Mon discours lors de l’ouverture de saison culturelle avionnaise

20170915_231542Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

Je vous remercie de votre présence nombreuse ce soir et vous souhaite la bienvenue pour cette ouverture de saison un peu particulière. En effet, nous soufflons la vingtième bougie de notre salle de spectacle Louis Aragon.

Vingt ans et autant d’engagement pour une culture populaire, exigeante, qui a du sens, qui bouscule et interpelle.

Vingt ans de musique, de solos de batterie, de riffs de guitare, de poésie.

Vingt ans de fous-rires, d’émotion, de frissons. Combien de générations déjà ont pu prendre place chaque année dans ses fauteuils grâce aux partenariats construits avec les écoles. Non pas pour simplement divertir ; jamais dans la facilité.

Non un travail pensé pour éveiller, pour surprendre. Une alternative militante à la télé poubelle, aux contenus lessivés par le pouvoir de l’argent, de la course à l’audimat. Ici la culture se déguste comme un bon vin mais sans modération.

Cet anniversaire n’aurait pas de sens sans tous ces artistes régionaux, parfois nationaux, qui ont partagé leur travail, leur talent avec nous. Nous faisons d’ailleurs en sorte de toujours mieux les accompagner, les soutenir en développant dans la mesure de nos moyens des coproductions, en mettant à leur disposition le savoir-faire et l’intelligence de notre équipe. D’ailleurs, cet anniversaire ne serait rien sans eux. Sans Michel évidemment, sans Mickaël, sans Lahcen, sans notre Michel Duhamel, sans la très précieuse Pascale, sans le compatriote transalpin Giordano. Sans Marian, sans Fred, sans Jean-Claude à une époque.

Je veux leur dire ici toute mon admiration et un grand merci. Vous savez, il m’arrive très souvent de défendre avec vigueur le service public. Pas simplement pour les missions indispensables qu’il dispense universellement. Mais aussi parce qu’il est incarné par des hommes et des femmes passionnés par leur travail, qui parfois ne comptent pas leurs heures, qui n’ont plus connu d’augmentation de salaire depuis des années mais qui pourtant continuent, avec la même force, la même passion, à exercer leurs missions. Toute mon équipe ici en est une preuve éclatante.

Cet anniversaire n’aurait pas de sens sans l’engagement de générations d’élus qui se sont succedées pour donner vie à cet espace culturel, pour favoriser la lecture dès le plus âge, pour permettre à tous d’exercer de la musique, de la danse, des arts plastiques. Jacques Robitail à l’époque a pris la décision de transformer cet ancien collège du centre en un espace moderne et ambitieux. Puis mes prédécesseurs ont tenté de faire vivre au mieux ce lieu, de faire en sorte que les habitants en fassent leur refuge. Quel bonheur de voir les jeunes venir faire leurs devoirs le mercredi à l’étage de la médiathèque, de voir ces nombreux visages défiler à l’école de musique, de célébrer au début de l’été les créations originales de l’atelier arts plastiques. De voir la salle pleine à craquer lors du gala de danse annuel. De voir l’harmonie exister encore, d’avoir même laissé un peu de place à un orchestre jeune qui promet pour l’avenir.

Je peux vous dire que pour les élus, c’est un bonheur toujours renouvelé, c’est le sentiment d’avoir accompli quelque chose de beau. Car oui les années passent, les habitudes s’instaurent dans une mécanique aveugle, on finit par oublier ô combien ce lieu, cet engagement pour la culture ne va pas de soi.

En effet, nous aurions pu nous contenter de donner une enveloppe chaque année moins fournie à des sociétés de productions pour faire du chiffre, de l’humour en entrée, en plat de résistance, en dessert. Des choses dans l’air du temps qui nous assureraient une salle pleine et une généreuse recette.

Je ne suis pas là dans la politique fiction, dans la caricature outrancière. Cette réalité existe. Je ne donnerai pas de nom mais croyez-moi, à quelques minutes en voiture d’ici, des villes font ce choix.

Ici on s’y refuse catégoriquement. Non pas par excès d’intellectualisme, par caprice petit bourgeois comme peuvent le penser et le dire quelques rustiques polémistes.

Non, parce qu’ici nous respectons les publics, les artistes, les mots, la beauté.

Parce que nous souffrons comme tant de citoyens, de la misère intellectuelle, culturelle, politique de l’époque. Parce que nous avons la certitude, à l’instar du grand Gramsci, qu’on ne peut sortir de la domination, de l’exploitation qu’en en prenant réellement et fortement conscience. Alors il faut des images, il faut des mots, des mouvements, des couleurs, des corps pour y arriver. Aussi, modestement, nous prenons notre part dans cette vaste bataille.

Lorsque nous faisons confiance à des compagnies qui proposent une œuvre forte et authentique, c’est notre contribution.

Lorsque nous instaurons le pass’culture pour permettre aux jeunes de 16 à 19 ans d’accéder aux spectacles, aux concerts, aux séances de notre cinéma municipal pour un tarif unique de deux euros (il arrive à l’automne), c’est notre contribution.

Lorsque nous avons travaillé mois après mois à convaincre des associations, des villes voisines, des structures d’éducation populaire de nous aider à bâtir le festival les « utopistes debout ! » c’est là aussi notre contribution.

Lorsque nous organisons des ciné-débats, des ateliers de création avec les habitants, des spectacles décentralisés dans les quartiers, c’est notre contribution.

Je pourrais continuer à dérouler cette liste qui me rend chaque jour fier du travail accompli. Bien évidemment, on peut toujours faire mieux, toujours faire plus.

Mais il y a une réalité et vous la connaissez. Nous sommes une ville pauvre, au cœur d’un territoire sinistré. Tout ici nous pousse à la désespérance, au chaos.

Nous travaillons tous les jours dans l’urgence pour éviter qu’une famille se retrouve à la rue, pour permettre à des familles de ne pas crouler sous les dettes, pour maintenir le service public bien qu’il s’exerce à flux-tendu, pour empêcher des fermetures de classes, pour lutter contre le décrochage scolaire, pour accompagner nos précieuses associations qui ont de plus en plus de mal à pouvoir se financer.Alors tant que la culture résiste et résistera ici, un espoir demeure et demeurera en floraison.

C’est un coût, ce sont des choix qu’il nous faut mesurer, qu’il nous faut penser dans le contexte que je viens de décrire. J’ai toujours un peu mal quand on cri au « tous pourris » en parlant des élus, quand on cède à longueur d’antenne la parole aux déclinistes de service, aux corbeaux de tempête, à ceux qui nous disent que le progressisme est mort, que le modèle c’est le libéralisme débridé, le tout consommable, la passivité face à l’histoire.

Il faut de l’optimisme, de l’humilité, un certain sens du devoir envers ses congénères de classe, du travail, une volonté inébranlable et de l’action dans le soucis de l’unité. C’est nourri par cette recette que j’ai appris à militer ici.

Puis j’ai rencontré Michel qui se bat presque nuit et jour pour faire vivre ce lieu et une certaine idée de la culture. Certains s’amusent parfois de son opiniâtreté, de sa fermeté sur de nombreux principes. Moi je les admire et m’en inspire. Moi le stalinien, lui le trotskyste, nous les soldats de l’éducation populaire. Peut-être est-ce cela le ticket gagnant. Partout où l’on nous laisse un fauteuil, un coin de table, nous montons au front sans jamais baisser les yeux et le poing. Je peux vous dire que dans pas mal de lieux et de structures maintenant, ils savent qui nous sommes et que nous ne sommes pas prêts de nous taire, d’abdiquer.

Il m’arrive bien sur parfois de douter, de me dire face à une pluie d’obstacles que c’est trop dur et que de toute manière à mon petit niveau, je sacrifie tant de choses pour peut-être une chimérique espérance. Que le combat est si déséquilibré que jamais nous n’arriverons à faire basculer ce monde.

Et puis, il y a quelques jours je reçois un message d’un ami qui venait de recevoir la plaquette de la saison dans sa boîte aux lettres. Il me félicite pour notre travail, me demande si on peut déjà réserver des places pour tel ou tel spectacle et puis il me dit que sa maman a fait du repérage sur la plaquette. Elle a listé les spectacles de la saison qu’elle compte découvrir. Une dame qui il y a un an n’avait jamais mis les pieds dans notre salle de spectacle, peut-être même dans une salle de spectacle. Elle est venue voir un spectacle en début de saison l’année dernière et elle y a pris goût.

Elle réitère l’expérience et veut la réitérer encore.

Y a t-il plus belle victoire que celle-ci ? Je ne le crois pas non. Je peux donc mettre un visage sur l’espoir qui me guide depuis déjà quelques années. Vous êtes les visages ce soir de cette victoire.

Alors permettez-moi de conclure ce petit mot. La culture je le disais n’aurait pas de sens sans les artistes, sans des lieux pour pouvoir l’accueillir, sans des techniciens passionnés, des élus déterminés. Mais la culture n’aurait surtout pas de sens sans vous. Elle ne peut exister sans vous. On ne peut guère irriguer un désert. Michel va vous présenter dans un instant la saison. Venez avec votre mari, votre épouse, votre ou vos amants et maîtresses, vos amis, vos enfants, vos voisins. Venez espérer avec nous. Venez aimer, frissonner, rire, pleurer, vous révolter avec nous.

« Tout le monde veut vivre au sommet de la montagne, sans soupçonner que le vrai bonheur est dans la manière de gravir la pente » écrivait le grand Gabriel Garcia Marquez. J’ai moi une certitude, cette pente nous devons la gravir ensemble car le bonheur ne se vit que s’il est partagé. Je vous remercie.

G.S

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