De House of cards au réel : la souffrance de millions de salariés !

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Il faudrait être dans l’ignorance la plus totale pour ne pas saisir le renversement spectaculaire que notre nation est en train de connaître. Il y a quelques semaines encore nous désespérions gravement quant à notre sort commun suite à un scrutin régional particulièrement calamiteux. Une extrême-droite en état de grâce, une gauche moribonde (dans toutes ses composantes), une abstention contagieuse. L’obscurité semblait s’abattre durablement dans nos cieux. Et puis les attentats, le bouclier sécuritaire et un recul historique de l’état de droit. Une France perquisitionnée, fracturée, suspicieuse … Les progressistes prêchaient dans le désert tout en se tirant dans les pattes. Dans le même temps, le chômage continuait sa continuelle et dramatique ascension renforçant toujours un peu plus la désespérance populaire. L’Europe affame les agriculteurs avec ses directives et son aberrante politique anti-russe, elle continue, dans le secret, à négocier le TAFTA avec les États-Unis, et nous continuons à jouer au jeu dangereux de l’impérialisme débridé via des guerres particulièrement sanglantes au Proche Orient. Pas simple dans ce contexte de continuer à nourrir le goût du combat pour la paix et la justice sociale. En tout cas, nous ne demeurions qu’une poignée à clamer notre indignation et nos rêves d’une vie meilleure.

Comme tout est toujours une question de rapport de force, la contestation sociale affichant un électrocardiogramme plat, le gouvernement tira de plus en plus la corde pensant qu’elle ne puisse pas un instant céder. Et pourtant, alors qu’il annonça un projet de loi de liquidation de la législation du travail, surprenant sans doute agréablement au passage les organisations patronales qui ne s’attendaient pas à tant de générosité, la colère tempêta brutalement, sans même que nous puissions l’imaginer il y a quelques jours à peine. C’est le retour de la France rebelle et volcanique. C’est l’inspiration combative du prolétariat trop longtemps méprisé qui semble se nourrir des vers sublimes du grand poète turc et communiste Nazim Hikmet susurrés à ses oreilles. Ils sont les ennemis de l’espoir ma bien-aimée / De l’eau qui ruisselle, de l’arbre à la saison des fruits, / de la vie qui pousse et s’épanouit. / Car leur front marqué du sceau de la mort, / – dent pourrie, chair décomposée – / ils vont disparaître à jamais. / Et bien, sûr ma bien-aimée, bien sûr, / Sans maître et sans esclaves / Ce beau pays deviendra un jardin fraternel! / Et dans ce beau pays la liberté / Ira de long en large / Magnifiquement vêtue / de son bleu de travail.

Une pétition en ligne affiche au compteur plus de 700 000 signatures à l’heure où j’écris ces lignes. De jeunes vidéastes lancent sur youtube la contestation numérique avec une série de vidéos labellisées par le hashtag On vaut mieux que ça. Les organisations politiques, syndicales et associatives de la jeunesse appellent à la grève le 9 mars prochain avec un mot d’ordre simple : le retrait du projet de loi. Le danger serait effectivement de tomber dans le piège d’un hypothétique assouplissement du texte, de considérer cette entreprise comme étant une possible et belle victoire arrachée au capital. La réalité est que ce texte est inamendable parce qu’il est violemment idéologique et que, même moins dévastateur, il demeura inexorablement un recul historique des droits pour des millions de salariés. Je l’ai déjà écrit auparavant mais je le rappelle ici encore, cette réforme n’a qu’un seul et véritable objectif : permettre au capital d’arracher une marge supplémentaire de profit en utilisant la masse salariale comme simple variable d’ajustement. Pourtant, une récente étude nous apprend que la France est le pays qui verse le plus de dividendes en Europe. 364 milliards de dollars ont été versés en dividendes par les entreprises françaises ces 7 dernières années. Nier l’évidence d’une recherche accrue de la maximisation des profits au travers de cette loi, consiste à être complice de la manœuvre. Du côté du gouvernement pas de problème, on l’assume totalement. Les preuves deviennent volumineuses. En revanche, le communiqué officiel de l’intersyndicale professionnelle nous interroge : « Les organisations syndicales de salariés et de jeunesse signataires se sont réunies ce jour pour faire le point sur la situation sociale et économique notamment après la publication du projet de loi dit El Khomri, concernant la modification du Code du travail. Ensemble et à des degrés divers, elles constatent que ce projet, élaboré sans réelle concertation, va profondément changer la législation du travail et comporte des risques pour les salarié-e-s et les jeunes qui aspirent à accéder à un emploi. Les organisations signataires ne sont pas satisfaites de ce projet et demandent le retrait de la barèmisation des indemnités prudhommales dues en cas de licenciement abusif et des mesures qui accroissent le pouvoir unilatéral des employeurs ». On était en droit de s’attendre à une prose un peu plus combative, c’est vrai. Mais c’est une première marche de franchie et même s’il y a indéniablement réveil des consciences, on ne tirera pas un trait brutalement sur des années de fléchissement réformiste. Une chose à la fois, une étape après l’autre.

L’intrigue politique au sommet de l’état

Vous êtes j’en suis sûr, nombreuses et nombreux à suivre les aventures de Franck Underwood, sinistre et terrifiant personnage campé par un Kevin Spacey au meilleur de sa forme. Avec lui, on découvre l’envers du décor de la scène politique américaine. Lutte d’influence, combines, meurtres, manipulations, rôle prédominant de la communication. Cette série est un succès planétaire car elle répond aux fantasmes les plus fous qui sont les nôtres. De l’assassinat de Kennedy aux doutes de quelques uns concernant la véracité de l’épisode Neil Armstrong sur la lune en pleine guerre froide, la politique américaine est digne des meilleurs polars et nourrit les théories du complot les plus folles. Même si la réalité est sans doute moins romanesque, il est vrai que la course à la maison blanche est un chemin risqué pour ceux qui veulent s’y frotter. Ce qui est intéressant dans la série, c’est de voir à quel point ces gens sont sans scrupules, dépourvus de la moindre forme de morale. Ils sont déconnectés du monde réel et savent pertinemment que leur réussite dépend viscéralement de leur carnet d’adresse. Leur réussite s’apparente à une forme de prostitution. Pour gagner il faut de l’argent, beaucoup d’argent. On le voit avec le retournement de situation dans la primaire démocrate américaine. Le phénomène Sanders semble s’essouffler car Hilary Clinton est la candidate officielle de l’establishment. C’est un véritable rouleau compresseur avec une campagne financée par les grandes multinationales américaines. Même avec les meilleures intentions, difficile de pouvoir contrer ce bulldozer.

A l’image de ce qui est véhiculé par la série, la politique aujourd’hui ne se déroule plus sur le plan des idées et de la confrontation idéologique. Elle ne se résume que par la collusion entre des égo, des ambitions. Elle se construit autour des sondages et des formules chocs élaborées par des cabinets spécialisés dans la communication. J’ai donc pensé à cette série et à ce triste constat en lisant un papier dans Libération intitulé « Loi El Khomri : procession libérale ». Je vous en livre un passage succulent qui démontre comment les choses se passent au sommet de l’État, comment s’organise la lutte d’influence au sein d’un même gouvernement :

<< L’année commence bien pour la ministre : il n’y aura pas de loi Macron 2 sur les «nouvelles opportunités économiques». La question de «l’uberisation de la société» sera abordée avant tout sous l’angle de la «sécurisation» des travailleurs indépendants dans les nouveaux métiers numériques. Et ce sera dans sa loi. «C’est le réalisme parlementaire [un calendrier chargé en 2016] qui nous amène à fusionner les deux lois», explique-t-on aujourd’hui à l’Élysée. Myriam El Khomri pense aussi avoir réussi à se débarrasser d’une mesure explosive de son futur projet de loi : le plafonnement des indemnités prud’homales en cas de licenciement abusif, vieille demande du Medef : une mesure inscrite dans la loi Macron 1, puis retoquée par le Conseil constitutionnel.

Mais le 18 janvier, lors de ses vœux aux forces économiques à la tribune du Conseil économique, social et environnemental, François Hollande sème le trouble sur un autre sujet. Le chef de l’État affirme alors que le nombre et la majoration des heures supplémentaires pourront être fixés par accord d’entreprise, mais il n’évoque aucun plancher. Ce qui fait planer un doute sur l’avenir des 35 heures. Rapidement, la ministre du Travail affirme qu’elle souhaite que le plancher de rémunération des heures supplémentaires ne puisse être abaissé en dessous de 10 %.

Depuis Davos où il participe au Forum économique mondial, Emmanuel Macron attaque. Le 22 janvier, il annonce la disparition des seuils, signant de facto la fin des 35 heures. Trois jours plus tard, lors de la remise du rapport de Robert Badinter sur les «principes essentiels» du futur code du travail, Myriam El Khomri maintient sa position. Manuel Valls garde le flou puis, le 28 janvier, lors de ses vœux à la presse, il adoube sa ministre : «Il y a une durée légale du travail, et les heures effectuées au-delà sont payées au moins 10 % de plus. Ce principe s’impose à tous.»

Le Medef râle. Son patron, Pierre Gattaz, parle d’«opportunité perdue». Pourtant, le gouvernement avance déjà vers les organisations patronales. Dans sa «bataille pour l’emploi», alors qu’il a conditionné une nouvelle candidature en 2017 à l’inversion de la courbe du chômage, le chef de l’État a besoin que le Medef et la CGPME retrouvent leurs petits dans le nouveau code du travail. Le 20 janvier, Myriam El Khomri annonce dans l’Express travailler à un «nouveau plafonnement des indemnités prud’homales». Le lendemain, elle reçoit dans son bureau le patron de la Fnac, Alexandre Bompard. Cet énarque, ancien inspecteur des finances et conseiller de François Fillon lorsque ce dernier était locataire de la rue de Grenelle, a un problème : trois syndicats (CGT, FO et SUD), majoritaires dans son entreprise, viennent de bloquer la négociation sur l’ouverture de ses magasins le dimanche. L’occasion pour Alexandre Bompard de pousser l’idée d’un référendum permettant de valider des accords portés par des syndicats représentant au moins 30 % des salariés. Démocratie directe contre démocratie sociale. Bingo : la mesure sera retenue dans l’avant-projet de loi. >>

On fixe des taux et des seuils comme on choisit la couleur de sa chemise le matin. Les conséquences de leurs décisions sur le quotidien de millions de travailleurs, ils s’en moquent complètement. Celui qui flattera le mieux le capital tout puissant aura, sans doute, le plus de chance de décrocher le Graal, apparaître en première page des journaux, gagner de précieuses places dans les sondages dont les instituts d’étude les plus influents sont entre les mains de grands groupes (l’ancienne patronne du medef Laurence Parisot). Bref il faut trahir, manipuler, mentir, et jouer des mains pour se faire une place et éventuellement gravir les marches les plus hautes du pouvoir. Enfin plutôt de l’illusion du pouvoir devrait-on dire. Hollande veut tuer Valls qui veut tuer Hollande … Pas étonnant que peu de français acceptent encore de participer à cette farce. En réalité, le changement réel et concret ne sera possible que hors de ce circuit totalement contrôlé par l’oligarchie. Il passera par la rue, par la nationalisation de force de l’outil de production … Il n’y a que le rapport de force qui puisse changer les choses. Il n’est donc pas question d’un homme, d’un carcan d’organisations capables de s’entendre uniquement sur quelques mesurettes qui tiennent sur une feuille de papier. L’urgence est à bâtir une belle et grande mobilisation dès le 9 mars prochain pour créer une dynamique d’action et de résistance. La jeunesse, les travailleurs, les intellectuels doivent pouvoir créer des convergences dans cette bataille. Le reste n’est que foutaise pour le moment.

G.S

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Dynamitage du code du travail : chronique de la servitude ressuscitée !

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Je n’ai pas choisi le terme de chronique à la légère. Les chroniques sont ces textes qui m’ont fait passer des nuits blanches à la fac devant mes cours d’histoire médiévale. J’enjolive légèrement les choses. J’ai rarement passé des nuits blanches à la fac. En revanche, les chroniques sont sans aucun doute des sources indispensables pour traiter de l’histoire médiévale. Elles ne sont pas vraiment objectives, elle sont à la frontière entre le témoignage et l’objet littéraire, mais elles sont de rares documents qui nous sont parvenus aujourd’hui pour comprendre cette période à la fois étrange et complexe du Moyen Age. Vous vous dites probablement, pourquoi nous délivre t-il un tel catéchisme sur cette question. Tout simplement parce qu’au travers de l’avant projet de loi de la ministre du travail, j’ai la désagréable sensation de retrouver les mécanismes du féodalisme tel que l’on pouvait le rencontrer dans les chroniques. Plus largement dans l’étude des structures sociales de la société médiévale. Le concept de la servitude, un homme dont l’existence sociale dépend d’un autre homme, en l’occurrence ici d’une entreprise. J’en profite pour vous appeler à la curiosité et vous invite ainsi à lire Marc Bloch et son célèbre ouvrage sur la société féodale ou encore Georges Duby. Contrairement à l’idée que l’on se fait trop souvent, l’étude de cette période est fascinante. On y découvre en partie les racines de l’État moderne, le rôle politique de la monnaie, le poids des croyances et leur utilité pour légitimer l’exploitation, les contradictions qui traversent la classe des exploités … Enfin cela dans l’optique où vous êtes marxiste et que vous traitez l’histoire comme tel.

Mais trêve de digressions, revenons-en à ce qui nous intéresse ici, le déjà fameux texte que propose la ministre du travail pour moderniser le marché de l’emploi. Oui, ces gens sont modernes, ils nous le disent tous les jours, donc ça doit être vrai. Ils nous proposent de mettre une couche d’aliénation supplémentaire à ce qui, à la base, en est déjà une : le travail sous régime capitaliste. Oui je rappelle pour ceux qui, aveuglés par leur électoralisme patenté, oublient un peu trop vite les raisons de leur adhésion à la gauche communiste, que le travail est une condition indispensable pour la reproduction sociale quand la propriété des moyens de production est privée. C’est d’ailleurs pour cela que je me pense comme un anticapitaliste et non un antilibéral. Frédéric Lordon, économiste iconoclaste et spinoziste, le rappelait très justement dans les colonnes du Monde diplomatique dans un papier intitulé « Les entreprises ne créent pas d’emplois » : Comme Karl Marx l’avait remarqué, le capitalisme, c’est-à-dire le salariat, est une prise d’otage de la vie même ! Dans une économie monétaire à travail divisé, nulle autre possibilité de reproduire la vie que d’en passer par l’argent du salaire… c’est-à-dire l’obéissance à l’employeur. Et, s’il n’y avait eu la conquête de haute lutte des institutions de la protection sociale, on ne voit pas bien ce qui séparerait la logique profonde de la mise au travail capitaliste d’un pur et simple « marche ou crève ». Voilà qui clarifie les choses. Ce que le gouvernement est en train de faire avec cette réforme et avant cela avec toutes les autres, c’est justement de flouter jusqu’à disparition cette barrière que certains qualifieront de morale et d’autres d’entrave à la compétitivité des entreprises. La terrible bataille qui s’annonce dans les semaines à venir autour de ce texte n’est donc pas une simple confrontation entre d’un côté les modernes auto-proclamés et de l’autre les méchants français râleurs qui ne veulent pas les réformes. Non, c’est la traditionnelle et pratiquement séculaire bataille entre le capital et le travail. Ce bon vieux rapport de force qui penche cruellement en faveur de la bourgeoisie depuis trop longtemps. Le point positif de cette loi sera peut-être de pouvoir rééquilibrer la balance, d’aiguiser l’instinct de classe de milliers de travailleurs pour sortir du chapeau une solide conscience de classe affermie.

Il serait donc peut-être temps d’arrêter de gribouiller des affiches hideuses et de pondre des slogans sans substance, de mettre à pause les joutes verbales du lundi soir, pour lancer une grande et belle campagne populaire. Il y a tout un travail d’information sur le contenu de cette loi scélérate à mener, expliquer simplement les logiques sous-jacentes (celles du capital-isme) de cette dernière et surtout, organiser la plus large et la plus forte mobilisation possible. Je reçois des messages de jeunes, ni syndiqués, ni membres d’aucun parti, qui me demandent quand est-ce qu’on se bouge pour balayer tout cela. J’aimerais pouvoir vite et concrètement leur répondre au lieu de jongler avec de creuses et insipides formules philosophiques sur les bienfaits de la patience et sur l’inéluctable bonheur commun à venir.

Je mets ici le lien où les grandes lignes de la loi sont expliquées simplement : http://loitravail.lol/. Allez-y de toute urgence ! Il y a par ailleurs une pétition en ligne que je vous invite à signer si vous ne l’avez pas encore fait.

« Celle dont on ne doit pas prononcer le nom »

Rangez vos baguettes et vos robes de sorcier. Je ne vous emmène pas ici dans une vieille bâtisse où on peut apprendre à jeter des sorts mais dans la forteresse diabolique de l’ultra-libéralisme magnifié. Oui vous avez deviné, je vais vous parler de l’Europe. Certains frissonnent déjà rien qu’à l’évoquer. Cette loi du travail, le bilan de ce gouvernement … Tout cela n’est que pure logique en réalité. Je ne trouve pas en disant cela d’excuses au gouvernement. L’Europe est un désastre, surtout pour les travailleurs. Désastre, c’est en partant de ce constat que Lordon (encore lui oui) nous délivre son sentiment, que je ne peux que partager. On aura une idée assez exacte de l’ampleur de la malfaçon européenne lorsqu’on aura dit que le plus fondamental n’est même pas dans l’absolu désastre présent. Un désastre tel pourtant qu’il appellerait, à propos de la Grèce ou du Portugal notamment, à forger un concept de « persécution économique ». La tare est principielle, et tient en effet à une opération de soustraction de la souveraineté démocratique dont il importe de prendre l’exacte mesure. L’anomalie, pour ne pas dire la monstruosité, politique européenne tient au fait d’avoir « constitutionnalisé » des contenus substantiels de politique publique, c’est-à-dire d’avoir inscrit dans les traités, textes les plus lointains et les moins révisables, des options particulières, notamment de politique économique, dès lors retirées à la délibération démocratique ordinaire, et figées ad aeternam : du statut de la Banque centrale européenne (BCE), de la nature de ses missions, de la possibilité qu’elle finance ou non directement les États, du niveau des déficits et des dettes, nous ne pouvons plus discuter car toutes ces choses ont été déclarées définitivement réglées. Or le propre de la démocratie, c’est qu’il n’y a jamais rien de définitif, et que tout peut toujours être de nouveau remis en discussion. Lordon a raison. Les États ne maîtrisent plus grand chose. Les souverainetés populaires sont de lointains souvenirs. Les gouvernements des États membres exécutent les directives élaborées sans le moindre consentement populaire. Mais l’horreur se situe au-delà même de la question de la souveraineté. L’Europe est un outil du capital, plus particulièrement d’ailleurs du capital allemand. Mais le capital français y adhère aussi avec enthousiasme.

Alors que dans la fable officielle il est question de coopération, l’espace européen est une gigantesque confrontation entre nations, une concurrence effrénée et déloyale entre travailleurs, une lutte incessante et intestine pour être plus compétitif que le voisin et ce à n’importe quel prix. N’ayant plus entre les mains le levier de la monnaie, donc de la dévaluation, du taux de change, de la fixation des taux d’intérêts, les gouvernements ne peuvent agir que sur peu de choses pour rendre leurs économies plus compétitives. On est d’accord que ce raisonnement n’est vrai que si on accepte fatalement d’être membre de l’Union européenne, de développer un fétichisme abscons vis à vis de l’euro et de ne pas remettre en cause le capitalisme. Ne reste alors que les salaires. Malgré la concentration historique du capital, la conquête forcée de nouveaux marchés et j’en passe le capital n’est pas encore rassasié. Il lui en faut plus, toujours plus. Pourtant, on pourrait se dire, quand on s’intéresse par exemple au dernier bilan du groupe Orange, que les bénéfices atteignent des records sulfureux. Résultats dans le haut de la fourchette pour Orange. Le groupe a vu son bénéfice net être multiplié par presque trois en 2015 par rapport à 2014, à 2,65 milliards d’euros, selon les chiffres publiés ce mardi par l’opérateur historique, qui affirme avoir dépassé ses objectifs financiers sur l’exercice. Voilà ce qu’on a pu lire dans le journal Les échos ce mois-ci.

La marmite sautille dangereusement mais peu importe pour les actionnaires. Il faut continuer sur cette lancée. La loi du travail s’inscrit donc dans cette logique. Le gouvernement, partenaire supplétif du capital, ne fait donc qu’exécuter les exigences de ce dernier. L’Europe, c’est l’alibi , la couche de pommade sur l’eczéma irritant. Si l’Europe nous oblige à faire ceci et cela, cela ne vient pas du capital. D’ailleurs la lutte des classes n’est qu’un mythe. Les patrons nous promettent de créer des emplois si on accepte quelques douloureux efforts. Ils nous mettent une main sur l’épaule feignant une moue compassionnelle. De l’autre main ils braquent dans notre dos un revolver chargé à bloc. La réalité, c’est qu’une marge supplémentaire de profit est réalisable en baissant les salaires. Quoi de mieux pour y arriver que de faire un trait sur toute forme de législation qui encadre l’emploi. Quoi de mieux que de pouvoir ajuster sans contrainte la masse salariale à la conjoncture, à la demande fluctuante en ces temps de crise. C’est au final se tirer une balle dans le pied, car à force d’épuiser les ressources des ménages, ils ne consomment plus. Il n’y aura plus personne pour acheter leurs produits fabriqués n’importe comment et à moindre coût. Tout cela finit rarement bien, on le sait. La guerre, comme catalyseur. La guerre qui vient clore un cycle de surproduction.

Pour conclure mon chapitre européen, il arrive donc un moment où nous avons un devoir de vérité sur l’Europe. L’Europe sociale ne verra jamais le jour parce que l’Europe est l’antithèse même d’une vision progressiste des choses. L’Europe doit permettre de détruire les nations, leurs singularités, leurs histoires. Elle doit raturer les imaginaires collectifs, tout ce qui pourrait permettre à des millions de travailleurs qui parlent la même langue et se revendiquent de la même histoire sociale et ouvrière de pouvoir s’organiser. Qui-plus-est, la France est le dernier grain de sable dans l’engrenage. Avec ses révolutions, sa sécurité sociale, ses hôpitaux publics et ses fonctionnaires, elle demeure une entrave pour la marche forcée vers l’eldorado libéral. Mettre fin à son code du travail et à sa protection salariale, c’est lui faire mettre un genou à terre. L’histoire nous attend donc au tournant. Si vous suivez bien mon raisonnement, oui  celles et ceux qui nous dirigent sont des traitres, la république et tout le reste c’est pour faire joli. C’est la fameuse blague du doigt. Vous placez votre index devant quelqu’un et vous lui demandez ce qu’il voit. Il vous répondra à coup sûr, un doigt. Et vous lui direz alors, ça va je suis bien caché !

Comme je dois conclure et que je ne sais comment le faire tant il reste de choses à dire ; comme nous avons parlé du Moyen-Age, de démocratie, de bourgeoisie et d’exploités, je vous propose, une fois n’est pas coutume, une citation de Lénine. On la retrouve dans un texte intitulé « La révolution prolétarienne et le renégat Kautsky ». Elle bousculera peut-être quelques consciences, sait-on jamais. La démocratie bourgeoise, tout en constituant un grand progrès historique par rapport au moyen âge, reste toujours, elle ne peut pas ne pas rester telle en régime capitaliste, une démocratie étroite, tronquée, fausse, hypocrite, un paradis pour les riches, un piège et un leurre pour les exploités, pour les pauvres. Bonne méditation.

G.S

Mélenchon, l’éléphant dans le salon de thé !

XVMcca55258-c9be-11e5-a0c4-e98d81c7a7c6Ce billet d’humeur ne portera jamais aussi bien son nom. Il y a des fois où on aimerait avoir tort … Mais que voulez-vous, quand vous êtes victimes d’une stratégie alambiquée sur laquelle vous n’avez aucune prise, vous subissez en silence. Pas question pour autant de baisser la tête et d’acquiescer bêtement. Je suis effaré par l’amateurisme de nos dirigeants qui nous entraîne dans les méandres de l’histoire, comme si nous avions un boulet noué à notre cheville et que nous sombrions, impuissants, dans les eaux profondes. Mélenchon a asséné le premier coup et il fait mal. Il annonce qu’il sera sur la ligne de départ en 2017. On peut user des qualificatifs les plus divers, on peut dénoncer à juste titre la haute idée que cet homme se fait de lui-même, on peut claquer des pieds et se rouler par terre. Cependant, outre le fait que cette surprise n’en est pas vraiment une sauf à être lourdement handicapé par sa candeur, il est tout de même assez hypocrite de dénoncer cette candidature alors que depuis des mois le PCF a établi toute sa stratégie autour de l’idée « tout sauf Mélenchon ». Le plus drôle (ou pas), c’est que ce sont les plus enragés en 2012, ceux qui défendaient à corps et à cri la candidature de l’ancien sénateur socialiste maastrichien qui s’était racheté dans la foulée une âme de révolutionnaire, qui aujourd’hui pleurent à chaudes larmes et mènent des procès en sorcellerie. Dartigolles est le premier à s’épancher dans la presse. Pierre Laurent doit sortir un livre pour promouvoir l’exercice de la primaire. Petite boutade pour détendre l’atmosphère, je lui conseille de vite le publier sinon il finira par caler les pieds des tables bancales de colonel Fabien …

Pendant que nous organisions le tea time sous la coupole Niemeyer en totale déconnexion avec le monde réel, Mélenchon lui s’organisait et il fait tapis. L’avenir dira s’il a un bon jeu. Il n’a pas de base militante pour le porter dans cette campagne. Il ne pourra pas compter sur les petites mains du parti pour coller ses affiches, distribuer ses tracts, organiser les meetings … Il n’aura pas nos sous surtout ! Le pari est risqué pour lui mais il sait que le volcan français se réveille petit à petit, il sait que personne ne peut prédire ce qui va se passer dans les semaines, les mois à venir. Surtout qu’un certain nombre de banques vont bientôt annoncer leur faillite et que, par voie de conséquence, une grave crise économique ne tardera pas à exploser. Les mêmes causes qui produisent les mêmes conséquences. L’instinct de prédation et de captation du capitalisme fabriquant de manière cyclique des crises destructrices d’activités et d’emplois qui vont crescendo dans le spectaculaire.

Reconnaissons en tout cas à Mélenchon le talent suffisant pour être capable d’incarner la résistance dans un contexte aussi tendu. On peut aussi souligner la finesse d’un véritable stratège qui a totalement compris qu’il lui fallait incarner l’esprit même de la Vème République : l’homme providentiel, au-dessus des partis, celui qui a un destin lié avec un peuple. Même si on peut penser que tout cela appelle un important travail psychanalytique, l’audace du tribun est à la hauteur de son talent et de son ambition. C’est un opposant déterminé au personnage qui vous le dit !

Premier coup derrière la tête pour la petite troupe des VRP de la primaire. Puis, on apprend que les écologistes, dissidents et non-dissidents, entrent au gouvernement. La patronne de EELV se retrouve donc ministre du logement dans un gouvernement extrêmement impopulaire, dans un gouvernement qui mate les travailleurs et qui fait une croix sur une bonne partie des libertés individuelles et collectives. Dissidents ou pas, par ailleurs, ils sont de dangereux partisans de l’Europe fédérale. Pas question d’une autre Europe non non, simplement de plus d’Europe encore ! Bref, ils ne sont pas à la base véritablement fréquentables. Mais on espérait pourtant faire l’union avec ces gens. Deuxième coup derrière la nuque. Décidément en 24 heures, la pilule est dure à avaler …

Alors nous voilà ridiculement esseulés dans une séquence qui s’accélère brutalement. Nous allons tenter de continuer comme si de rien les rendez-vous du lundi avec des comédiens, des intellectuels et quelques vieux syndicalistes en manque de notoriété. Au final, tout cela accouchera d’une candidature minuscule derrière une Clémentine Autain, ou alors nous ramperons comme le chien qui rentre à la niche sachant très bien qu’il a fait une bêtise et nous nous rangerons derrière Mélenchon qui nous tiendra dans la paume de sa main. Il n’aura plus qu’à serrer les doigts pour nous briser définitivement. On se croirait dans Forrest Gump, « n’est stupide que la stupidité … »

Voilà donc ce qui arrive quand on veut sauver la gauche sans même savoir ou comprendre que la gauche ne peut exister que si elle est sous la pression permanente d’un mouvement révolutionnaire fort et organisé. Au final, nous ne tentons pas de sauver la gauche, nous tentons de sauver le PS. Beaucoup de camarades partageront, j’en suis sur, l’idée que nous n’avons pas pris notre carte au Parti communiste pour tenir la corde du pendu. J’ai une réjouissance en cette journée bien maussade : le 24 février prochain à Rouvroy (Pas-de-Calais), nous aurons l’immense honneur d’accueillir les 8 de Goodyear et leur avocat, notre camarade Fiodor Rilov, et nous allons tout entreprendre pour en faire un véritable événement. On y sera plus à l’aise et plus utile que dans les salons de thé.

G.S

A gauche, au diable les écuries !

libAlors que la solidarité avec les salariés de Goodyear grandit partout dans le pays, que dans l’espace anglo-saxon la gauche entreprend un virage intéressant sous la houlette de Corbyn en Grande-Bretagne et de Bernie Sanders aux États-Unis (dans la limite de ce qui est envisageable là-bas pour l’heure), qu’une grève générale contre la réforme des retraites allume un incendie social en Grèce, notre gauche à nous ne cesse de s’étioler en nourrissant de faibles perspectives de transformation. Le piège des primaires fonctionne parfaitement, le PS chavire totalement et s’abandonne aux pires trahisons, devenant un véritable repoussoir populaire, une machine à démanteler violemment notre modèle de protection sociale, notre république, notre nation.

L’heure est suffisamment grave pour prendre le temps de la réflexion, pour ne pas passer sous silence les tromperies et autres illusions dérisoires que nourrissent trop de responsables de la gauche. Je suis en colère par la déliquescence programmée de mon parti, je suis révolté par le manque d’imagination et de courage de ma famille politique. J’ai le sentiment désagréable d’une accélération brutale et mortifère des événements et de l’absence extrêmement préoccupante d’une réponse politique à la hauteur des enjeux. On peut toujours débattre sans limite de l’obsolescence des partis, du manque de dynamique citoyenne et j’en passe, la réalité doit être appréhendée avec plus de praticité. Des voix ouvrières fortes transpercent le bouclier médiatique et touchent au cœur des milliers d’hommes et de femmes dans tout le pays. Des français qui connaissent cette dure réalité, qui connaissent la brutalité de l’exploitation, qui connaissent l’horreur de vivre avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête, la précarité, la peur de perdre du jour au lendemain son gagne-pain.

Tout cela en parallèle du triplement de la fortune en 5 ans des 10 français les plus riches, avec une fortune cumulée qui est passée de 60 à 200 milliards d’euros entre 2009 et 2015. Tout cela alors qu’une vaste enquête démontre que le peuple français est foncièrement méfiant envers le capitalisme (15 % des français seulement prêtent des vertus au capitalisme). Tout cela alors que plus de la moitié du corps électoral ne se déplace plus dans les isoloirs. Tout cela pendant que notre ministre de l’économie, sinistre pantin de la finance mondiale, parade à Las Vegas avec le gratin patronal français, dans la ville du vice, de la tromperie, de l’argent sale et facile, pour dire à quel point la régulation, même modeste, est une entrave au miracle libéral ! La crise est profonde. Crise de confiance, crise d’avenir, crise métaphysique, crise … Le danger réside dans le fait qu’en occultant de proposer au pays un vaste débat sous cet angle précis, la confrontation se durcit autour de problématiques réactionnaires (remise en cause de la laïcité, fantasmes autour des réfugiés …). Le gouvernement mange dans la gamelle opportuniste en flattant les instincts autoritaires sous perfusion médiatique. L’État d’urgence se transforme en nouveau régime ordinaire permettant de contenir l’exaspération sociale et salariale. Sous couvert de lutte contre le terrorisme, conséquence directe des politiques impérialistes que nous menons, c’est une camisole de force géante que le gouvernement est en train d’établir. Museler les oppositions, imposer les valeurs et les croyances, inoculer un climat de peur permanente … La République s’est totalement inféodée au capital et répond sans broncher à ses prérogatives. Nous sommes dans la phase la plus grave et la plus répugnante du capitalisme. Je vous conseille de lire ou de relire Lénine qui dresse une description exemplaire de ce phénomène dans Impérialisme, stade suprême du capitalisme.

Ce qu’il nous manque donc cruellement, c’est une organisation capable de soulever ces contradictions, de les articuler dans une réflexion et une pratique qui permettent de créer un élan de résistance, de dessiner les contours d’une alternative globale et sans concession. Des millions de personnes attendent ce mouvement. Certains se structurent dans des organisations encore modestes. Cependant il est nécessaire de réussir à massifier, à fédérer cette sphère. L’émiettement est notre pire ennemi. Il a toujours été le pire ennemi des travailleurs. Pour autant et pour répondre d’office aux gogos qui agitent sournoisement le chiffon des rassemblements boiteux et opportunistes, ce travail de rassemblement ne peut se faire n’importe comment et à n’importe quel prix. Oui, on ne peut que désespérément déplorer le temps de la valse des renégats. Je me moque de 2017. 2017 est un leurre, tout juste un rendez-vous électoral d’une république bourgeoise totalement corrompue et impuissante.

L’urgence est à créer l’émulation révolutionnaire à la base. Redonner des perspectives aux travailleurs, soutenir et accompagner leurs luttes, créer les conditions d’une mise en commun de ces dernières en les replaçant dans le cadre d’une lecture globale du rapport de force, recréer du sens commun par une démarche dialectique matérialiste, bref reprendre les bases et édifier le mouvement avec patience et méthode (sans donc se préoccuper du calendrier électoral qui ne nous concerne plus vraiment). Créer des temps de rencontre et d’échanges dans les quartiers, dans les entreprises autour de batailles concrètes. Une action contre le logement insalubre, une mobilisation pour promouvoir l’éducation populaire, une mobilisation populaire autour d’une école, des actions pour promouvoir la baisse du temps de travail et de meilleurs salaires … Il faut créer du mouvement, de l’action avec le soucis permanent du rassemblement, du travail collectif, avec le soucis permanent d’inscrire ces luttes dans la confrontation incessante entre dominants et dominés. Il faut nous éduquer à la lutte permanente d’une classe face à une autre. C’est ce défi que nous avons à relever. Alors au diable les écuries, entrons dans la course !

G.S