Pourquoi l’avenir ne passera pas par Mélenchon ?

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Cette question apparaîtra pour beaucoup comme étant une nouvelle provocation, un pavé jeté dans la mare de l’autosatisfaction dont souffrent, il faut bien le dire, de nombreux mélenchonistes convaincus et chevronnés. Il y a même, pour me faire un poil provocateur, une sorte de mépris inconscient du peuple chez beaucoup de ces braves gens car, pour une masse importante d’entre-eux, ils font partie de la classe moyenne supérieure éduquée qui n’a aucun enracinement dans la classe ouvrière. C’est un simple constat sociologique. On pourra m’intenter un procès, me brûler vif sur la place de la Bastille, cela ne changera rien à une réalité qui se confirme, à la fois électoralement, mais dans la pratique militante qui consiste à vivre au milieu de la multitude sans la juger, y compris lorsqu’elle fait preuve d’une violence très forte envers des minorités ou les institutions. Mépriser les ouvriers qui vont au stade, vus comme des beaufs incultes, ne pas comprendre le racisme patenté des classes populaires comme un mécanisme de défense et de volonté d’exister socialement, ne pas comprendre que beaucoup de ces ouvriers et de ces jeunes ne se sont pas sentis Charlie en janvier dernier, c’est ne rien comprendre à la situation que je reconnais volontiers dramatique du moment. J’ai sans doute une chance, c’est de vivre dans l’ex bassin minier du Pas-de-Calais qui est aujourd’hui un concentré de précarité et de misère. Ce territoire, c’est une sorte d’autofocus d’une réalité vécue par des millions de français. J’invite d’ailleurs les intellectuels à mette les pieds chez nous et à analyser sérieusement les choses pour ensuite produire des études sur lesquelles nous pourrons nous appuyer pour balayer la guimauve infâme et dégoulinante d’une bonne pensée prétendument humaniste que nous pondent les belles âmes qui ont, c’est évident, le monopole de la sagesse.
 
Je veux revenir sur cette montée inquiétante du racisme dans les classes populaires et sur un aspect directement lié, le scores très hauts de l’extrême-droite sur mon territoire. Il n’y a pas un racisme délirant chez l’ouvrier qui serait une sorte de gêne propre à sa classe. Il y a sans doute une part de méconnaissance culturelle de l’autre et une grosse part de fantasme c’est évident. Richement nourrie d’ailleurs par les reportages foutraques de la télévision et les discours lamentables et fanatiques d’une grosse partie du personnel politique, y compris du PS. Mais c’est avant tout la désintégration sociale qui fabrique ce « racisme de classe ». Dans mon ex bassin minier, l’emploi a disparu, on atteint plus de 20 % de chômage dans certaines de nos cités. Les héritiers de Bourdieu, c’est-à-dire leurs enfants, ceux de ma génération, sont pour beaucoup au chômage ou alors, avec un peu de chance, font ici ou là quelques missions en intérim. Le logement social est insalubre et les bailleurs sociaux font preuve d’un mépris ahurissant renvoyant une image extrêmement violente à ces gens de leur propre réalité. On voit que l’institution, le pouvoir officiel méprise totalement ces citoyens et participe activement à les ostraciser. Tirons le fil un peu plus. Ces individus vivent en concentration dans des quartiers populaires où on retrouve une grande partie des français issus de l’immigration maghrébine qui vit exactement les mêmes conditions d’existence. Comment pouvoir alors exercer sereinement le vivre ensemble dans une telle situation de précarité. Y compris, la violence sociale en arrive parfois à se transformer en violence physique et verbale et c’est là qu’une tension ascendante pourrie complètement la situation. C’est donc avant tout la précarité dans toutes ses dimensions qui nourrit l’intolérance et les postures de rejet. Ajoutez à ce cocktail explosif la trahison de la gauche qui se fout complètement de ces gens dans les faits, puisqu’elle ne prend même plus la peine de leur parler, de parler de leurs problèmes, de proposer des solutions réelles pour changer radicalement cette situation et vous faites face à une situation de démission de l’exercice de la citoyenneté, à une colère légitime envers l’institution et au développement d’une souffrance individuelle et collective. Il est évident que, le premier populiste parlant un peu fort venu, trouve là des clients de bonne composition !
 
C’est là où j’en viens à Mélenchon et sur le fait qu’il n’ira jamais au-delà des 4 millions de voix qu’il a su fédérer durant les présidentielles. Bien entendu c’est un tribun exemplaire, bien entendu on ne peut pas un instant douter de sa sincérité quand il pense une France multiethnique, bien évidemment il donne l’image d’un homme combatif et plein de convictions. Mais il est un fruit, un enfant de ce système qui a causé cette situation. Il est un bourgeois qui a passé 30 années au parti socialiste, qui a soutenu le projet européen à ses débuts, au moment même où il détruisait la sidérurgie et le textile dans notre région. Il n’est pas de par son habitus, de par sa trajectoire sociale et politique, l’homme d’une quelconque rupture. Vociférer contre le parti socialiste n’apportera rien de nouveau dans le paysage de ces millions de français livrés à eux-mêmes, abandonnés de tous, mis violemment à la marge de la société jusqu’à ne même plus évoquer leur sort où que se soit. Mélenchon incarne tout ce que peuvent haïr viscéralement les ouvriers aujourd’hui. Des discours inspirés, ils en ont entendu des tonnes y compris de grands barons locaux, les « député des mineurs » comme ils se sont auto-proclamés, ceux-là même qui ont constitué une petite mafia institutionnalisée qui s’est bâtie sur un clientélisme et un appât du gain qui a tout détruit. Je ne mets bien entendu pas Mélenchon dans le même sac que ces voyous. Je dis simplement que le discours, aussi combatif soit-il, ne suffit plus à convaincre, à recréer un lien de confiance entre le politique et le citoyen.
 
J’ai l’intime conviction qu’il faut des visages neufs, des militants humbles et de terrain qui ne sont pas là pour un plan de carrière mais simplement pour être utile à la cause. Il faut redéployer massivement un réseau d’éducation populaire. Internet est une mine d’or pour ça. Il faut recréer de la pensée avec les gens, en partant de leurs préoccupations quotidiennes. Redonner plus qu’un instinct de classe, une véritable conscience de classe. Il faut les écouter sans les juger, il ne faut pas ré-établir de rapports verticaux avec eux. Il faut mettre les pieds dans le plat, il ne faut pas masquer les problèmes. Il ne suffit pas de remettre un coup de peinture sur les HLM pour que tout change ! Aujourd’hui combien de gamins sont entre les mains du décérébré Soral qui voit du complot juif à chaque coin de rue sans même qu’on s’en inquiète outre mesure. Combien absorbent sans réserve la propagande d’extrême-droite sans même qu’on organise la moindre résistance sur le terrain. La gauche, la mienne, ne pourra reprendre pied dans les quartiers populaires et chez les ouvriers qu’en menant ce travail minutieux, de long terme. Plus nous attendrons pour le mener à bien, plus nous perdons un temps précieux et nous rendrons les choses inextricables.
 
Alors je le dis très calmement, la meilleure chose que Mélenchon puisse faire pour notre gauche, c’est de nous laisser tranquillement mener ce travail de fond, c’est tirer sa révérence pour laisser la place à l’avenir, à des hommes et des femmes superbement ordinaires qui connaissent concrètement la réalité du terrain et du travail à accomplir. Cela n’est ni un procès d’intention, ni une rancœur acide. C’est simplement l’exigence de donner réellement à la gauche les moyens de reconquérir l’électorat populaire et ainsi de pouvoir empêcher le pire.
 
G.S
 
 
 
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8 commentaires sur « Pourquoi l’avenir ne passera pas par Mélenchon ? »

  1. Même si je n’adhère pas à toute cette prise de position et analyse, il y a une partie qui me semble pertinente, mais il ne suffit pas d’être pauvre pour être honnête, d’être ouvrier pour croire en la lutte des classes ou encore d’écarter les intellectuels pour arriver au changement politique capable de rallier la classe populaire dans un combat contre le capitalisme.

  2. Jusqu’aux deux derniers paragraphes, j’adhère totalement à ce discours !… Mais j’ai des doutes quant aux solutions proposées. Des visages neufs et des militants humbles, on en a eus !… Rappelez-vous des Xavier Mathieu et des Jean Pierre Mercier, ainsi que de tous ceux de Gandrange qui se sont battus pour cette classe ouvrière !… Cela a-t-il empêché un Enguelmann de se faire élire à Hayange ?….

    1. Pareil!!!!! Melenchon a eu les courage de quitter le PS. Pas si mal. Ensuite c’est vrai qu’il parle lui aux ouvriers ( contrairement au PS) mais à des ouvriers qui n’existent plus..
      Les solutions proposées me semblent comme M.Briegel, un peu légères et idéalistes,

      voire romantiques: la pire chose qui puisse arriver en politique!!
      Yolande Finkelsztajn

  3. Ne pas regarder l’arbre qui cache la forêt, voilà enfin une pensée constructive si on exclu la personnalisation du propos. OUI il faut reprendre les formations politiques de masses aujourd’hui abandonnées, C’EST la réponse à l’obscurantisme sur lequel surfe l’extrême droite et NON l’homme providentiel ne c’est pas encore révélé et ne le sera pas de sitôt. Dans l’histoire les hommes capables d’entrainer sur leur nom une vraie mobilisation se compte sur les doigts d’une seule main et a chaque fois ce fut sur le lisier de la guerre ou de la violence extrême. Peut être faudra t il une telle situation pour provoquer l’électrochoc necessaire a sa levée, à moins qu’une préparation de masse à la bonne appréhension des choses fasse que ce soit le peuple lui même qui soit l’homme providentiel.

  4. Je souscris assez largement. Mais le combat doit dépasser le terrain de la pensée et je suis convaincu que c’est par de l’action concrète et collective, de la mise en œuvre dans les faits d’un projet alternatif que l’on pourra emporter l’adhésion et faire bouger les lignes. Produire autrement, travailler, distribuer autrement, vivre ensemble autrement.

  5. moi je rends hommage à Jean luc Melenchon, au travail qu’il fait à tout ce qu’il dit , il se donne un mal de fou pour expliquer, pour faire comprendre, et ses analyses sont pertinentes, j’espère que nous le retrouverons à la tete d’un grand mouvement à la gauche de la gauchen c’est si facile de critiquer avec des arguments si pauvres. je dis bravo à Mr Melenchon pour tout ce qu’il dit et surtout à sa sincérité. lui au moins il a eu le courage de quitter le PS;

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