Le président Jupiter ou la mythologie européiste

galerie-farnc3a8se-jupiter-et-junon-1597-1602-fresque-rome-palais-farnc3a8seNotre président serait donc le nouveau Jupiter. Les médias dominants, genou à terre, voient donc chez notre jeune freluquet de président un homme fort, au leadership incontesté et incontestable, un néo-leader du monde libre (rien que ça !) ai-je lu dans je ne sais plus quel papier. Oui souvenez-vous il a résisté à la poignée de main vigoureuse du président Trump, il a reçu le méchant Poutine dans les ors versaillais histoire d’impressionner le barbare caucasien, sorte de revisite de la légende napoléonienne quand l’empereur corse rivalisait de force avec le Tsar de la grande Russie Alexandre. Si l’image paraît particulièrement grotesque pour le commun des mortels, lui qui n’a pas voté ou voté que du bout des doigts pour ce Lecanuet 2.0, la classe dominante elle, privée du fétiche de ses rêveries modernes, la grande et belle Europe, se convainc, à coup de flagellation compulsive et d’idolâtrie dégoulinante de crème, que notre Manu national va pouvoir sauver le condamné, le projet européen.

Jupiter est peut-être le dieu des dieux, mais par une tromperie malhonnête, il est aussi le père d’Europe dans la mythologie gréco-romaine. Le monde est décidément bien fait. Notre Jupiter bleu-blanc-rouge aurait donc la capacité politique de redonner souffle et âme à l’Europe qui agonise, se putréfie même dans les îles grecques, en Italie, au Portugal et plus récemment en Grande-Bretagne. Il faut reconnaître que le Macron est un illusionniste particulièrement doué. Fraîchement élu, il est parti à la rencontre de la Kaiserin Merkel, main de fer dans un gant de fer, gardienne de l’orthodoxie budgétaire et de l’autoritarisme néo-libéral qui tuent une bonne partie du continent, pour asseoir l’idée qu’un nouveau rapport de force entre les deux nations épicentrales de l’Union était possible.

Pourtant,à trois semaines du futur conseil des ministres franco-allemand qui se tiendra à Paris le 13 juillet prochain, lors d’une conférence de presse totalement préparée et maîtrisée, la connivence entre les deux chefs d’État de part et d’autre du Rhin a été éblouissante. Le journal « Le Monde » titre Merkel et Macron, « en symbiose » pour l’Europe , BFM TV titre lui Merkel et Macron « d’une même voix » pour le rayonnement de l’Union Européenne , et j’en passe. Même phénomène outre-Rhin où la presse allemande a inventé le nouveau concept de « M&M’s » (Merkel et Macron) saluant le retour du couple franco-allemand.

En réalité, l’objectif politique était de couper court toute forme de velléité nouvelle au sein de l’Union. Ce joli spectacle médiatique a totalement éclipsé le premier ministre britannique Theresa May et l’instabilité politique du moment à Londres autour de la question européenne et la nouvelle pilule amère infligée à la Grèce que même le FMI annonce comme le coup de cravache de trop. D’ailleurs, est-il besoin de le noter, mais l’échec patent de l’entreprise Tsipras n’est plus à démontrer. Personne aujourd’hui ne peut réellement imaginer sérieusement faire reculer l’Allemagne par le processus des négociations. C’est un jeu de quitte ou double. La preuve la plus flagrante que Macron se couche d’entrée de jeu, c’est l’immense et dramatique chantier de démantèlement brutal du code du travail à venir qui est une application stricto sensu des recommandations du Conseil Européen. L’étau se resserre jusqu’à rendre perceptible et sensible l’asphyxie inévitable des travailleurs. Le libéralisme débridé que rejettent les peuples anglo-saxons depuis peu y ayant goûté bien avant nous, dès le début des années 1980, connaît seulement maintenant son simple apogée sur le continent. Alors que nous avons les preuves historiques de son échec, de sa grande brutalité, il est la doxa sacrée qui régit toute notre vie politique en Europe. Comment ainsi ne pas comprendre le désintérêt grandissant du citoyen-électeur pour cette chose. Après tout on ne peut blâmer le travailleur qui décide de ne pas s’infliger lui-même le coup de poignard qui le videra de son sang.

Pour revenir à l’Europe et aux relations franco-allemandes, j’émets une autre hypothèse qui va dans le sens d’un alignement total du président français sur les intérêts allemands. Les récentes déclarations de ce dernier sur la Russie et cette soudaine posture médiatique néo-gaullienne m’ont rendu curieux. On le sait, Trump a dans sa ligne de mire la puissante industrie allemande. Même si le combat majeur se passe dans le Pacifique dans un duel sino-américain qui va déterminer bien des choses dans les années à venir et notamment si le déclin de l’oncle Sam sera total ou non, les étasuniens ne cachent pas leur volonté d’affaiblir l’Allemagne qui décidément devient gênante de par sa domination continentale intégrale et sa balance commerciale considérablement excédentaire. Cependant, Merkel qui repart très probablement pour une nouveau mandat, posant au passage sérieusement la question de la vitalité démocratique dans ce pays, est un véritable général au combat. Elle a de très puissants et cruciaux intérêts économiques et financiers à défendre et elle ne peut donc pas se permettre d’avoir des cailloux dans les chaussures. De l’ordre et un consensus ferme, les deux piliers de l’impérialisme germanique. Ainsi ressort des cartons le projet d’Europe de la défense dont l’objectif est davantage politique que militaire comme on peut facilement le comprendre, et l’assurance d’un alignement total de la France sur ses positions. Sur ce second point, nous savons d’ores et déjà que d’importants points ont été marqués. Quant à la Russie, il vaut mieux par les temps qui courent signer une trêve provisoire. Pour peser face aux États-Unis, la Russie est l’allié de circonstance idéal.

Comme nous sommes de plus en plus nombreux à l’affirmer et à juste titre, la question européenne est la question politique centrale de notre temps. Elle détermine tout. Le reste n’est qu’agitation, pirouettes médiatiques et caches-misère. Plus grave sans doute, ce qui était à craindre est en action, la France n’a pas élu un président aussi souverain soit-il dans son comportement, mais un vice-chancelier déposant les armes avant même d’avoir combattu. L’élite française tout comme au siècle dernier assume pleinement sa germanophilie et trahit une fois de plus les intérêts nationaux. Mesurons un instant les conséquences désastreuses d’une telle aventure. Une crise plus profonde encore et son lot de misère, de chômage, de désindustrialisation, de crise identitaire exacerbée, essentiellement encore dans les zones périphériques, là où le FN fait des scores exorbitants. La menace de plus en plus prégnante, menaçante du fascisme ressuscité en France comme ailleurs.

Pendant ce temps, l’aveuglant européisme des tenants de la voie progressiste paralyse toute possibilité d’alternative concrète. Mélenchon tenait le bon bout sur ce point, mais en alliant ce discours lucide et courageux sur l’Europe au concept du dégagisme, en déconnectant son analyse des principes fondamentaux du capitalisme, de l’impérialisme et de son expression socio-politique la lutte des classes, il est à craindre qu’il ait simplement défriché le terrain qui peut favoriser l’émergence de la pire des charognes, le national-socialisme.

G.S

Publicités

2 commentaires sur « Le président Jupiter ou la mythologie européiste »

  1. C’est déjà pas mal que le social-démocrate Mélenchon « ait simplement défriché le terrain» …
    Laissant le soin au PcF de « connecter son analyse des principes fondamentaux du capitalisme, de l’impérialisme et de son expression socio-politique la lutte des classes ».
    À 1,29% du corps électoral, et après plus de vingt ans de mutation mortifère, il serait temps !
    Saisirons nous l’occasion, ou continuerons nous à nous engluer dans le compromis stoïque avec les €urolâtres opportunistes du PGE et de la CES ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s