Voyage au centre de l’oligarchie

1200px-Juan_Branco_PortraitJe ne vous emmène pas chez Jules Verne aujourd’hui. On se sentirait plutôt familier avec l’univers balzacien ici, peut-être même plus encore avec Flaubert. Trêve de digression et venons-en aux faits. J’ai décidé de partager avec vous un texte. Un texte qui m’a sauté à la figure sans m’y attendre, grâce à Daniel Mermet et l’œuvre de sa vie, son émission « Là-bas si j’y suis » qu’il produit aujourd’hui artisanalement, lui qu’on a soigneusement écarté des ondes officielles. Il faut dire que le bougre ne voulait pas stopper sa folle entreprise qui consistait à donner la parole au peuple, celui des périphéries, des usines, des quartiers populaires, des cellules syndicales de classe. Ces choses là ne se font pas entre gens bien éduqués. Les porteurs de parole doivent sortir de Science Po et des prestigieuses écoles de journalisme. Sinon à quoi servent-ils et pourquoi ces diplômes, ces frais d’inscription horriblement onéreux, cette prostitution officielle auprès des puissants, des très puissants qui détiennent 90% des titres de la presse écrite française, Patrie de la liberté d’expression, tant que celle-ci vampirise la classe ouvrière et tous les corps sociaux en proie à la domination bourgeoise, avec une préférence pour les femmes et les musulmans.

Ainsi j’ai découvert ce texte et n’ai pu m’empêcher de le dévorer. Non pas pour son style littéraire très discutable, ou par l’imagination féconde de son auteur. Je l’ai dévoré à cause de la puissance des faits qui y sont rapportés. Un titre sobre, « crépuscule », mais une force d’analyse comme nous en avions cruellement besoin depuis longtemps. L’auteur de cette enquête à charge (doux euphémisme!) est Juan Branco. Jeune avocat assez méconnu quoi que talentueux, il est devenu l’avocat de Julian Assange, le lanceur d’alerte mondialement connu grâce à l’affaire Wikileaks. Julian Assange vit, depuis juin 2012, reclus à l’ambassade d’Équateur à Londres pour échapper à l’extradition qui l’attend vers les États-Unis.

Son jeune avocat donc, Juan Branco, a décidé de nous faire un sacré cadeau de noël avec sa publication. Une publication libre d’accès via son compte Twitter étant donné qu’aucune maison d’édition n’accepte de publier la chose et on comprend bien pourquoi ! Il s’est en réalité « contenté » de lire quelques ouvrages, de recouper des faits, d’inscrire cela dans les dynamiques sociologiques qu’il connaît de par sa trajectoire personnelle, pour dresser un portrait d’une violente vérité de ce qu’est l’oligarchie au travers du cas Macron. Il reprend les événements dès la genèse et explique en quoi Macron est un personnage totalement artificiel, aujourd’hui à l’Elysée parce que les patrons de Free et de bien des médias du pays ainsi que celui du groupe de luxe LVMH, l’homme le plus riche de France, l’ont voulu. Macron est leur poulain, celui qui doit mettre en place l’arsenal législatif et juridique capable de répondre au mieux à leurs seuls intérêts. Les noms défilent, les connexions s’établissent au fur et à mesure du texte et la toile de cette mafia qui ne dit pas son nom se dessine sous nos yeux effarés.

Pour beaucoup d’entre-nous, nous savions la connivence de classe, nous savions les liens étroits entre les uns et les autres et nous avions le pré-sentiment que Macron, bien plus que ses prédécesseurs, n’est pas là par hasard. Pour autant, le tableau de Branco est si réel, son analyse si fine et documentée qu’on ne peut s’empêcher de souffrir d’une indignation quasi paralysante. Même les romans, les séries politiques du type « House of cards » sont loin, bien loin de la réalité. L’oligarchie, sans doute trop gourmande ou dangereusement imprudente, est démasquée sans aucune complaisance par ce jeune et impertinent avocat à gueule d’ange au travers de ce texte court et percutant.

Branco est pourtant clairement du sérail. Fils d’un gros producteur de cinéma espagnol et d’une psychanalyste, élève d’un prestigieux lycée parisien, diplômé de l’ENS et de Science Po Paris, il fait partie de ce monde qu’il vomit dans son texte. Comme quelques uns de ceux-là au cours de l’histoire, il a décidé de trahir les siens, de trahir sa classe. Serait-ce par devoir de vérité, par un sens prononcé de la justice ou par intérêt ? La question peut se poser mais elle est totalement subalterne. Seul compte cet étalage de faits d’une puissance révélatrice hors norme. Branco balance ses pairs et dit tout de l’avidité sans limite des maîtres de l’économie capitaliste version tricolore. Il se défend de toute accointance avec l’école marxiste, il a milité chez les jeunes verts puis à la France Insoumise dont il s’éloigne aujourd’hui, il a mené des missions au service de l’ONU, a beaucoup écrit sur HADOPI et pensé un nouveau système de rémunération des droits d’auteur. Il est de ces bourgeois qui se rebellent et n’acceptent pas l’inacceptable. Son récit est précieux et tombe sans doute au bon moment, à l’heure où la révolte populaire prend des accents nouveaux et le visage d’une détermination capable de tout faire chavirer.

Peut-être alors que ce texte pourra permettre, par le plus grand des partages – d’où cette publication sur mon blog histoire d’apporter ma très modeste contribution à la chose – d’affermir cette dynamique et de nous emmener vers les débuts d’une nouvelle aventure politique, celle de la rupture propre et nette qu’appelle de ses vœux ce jeune et courageux avocat de la vérité.

G.S

Pour lire le texte intégral de Juan Branco : c’est ici

Ci-dessous, l’émission de Daniel Mermet avec Juan Branco :

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