Mon discours lors de l’inauguration des boîtes à livres avionnaises

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Monsieur le maire,

Mesdames, messieurs les élus,

Mesdames, messieurs

Chers amis,

Ça n’est pas sans une certaine fierté, je dirais même une immense fierté, que nous inaugurons aujourd’hui nos boîtes à livres. Des boîtes à livres qui sont l’incarnation de bien des choses dans notre esprit.

D’abord je dirais, une conception de l’engagement pour la culture. En effet, la ville d’Avion, de par son histoire et l’engagement de ses élus , œuvre depuis longtemps pour que la culture ne soit pas le monopole de ceux qui, socialement, seraient prédestinés à pouvoir y accéder. La culture, nous l’imaginons comme une richesse, comme un chemin vers l’émancipation, et à ce titre, nous avons voulu qu’elle puisse être accessible à tous.

Alors que nous venons cette année de souffler la vingtième bougie de notre espace culturel Jean Ferrat, que nous sommes dotés d’une magnifique médiathèque où l’on dénombre 55 000 prêts de livres à l’année, que nous maintenons l’effort financier pour faire vivre notre cinéma municipal, qu’ici à Avion il est possible d’apprendre la musique, la danse, de pratiquer les arts plastiques, que nous venons de mettre en place le pass’culture qui permet aux jeunes avionnais de 16 à 19 ans de venir aux spectacles ou de se rendre dans notre cinéma pour un tarif unique de deux euros, que de l’élémentaire au lycée nous proposons chaque année deux spectacles, adaptés par niveau, nous avons voulu imaginer de nouvelles formes d’engagement.

De nouvelles formes d’engagement qui conjuguent cette bataille pour une culture universelle, exigeante, accessible, avec l’idée du partage, une idée fortement ancrée ici dans nos cités. C’est là l’essence même de ces boîtes à livres, se partager les livres comme on se passe le relais dans une course, de main en main pour faire sens, pour s’élever collectivement, pour triompher de l’adversité.

Car oui, nous le savons, ce territoire souffre, gangrené par la pauvreté. Une pauvreté économique bien sur, et malheureusement, par voie de conséquence, une pauvreté culturelle. L’accès à la culture est une bataille dans notre région.

C’est à ce titre que de nombreuses villes du bassin minier dans les années 80 et 90 ont construit des salles de spectacles, des médiathèques, des espaces de création, des écoles de musique et j’en passe. Nous sommes aujourd’hui extrêmement bien dotés en terme d’infrastructures culturelles, il suffit de voir ici à Avion à quel point, pour une ville de 18 000 habitants, nous sommes à la pointe dans ce domaine.

Pourtant, quelques années après, avec l’expérience et la pratique, nous nous sommes rendus compte que cela ne suffisait pas. L’effort était nécessaire mais il est insuffisant. Il y a un tel éloignement de nos populations par rapport à l’Art, à la création, aux livres ou au théâtre, que la proximité géographique seule des structures culturelles ne permet pas de résoudre l’équation.

Alors il a fallu se creuser les méninges et inventer des formes d’engagement pour la culture comme je les appelle.

C’est par exemple, inviter des artistes en résidence dans les quartiers, ce qui permet l’écriture d’un livre sur le thème de la colère, de la révolte et présenté lors de l’incontournable salon du livre et de la critique sociale d’Arras le premier mai dernier, où cette expérience exceptionnelle sur le quartier de la République il y a quelques années lorsqu’en partenariat avec Culture Commune et l’artiste Christophe Moyer, des habitants ont mis en scène leur quotidien pour une dizaine de représentations à guichet fermé.

C’est le pari de la gratuité à la médiathèque pour les moins de18 ans, un pari me semble t-il gagnant. C’est l’annexe Miss Robin et ses multiples activités d’éveil à la lecture, ses nombreuses expositions ludiques toute l’année. C’est la mise en place d’un orchestre jeune au sein de notre harmonie municipale, un orchestre talentueux et prometteur qui a permis à de nombreux jeunes d’accéder à la musique d’orchestre et de se produire en concert devant un large public.

C’est aujourd’hui ce nouvel outil, cette boîte à livres en cœur de quartier pour un échange direct entre habitants, entre citoyens.

Je souhaite de tout cœur, un immense succès à ce nouveau dispositif mais m’a t-on dit, à peine installées ici même, au quartier des cheminots, à la cité du 7 et en façade du centre culturel Fernand Léger, des premières petites mains curieuses déposaient déjà des livres et s’en saisissaient d’autres. Voilà qui semble prometteur ! Par ailleurs, je reçois depuis hier des messages sur facebook pour me demander comment et où déposer les livres pour alimenter les boîtes. Je n’avais pas de doute sur le fait que les avionnais se laisseraient prendre au jeu et s’approprieraient très vite l’outil.

J’ai quelques remerciements à adresser et il ne s’agit pas ici d’un exercice formel, d’une courbette de circonstance.

Je veux adresser un merci franc et sincère à mes collègues élus, ceux de la commission culture d’abord avec qui nous avons échangé les premiers sur ce projet, et tout particulièrement d’ailleurs l’inénarrable Patrick Bleitrach, qui est allé jusqu’à contacter la mairie de Rouen pour se renseigner sur le processus. Patrick dès le début du mandat a été un avocat déterminé pour la cause, les collègues de la commission pourraient en témoigner. Un merci franc et massif aux élus de l’exécutif municipal, à toi Jean-Marc, pour ta confiance et ton soutien.

Je l’ai dit, ce projet, je le dis sans pudeur, il est une fierté pour moi et avoir le soutien de l’équipe municipale pour pouvoir le réaliser, c’est un luxe, un confort que je mesure. Merci à vous tous.

Un merci à ma formidable directrice, Nathalie Delattre qui, dès que les grandes lignes étaient tracées, à imaginer quelque chose de bien plus fort, de bien plus large que mes attentes premières. Elle a imaginé plusieurs étapes dans le projet, d’abord avec nos écoles primaires où les enfants ont construit leurs propres boîtes à livres personnalisées, en liant le projet avec un autre projet totalement original de grainotèque, ce qui nous a valu une subvention exceptionnelle de la Fondation de France, en organisant des réunions de travail avec les associations de quartier pour réfléchir ensemble aux lieux d’implantation les plus pertinents. Merci pour ton implication, pour ton sérieux et ton professionnalisme, pour la passion que tu as mis dans ce projet.

Un merci à nos services techniques pour la qualité de ces boîtes à livres. J’ai eu la primeur de les découvrir dans nos ateliers municipaux il y a quelques semaines et je dois vous dire mon agréable étonnement. C’est du fait maison de bout en bout et le résultat, vous pouvez le constater comme moi, est impressionnant. Du choix du bois utilisé à la méticulosité dans la conception, nous faisons face à un véritable travail de pro. A l’image de ce jardin public, de ce kiosque rénové en régie, nos services font encore une fois la démonstration de leur talent. Mille mercis !

Un merci à nos écoles, à nos enfants, à nos associations pour leur partenariat dans le projet comme je le disais à l’instant. Tous ont participé à cet élan pour une culture toujours plus partagée, toujours plus solidaire. Et enfin merci aux avionnaises et aux avionnais qui aujourd’hui et demain sauront, je le sais, faire vivre ces boîtes à livres de la plus belle des manières.

Il faut savoir conclure alors je conclus. La ville d’Avion est une ville jeune, sportive, solidaire, révolutionnaire à bien des égards. Mais n’oublions pas de dire que la ville d’Avion est aussi une ville culturelle, une ville où la culture ne se dissocie pas de sa petite sœur, l’éducation populaire.

Dans les pas de Vilar, nous voulons casser le mythe d’une culture réservée aux initiés, d’une culture confidentielle et élitiste. La culture doit pouvoir s’inviter partout et tout le temps. C’est encore une fois une modeste contribution dans ce sens que ces boîtes à livres dans nos quartiers. Alors que la crise sabote nos systèmes de valeurs et de croyances, il est temps de créer du sens, du vivre ensemble, une communion de rires, de révolte, d’émotion. Edgar Morin a dit « la culture c’est ce qui relie les savoirs et les féconde ». C’est là la lettre et l’esprit de ce pourquoi nous sommes réunis en cet après-midi de mai. Je vous remercie

G.S

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Mon discours d’ouverture pour le débat « Culture et Citoyenneté » dans le cadre du festival « Les utopistes debout ! »

29511184_10215673301176225_624720699117458651_nChers élus, chers collègues

Chers artistes, programmateurs, producteurs, metteurs en scène

Chers amoureux des arts, des lettres, du spectacle vivant,

Chers militants de la culture et de l’éducation populaire,

Chers amis,

« Quoi qu’on décide finalement sur Brecht, il faut du moins marquer l’accord de sa pensée avec les grands thèmes progressistes de notre époque : à savoir que les maux des hommes sont entre les mains des hommes eux-mêmes, c’est-à-dire que le monde est maniable; que l’art peut et doit intervenir dans l’histoire; qu’il doit aujourd’hui concourir aux mêmes tâches que les sciences, dont il est solidaire; qu’il nous faut désormais un art de l’explication, et non plus seulement un art de l’expression; que le théâtre doit aider résolument l’histoire en en dévoilant le procès; que les techniques de la scène sont elles-mêmes engagées; qu’enfin, il n’y a pas une « essence » de l’art éternel, mais que chaque société doit inventer l’art qui l’accouchera au mieux de sa propre délivrance ».

Voilà ce qu’écrivait Roland Barthes en 1964 dans Essais Critiques sur le théâtre de Brecht. Un art de l’explication, un art qui dévoile l’histoire, un art qui permet à une société d’accoucher de sa propre délivrance. Je ne pourrais pas mieux formuler la vision qui est la mienne, de l’art, du théâtre. L’art ne doit résolument pas être subversif pour lui-même, il doit l’être pour une société traversée par la domination, par l’aliénation, par le souffle puissant des habitus, de l’ordre social, colonne vertébral du système global qui nous entraîne toutes et tous irrésistiblement, le capitalisme, n’ayons pas peur de le nommer. C’est le postulat de départ. C’est en tout cas sur cette base que nous travaillons ici dans ce lieu avec Michel.

Ici, sur ce territoire si singulier où la misère n’est pas simplement économique et sociale, elle est aussi intellectuelle. Vous l’aurez compris d’entrée de jeu je crois, dans ma bouche, dire cela n’est pas du mépris de classe bien au contraire. Le fils d’ouvrier, le petit fils de mineur immigré ne pourrait jamais trahir les siens, trahir sa classe. C’est le même constat lucide que celui que formule Edouard Louis dans ses romans lorsqu’il évoque son milieu d’origine.

L’histoire de ce territoire, de sa population, c’est une histoire terrible de dépossession. Ici, la plupart des hommes et des femmes ont été dépossédés de tout : du travail, du respect, de leur dignité, de leurs mots, de leurs identités même. De la culture aussi, évidemment. Ah il y a des équipements fabuleux, des lignes budgétaires dégagées ici ou là mais pourquoi, pour qui ? Le Louvre à Lens qui se dresse au milieu des corons comme une violence symbolique au milieu d’un texte de Bourdieu. On le regarde ici avec curiosité certes, mais avec peur et ce sentiment que ce lieu ne nous appartient pas. Que la culture ne nous appartient pas.

Ces mots, les miens, peuvent paraître terriblement violents. Après tout, je suis un élu, un politique, avec un mandat à la culture. Je me demandais comment entamer mon propos. J’aurais pu vous brosser l’historique de ce lieu comme on le fait traditionnellement, vous souhaiter la bienvenue avec douceur et sourire. Je crois que nous n’en sommes malheureusement plus au temps des politesses. Lundi soir nous serons sans doute nombreux à nous revoir à la Verrière, symbole d’une époque. Celle où des lieux, des compagnies, des militants engagés pour combattre cette dépossession sont désarmés petit à petit, dans une entreprise politique savamment orchestrée.

Car, ne nous y trompons pas, chers amis, tous les mauvais coups que nous essuyons depuis des années, les réformes en cours du lycée, du bac, de l’université, tout cela est pensé. Le savoir, on ne le dira jamais assez, est l’arme ultime comme l’est le rire dans ce célèbre roman de Umberto Eco. Ce savoir, dans le fond, il est terriblement dangereux pour l’ordre établi. Celles et ceux que nous combattons mais qui ont le pouvoir le savent. Quel pire ennemi que l’éducation populaire pour les penseurs de la bourgeoisie ? Une hérésie même. Le savoir est noble, il se mérite à leurs yeux. Voilà la vérité.

Alors pourquoi continuer à soutenir des actions, des structures, des acteurs qui tentent, armés de leur seul courage, de rendre cela possible ? Nous avons accueilli la semaine dernière Franck Lepage dans ce lieu pour une longue mais passionnante conférence gesticulée sur le thème de l’éducation. Il le disait fort bien. Outre les opportunités économiques à créer avec une privatisation accrue de l’enseignement dans notre pays, il y a un travail assumé d’ostracisation des couches populaires notamment dans l’enseignement supérieur. Que dire en ce qui concerne les lieux de culture ?

Il y aura donc une bataille décisive à mener sur la question de l’éducation bien sur, dans des proportions qu’il faudra inédites, mais pour ce qui nous concerne, nous avons nous aussi un aggiornamento à assurer. Dans cette salle je le sais, il y a beaucoup de têtes dures, de militants qui malgré les difficultés ne désertent pas le combat. Malgré tout, sommes nous à la hauteur des enjeux ? Nous sommes nous donnés les moyens de véritablement résister, agir, penser l’alternative, faire advenir cet art de la délivrance comme le formulait Barthes ? Se poser cette question, vouloir y répondre avec honnêteté, avec lucidité, c’est déjà drôlement révolutionnaire il me semble.

C’est le sens que je nous imagine pouvoir donner à cette journée, à ce rendez-vous. Ce rendez-vous, il fait suite aux deux journées que nous avons organisé ici même et chez nos amis de Douchy les Mines. Nous les avions intitulées « Assises de la culture et de l’éducation populaire ». Une centaine d’acteurs culturels de la région avait répondu présents au rendez-vous en plein contexte de lutte des intermittents. Les discussions avaient été riches, passionnantes même, mais comme à chaque fois, nous avions buté sur la question des perspectives. Les constats nous les avons mené activement, les possibilités d’alternatives par contre, nous ont laissé sur notre faim.

Puis il y a eu lors des élections régionales les assises de la culture organisées par le Syndeac avec la publication d’un livre blanc. Des organismes comme le Synavie ont aussi été actifs notamment sur la question essentielle des droits culturels. Ici où là se mènent des initiatives mais il nous manque une ambition partagée, d’envergure, une dynamique collective capable d’influer concrètement et fortement sur les politiques culturelles de la région. La fameuse et cruciale question des perspectives. Excusez cette obsession mais pour le marxiste que je suis, elle est à mes yeux une priorité.

Alors chers amis, je nous souhaite de réussir ensemble à dépasser le stade du constat, à réussir à imaginer des outils pertinents de lutte et d’alternative. Nous avons la chance d’ailleurs d’avoir avec nous aujourd’hui des voisins normands qui ont élaboré une charte dans laquelle nous serions nombreux à pouvoir nous reconnaître sans hésitation. L’occasion leur est donnée cet après-midi de nous faire part de leur expérience et du sens de cette charte. Une piste parmi d’autres à explorer ensemble.

Culture et citoyenneté, qui fait l’un, qui fait l’autre, dans quel but ? Voilà donc le vaste programme qui nous attend cet après-midi. Je vous ai proposé une première piste de réflexion avec cette magnifique affirmation de Barthes. Discutons, échangeons, créons. N’est-ce pas ce que nous savons d’ailleurs faire le mieux toutes et tous.

Un dernier mot pour chaleureusement remercier toutes celles et tous ceux qui ont rendu cette journée possible. Aux amis de Hauts-de-France en scène, à toute mon équipe du service culturel de la ville d’Avion, aux compagnons de route de longue date qui ont aidé à faire connaître cet événement et qui sont présents dans la salle, à Michel, programmateur certes mais chef d’orchestre à ces heures lorsqu’il s’agit de planifier le temps politique. Merci à toutes et à tous pour votre présence et comme le disait si bien le grand Vilar « il s’agit donc de faire une société, après quoi nous ferons peut-être du bon théâtre ».

 

G.S

Mon discours lors de l’ouverture de saison culturelle avionnaise

20170915_231542Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

Je vous remercie de votre présence nombreuse ce soir et vous souhaite la bienvenue pour cette ouverture de saison un peu particulière. En effet, nous soufflons la vingtième bougie de notre salle de spectacle Louis Aragon.

Vingt ans et autant d’engagement pour une culture populaire, exigeante, qui a du sens, qui bouscule et interpelle.

Vingt ans de musique, de solos de batterie, de riffs de guitare, de poésie.

Vingt ans de fous-rires, d’émotion, de frissons. Combien de générations déjà ont pu prendre place chaque année dans ses fauteuils grâce aux partenariats construits avec les écoles. Non pas pour simplement divertir ; jamais dans la facilité.

Non un travail pensé pour éveiller, pour surprendre. Une alternative militante à la télé poubelle, aux contenus lessivés par le pouvoir de l’argent, de la course à l’audimat. Ici la culture se déguste comme un bon vin mais sans modération.

Cet anniversaire n’aurait pas de sens sans tous ces artistes régionaux, parfois nationaux, qui ont partagé leur travail, leur talent avec nous. Nous faisons d’ailleurs en sorte de toujours mieux les accompagner, les soutenir en développant dans la mesure de nos moyens des coproductions, en mettant à leur disposition le savoir-faire et l’intelligence de notre équipe. D’ailleurs, cet anniversaire ne serait rien sans eux. Sans Michel évidemment, sans Mickaël, sans Lahcen, sans notre Michel Duhamel, sans la très précieuse Pascale, sans le compatriote transalpin Giordano. Sans Marian, sans Fred, sans Jean-Claude à une époque.

Je veux leur dire ici toute mon admiration et un grand merci. Vous savez, il m’arrive très souvent de défendre avec vigueur le service public. Pas simplement pour les missions indispensables qu’il dispense universellement. Mais aussi parce qu’il est incarné par des hommes et des femmes passionnés par leur travail, qui parfois ne comptent pas leurs heures, qui n’ont plus connu d’augmentation de salaire depuis des années mais qui pourtant continuent, avec la même force, la même passion, à exercer leurs missions. Toute mon équipe ici en est une preuve éclatante.

Cet anniversaire n’aurait pas de sens sans l’engagement de générations d’élus qui se sont succedées pour donner vie à cet espace culturel, pour favoriser la lecture dès le plus âge, pour permettre à tous d’exercer de la musique, de la danse, des arts plastiques. Jacques Robitail à l’époque a pris la décision de transformer cet ancien collège du centre en un espace moderne et ambitieux. Puis mes prédécesseurs ont tenté de faire vivre au mieux ce lieu, de faire en sorte que les habitants en fassent leur refuge. Quel bonheur de voir les jeunes venir faire leurs devoirs le mercredi à l’étage de la médiathèque, de voir ces nombreux visages défiler à l’école de musique, de célébrer au début de l’été les créations originales de l’atelier arts plastiques. De voir la salle pleine à craquer lors du gala de danse annuel. De voir l’harmonie exister encore, d’avoir même laissé un peu de place à un orchestre jeune qui promet pour l’avenir.

Je peux vous dire que pour les élus, c’est un bonheur toujours renouvelé, c’est le sentiment d’avoir accompli quelque chose de beau. Car oui les années passent, les habitudes s’instaurent dans une mécanique aveugle, on finit par oublier ô combien ce lieu, cet engagement pour la culture ne va pas de soi.

En effet, nous aurions pu nous contenter de donner une enveloppe chaque année moins fournie à des sociétés de productions pour faire du chiffre, de l’humour en entrée, en plat de résistance, en dessert. Des choses dans l’air du temps qui nous assureraient une salle pleine et une généreuse recette.

Je ne suis pas là dans la politique fiction, dans la caricature outrancière. Cette réalité existe. Je ne donnerai pas de nom mais croyez-moi, à quelques minutes en voiture d’ici, des villes font ce choix.

Ici on s’y refuse catégoriquement. Non pas par excès d’intellectualisme, par caprice petit bourgeois comme peuvent le penser et le dire quelques rustiques polémistes.

Non, parce qu’ici nous respectons les publics, les artistes, les mots, la beauté.

Parce que nous souffrons comme tant de citoyens, de la misère intellectuelle, culturelle, politique de l’époque. Parce que nous avons la certitude, à l’instar du grand Gramsci, qu’on ne peut sortir de la domination, de l’exploitation qu’en en prenant réellement et fortement conscience. Alors il faut des images, il faut des mots, des mouvements, des couleurs, des corps pour y arriver. Aussi, modestement, nous prenons notre part dans cette vaste bataille.

Lorsque nous faisons confiance à des compagnies qui proposent une œuvre forte et authentique, c’est notre contribution.

Lorsque nous instaurons le pass’culture pour permettre aux jeunes de 16 à 19 ans d’accéder aux spectacles, aux concerts, aux séances de notre cinéma municipal pour un tarif unique de deux euros (il arrive à l’automne), c’est notre contribution.

Lorsque nous avons travaillé mois après mois à convaincre des associations, des villes voisines, des structures d’éducation populaire de nous aider à bâtir le festival les « utopistes debout ! » c’est là aussi notre contribution.

Lorsque nous organisons des ciné-débats, des ateliers de création avec les habitants, des spectacles décentralisés dans les quartiers, c’est notre contribution.

Je pourrais continuer à dérouler cette liste qui me rend chaque jour fier du travail accompli. Bien évidemment, on peut toujours faire mieux, toujours faire plus.

Mais il y a une réalité et vous la connaissez. Nous sommes une ville pauvre, au cœur d’un territoire sinistré. Tout ici nous pousse à la désespérance, au chaos.

Nous travaillons tous les jours dans l’urgence pour éviter qu’une famille se retrouve à la rue, pour permettre à des familles de ne pas crouler sous les dettes, pour maintenir le service public bien qu’il s’exerce à flux-tendu, pour empêcher des fermetures de classes, pour lutter contre le décrochage scolaire, pour accompagner nos précieuses associations qui ont de plus en plus de mal à pouvoir se financer.Alors tant que la culture résiste et résistera ici, un espoir demeure et demeurera en floraison.

C’est un coût, ce sont des choix qu’il nous faut mesurer, qu’il nous faut penser dans le contexte que je viens de décrire. J’ai toujours un peu mal quand on cri au « tous pourris » en parlant des élus, quand on cède à longueur d’antenne la parole aux déclinistes de service, aux corbeaux de tempête, à ceux qui nous disent que le progressisme est mort, que le modèle c’est le libéralisme débridé, le tout consommable, la passivité face à l’histoire.

Il faut de l’optimisme, de l’humilité, un certain sens du devoir envers ses congénères de classe, du travail, une volonté inébranlable et de l’action dans le soucis de l’unité. C’est nourri par cette recette que j’ai appris à militer ici.

Puis j’ai rencontré Michel qui se bat presque nuit et jour pour faire vivre ce lieu et une certaine idée de la culture. Certains s’amusent parfois de son opiniâtreté, de sa fermeté sur de nombreux principes. Moi je les admire et m’en inspire. Moi le stalinien, lui le trotskyste, nous les soldats de l’éducation populaire. Peut-être est-ce cela le ticket gagnant. Partout où l’on nous laisse un fauteuil, un coin de table, nous montons au front sans jamais baisser les yeux et le poing. Je peux vous dire que dans pas mal de lieux et de structures maintenant, ils savent qui nous sommes et que nous ne sommes pas prêts de nous taire, d’abdiquer.

Il m’arrive bien sur parfois de douter, de me dire face à une pluie d’obstacles que c’est trop dur et que de toute manière à mon petit niveau, je sacrifie tant de choses pour peut-être une chimérique espérance. Que le combat est si déséquilibré que jamais nous n’arriverons à faire basculer ce monde.

Et puis, il y a quelques jours je reçois un message d’un ami qui venait de recevoir la plaquette de la saison dans sa boîte aux lettres. Il me félicite pour notre travail, me demande si on peut déjà réserver des places pour tel ou tel spectacle et puis il me dit que sa maman a fait du repérage sur la plaquette. Elle a listé les spectacles de la saison qu’elle compte découvrir. Une dame qui il y a un an n’avait jamais mis les pieds dans notre salle de spectacle, peut-être même dans une salle de spectacle. Elle est venue voir un spectacle en début de saison l’année dernière et elle y a pris goût.

Elle réitère l’expérience et veut la réitérer encore.

Y a t-il plus belle victoire que celle-ci ? Je ne le crois pas non. Je peux donc mettre un visage sur l’espoir qui me guide depuis déjà quelques années. Vous êtes les visages ce soir de cette victoire.

Alors permettez-moi de conclure ce petit mot. La culture je le disais n’aurait pas de sens sans les artistes, sans des lieux pour pouvoir l’accueillir, sans des techniciens passionnés, des élus déterminés. Mais la culture n’aurait surtout pas de sens sans vous. Elle ne peut exister sans vous. On ne peut guère irriguer un désert. Michel va vous présenter dans un instant la saison. Venez avec votre mari, votre épouse, votre ou vos amants et maîtresses, vos amis, vos enfants, vos voisins. Venez espérer avec nous. Venez aimer, frissonner, rire, pleurer, vous révolter avec nous.

« Tout le monde veut vivre au sommet de la montagne, sans soupçonner que le vrai bonheur est dans la manière de gravir la pente » écrivait le grand Gabriel Garcia Marquez. J’ai moi une certitude, cette pente nous devons la gravir ensemble car le bonheur ne se vit que s’il est partagé. Je vous remercie.

G.S

Mon intervention pour la clôture du festival « Les utopistes debout ! » 2017

c20d5f0f39Mesdames, messieurs,

Chers amis,

Je vous souhaite la bienvenue dans cette salle Aragon pour un temps fort comme nous en avons maintenant l’habitude dans ce lieu. C’est avec un immense bonheur que nous accueillons ce soir la création de la compagnie Vaguement compétitif, la Violence des riches inspiré par le best-seller sociologique des Pinçon-Charlot.

La violence des riches, jamais cette expression n’a eu autant de sens qu’en cette période ô combien troublée. J’ai lu il y a deux jours de cela dans le journal « La tribune » un papier qui nous apprend que la fortune de l’inénarrable Bernard Arnault a grimpé de 22 % en un an. Il se hisse ainsi à une modeste 11ème place mondiale sur l’échelle du luxe et de l’indécence avec une fortune qui s’élève à 41,5 milliards de dollars. Il passe ainsi devant mamie Liliane, qui faisait souvenez-vous des gros chèques à Sarkozy et Woerth, qui descend elle à la 14ème place avec un patrimoine estimé à 39,5 milliards de dollars. Les 39 milliardaires français affichent donc une fortune cumulée de 245 milliards de dollars. Un record absolu !

Pendant ce temps-là, le père la rigueur de cette élection présidentielle, le châtelain austère François Fillon joue sur la peur avec un dogmatisme fou. Le voilà incarnation d’un Harpagon sans l’humour criant non pas « ma cassette, ma cassette » mais « la dette, la dette ». La connivence de classe comme l’explique à merveille d’ailleurs le couple Pinçon-Charlot prend tout son sens avec ce personnage, tout comme il le prend avec la version plus light et télévangéliste labellisée « En marche ! ». Il faudrait que tous nous consentions encore un peu plus à faire des efforts comme ils disent pendant que certains accumulent de manière totalement immorale les milliards, en en cachant par ailleurs une bonne partie, avec une ingéniosité folle, dans des paradis fiscaux pour ainsi échapper à l’impôt.

Comment, dans ce contexte, blâmer le concitoyen désespéré, en colère, sombrant dans le trop facile certes, mais si tragiquement réel, tous pourris. Oui quelque chose est pourri au royaume de la politique. La politique pourtant, nous avons appris à l’aimer grâce aux philosophes grecs, grâce à Rousseau et aux lumières qui ont jailli de l’obscurantiste absolutisme, grâce à Robespierre et Saint-Just, aux communards, et à toutes celles et tous ceux qui ont donné leurs vies et leurs sangs, leurs cœurs et leurs esprits, à la grande aventure humaine du bonheur partagé.

S’il y a une leçon à tirer de tout cela je crois, c’est que ce bonheur partagé n’a jamais été et n’ira jamais de soi. Le bonheur commun et partagé est toujours le résultat d’une lutte acharnée, d’une lutte incarnée par un peuple libre et souverain.

Je vous rassure ou peut-être pas, mais je ne ferai pas du Mélenchon appelant à la rescousse le génie de la Bastille. Je veux simplement partager avec vous ma conviction de modeste élu local passionné par son mandat à la culture. La lutte ne précède jamais l’éveil. Le goût du combat et de l’émancipation est le résultat d’un processus tant collectif qu’individuel. Et c’est là où nos lieux culturels, nos pratiques, nos combats pour aller arracher de nouveaux publics sont cruciaux. C’est là où le courage de compagnies pour créer et mettre en scène des spectacles engagés, et par définition, dans une époque du tout consommable, difficile à défendre est précieux.

Le festival Les Utopistes debout est le fruit de cette réflexion, de ce désir partagé entre un lieu et son équipe et des acteurs du monde culturel décidés à ne pas lâcher sur les contenus, à ne pas brader cette si noble mission de la culture : déranger, dénoncer, lutter, éveiller.

Alors je remercie la compagnie Vaguement compétitif, la délicieuse et brillante Anne Conti, l’équipe du théâtre d’octobre ou encore Didier Super qui, dans son style unique, nous a fait l’honneur d’ouvrir cette nouvelle édition.

Je remercie également les partenaires qui se sont greffés malgré l’urgence au projet. Les amis de Colère du présent, de Droit de Cité, d’Attac, du LAG, d’Amnesty International, du MRAP ou encore de ATD Quart monde. Ainsi l’auteur Denis Lachaud a pu venir présenter son dernier ouvrage à la médiathèque à l’initiative de Colère du présent, et des stands ont pu être dressés ce soir dans le hall. Nous nous sommes promis et engagés à travailler en amont l’édition 2018 ensemble et d’ailleurs d’autres partenaires encore vont nous rejoindre. Les villes de Méricourt et sans doute de Sallaumines ou encore Culture Commune. Bref nous sommes en train de faire des petits et de créer une synergie positive sur un territoire qui en a cruellement besoin. Si certains pensent que nous allons combattre le Front National sur ce territoire en créant une communauté urbaine, le réveil risque d’être pour eux terriblement douloureux.

N’est-ce pas avant toute chose d’espoir dont nous avons besoin ici ? N’est-ce pas de courage politique, intellectuel, culturel et de proximité dont nous avons besoin ? D’industrie, de services publics, de culture et non de tourisme à toutes les sauces ? Je le dis avec gravité, nos territoires méritent mieux que la soupe indigeste du moment et le courage-fuyons de trop nombreux élus enfermés dans les logiques électorales mortifères. Nous serons quelques uns, plus nombreux qu’on ne le pense parfois, à y veiller.

Je voulais, pour ne pas être trop long et pour terminer mon propos sur une petite pépite d’une récente lecture littéraire, vous livrer une réflexion de Roland Barthes, que j’aime beaucoup au-delà ses contradictions, sur le théâtre de Brecht mais plus globalement sur le rôle du théâtre en général. Il écrivait ceci dans Essais critiques publié en 1964 : « Quoi qu’on décide finalement sur Brecht, il faut du moins marquer l’accord de sa pensée avec les grands thèmes progressistes de notre époque : à savoir que les maux des hommes sont entre les mains des hommes eux-mêmes, c’est-à-dire que le monde est maniable; que l’art peut et doit intervenir dans l’histoire; qu’il doit aujourd’hui concourir aux mêmes tâches que les sciences, dont il est solidaire; qu’il nous faut désormais un art de l’explication, et non plus seulement un art de l’expression; que le théâtre doit aider résolument l’histoire en en dévoilant le procès; que les techniques de la scène sont elles-mêmes engagées; qu’enfin, il n’y a pas une « essence » de l’art éternel, mais que chaque société doit inventer l’art qui l’accouchera au mieux de sa propre délivrance ».

Voilà qui résume, je crois, ce que nous nous apprêtons à vivre et partager ce soir, ce que nous avons vécu durant tout un mois dans ce lieu au travers de notre festival, et que nous continuerons à défendre et à bâtir dans les semaines, les mois et les années à venir. Sur ces quelques mots, je vous souhaite une excellente soirée. Vive le théâtre engagé, Vive la culture, Vive les utopistes debout !

G.S

Mon discours lors de la première de la pièce des Samsonite

samsonite1Mesdames, messieurs les parlementaires,

Mesdames et messieurs les maires et élus des collectivités territoriales,

Monsieur le maire d’Avion, cher Jean-Marc,

Mesdames et messieurs les élus chers collègues,

Mesdames et messieurs les ex-salariés de Samsonite et leurs familles,

Chère Hélène, chère Marie,

Mesdames et messieurs,

Je vous souhaite la bienvenue dans cette magnifique salle de spectacle Louis Aragon, notre petite fierté au cœur de cette cité ouvrière, à l’heure où la dureté de l’existence et une série de choix politiques voudraient que les plus humbles d’entre-nous ne puissent plus avoir accès à la culture et au message qu’elle délivre parfois sans détour. Une salle de spectacle qui se greffe dans ce vaste espace que nous avons décidé de nommer Jean Ferrat. Même si ma génération n’a pas été bercée par les vers du poète ardéchois, souvenons-nous ensemble de sa magnifique chanson « Ma France ».

« Ma France, celle qui ne possède en or que ses nuits blanches, pour la lutte obstinée de ce temps quotidien ». La lutte obstinée cela doit parler à nombre d’entre-vous je crois ce soir. La lutte contre un patron qui vend son usine et le savoir faire exceptionnel de ses ouvriers et ouvrières à un repreneur voyou. Puis le combat contre le capital, le vrai, le puissant, celui qui n’hésite pas à broyer des vies humaines pour satisfaire l’appétit gargantuesque de ces actionnaires dont on connaît les noms mais pas les visages.

Du tribunal des prud’hommes en salles d’audience, d’assemblées générales en manifestations locales, vous êtes le visage fier et déterminé de cette France qu’aimait tant Ferrat, la nôtre. Vous les petits, les sans dents comme on dit dans les salons privés parait-il, vous avez été défier un candidat milliardaire à l’élection présidentielle américaine avec votre formidable avocat Fiodor Rilov. Certains américains savent maintenant placer le Pas-de-Calais sur une carte grâce à vous.

Je sais que lorsqu’on lutte de la sorte, que l’on voit la paye si précieuse fondre comme neige au soleil mois après mois, il est parfois difficile de prendre le recul nécessaire pour mesurer la portée de ce dont on est en train d’accomplir. Alors moi je vais vous le dire ce soir, vous pouvez être fiers de vous, de ce que vous avez fait et de ce que vous continuez à faire. Vous pouvez être fiers d’avoir refuser que l’on piétine sans vergogne votre dignité.

C’est votre camarade, qui est aussi dans d’autres circonstances la mienne, Brigitte Petit, qui a l’immense chance d’être avionnaise, qui me le rappelait il y a quelques temps. Je lui demandais, comment partir à la bataille quand on affronte un monstre pareil dont tout le monde dit que vous n’arriverez pas à lui faire mettre genou à terre. Elle m’a alors répondu qu’elle avait la haine d’avoir tout donné pour cette entreprise, d’avoir eu le sentiment d’être entourée d’une grande famille solidaire, où tout le monde se serre les coudes, où le patron à la manière des vieux paternalistes du XIXème siècle se montrait parfois compréhensif et à l’écoute et de voir que tout cela s’écroule, que pire on s’était ouvertement moquée d’elle et de tous les salariés, ses collègues, en vendant de faux espoirs de reprise. Le cynisme des puissants, voilà ce qui allait devenir pour elle le carburant de cette longue et difficile lutte. Et puis me disait-elle, et sans doute est-ce là le plus important, le devoir d’inculquer aux enfants et aux petits-enfants de ne jamais courber l’échine, de ne jamais s’écraser comme on vous pousse à le faire parfois, de garder la tête haute, toujours !

Alors quand Hélène et Marie sont venues nous rencontrer avec Michel Grabowski, le directeur du service culturel, pour nous parler de leur projet, c’est exactement cette idée qui nous a convaincu. Le devoir de transmission. Le devoir d’expliquer notamment aux jeunes générations que dans la vie il faut se battre, qu’il faut être solidaire et jamais, absolument jamais, se laisser écraser.

Le devoir de dire sans détour ce que nous vivons ici dans notre région. Cette région où des générations entières et successives de travailleurs ont tout donné pour la patrie, avec cette fierté de travailler dur. Une région où on a lutté à chaque fois avec une force incroyable contre l’oppression et ses artisans. Hier les grèves patriotiques de nos mineurs contre l’occupant, les grèves pour exiger la réduction du temps de travail, le droit au loisir, l’augmentation des salaires ou encore plus et mieux de sécurité au travail. Aujourd’hui la lutte des Samsonite, la vôtre pour beaucoup d’entre-vous ce soir.

De ce fait nous avons fait des pieds et des mains pour que nous puissions passer cette exceptionnelle soirée ensemble ce soir. Nous voulions pouvoir ouvrir le bal de ce spectacle unique et fort. Nous rêvions de cette salle ce soir avec vous les ex-salariés. Je pense pouvoir saisir l’émotion qui doit être la vôtre à quelques minutes de la représentation. Même chose pour vous Marie et surtout toi Hélène qui les accompagne depuis le tout début.

C’est l’aboutissement d’un long processus. Je me souviens de vous avoir dit d’aller taper à la porte du sénateur Dominique Watrin pour obtenir des fonds sur son enveloppe parlementaire. Lui l’élu communiste rouvroysien qui a été sensible à cette lutte et qui a pu la relayer dans les hémicycles. J’ai une pensée fraternelle d’ailleurs pour mon ami et camarade Jean Haja, le maire de Rouvroy qui, souffrant, ne peut malheureusement pas être à nos côtés ce soir et je sais que ça le peine beaucoup. Je salue l’investissement d’autres élus dans ce projet, comme Marie-Christine Blandin présente ici ce soir et d’autres encore. Je ne citerai pas tout le monde de peur d’en oublier.

Le spectacle auquel nous allons assister, il me rappelle pourquoi j’ai voulu m’engager et pourquoi je suis adjoint à la culture aujourd’hui. Permettre ces temps de rencontre, permettre que des mots et des formes puissent parler de nos vies, de nos luttes. Délivrer un message d’espoir alors que tout semble s’écrouler dangereusement autour de nous.

Je sais qu’elles ont un trac d’enfer en coulisse et pourtant déjà hier elles ont vécu un moment fort avec des classes de nos écoles. Je leur souhaite une belle et longue aventure théâtrale et je leur dis déjà bravo. Moi le fils d’ouvrier, j’ai une admiration indescriptible pour ces femmes et pour ce qu’elles entreprennent sur scène. J’imagine donc la vôtre ce soir. Sur ces quelques mots, belle et douce soirée à toutes et à tous et surtout, que la lutte soit victorieuse !

G.S

Mon discours lors de l’ouverture de saison culturelle avionnaise

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Monsieur le maire, vice président du conseil départemental,

Mesdames et messieurs les élus,

Mesdames et messieurs les responsables de structures culturelles,

Mesdames et messieurs les artistes,

Mesdames et messieurs chers amis,

C’est toujours avec un immense bonheur que nous avons le plaisir, l’ensemble de l’équipe du service culture et moi-même, de vous accueillir pour cette nouvelle saison culturelle qui démarre.

Après des mois de rencontres avec des compagnies, avec nos partenaires du territoire, de réflexions communes sur les messages que nous voulons porter, de diagnostics multiples des errances de notre société et des réponses que le champ culturel peut contribuer à apporter, nous lançons donc en fanfare ce nouvel agenda culturel local qui ponctuera l’année de rendez- vous riches d’émotion, de partage, d’indignation, de résistance.

C’est ce dernier mot que je vous invite à mettre à l’honneur. Non pas une simple posture qui permet d’avoir bonne conscience. Non pas pouvoir simplement se dire que nous avons fait le travail quoi qu’il arrive. Non, je vous demande de bien mesurer l’absurdité et par là, la dangerosité de la séquence que nous sommes en train de vivre.

Alors que les guerres du fric un peu partout à la surface du globe entraînent l’humanité dans les sillons d’une peur sombre et sourde, que les richesses que nous produisons par le fruit de notre travail n’ont jamais été aussi mal réparties, nous voilà empêtrés dans des débats de civilisation qui font froid dans le dos. Brecht avait eu une formule limpide que je trouve terriblement juste pour bien en saisir la gravité. « Il faut chasser la bêtise parce qu’elle rend bête ceux qui la rencontre ».

La bêtise d’un débat enflammé autour d’un bout de tissu sur une plage. Un polémiste névrosé qui dit avec le plus grand sérieux du monde que les musulmans doivent donner un prénom français à leurs enfants pour montrer leur volonté de s’intégrer. Un ex-président englué dans au moins 7 affaires de corruption qui revient sur le devant de la scène pour nous faire la morale et nous promettre de saigner ce qu’il reste du service public, un service public rempart de l’extrême pauvreté pour de trop nombreuses familles …

C’est là, me semble t-il, dans ce contexte puant où plane partout en Europe la menace du fascisme revigoré, que se dessinent les contours de notre responsabilité, nous qui créons, qui programmons, qui nous battons pour ne pas faire taire l’artiste sublimant le réel, jonglant avec les mots et les formes pour nous adjurer de ne pas laisser inerte sur le bord du chemin, notre citoyenneté meurtrie par cette bêtise à calcul.

Car oui, alors qu’hier de nombreux travailleurs ont repris le chemin de la lutte, refusant avec justesse la destruction de siècles de conquêtes sociales et ouvrières, le capital et leurs valets cherchent à faire éclater un choc des civilisations en lieu et place du seul choc qui doit pouvoir compter, le choc de classes.

A l’inverse de cette armée crétine aux ordres, faussement de gauche ou de droite mais assurément déterminée à contenter les intérêts des puissants, je veux jouer avec vous ce soir la carte de l’honnêteté.

Je n’ai pas la prétention de penser que nous sommes ici meilleurs qu’ailleurs mais tout de même. J’ai pris le temps de regarder ce qui se faisait dans le secteur. J’ai regardé avec attention les différentes offres culturelles que proposent les villes et structures alentours. Je n’irai donc pas par quatre chemins. Tout cela est globalement consternant. La règle est simple et elle est imposée par des élus qui ont bradé leurs convictions sur le marché électoral. Il faut remplir les salles, il faut faire du simple et de l’efficace. Du stand-up jusqu’à overdose, du jeune public indolore et incolore, de l’humour consensuel à toutes les sauces.

Alors, on peut toujours ensuite dans la presse régionale dire sa détermination à combattre l’enracinement du front national sur ces vieilles terres de lutte ; encore faut il réellement s’en donner les moyens. J’invite donc mes collègues à y réfléchir et à ne pas emprunter ce chemin. Ne désertons pas de la sorte le terrain des idées et de la culture. Il n’y a pas de place dans cette période troublée à la résignation. Qu’on se le dise …

Bien évidemment la culture ne peut pas et ne doit pas être simplement militante et bouillonnante. Oui elle doit aussi appeler à la rêverie, aux rires, elle doit pouvoir nous sortir l’espace de quelques heures de la routine parfois mortifère, du stress dévorant de l’ordinaire. Il faut ainsi savoir trouver un équilibre. Certains sur le territoire il y a peu avaient des échanges conceptuels sur l’hypothétique élitisme de nos programmations. Faut-il être élitiste ou non, le sommes-nous ou pas … Il me semble que ça n’est pas de la sorte que doit se poser le débat. Qui-plus-est ne sous-estimons pas l’intelligence collective de nos populations. Pas de condescendance de classe !

La culture doit être exigeante, la culture doit pouvoir nous tirer vers le haut. La véritable question qui doit se poser c’est comment, quels moyens sommes nous prêts à mobiliser pour que cette exigence soit à moyen terme partagée par nos concitoyens. Comment allier cette exigence avec la mobilisation réelle de nos quartiers, y compris les plus populaires, sur nos structures ? Pouvoir mener un travail de long terme avec des artistes en résidence, avoir des médiateurs formés et en nombre pour mobiliser les publics en lien avec le tissu associatif, les structures d’éducation et de formation. Comment penser et financer une politique d’éducation populaire concertée sur le territoire ? Je nous invite toutes et tous à y réfléchir sans tarder.

J’en profite d’ailleurs pour vous signaler que nous créerons cette année encore ici à Avion un temps d’échange autour de cette problématique. Nous vous tiendrons rapidement informés des modalités de ce prochain rendez-vous.

Je ne serai pas plus long. Je vous invite surtout à prendre beaucoup de plaisir durant cette année. Je vous invite à venir partager avec nous ces temps de rencontres devenus si rares dans nos vies.

Partager et encore un fois, j’insiste lourdement, résister ensemble. Belle soirée à toutes et à tous, profitez pleinement du concert qui nous attend d’ici quelques minutes.

Comme le disait si remarquablement bien Jean vilar en résumé de tout ce que je viens de vous dire avec les tripes, « la culture, ce n’est pas ce qui nous reste quand on a tout oublié, mais au contraire, ce qui reste à connaître quand on ne vous a rien enseigné ». Je vous remercie

Xavier Bertrand ou le Cassandre du plat pays ! (réaction au séminaire culture régional)

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J’ai participé ce mardi 3 mai au séminaire culture organisé par le nouveau conseil régional Hauts-de-France. Le rendez-vous était donné au théâtre d’Arras. Je m’y suis donc rendu avec mon directeur de service, Michel Grabowski avec qui j’ai lancé un travail de presque deux ans d’assises de la culture et de l’éducation populaire. Nous avions organisé deux étapes de travail à Avion et chez nos amis de Douchy-les-mines. Une centaine d’acteurs du champ culturel régional avait répondu à notre appel de concertation et de résistance. Les nuages d’orage, nous étions quelques uns à les voir venir de loin. Alors que beaucoup décidaient de continuer en attendant de voir, nous décidions de prendre les devants et de créer une dynamique de lutte. Les copains du collectif des Interluttants eux continuaient inlassablement à s’organiser et à se réunir pour défendre leur statut et entretenir la flamme de la contestation. Depuis quelques jours, au cœur d’une France volcanique qui rejette en masse la loi travail et qui expérimente de nouvelles formes de mobilisation, avec ses qualités et ses défauts, le collectif occupe des théâtres (La Verrière) et fait en sorte de se faire entendre. J’en profite pour ici leur témoigner mon soutien le plus total.

Bref, c’est dans ce contexte tendu qu’avait lieu ce séminaire. Je le dis d’avance, je n’en attendais rien. La nouvelle majorité de droite au conseil départemental du Nord nous avait fait la démonstration que Malraux était bel et bien enterré depuis longtemps. La droite sarkozyste, c’est la culture du chiffre et de la rentabilité, certainement pas celle de l’émancipation. 100 millions d’euros de coupes budgétaires pour la culture et les associations dans le département du Nord. La culture, c’est la fusillée pour l’exemple, le fusible à faire sauter pour garantir l’équilibre budgétaire. C’est sans doute aussi un choix de classe. Mieux vaut une France sous perfusion d’Hanouna qu’une France mobilisée dans les quartiers et les petits lieux autour de compagnies engagées dans un long processus d’éducation populaire. C’est plus simple pour mener à bien les petites combines de dominants au service du capital. La culture et ses pratiques de proximité, c’est le souffle de l’intelligence partagée, c’est le choc électrique qui fait converger le sang vers le cœur de la pensée libre et critique. Alors, quand Xavier Bertrand vous donne rendez-vous pour parler culture, vous vous munissez des précautions d’usage.

Tout le monde s’installe tranquillement, la cour confortablement assise devant la scène. Nous étions nous perchés au deuxième étage. Je croise des visages familiers, des copains du Synavi, de théâtres que j’aime pour leur engagement. Me voilà un peu plus à l’aise. J’étais venu en traînant les pieds mais finalement je ne devais pas être le seul. C’était déjà ça …

Le spectacle commence presque à l’heure. Un mot d’accueil du directeur du lieu, puis le maire d’Arras qui s’excuse de ne pas avoir pu participer au salon du livre du premier mai organisé par Colère du présent car il était en Nouvelle-Zélande, puis le nouveau vice-président à la culture, le maire de Saint-Omer François Decoster. Juste avant lui, c’est Xavier Bertrand qui prend la parole. Magistrale Xavier Bertrand. Il commence brutalement son allocution en nous appelant à être libre. Mieux, il nous demande d’être impertinent. C’est du grand spectacle. En cinq minutes, il dit son amour de la culture, il parle d’éducation populaire, de liberté d’expression, de devoir d’impertinence … Il nous propose de façonner le visage des futures politiques culturelles, nous qui avons une expérience et une pratique du terrain. Il ne manquait plus que le poing levé et je me serais vraiment senti à la maison.

Et puis, on se rappelle quand même qu’il a été un exécrable ministre du travail, celui qui nous parlait avec sa voix calme et son visage grave de salauds de pauvres qui profitent allégrement des aides sociales. Je suis de bonne foi, peut-être s’est-il levé un matin transpercé d’une révélation : l’éducation populaire, voilà ce qu’il faut défendre au péril de sa vie. Il annonce aussi le passage du budget régional de la culture de 70 à 110 millions d’euros sur le mandat. Les larmes montent rien qu’à évoquer ce souvenir. Pour faire quoi, sur quels dispositifs … ?? Je suis décidément mauvaise langue, c’est le sens de ce séminaire. Nous sommes invités à co-construire le projet. Je ne voudrais pas que les cireurs de pompes de la DRAC ou du Syndeac me fassent un procès en sorcellerie.

Une technicienne monte ensuite sur scène et nous présente l’organigramme de la co-construction. Des ateliers thématiques, des rendez-vous décentralisés pour évaluer différents scenarii pour finalement aboutir en septembre à un projet ficelé qui sera celui qui guidera l’action culturelle régionale. En réalité, vous vous rendez compte que la page blanche est remplie de petites cases où nous devons nicher nos idées. Bref, tout est cadré d’avance et alors qu’on nous appelle à l’imagination, à l’audace, il s’agit simplement d’user des vieux logiciels à bout de souffle. Alors que le président s’était lancé dans une tirade passionnée, nous autorisant toutes les folies, vous finissez par vous enfoncer dans votre siège en tentant de vous dépêtrer de l’amer sentiment d’avoir une fois de plus été pris pour un idiot.

Tout est cadré au millimètre. Interventions courtes et à la chaîne, clip promotionnel et sa musique épique, un président sans cravate et sans fiches, talentueux VRP de la langue de bois, table ronde avec des intervenants complaisants. Décidément, qu’est-ce que c’est esthétique la co-construction.

Dernier point à noter, le calendrier. De cette première rencontre à la validation du futur projet, 5 mois. Entre deux, Juillet et Août, avec le festival d’Avignon, les multiples festivals et événements culturels estivaux … Donc, il nous faut avoir des idées, en débattre, mais rapidement. Emballé c’est pesé comme dit l’autre ! Tous les acteurs culturels savent qu’il faut du temps pour mettre en branle la machine, pour se dire les choses, pour se confronter et imaginer de nouvelles démarches, de nouvelles pratiques. Encore une fois, aucune souplesse dans l’organigramme, tout est déjà daté et validé. Je vous rassure, j’avais déjà décroché depuis longtemps. Je participerais sans doute à un atelier histoire de prendre le pouls et c’est marre !

Il est temps de conclure ce petit billet d’humeur qui, je pense, en fera sourire certains. Le choix du lieu où nous nous sommes réunis. Le théâtre d’Arras. C’est un lieu magnifique à n’en pas douter, quoi que les sièges ne soient pas très confortable. Mais, Bertrand fait partie de cette classe politique attachée aux symboles. Le monsieur a entre deux chemises de son dressing le tablier de sa loge ! J’ai donc la certitude que ce théâtre n’a pas été choisi par hasard. Ce théâtre a fusionné il y a peu avec celui de Douai pour donner vie au Tandem. L’idée de la mutualisation des lieux, celle qu’il y aurait trop de lieux culturels dans cette région, ont été discrètement, au détour d’une inspiration douteuse, clamées à la foule somnolente. Restons donc sur nos gardes les amis, ne nous laissons pas enfumer par cette séquence purement formelle qui servira de cause morale à la fragilisation, voire à la destruction, de ce que des générations entières se sont évertuées à construire au service de nos populations. La culture drapée de sa robe éclatante, l’éducation populaire.

G.S