Une université dans nos quartiers ?

[Mai_1968]_Université_populaire_Atelier_[...]_btv1b90184117Courte note, écrite rapidement, en guise de nouveau billet. Il se trouve que depuis quelques jours je me suis intéressé aux critiques publiées concernant la psychanalyse. Comme l’immense majorité d’entre-nous, j’avais une idée plutôt positive de cette discipline et depuis longtemps j’ai l’idée de lire Freud. Un professeur de philosophie en classe préparatoire, disciple de Lacan, parlait des heures entières avec une passion incroyable de psychanalyse, de son expérience personnelle dans le domaine. Tout cela semblait plutôt alléchant pour l’esprit curieux qui était le mien.

Quelques années plus tard, me voilà en train de découvrir que Freud était un horrible personnage,que les freudo-marxistes ont constitué un mythe totalement biaisé et que la psychanalyse s’avère être beaucoup moins respectable que ce qu’elle a bien réussi à faire croire. Freud était misogyne, homophobe, vénal, proche des nazis. Dans sa correspondance il explique comment un régime politique fort peut réussir à contenir les pulsions d’une société. S’en suivra une dédicace pleine de tendresse à Mussolini. Cette étude rapide n’est pas sans conséquence. Je découvre une vérité qui me rappelle ma part d’ignorance. Comme certains de mes camarades je le sais, ce sentiment de ne pas savoir ou de mal savoir n’est pas des plus agréables. Pour autant, me voilà heureux d’être un peu moins bête. J’ai pris conscience que malgré tous mes efforts pour m’inviter à la table de ceux qui savent, tant de choses m’échappent parce que je n’ai pas eu l’occasion, ni les moyens, de les apprendre. On ne va pas ici dresser de nouveau les contours d’un tableau que l’on connaît déjà trop. L’école reproductrice, l’hégémonie culturelle si merveilleusement expliquée par Antonio Gramsci …

Je suis allé ensuite de conférence en conférence sur internet, des camarades m’ont donné des références bibliographiques. J’ai ainsi découvert des réseaux bénévoles qui font un travail formidable pour rendre la culture accessible, pour permettre aux travailleurs jeunes et moins jeunes de pouvoir eux aussi apprendre et connaître. J’ai découvert le précieux travail d’une vingtaine d’universités populaires dans tout l’hexagone. Tous appliquent Gramsci. Sortir la classe ouvrière de l’ignorance ou du système de pensée imposé par la classe dirigeante. Les discours officiels, le poids colossal de l’économie, le langage dominant, les valeurs artificielles … Ainsi l’idée de Gramsci était au demeurant assez simple. Aucune révolution prolétarienne ne pourra aboutir positivement tant que nous n’armerons pas la classe ouvrière culturellement. Pour vouloir combattre le capitalisme et comprendre son intérêt de classe, il faut avoir conscience de son exploitation et des intérêts qui nous lient à d’autres individus. On le voit d’ailleurs fortement dans le parti. Depuis la fin des écoles centrales, depuis qu’il n’existe que de maigres outils de formation militante, il y a un profond recul idéologique dans nos rangs. Dans le même temps, il y a une très forte demande. Nos sommes juste dans l’incapacité de pouvoir y répondre comme il le faudrait. Les intellectuels marxistes se font rare et les espaces permettant d’organiser cette mission, peau de chagrin.

Alors j’ai expliqué sur les réseaux sociaux que si des camarades, des copains de l’associatif, des intellectuels progressistes ou des acteurs de l’éducation populaire étaient intéressés pour construire une université populaire ici, au cœur du bassin minier du Pas-de-Calais où le FN est en train de tout rafler, où la misère et la désespérance s’insinuent comme un poison dans les veines, alors peut être devrions-nous rapidement fédérer nos énergies et nos envies pour rendre cela possible.

J’ai depuis le départ l’intime conviction que le point initial de notre action politique se situe à ce niveau. L’explosion de l’internet alternatif, la crise du média papier, les critiques de plus en plus vives des émissions politiques et culturelles qui inondent les télévisions sont la preuve d’une overdose pour nombre de nos concitoyens. L’overdose en question ne suffit pas. Alors qu’il faudra nous battre pour rendre une alternative possible et crédible dans ce pays, des organisations politiques et syndicales suffisamment radicales et organisées pour enfin pouvoir asséner des coups, il nous faudra aussi et surtout armer nos congénères de classe. C’est le travail de nombreux acteurs déjà je le sais et je salue avec beaucoup d’admiration cet engagement. Mais il nous faut démultiplier cette action, lui donner plus de force. Tout cela avec nos petits moyens, nos réseaux chancelants au cœur de la tempête néolibérale.

Je réitère donc à nouveau ma proposition et peux permettre l’organisation d’une première rencontre pour échanger sur cette idée, pour faire un état des lieux de nos forces et remplir des salles dans nos quartiers pour des cours alternatifs, pour partager le savoir et élever la conscience collective. C’est de la sorte que nous pourrons sans doute enfin inverser les dynamiques populistes, l’écrasement culturel d’une classe décidée à nous mettre à genoux.

G.S

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Un commentaire sur « Une université dans nos quartiers ? »

  1. J’avais passé ce billet à la trappe: septembre n’a pas été facile pour moi.
    Il y a pourtant des Associations d’Éducation Populaire dans le Nord et le Pas-de-Calais: Culture Commune, Culture et Liberté, par exemple? (à ce propos notons que notre cher ministre lillois Kanner, chargé de plein de choses, a fait rayer de la réalité administrative l’éducation populaire! Pfff: y a plus).
    Quoiqu’il en soit l’Éducation Populaire existe (ou tente d’exister).
    – Franck Lepage bien sûr, en est une figure: praticien, théoricien, historien comme le montre la vidéo suivante:

    Mais Lepage est parfois singé (tout le monde y va de sa conférence gesticulée) mais pas égalé et son emploi du temps n’est pas extensible à l’infini.
    Il y a aussi un Réseau d’Éducation Populaire (REP) dont l’objectif est explicitement inspiré de Gramsci, et tourné vers la recherche de l’hégémonie culturelle des valeurs « de gauche ». Son co-fondateur Bernard Teper, qui écrit dans le blog de la « Gauche Républicaine »: Res Publica en donnait dernièrement une définition et un mode d’emploi intéressant.:
    http://www.gaucherepublicaine.org/education-populaire-2/des-methodes-efficaces-pour-une-education-populaire-refondee/7400673
    Le REP fait énormément de choses: sans doute « qu’il embrasse trop, et mal étreint », mais ça serait dommage de ne pas le soutenir… et l’utiliser..

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