Pour un parti communiste au service des classes populaires (publié dans « Communistes 62 »)

PCF-paris-coupole« Je n’admets pas, que l’on puisse avec des phrases et des mots vides de sens, parler d’optimisme ». Cette phrase n’est pas celle d’un grand philosophe allemand toujours prompt à analyser les concepts, mais de l’enfant du pays, ce grand dirigeant communiste, chez qui la fonction publique puise sa paternité, Maurice Thorez. Alors que depuis des années, certains s’évertuent à faire douter les communistes de la puissance de leur projet, de la grande et parfois héroïque histoire qui fût la nôtre, du talent et de la redoutable intelligence des hommes et des femmes qui l’ont façonnée et continuent ici ou là à la façonner, Thorez démontre sans même le savoir, une fois encore, la justesse de l’analyse qui fût toujours la sienne, elle qui sonne comme une terrifiante mais exacte prémonition. Car cette phrase, n’est-elle pas le parfait résumé de ce qu’est Macron et le macronisme ? Le discours creux, manipulateur, simulant les traits de la modernité, de l’espoir ressuscité, alors que le projet politique qui se dérobe derrière les mots est en fait vieux comme le monde, vieux comme les premiers essais sur la main invisible, vieux comme les premières offensives violentes et radicales de la dame de fer et du cow-boy de Washington dès le début des années 1980.

Ce néolibéralisme destructeur qui va plonger l’Amérique latine dans la dictature, la corruption, l’exploitation radicale. Ce même néolibéralisme qui va totalement maltraiter la classe ouvrière britannique et en premier lieu les mineurs. Ce dernier qui va déséquilibrer des États entiers aux États-Unis en laissant mourir l’industrie manufacturière. Ce néolibéralisme, ciment de la construction européenne depuis l’acte unique pour ne pas dire depuis sa création, qui plonge dans une guerre concurrentielle totalement larvée les nations européennes du nord et du sud les unes contre les autres. Tout cela prend, soyons au moins d’accord sur ce constat, les accents du chaos. C’est une des illustrations de la fameuse stratégie de choc conceptualisée par Naomi Klein.

Tu te demandes finalement camarade où veut en venir ce texte et où se situe le lien avec le titre. Pourquoi présenter le lancement de la grande souscription fédérale de la sorte. Sans doute parce qu’il serait bon de nous rappeler pourquoi notre société, pourquoi les millions de travailleurs français, la plupart réfugiés dans le mutisme, dans l’abstention ou perdus dans le vote FN, ont besoin du PCF. Combien nous souffrons aujourd’hui de l’absence de communisme, de l’absence d’un grand parti populaire enraciné à la fois dans le quartier et dans l’entreprise.

Quelques uns chez les communistes, assez timidement quoi qu’avec détermination, finissent par penser et dire que l’avenir ne réside pas dans les partis, vieilles carcasses d’un vieux monde. L’avenir, ça serait le mouvement. Un mouvement volontairement ambigu, sans structures de direction, sans règles collectivement établies. Il faudrait simplement suivre le chef comme des apôtres suivent leur dieu. Cela ne peut raisonnablement pas être le chemin de l’émancipation.

Faire vivre le parti, se donner les moyens d’avoir des outils pour parler aux masses, d’avoir des sections et des cellules au plus proche de la réalité, d’avoir des élus combatifs et dévoués, c’est faire œuvre de résistance face à ces évolutions du monde. C’est se donner les moyens de ne pas faire mourir le vieux rêve du commun, voilà qui fera plaisir à Pierre Laurent. Tout est à nous, rien est à eux crions-nous en manif. Tous, à la base, nous ne lâchons pas ces mots avec légèreté, sans les peser.

La dernière séquence électorale, tu le sais, a été difficile pour nous. Les divisions idiotes, l’hyper-abstention, les mécanismes monarchiques du régime présidentiel, notre disparition des écrans radars suite à notre ralliement à Mélenchon sans conditions, tout cela a rendu la tâche de nos valeureux candidats aux élections législatives extrêmement compliquée. Il se sont tous battus, ont fait de leur mieux mais les résultats sont historiquement bas. Le parti fait un peu plus de 2 % à échelle nationale. C’est, disons-le, l’aveu d’un échec, celui d’une stratégie d’effacement. Que dire de ce poste de député dans le lensois, perdu à une poignée de voix dans des circonstances qu’il n’est pas besoin de rappeler. Avec un vrai éclairage public, les choses auraient peut-être pu en être autrement.

Il est donc crucial que chaque communiste participe selon ses moyens à créer les conditions de la solidarité financière avec nos candidats non-remboursés qui, pour certains d’entre-eux, ont contracté un prêt personnel pour financer la campagne. Nous l’avons toujours fait et nul doute qu’une fois encore chacun saura prendre ses responsabilités et démontrer son attachement viscéral au parti, à son parti.

L’élection de quatre députés d’extrême-droite dans le bassin minier est un signal terriblement fort qui traduit la grande dangerosité de la période. Aussi la résistance à cette situation ne peut pas se résumer à la politique de la terre brûlée ou du coup d’éclat médiatique. « Quand on n’est pas les plus forts, on doit être les plus sages » écrivait le grand Zola dans Germinal. C’est le pari que nous devons faire. Forts de notre histoire, de notre expérience dans la lutte, de notre puissant réseau militant, donnons-nous donc les moyens d’incarner plus que jamais la sagesse révolutionnaire dont le peuple, préférons-y les prolétaires, a un impératif besoin.

G.S

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Mes parents, ces héros de la classe ouvrière !

ses5_adler_001fJ’ai suivi d’assez près les travaux actuels de l’Assemblée concernant les ordonnances. Ces fameuses ordonnances qui vont permettre au gouvernement d’avoir les coudées franches pour dynamiter le code du travail, pourtant déjà sévèrement encorné par les lois Macron et El-Khomri. Mesurons à quel point la bataille qui s’annonce ne peut se résumer à une simple confrontation juridique. C’est bien le code du travail comme aspect symbolique qui est attaqué. Oui il s’agit de recommandations de la commission européenne, oui l’Allemagne veut faire plier le dernier pays qui résiste encore au libéralisme débridé pour tuer définitivement toute possibilité de résistance à son projet impérialiste, comme l’a révélé Yanis Varoufakis, alors ministre de l’économie grec maltraité par le duo Merkel-Schaüble. Mais à une échelle franco-française, c’est la possibilité de mettre à genoux la classe ouvrière, aujourd’hui désarmée et affaiblie, après qu’elle su durant plus d’un siècle arracher une série de conquêtes lui donnant une existence sociale et politique dans l’entreprise comme dans la société.

Qui peut sérieusement croire l’idée que si demain les accords de branches ou les cadres nationaux laissent place à des accords d’entreprise, le salarié et son patron seront sur un pied d’égalité pour négocier les conditions de travail ? S’il nous a fallu arracher le principe de la hiérarchie des normes au prix de luttes parfois violentes, c’est bien parce que nos aïeux savaient qu’il existe irrémédiablement un rapport de subordination entre le salarié et le chef d’entreprise. Comment pourrait-il en être autrement à partir du moment où vous devez vendre votre force de travail en échange d’un salaire ? Ainsi, il faudrait être terriblement crédule ou particulièrement vicieux et mal intentionné pour vendre l’idée d’un possible dialogue social dans l’entreprise. Le dialogue sous-entend la possibilité d’une écoute réciproque, d’une forme de sagesse dans l’échange, d’une volonté d’apaisement qui servirait l’une et l’autre des parties. Imaginer un tel rapport dans l’entreprise relève de la métaphysique.

C’est le même principe que d’imaginer Muriel Pénicaud, ministre du travail, ancienne directrice générale adjointe chez Dassault systèmes de 2002 à 2008, directrice générale des ressources humaines chez Danone de 2008 à 2013, directrice générale de Business France en 2015, une agence au service de l’internationalisation de l’économie française, mener un chantier aussi vaste que celui dont on parle avec comme boussole l’intérêt des salariés. Cette haut-fonctionnaire passée par la case privé, comme beaucoup de ses condisciples, fait partie de ce corps social chargé d’exécuter les recommandations de la bourgeoisie. C’est ce que Marx appelle la petite bourgeoisie.

Pour clore la démonstration, je me range moi à la sagesse de Saint-Just qui disait « la force n’a ni droit ni raison, mais il peut être impossible de s’en passer pour faire respecter le droit et la raison ». Autrement dit, seul le rapport de force peut produire des résultats pour celui qui se trouve en situation de domination.

Il faut reconnaître à Muriel Pénicaud une forme d’efficacité dans la tâche qui est a la sienne. Elle a mené avec autorité pour ne pas dire autoritarisme les débats en commission des affaires sociales sans jamais flancher. Elle ne s’est jamais laissée entraîner sur le terrain de la dialectique continuant à délivrer les éléments de langage de notre époque politique. Aucun amendement retenu, un calendrier serré … C’est une véritable blitzkrieg sociale à laquelle elle se livre. Elle le sait d’avance, il ne pourra y avoir qu’une victoire au bout. Son groupe parlementaire est totalement fanatisé par la ligne politique qu’elle défend. Ces jeunes députés macronistes sont tous les produits de la méritocratie petite bourgeoise vendue dans nos grandes écoles alignée sur la pensée dominante anglo-saxonne. On pourrait d’ailleurs disserter sur le poids toujours plus grand de l’anglais dans les cours et concepts délivrés là-bas.

Comment ne pas trouver savoureux et en même temps surréaliste l’échange provoqué par Ruffin dans l’hémicycle lorsqu’il fait la démonstration de la grande voracité du groupe Auchan et le décalage de la loi pour limiter cet instinct de prédation et de captation. La réponse du rapporteur, député macroniste, ancien DRH de chez Auchan, va rentrer dans les annales. Ruffin et ce député incarnent deux mondes totalement distincts jusqu’à parler deux langages totalement étrangers l’un à l’autre. Ce décalage est sidérant (ici).

C’est en voyant à l’œuvre tout ce beau monde à l’image de ce député macroniste, qui n’a pas même idée de ce que peut être la dureté du travail dans les usines, sur les chantiers, dans une exploitation agricole, que j’ai pensé à mes parents. Par chance, ils sont la parfaite incarnation de ce qu’est la conscience de classe. Je ne suis pas aujourd’hui communiste par le pur fruit du hasard.

Je n’ai jusque-là que peu écrit sur mes parents. Il y a toujours quelque chose de très freudien, d’assez effrayant qui laisse planer son ombre sur une telle entreprise. J’ai été rassuré là-dessus à la lecture d’un article paru dans le Nouvelobs dans lequel la sociologue Annie Ernaux, grande figure intellectuelle de notre temps, évoque ce phénomène. L’écriture est une approche presque psychanalytique dans notre rapport à notre intimité. Pas étonnant par ailleurs qu’Ernaux a traité de concert la question des origines sociales avec celle de la sexualité.

Malgré cette difficulté connue, j’ai senti le besoin irrépressible d’écrire sur mes parents. Au milieu de ce chantier législatif ce sont leurs visages, leurs trajectoires qui me hantent l’esprit. D’abord pour une raison tout à fait évidente : ils seront en première ligne dans les victimes de cette future loi. Mon père est carrossier peintre dans une petite SARL qui vivote, dans des conditions de travail dignes du XIXe siècle, ma mère est aide-soignante dans un système hospitalier public en décrépitude. L’un comme l’autre savent ce qu’est la souffrance au travail et à quel point le dialogue social est un leurre grossier. L’inspection du travail a pointé une fois le bout de son nez dans le garage où travaille mon père. Ils avaient promis de passer de nouveau, ils ne l’ont jamais fait. Aucune mesure coercitive à l’égard du patron, rien … Mon père pourra continuer à travailler sous les vieilles tôles remplies d’amiante, dans les courants d’air glacés des rudes hivers du nord, sans respect des règles d’hygiène de base … Cela fait déjà 30 ans qu’il supporte la chose. Il est certain que notre loi travail à nous, si notre classe était au pouvoir, consisterait par exemple à renforcer l’inspection du travail, avec d’importants recrutements d’inspecteurs du travail, avec une législation renforcée, un suivi étroit des dossiers et des mesures punitives plus dures. Il n’en sera rien dans le cas présent, sans surprise.

J’ai donc la possibilité de mettre un visage sur l’enjeu de civilisation qui se joue. Cette loi travail est en chantier en même temps qu’une importante loi économique où on annonce déjà 3 milliards d’euros de baisse d’impôts pour 3000 familles. Comment pouvoir nier encore qu’au cœur de cette offensive, c’est la lutte des classes dans son éclatante vérité qui se révèle ? La classe à laquelle j’appartiens, celle de mes parents, est indéniablement en train de la perdre. Mais le grand Henri Malberg qui vient de nous laisser orphelins, a sa vie durant rappelé ô combien notre combat repose sur une vision diachronique optimiste. Je me dois d’être optimiste parce que le sort de mes parents est en jeu. Qu’ils sont à mes yeux des héros de l’ordinaire. Il y a presque une part de sacré dans la manière dont je les vois. Des travailleurs courageux, honnêtes, qui dès le plus jeune âge m’ont appris à détester les patrons. Ils m’ont inculqué des valeurs cardinales essentielles. La probité à toute épreuve, le sens de l’intérêt commun, le respect, le courage et le sens de l’effort. Jamais je ne les ai vu craquer alors que j’ai compris avec le recul, jeune adulte que je suis, les colossaux sacrifices et efforts qu’ils ont fait pour que mon frère, ma sœur et moi ne manquions jamais de rien. Je leur dois tant. Dans une sorte de conviction immuable, j’ai le sentiment que je dois être à la hauteur de ces sacrifices, de cet amour viscéral qui est le leur.

J’ai aujourd’hui des responsabilités politiques, un engagement militant clair et défini, une parole publique via ce blog et les tribunes qui me sont parfois offertes. C’est pour cela que je lie presque mécaniquement mon engagement contre la loi travail à ma trajectoire familiale, à mes parents. Pour paraphraser de nouveau Annie Ernaux c’est l’idée de « venger ma race ». Elle qui n’a rien d’autre que sa force de travail et cette possibilité de mobilisation politique et sociale pour ne pas totalement plonger dans l’asservissement brutal.

G.S

La malbouffe, une perversion du capitalisme

3042477343_fea69e08e4_bIl y a fort longtemps maintenant que je voulais traiter, sans être un spécialiste de la question, mais parce que le phénomène me frappe fortement et qu’il devient un problème de société comme on dit, de la question de la malbouffe. En effet, alors que je passe des heures dans les grandes surfaces pour faire le choix de mes produits, regardant avec soin leurs provenances, le tableau énergétique de ces derniers, les éventuelles appellations contrôlées, je remarque mécaniquement ce que déversent sur les tapis roulants de la caisse les clients qui m’entourent. Soda, produits transformés, sucre, sel à outrance … Les comportements alimentaires sont tels qu’ils posent d’importantes problématiques de santé publique. Obésité, diabète, cholestérol, maladies cardio-vasculaires … Les chaînes de restauration rapide tournent à plein régime, les produits à réchauffer au micro-onde, bourrés de sucre et souvent de sel, connaissent un succès populaire indéniable et les comportements addictifs et à risque explosent.

Il y a peu, des médecins américains publiaient une enquête alarmante pour dénoncer les effets dévastateurs du Coca Cola qui cause des milliers de cas de Cirrhose outre-atlantique. La stéatose métabolique non alcoolique (NASH), est le résultat d’une consommation anormalement élevée de sucre qui a pour conséquence de rendre le foie « gras ». L’enquête estime que 20 % de ceux qui en souffrent peuvent contracter une cirrhose et même un cancer du foie. Le phénomène est tellement grave que l’OMS a du publier des recommandations appelant à limiter la consommation de sodas, y compris light qui habituent le palais aux saveurs sucrées.

Autrement dit, la grande distribution, main dans la main avec les géants de l’agro-alimentaire, nous empoisonnent en toute légalité et nous encouragent même à la consommation de masse via la publicité et des techniques de marketing de plus en plus élaborées et novatrices. Souvenons-nous du scandale révélé par Élise Lucet sur le jambon, piqué au nitrite de Sodium pour lui donner cette belle couleur rosée. Le problème du nitrite de sodium c’est qu’il peut être responsable du cancer colorectal. Les dangers sont connus mais les publicitaires savent bien que le gris naturel de la viande de porc ne permettrait pas de vendre aussi bien le jambon.

Sur l’échelle de la morale piétinée, que dire de ce lien évident entre le prix et la qualité du produit. En effet, plus un produit est accessible par son prix, plus il est dangereux car de qualité discount. C’est l’ouvrier chez Lidl ou Aldi et le cadre supérieur dans les nouveaux magasins bio à la mode. La luttes des classes jusque dans les assiettes.

On pourrait donc se contenter de cet état des lieux, le dénoncer, multiplier les complaintes et autres offuscations. Mais il me semble qu’une analyse politique plus fine s’impose. Cette logique ne tombe pas du ciel ou n’est pas inhérente au progrès ou à je ne sais quelle évolution de société contre laquelle on ne peut rien.

Dans La situation des classes laborieuses en Angleterre publié en 1845, Engels évoque déjà ces travers et revient sur un phénomène bien connu à Londres concernant la qualité du pain où on allait jusqu’à mélanger la farine avec du plâtre pour réduire les coûts de production. Engels et Marx évoquent ce phénomène en le liant à la théorie de la valeur, colonne vertébrale de la pensée marxiste. Parce que le capital cherche à diminuer la valeur de la force de travail, il lui faut agir pour faire baisser la valeur des produits nécessaires à la vie, à la reproduction sociale. Vous admettrez que le phénomène devient donc éminemment politique. La standardisation alimentaire, la substitution du modèle agricole traditionnel par l’industrie agro-alimentaire en même temps que la constitution d’un capitalisme industriel avec de fortes concentrations ouvrières urbaines, répond à des logiques propres au capitalisme. C’est l’articulation prouvée entre les salaires, les prix et les profits.

Ainsi, batailler aujourd’hui pour défendre une agriculture raisonnée, pour fermer les gigantesques exploitations hors-sol, pour revenir à des circuits-courts, pour un retour au modèle coopératif voire à des modèles de planification publique, n’est pas une posture bobo ou une préoccupation secondaire, c’est le cœur de la lutte anticapitaliste en réalité. C’est sortir des logiques d’exploitation et de rentabilité, c’est se réapproprier notre modèle de consommation priorisant la qualité, la préservation des ressources, la santé publique et l’épanouissement personnel.

Les communistes doivent donc impérativement se saisir de cette question et lancer de grandes batailles populaires de sensibilisation, d’explication et aider à la création de modèles alternatifs. Le marxiste que je suis ne croit pas à la loi de l’exception ou de l’îlot de résistance. Il faut évidemment soutenir l’expérimentation et l’initiative individuelle mais il faut surtout faire de la politique à grande échelle et mettre du contenu dans les batailles à construire.

Le refus de l’Europe, parce que l’anticapitalisme ne peut plus faire l’économie de cette étape, peut aussi prendre ce chemin-là par exemple. Si certains sont frileux sur les questions de souveraineté notamment monétaire, alors peut-être comprendront-ils à quel point l’Europe a été un vecteur d’accélération de ce modèle industriel. La création d’une série de normes autoritaires ont poussé à la disparition de petites et moyennes exploitations agricoles partout en Europe pour favoriser des structures de type industriel à coup de milliards de subventions. L’Europe est aujourd’hui un espace de coopération économique tel que l’imaginaient les américains à la sortie de la seconde guerre mondiale. Il fallait pouvoir doper le modèle capitaliste industriel pour détourner le regard vers l’ouest et ne pas se laisser aller à la tentation du communisme très fort notamment en France et en Italie. Cela a donné les fameuses 30 glorieuses. L’industrie a été gourmande en main-d’œuvre qu’il fallait pouvoir nourrir. Le capitalisme s’inscrivant dans des logiques de rentabilité et de recherche permanente du profit, a donc édifié ce modèle alimentaire. L’Europe a permis l’universalisation de ce dernier à court-terme.

Je ne peux ici m’empêcher de valider la prophétie clouscardienne de néo-fascisme. En effet la grande perversité du modèle est d’allier les logiques de rentabilité et de profit du capital avec une servitude par le désir en poussant à la consommation de masse via l’exaltation des affects. S’il fallait faire un brin d’humour sarcastique, nous dirions sans doute que les publicitaires seraient les premiers sélectionnés pour la guillotine. La grande force du modèle est de pouvoir psychologiquement retourner la culpabilité sur les consommateurs eux-mêmes. Car oui, à l’heure de la glorification du parcours individuel, fruit pourri post-soixante-huitard, chacun est responsable de son comportement et de ses actes, vertueux ou vicieux. Si un consommateur consomme mal, c’est évidemment de sa faute. Il n’est pas, bien sur, conditionné à le faire.

Alors, je me permettrais une relecture prosaïque de Voltaire. Cultivez votre jardin camarades-citoyens. Passez du temps dans vos jardins, plantez vos légumes, faites vos graines, arrosez avec délicatesse et soin vos fruits et légumes. Si vous le pouvez, faites plaisir à votre entourage en distribuant vos salades, vos tomates. Encouragez vos amis, votre famille à en faire autant. Buvez de l’eau, un bon vin avec modération, avec vos amis. Faisons de l’éducation à grande échelle dès le plus jeune âge à la nourriture saine, au partage de la terre et de ses bienfaits. Et puis surtout réédifions collectivement la politique du commun (voilà qui fera plaisir à Pierre Laurent). Une réappropriation de la terre, la sortie du modèle agricole des standards industriels, du capitalisme, une politique nationale de santé publique volontariste comme le font les cubains. C’est en cela que le communisme est définitivement une idée neuve.

G.S