible pour tout le monde. Il faut toujours des sacrifiés pour atteindre de nobles causes. C’est le discours de cette difformité affreuse digne de l’inspiration des poètes antiques composée de plusieurs têtes : celle d’un BHL, celle d’une Merkel, d’un Attali et d’un Nikos Aliagas. Rendez-vous compte jusqu’où ils sont prêts à aller : Aliagas qui tient un meeting pour le « oui » à Athènes. Prennent-il le peuple à ce point pour cette masse inculte, stupide, vulgaire. Pour coller une bonne tarte à Aliagas tapez « non ».

Ce « non » grec dépasse les simples frontières hellènes. Il est un souffle puissant qui nous permet à tous de reprendre une grande inspiration et ainsi de repartir gonfler à bloc dans la bataille. Car oui, ne nous-y trompons pas, la bataille ne fait maintenant que commencer et les enjeux sont si importants qu’on ne peut raisonnablement pas en rester au stade des slogans et des litanies pro Tsipras. Je dois confesser ma stupeur en lisant les dernières prises de parole de Tsipras et son obsession à défendre l’Europe et sa sacro-sainte monnaie. L’objectif du gouvernement grec est de repartir au plus vite à la table des négociations et de gagner un échelonnement de la dette. Pour se faire, Tsipras est prêt à lâcher une série de concession sur les retraites, sur la TVA et quelques reculs sur les services publics, enfin ce qu’il en reste … Inversement Merkel a maintenant sur ses épaules une responsabilité historique. Si elle garde le cap de l’intransigeance suicidaire qui est devenue sa marque de fabrique, elle prend le risque de plonger les grecs dans une crise encore plus ravageuse mais également de déconstruire cette Europe qui agonise de plus en plus. Dans le cas où la maîtresse de Berlin n’aurait plus la maîtrise des événements, les scenarii seraient multiples. Ce qui est certain, c’est que la Russie pourrait sortir son épingle du jeu et réussir à établir de nouveaux partenariats économiques et diplomatiques sur le vieux continent. Une sorte de première expérience intéressante dans le prolongement de la stratégie des BRICS et de sa banque anti-FMI. Il y a des raisons de se faire des cheveux blancs dans le bureau ovale de l’autre côté de l’Atlantique. Les consignes ne vont donc pas tarder à tomber. C’est une certitude.

J’invite donc les progressistes européens à encourager une mobilisation partout où cela est possible dans les jours à venir pour maintenir la pression et donner de la force aux autorités grecques. J’invite aussi mes camarades Pierre Laurent et André Chassaigne à arrêter les discours excessifs et même, pour une part, idéologiques sur l’euro. Ça suffit de jouer petit bras et de vouloir absolument donner l’image de gens raisonnables et mesurés. Laissons cela aux sociaux-démocrates les plus sincères. Nous sommes de plus en plus nombreux à être maintenant convaincus qu’il y a une vie après l’euro. Sans doute même l’alternative ne pourra inexorablement pas faire l’économie de cette étape. En tout cas les choses avancent et l’histoire est de nouveau en marche en Europe après des années d’inertie.

G.S

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Un commentaire sur « Le cheval de Troie européen »

  1. « malgré les pressions et les menaces » et d’y ajouter les mensonges et la calomnie allant même jusqu’à entendre sur France inter que Syriza serait en France une alliance Mélanchon / Le Pen !!
    cette campagne électorale (courte et dense) a bien révéler la « panique à bord » du bateau capitaliste !!
    ça ira ? oui oui on les aura !!

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