De House of cards au réel : la souffrance de millions de salariés !

Sans titre-3

Il faudrait être dans l’ignorance la plus totale pour ne pas saisir le renversement spectaculaire que notre nation est en train de connaître. Il y a quelques semaines encore nous désespérions gravement quant à notre sort commun suite à un scrutin régional particulièrement calamiteux. Une extrême-droite en état de grâce, une gauche moribonde (dans toutes ses composantes), une abstention contagieuse. L’obscurité semblait s’abattre durablement dans nos cieux. Et puis les attentats, le bouclier sécuritaire et un recul historique de l’état de droit. Une France perquisitionnée, fracturée, suspicieuse … Les progressistes prêchaient dans le désert tout en se tirant dans les pattes. Dans le même temps, le chômage continuait sa continuelle et dramatique ascension renforçant toujours un peu plus la désespérance populaire. L’Europe affame les agriculteurs avec ses directives et son aberrante politique anti-russe, elle continue, dans le secret, à négocier le TAFTA avec les États-Unis, et nous continuons à jouer au jeu dangereux de l’impérialisme débridé via des guerres particulièrement sanglantes au Proche Orient. Pas simple dans ce contexte de continuer à nourrir le goût du combat pour la paix et la justice sociale. En tout cas, nous ne demeurions qu’une poignée à clamer notre indignation et nos rêves d’une vie meilleure.

Comme tout est toujours une question de rapport de force, la contestation sociale affichant un électrocardiogramme plat, le gouvernement tira de plus en plus la corde pensant qu’elle ne puisse pas un instant céder. Et pourtant, alors qu’il annonça un projet de loi de liquidation de la législation du travail, surprenant sans doute agréablement au passage les organisations patronales qui ne s’attendaient pas à tant de générosité, la colère tempêta brutalement, sans même que nous puissions l’imaginer il y a quelques jours à peine. C’est le retour de la France rebelle et volcanique. C’est l’inspiration combative du prolétariat trop longtemps méprisé qui semble se nourrir des vers sublimes du grand poète turc et communiste Nazim Hikmet susurrés à ses oreilles. Ils sont les ennemis de l’espoir ma bien-aimée / De l’eau qui ruisselle, de l’arbre à la saison des fruits, / de la vie qui pousse et s’épanouit. / Car leur front marqué du sceau de la mort, / – dent pourrie, chair décomposée – / ils vont disparaître à jamais. / Et bien, sûr ma bien-aimée, bien sûr, / Sans maître et sans esclaves / Ce beau pays deviendra un jardin fraternel! / Et dans ce beau pays la liberté / Ira de long en large / Magnifiquement vêtue / de son bleu de travail.

Une pétition en ligne affiche au compteur plus de 700 000 signatures à l’heure où j’écris ces lignes. De jeunes vidéastes lancent sur youtube la contestation numérique avec une série de vidéos labellisées par le hashtag On vaut mieux que ça. Les organisations politiques, syndicales et associatives de la jeunesse appellent à la grève le 9 mars prochain avec un mot d’ordre simple : le retrait du projet de loi. Le danger serait effectivement de tomber dans le piège d’un hypothétique assouplissement du texte, de considérer cette entreprise comme étant une possible et belle victoire arrachée au capital. La réalité est que ce texte est inamendable parce qu’il est violemment idéologique et que, même moins dévastateur, il demeura inexorablement un recul historique des droits pour des millions de salariés. Je l’ai déjà écrit auparavant mais je le rappelle ici encore, cette réforme n’a qu’un seul et véritable objectif : permettre au capital d’arracher une marge supplémentaire de profit en utilisant la masse salariale comme simple variable d’ajustement. Pourtant, une récente étude nous apprend que la France est le pays qui verse le plus de dividendes en Europe. 364 milliards de dollars ont été versés en dividendes par les entreprises françaises ces 7 dernières années. Nier l’évidence d’une recherche accrue de la maximisation des profits au travers de cette loi, consiste à être complice de la manœuvre. Du côté du gouvernement pas de problème, on l’assume totalement. Les preuves deviennent volumineuses. En revanche, le communiqué officiel de l’intersyndicale professionnelle nous interroge : « Les organisations syndicales de salariés et de jeunesse signataires se sont réunies ce jour pour faire le point sur la situation sociale et économique notamment après la publication du projet de loi dit El Khomri, concernant la modification du Code du travail. Ensemble et à des degrés divers, elles constatent que ce projet, élaboré sans réelle concertation, va profondément changer la législation du travail et comporte des risques pour les salarié-e-s et les jeunes qui aspirent à accéder à un emploi. Les organisations signataires ne sont pas satisfaites de ce projet et demandent le retrait de la barèmisation des indemnités prudhommales dues en cas de licenciement abusif et des mesures qui accroissent le pouvoir unilatéral des employeurs ». On était en droit de s’attendre à une prose un peu plus combative, c’est vrai. Mais c’est une première marche de franchie et même s’il y a indéniablement réveil des consciences, on ne tirera pas un trait brutalement sur des années de fléchissement réformiste. Une chose à la fois, une étape après l’autre.

L’intrigue politique au sommet de l’état

Vous êtes j’en suis sûr, nombreuses et nombreux à suivre les aventures de Franck Underwood, sinistre et terrifiant personnage campé par un Kevin Spacey au meilleur de sa forme. Avec lui, on découvre l’envers du décor de la scène politique américaine. Lutte d’influence, combines, meurtres, manipulations, rôle prédominant de la communication. Cette série est un succès planétaire car elle répond aux fantasmes les plus fous qui sont les nôtres. De l’assassinat de Kennedy aux doutes de quelques uns concernant la véracité de l’épisode Neil Armstrong sur la lune en pleine guerre froide, la politique américaine est digne des meilleurs polars et nourrit les théories du complot les plus folles. Même si la réalité est sans doute moins romanesque, il est vrai que la course à la maison blanche est un chemin risqué pour ceux qui veulent s’y frotter. Ce qui est intéressant dans la série, c’est de voir à quel point ces gens sont sans scrupules, dépourvus de la moindre forme de morale. Ils sont déconnectés du monde réel et savent pertinemment que leur réussite dépend viscéralement de leur carnet d’adresse. Leur réussite s’apparente à une forme de prostitution. Pour gagner il faut de l’argent, beaucoup d’argent. On le voit avec le retournement de situation dans la primaire démocrate américaine. Le phénomène Sanders semble s’essouffler car Hilary Clinton est la candidate officielle de l’establishment. C’est un véritable rouleau compresseur avec une campagne financée par les grandes multinationales américaines. Même avec les meilleures intentions, difficile de pouvoir contrer ce bulldozer.

A l’image de ce qui est véhiculé par la série, la politique aujourd’hui ne se déroule plus sur le plan des idées et de la confrontation idéologique. Elle ne se résume que par la collusion entre des égo, des ambitions. Elle se construit autour des sondages et des formules chocs élaborées par des cabinets spécialisés dans la communication. J’ai donc pensé à cette série et à ce triste constat en lisant un papier dans Libération intitulé « Loi El Khomri : procession libérale ». Je vous en livre un passage succulent qui démontre comment les choses se passent au sommet de l’État, comment s’organise la lutte d’influence au sein d’un même gouvernement :

<< L’année commence bien pour la ministre : il n’y aura pas de loi Macron 2 sur les «nouvelles opportunités économiques». La question de «l’uberisation de la société» sera abordée avant tout sous l’angle de la «sécurisation» des travailleurs indépendants dans les nouveaux métiers numériques. Et ce sera dans sa loi. «C’est le réalisme parlementaire [un calendrier chargé en 2016] qui nous amène à fusionner les deux lois», explique-t-on aujourd’hui à l’Élysée. Myriam El Khomri pense aussi avoir réussi à se débarrasser d’une mesure explosive de son futur projet de loi : le plafonnement des indemnités prud’homales en cas de licenciement abusif, vieille demande du Medef : une mesure inscrite dans la loi Macron 1, puis retoquée par le Conseil constitutionnel.

Mais le 18 janvier, lors de ses vœux aux forces économiques à la tribune du Conseil économique, social et environnemental, François Hollande sème le trouble sur un autre sujet. Le chef de l’État affirme alors que le nombre et la majoration des heures supplémentaires pourront être fixés par accord d’entreprise, mais il n’évoque aucun plancher. Ce qui fait planer un doute sur l’avenir des 35 heures. Rapidement, la ministre du Travail affirme qu’elle souhaite que le plancher de rémunération des heures supplémentaires ne puisse être abaissé en dessous de 10 %.

Depuis Davos où il participe au Forum économique mondial, Emmanuel Macron attaque. Le 22 janvier, il annonce la disparition des seuils, signant de facto la fin des 35 heures. Trois jours plus tard, lors de la remise du rapport de Robert Badinter sur les «principes essentiels» du futur code du travail, Myriam El Khomri maintient sa position. Manuel Valls garde le flou puis, le 28 janvier, lors de ses vœux à la presse, il adoube sa ministre : «Il y a une durée légale du travail, et les heures effectuées au-delà sont payées au moins 10 % de plus. Ce principe s’impose à tous.»

Le Medef râle. Son patron, Pierre Gattaz, parle d’«opportunité perdue». Pourtant, le gouvernement avance déjà vers les organisations patronales. Dans sa «bataille pour l’emploi», alors qu’il a conditionné une nouvelle candidature en 2017 à l’inversion de la courbe du chômage, le chef de l’État a besoin que le Medef et la CGPME retrouvent leurs petits dans le nouveau code du travail. Le 20 janvier, Myriam El Khomri annonce dans l’Express travailler à un «nouveau plafonnement des indemnités prud’homales». Le lendemain, elle reçoit dans son bureau le patron de la Fnac, Alexandre Bompard. Cet énarque, ancien inspecteur des finances et conseiller de François Fillon lorsque ce dernier était locataire de la rue de Grenelle, a un problème : trois syndicats (CGT, FO et SUD), majoritaires dans son entreprise, viennent de bloquer la négociation sur l’ouverture de ses magasins le dimanche. L’occasion pour Alexandre Bompard de pousser l’idée d’un référendum permettant de valider des accords portés par des syndicats représentant au moins 30 % des salariés. Démocratie directe contre démocratie sociale. Bingo : la mesure sera retenue dans l’avant-projet de loi. >>

On fixe des taux et des seuils comme on choisit la couleur de sa chemise le matin. Les conséquences de leurs décisions sur le quotidien de millions de travailleurs, ils s’en moquent complètement. Celui qui flattera le mieux le capital tout puissant aura, sans doute, le plus de chance de décrocher le Graal, apparaître en première page des journaux, gagner de précieuses places dans les sondages dont les instituts d’étude les plus influents sont entre les mains de grands groupes (l’ancienne patronne du medef Laurence Parisot). Bref il faut trahir, manipuler, mentir, et jouer des mains pour se faire une place et éventuellement gravir les marches les plus hautes du pouvoir. Enfin plutôt de l’illusion du pouvoir devrait-on dire. Hollande veut tuer Valls qui veut tuer Hollande … Pas étonnant que peu de français acceptent encore de participer à cette farce. En réalité, le changement réel et concret ne sera possible que hors de ce circuit totalement contrôlé par l’oligarchie. Il passera par la rue, par la nationalisation de force de l’outil de production … Il n’y a que le rapport de force qui puisse changer les choses. Il n’est donc pas question d’un homme, d’un carcan d’organisations capables de s’entendre uniquement sur quelques mesurettes qui tiennent sur une feuille de papier. L’urgence est à bâtir une belle et grande mobilisation dès le 9 mars prochain pour créer une dynamique d’action et de résistance. La jeunesse, les travailleurs, les intellectuels doivent pouvoir créer des convergences dans cette bataille. Le reste n’est que foutaise pour le moment.

G.S

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