Le temps du réveil !

LGBT_Communism_cda01-1728x800_cJe ne vous ferai pas l’insulte ici qui consiste à citer grossièrement Gramsci pour évoquer cette période d’immenses troubles qui crépite sous nos yeux. Bien sûr la situation brésilienne et plus spécifiquement peut-être celle de toute l’Amérique latine, du Chili à l’Argentine, de l’Équateur au Venezuela où le pouvoir révolutionnaire est en grande danger, mais évidemment aussi la situation proche de nous en Europe, en Italie, en Pologne, en Hongrie, en Autriche ou encore en Allemagne où le retour du néo-nazisme jouit d’un essor pour le moins préoccupant. Travaille en coulisses hexagonales, sous perfusion financière américaine, la blondeur jeune et glaciale, la nièce Le Pen à la destinée fasciste aussi prononcée que son strabisme congénital, qui a créé une école des cadres d’extrême-droite pour se préparer à pouvoir gouverner si la bourgeoisie faisait irrémédiablement ce choix. C’est peut-être là le point le plus important de ce propos nocturne, le fascisme comme un moyen politique dont sait pouvoir user la bourgeoise si les structures qui assurent ses intérêts sont menacées.

Il faudrait être un candide absolu pour ne pas avoir à l’esprit cette réalité historique précise. Le romantisme politique doit pouvoir avoir ses limites. La force des idées est une chose, la détermination totale de la bourgeoisie à défendre son dû, en est une autre ! Or, le point commun entre toutes les nations où l’extrême-droite est au pouvoir ou en passe de l’être, c’est une fulgurante atomisation populaire, une colère profonde, sourde, noire faisant craindre l’insurrection. Des nations qui s’étiolent, qui brûlent comme le bout de papier suspendu sur la flamme. Ce qu’il manque dans l’équation pour avoir l’ensemble des éléments d’analyse entre nos mains, c’est l’extrême faiblesse de notre camp, c’est l’absence de communisme.

On peut résumer l’accession du fou-furieux misogyne, homophobe et qui veut raser toute l’Amazonie à la présidence au Brésil sur le seul fait que la finance internationale soit derrière le coup, que l’emprisonnement de Lula empêchait toute possibilité de victoire progressiste, ou peut-être même par je-ne-sais quel excès de folie destructrice qui se serait emparée des masses brésiliennes. Petite parenthèse, pas n’importe quelle masse puisque l’étude cartographique des résultats électoraux brésiliens démontre un vote de classe assez clair des franges les plus privilégiées pour l’extrême-droite. Mais enfin … Pèsent lourdement dans la balance des événements, la terrifiante corruption du Parti des travailleurs, le faible degré de transformation sociale et politique du Brésil malgré 10 ans de gouvernance ininterrompus. Il y a bien eu des avancées dans le domaine de la santé, de l’éducation, des campagnes d’alphabétisation etc … Néanmoins, on ne peut que constater le fait que tout cela en est resté au stade d’un réformisme prudent qui a laissé du temps à l’ennemi de pouvoir s’organiser et ainsi lutter. Lénine et Marx avant lui ont suffisamment écrit sur le sujet pour le comprendre. Chavez lui-même liait les difficultés auxquelles il faisait face en son temps avec la trop grande lenteur et la trop grande tiédeur du processus révolutionnaire en cours au Venezuela.

On peut également et à juste titre déplorer en France la récupération de la colère populaire contre l’augmentation du prix de l’essence par l’extrême-droite avec ce mouvement du 17 novembre. On peut dire notre opposition, écrire des communiqués de presse pour dénoncer l’entourloupe, expliquer qu’il y a bien d’autres batailles plus décisives, pour les salaires, les retraites ou les services publics, toujours est-il que nous payons sans doute notre faiblesse politique et idéologique, que nous n’avons pas su donner des armes redoutables à la classe ouvrière pour pouvoir politiser cette bataille et l’inscrire dans le cadre d’une vraie lutte de classe qui aboutirait à l’exigence d’une socialisation du secteur de l’énergie sous gestion populaire.

Le capitalisme doit plus que jamais s’assurer de survivre encore un peu, tant que l’équilibre écologique le permet. Dans le même temps, les peuples bougent et se fâchent, n’en peuvent plus des injustices et de la précarité. Ils ont des enfants et sentent bien que les chemins du chaos se dessinent impitoyablement devant eux. Il y a un désir d’autre chose mais rien ni personne pour pouvoir matérialiser les choses. Il y a bien eu la dynamique populiste, prenant le contre-pied de la vieille structure installée, se proposant d’organiser le peuple comme entité abstraite au cœur d’un grand mouvement faussement auto-géré mais emmené par un tribun charismatique où toutes les doléances se mêlent et s’entremêlent. L’idée est assez simple en réalité, plus on met en mouvement d’individus sur la base de leurs revendications propres, plus on sera fort. Le théorème de la force du nombre. Tant et si bien que quelques opportunistes bien inspirés ont parfaitement saisi la manœuvre et dénoncent les vieilles structures d’un vieux monde en décrépitude et la responsabilité évidente des migrants, des impôts et des taxes dans le marasme économique ambiant. C’est le danger d’une lecture politique déconnectée du conflit de classe. Le danger d’opposer un peuple et des élites, c’est de nourrir efficacement toutes les formes de populismes y compris les plus sales. Encore une fois, pèse dans cette situation politique boiteuse l’absence de communisme.

Je n’affirme pas deux fois cette idée sur le principe d’une passion dévorante et immature. Depuis au moins Spinoza, on sait que les passions ne sont pas les meilleures alliées de la raison. Je l’affirme par sens de l’histoire, par pragmatisme et par devoir.

Par sens de l’histoire parce que la démonstration a été faite depuis la Révolution Française, bourgeois et prolétaires n’ambitionnent pas les mêmes révolutions. Quand les premiers aspirent à rendre la propriété sacrée, les seconds s’évertuent à donner un sens pratique au principe d’égalité. Quand les premiers trahissent par intérêt économique la Nation en appelant les ennemis intérieur et extérieur à charger, les seconds prennent les armes et donnent leurs vies pour défendre paix et liberté.

Par sens pratique tout simplement parce qu’aucune autre alternative au capitalisme hormis le communisme n’a pour l’heure était si bien théorisée et pensée que cette dernière. Le communisme est à ce jour la seule réponse globale en capacité de nous faire sortir du capitalisme et ainsi d’avoir une chance réelle de sauver notre humanité plus que jamais menacée.

Par sens du devoir parce que l’heure est suffisamment grave pour ne plus avoir recours aux coquetteries verbales ou intellectuelles. A vouloir débaptiser les choses, à vouloir les déguiser sous un apparat moderne, à vouloir penser les choses sous le prisme du nouveau siècle ou à vouloir segmenter les luttes et indignations, on finit par dénaturer l’essentiel, la matière première. On peut bien le vouloir du XXIème siècle, nourri et à la fois guéri des expériences du passé, plus en phase avec les revendications de notre temps, faut-il véritablement le vouloir à la base. Si l’on veut combattre le racisme, le patriarcat, l’homophobie, la xénophobie, les violences de tous types et j’en passe, il faut créer les connexions qui expliquent le principe même de rejet, de division, d’inégalité. Tout cela est matriciel et ces luttes doivent toutes s’inscrire dans la vaste bataille pour le communisme.

Vouloir changer les mentalités, notre monde culturel, c’est vouloir changer le monde tout simplement. Halte aux communautés de colères qui cohabitent les unes à côté des autres. Halte aux rêves réalistes, aux petites révolutions bricolées et minoritaires. L’heure du communisme est venue, le plus rapidement possible. De ce point de vue, j’espère que le changement engagé dans notre Parti n’avortera pas dès demain, dès le prochain congrès. Notre feuille de route doit être toute tracée car le fascisme vient de passer un bras et une jambe, parce que la moitié des espèces sauvages a déjà disparu, que nos champs sont les supports morts d’un blé pourri made in Mosanto. Il n’est pas trop tard mais le temps du réveil, du réveil communiste peut-on sans doute même oser, est arrivé.

G.S

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