« Mon parti m’a rendu le sens de l’épopée »

7953087_ef57e7ca-f0cb-11e8-9fde-5abb9aafa59f-1_1000x625J’avais envie de donner vie à mon enthousiasme en cette période de fête. Mon enthousiasme pour mon parti, pour le nouveau chemin qu’il a voulu prendre depuis le dernier congrès. Bien sur je ne fais pas ici retentir frénétiquement les sirènes de l’angélisme. Combien de temps, de déceptions et de doutes a t-il fallu pour en arriver là ? Mais on ne peut jamais aller plus vite que le temps, aller outre le sinueux chemin qu’il doit pouvoir emprunter pour arriver à bon port. Mes camarades les plus aguerris et les plus sages me le disaient sans cesse, mais les impatiences de la jeunesse sont ce qu’elles sont. Ce qui m’a semblé être une éternité déjà devait être bien pire à endurer encore pour les plus anciens. Pourtant ils me le disaient avec force et conviction, la patience, la vertueuse patience révolutionnaire ! Ils semblaient avoir raison.

Ainsi un nouveau cap, de nouveaux visages forment ce chapitre nouveau qui peut s’écrire. Il aura fallu batailler ferme pour en arriver là, lutter contre nos propres démons et sans doute le plus beau et le pire d’entre-eux, le légitimisme. Des décennies de matrice léniniste laissent une empreinte dont il est difficile de se dissocier, même lorsque celle-ci appuie le cap du renoncement, des révolutions minuscules.

Alors il a fallu convaincre, rassembler largement pour se faire violence. Des camarades, d’une dimension intellectuelle et militante d’une trop grande rareté, ont commencé à écrire, à penser, à dresser les contours d’une stratégie gagnante pour leur parti, pour sa survie. Puis le dialogue s’est amorcé et des conceptions diverses se sont retrouvées. Puis André Chassaigne et Fabien Roussel sont entrés sur scène, ont fait le choix d’endosser avec courage une très importante responsabilité. C’est ainsi que les choses ont pu basculer.

Les communistes ont débattu partout avec passion mais fraternité, et en toute souveraineté ont fait un choix. Un choix qu’ils ont assumé jusqu’au bout avec cette capacité unique qui est la nôtre, celle de maintenir notre unité avant tout. Quelle force, quelle conviction tout de même. Partout les organisations se déchirent, les divergences deviennent des divorces fracassants même chez la très jeune France Insoumise comme nous avons pu le voir récemment avec notamment l’épisode Kuzmanovic, que nous ne connaissons malheureusement que trop bien ici dans le lensois, lui qui nous a fait perdre la circonscription lors des dernières législatives. Seuls les communistes sont capables de faire ce qu’ils viennent de faire lors de leur dernier congrès. On comprend mieux les envolées épiques d’Aragon lorsqu’il écrivait sur son parti. Mon parti m’a rendu le sens de l’épopée …

Bien sur tout n’est pas réglé et tant reste à faire. Nous nous sommes fortement affaiblis ces dernières années jusqu’à mettre l’hypothèse d’un centenaire en péril. Mais je crois vivre un moment d’histoire, moi qui déteste affreusement notre époque, elle qui manque de noblesse, de feu, d’espoir fou. Quoi que cette dernière séquence a rallumé quelques étoiles comme dirait le poète. La classe ouvrière se redécouvre lentement !

Comme à chaque fois dans l’histoire, c’est l’avancée trop indécente de la misère qui a mis le feu aux poudres. La colère a passé le cap de l’indignation pour transcender l’action. Avec ou sans bannière, l’instinct de survie s’est donné corps dans les rues, sur les rond-points, à la porte des entreprises, dans les lycées et universités. Le plus frappant est ce qu’en tirent les protagonistes comme leçon. On discute, on confronte sa réalité à celle des autres et on découvre de très grandes similitudes. Une effroyable et implacable condition sociale commune fédère tout ce beau monde. Une leçon de marxisme grandeur nature … La réaction du camp d’en face est d’ailleurs de même nature. Le renforcement déraisonné de la violence d’État, les discours durs et idéologiques des chiens de garde, une justice de classe entièrement mobilisée au service de la répression bourgeoise. Tout y est !

Difficile de ne pas voir un lien entre le geste historique des communistes et ce contexte social au fort accent révolutionnaire. La société française est en mouvement. Contrairement à ce qu’ont voulu nous imposer nos ennemis de classe, le dérèglement des sens politiques, il semblerait que la bonne vieille matrice de l’antagonisme de classes refasse surface malgré tous les efforts. Le capitalisme ne peut produire autre chose que cette dualité politique. C’est un terrible camouflet pour les idéologues bourgeois, eux qui pensaient avoir gagné la guerre à coup de mythologie creuse du type classe moyenne, fin des partis, fin de l’histoire. Le peuple des exploités est d’une fulgurante intelligence et même lorsqu’il sommeille, il reste parfaitement conscient de sa condition et des chaînes qui l’avilissent. Il lui faut simplement l’étincelle pour nous le rappeler.

Le signe positif de notre redressement réside aussi dans cette actuelle capacité à nous mettre au service de la cause. Avec nos propositions concrètes pour augmenter les salaires tout en rappelant avec finesse les mécanismes fondamentaux de la Sécurité sociale, peut-être bien la plus belle de nos œuvres, nous jouons de nouveau pleinement notre rôle. De ce point de vue, notre nouveau secrétaire national Fabien Roussel, est plutôt habile. Il est un porte-voix exemplaire de cette aspiration militante et politique. Tous nos élus ont brutalement repris avec talent cette mission perspectiviste.

Le PCF se réconcilie avec sa vocation première, être un outil au service du combat. C’est déjà une très grande victoire. Il le justifie encore par son choix d’aller coûte que coûte aux élections européennes, lui qui est le seul parti a avoir rejeté tous les traités depuis la CECA, dont nous connaissons ici plus qu’ailleurs les désastreuses conséquences. Finalement, le parti communiste ne croit plus en la métamorphose nécessaire, il se rappelle que certaines choses ne changent pas et ne doivent pas changer. Peut-être est-ce là le plus formidable motif d’espérance qui se révèle à nous en ces temps de bascule.

G.S

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Un renouveau manifeste !

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Un résultat historique ! C’est à l’unisson que les camarades et de nombreux commentateurs évoquent les résultats de la consultation interne des communistes. Effectivement, nous vivons un moment historique mais pour un congrès extraordinaire, il fallait un geste extraordinaire que les communistes ont su faire. Pour la première fois de notre histoire, le texte porté par la direction sortante est en minorité et ne sera pas celui avec lequel nous devrons débattre lors du congrès.

C’est bel et bien un texte dit alternatif, le texte du Manifeste, qui deviendra la base de discussion de notre congrès. Ce texte est imparfait, nous le savons tous, et le travail de l’ensemble des communistes va maintenant être de le discuter, de l’amender, de le muscler pour pouvoir affronter, avec force et organisation, la crise majeure que traverse notre civilisation humaine. Parce qu’il a fallu construire un texte le plus rassembleur possible, parce qu’il a fallu créer les conditions de le rendre une alternative capable de remporter ce scrutin interne, l’intelligence des camarades qui ont tenu la plume et qui l’ont signé a été de faire un compromis pertinent et historique afin de créer les conditions nécessaires permettant de bouger les lignes et de créer l’électrochoc tant attendu par de très nombreux communistes dans et en dehors du Parti. Je veux donc saluer ce soir le sens des responsabilités de mes camarades du réseau Faire vivre et renforcer le PCF, de nos camarades André Chassaigne et Frédéric Boccara, de tous ces secrétaires fédéraux à l’image de Fabien Roussel qui ont su courageusement faire ce qu’il faut pour créer cette situation inédite prodigieusement enthousiasmante.

Ne nous mentons pas, ne nous dérobons pas ce soir, voilà maintenant longtemps, trop longtemps, que le Parti Communiste Français fait des choix qui ont participé à notre affaiblissement, à notre effacement jusqu’à ne plus compter ou presque dans le rapport de force politique du pays. Je ne veux faire le procès de personne en écrivant tout cela, je veux simplement, avec lucidité et sens de l’histoire, faire preuve de sincérité et présenter les faits, rien que les faits. Notre score médiocre aux dernières législatives, l’absence d’un candidat communiste depuis des années maintenant à la présidentielle, les trop nombreuses municipalités perdues et notre affaiblissement électoral global, ce chiffre évocateur de 49 000 adhérents cotisants seulement lors de cette consultation qui pose sérieusement question, le refus de la direction du parti de donner la spectaculaire tribune politique et médiatique à notre camarade Ian Brossat lors de la fête de l’Humanité, preuve que nous ne comptions pas sérieusement aller au bout de la démarche de candidater lors des élections européennes … Tant d’événements et de choix qui ont poussé les communistes à réagir et à créer les conditions d’un véritable changement de cap lors de notre congrès.

L’urgence écologique, l’état des rapports de force internationaux, l’extrême prédation du capital, la destruction systématique des services publics partout en Europe, la montée inquiétante de l’extrême droite, le populisme comme farce de révolution … Il y a d’immenses chantiers politiques qui nous attendent et qui réclament une force politique organisée portant un projet global de transformation radicale de la société, de nos vies. C’est de cette manière que nous devons appréhender ce futur congrès à bien des égards décisif pour l’avenir. Le choix que viennent d’opérer les communistes ce week-end est incontestablement la première étape de ce long processus. Communistes, au travail !

G.S

Un congrès du PCF véritablement extraordinaire ? »

Congrès-du-PCF-4-juin-accueil-des-délégations-étrangères..jpg« C’était hier et c’est demain

Je n’ai plus que toi de chemin

J’ai mis mon cœur entre tes mains

Avec le tien comme il va l’amble

Tout ce qu’il a de temps humain

Nous dormirons ensemble. »

Ces quelques vers tirés de l’exceptionnelle œuvre d’Aragon « Le Fou d’Elsa », m’ont inspiré le retour vers ce blog. Je ne l’alimente que très rarement, au gré du temps et du vent dirons-nous. De nouvelles fonctions ces derniers mois font que je n’ai plus le temps suffisant et nécessaire pour me laisser aller à la prosodie de mes humeurs politiques. Le froid polaire qui règne dans nos rangs n’était pas non plus très stimulant pour qui aime, comme moi, le billet politique, naïvement chevaleresque et exagérément épique. Comme il est dur de vivre la politique, quand on est un romantique, lorsqu’elle se délite dans des pratiques et des postures d’une mollesse abyssale.

Alors que l’été n’a laissé que peu de répit au Rastignac élyséen, l’épisode des barbouzes faisant couler beaucoup d’encre, que pour des raisons personnelles je me suis intéressé à la politique transalpine riche en rebondissements et enseignements, que l’expérience du média insoumis sombre dans la tourmente révélant des pratiques dignes de la politique qu’il annonce vouloir pourtant combattre, que la fracture de classe n’a jamais été si forte ou presque dans le pays sans pour autant alimenter positivement la lutte, une bonne vieille et efficace lutte des classes, rien ne semblait me pousser à prendre le temps d’écrire. Écrire pour moi, pour penser, pour articuler les réflexions et les analyses entre elles, pour mettre de l’ordre, mais aussi écrire pour celles et ceux qui ont déjà parcouru ce blog et qui peuvent se retrouver dans ce que je peux y semer comme idées, principes et concepts.

Finalement, après quelques jours de repos bien mérités et redoutablement bénéfiques, je découvre, pour m’intéresser un peu plus aux affaires du Parti, à son congrès, que des choses se passent. Alors même que je m’étais résigné, que je n’attendais rien d’un congrès vendu pourtant comme extraordinaire, il semblerait que ce dernier soit en train de prendre des traits tout à fait inédits. Peut-être que l’extrême gravité qui caractérise notre ère politique, que le degré de médiocrité caractérisant lui notre organisation politique, ont finalement nourri un phénomène d’électrochoc dans l’esprit d’un certain nombre de camarades et pas des moindres. Peut-on aller jusqu’à évoquer une forme de courage, en tout cas un sens des responsabilités historiques ? Je le pense effectivement. La prose officielle proposée par la direction actuelle, boudée dans un premier temps par une partie non négligeable du Conseil National du Parti, trouve face à elle un autre texte qui est en train de créer la surprise.

Ce texte n’est pas simplement celui porté à la base par le réseau que j’ai toujours soutenu, il est aujourd’hui le carrefour de multiples réflexions qui ont su dépasser le stade des désaccords critiques pour constituer une dynamique rassembleuse capable de mettre fin à un processus qui nous entraîne irrémédiablement à la tombe. Outre les figures historiques du réseau dont le secrétaire départemental du Pas-de-Calais, mon camarade et ami Hervé Poly, d’autres camarades, oserais-je même le terme de figures, ont décidé de signer un même texte, de promouvoir une même démarche avec une volonté farouche et déterminée : siffler la fin de la récréation, mettre fin au néant et ressusciter l’étincelle. Le PCF doit vivre, se renforcer, porter une parole claire et limpide, se réconcilier avec son histoire, avec une série de ses fondamentaux. Retrouver des bases solides et saines pour redresser la maison et solidifier le tout. Non pas par obsession partisane, par goût de la nostalgie ou par soif d’aventure schismatique. C’est bien parce que le capitalisme traverse une crise systémique annonçant l’atteinte de son stade suprême, qu’il nous faut nous organiser pour penser l’après et sauver la civilisation humaine d’une fin évidente. « Rien que cela ! », diront certains. Il n’y a que ceux qui ne croient plus en Marx et au mouvement de l’idée qui se rattache à lui qui peuvent le nier sans sourciller. Il me semble donc que les camarades qui ont décidé de se retrouver autour du texte intitulé «  Pour un manifeste communiste du XXIe siècle » sont celles et ceux qui mesurent parfaitement la tâche historique qui nous incombe, qui décident de se présenter devant l’histoire avec un sens aigu des responsabilités.

Certains parleront de manœuvres, de trahisons, d’opportunisme. Cela sont ceux qui soit ne croient plus en l’extraordinaire force de l’idéal qui nous anime, contaminés par le verset tragique du compromis réformiste, soit sous couvert d’une intransigeance utopique, n’ont pas le sens du devoir préférant mourir le drapeau rouge sur le cœur, heureux dans leurs croyances mais inutiles à la classe ouvrière qu’ils annoncent pourtant aimer plus que tout.

Le communisme, c’est le mouvement. Un mouvement qui franchit des étapes et des stades, qui appellent tactiques et stratégies parce qu’en face, l’ennemi est puissant et organisé. Voilà l’idée qui transpire de l’alliance qui se noue autour de notre texte pour ce congrès. Un texte qui peut, si l’on regarde soigneusement les rapports de force internes, devenir majoritaire dans notre Parti et ainsi inscrire notre congrès dans une dynamique inédite. Je ne parle pas là de petites aventures cyniques qui se contenteraient de couper quelques têtes, je ne parle pas non plus d’un texte magique qui serait un remède miracle. Il nous permettrait de marquer une rupture que je crois nécessaire. Il nous permettrait d’insuffler de nouveau de la vie et du sens. Il nous permettrait de nous ressaisir collectivement de notre outil, notre Parti, et de reprendre un chemin digne de notre responsabilité historique, digne de l’héritage que nous revendiquons, digne d’une classe ouvrière désœuvrée et désarmée. De quoi reprendre goût à l’espérance et en la force de l’idéal qui nous transcende. Cela vaut peut être la peine de se battre et de déclarer, à la manière d’un Aragon fou d’amour, « c’était hier et c’est demain / Je n’ai plus que toi de chemin / J’ai mis mon cœur entre tes mains / Avec le tien comme il va l’amble / Tout ce qu’il a de temps humain / Nous dormirons ensemble. »

G.S

Un congrès extraordinaire-ment banal …

PARTIS-PCF-FETE-HUMANITEVoilà donc le retour de l’ère de pré-congrès. Le texte de base commune proposé par la direction sortante est connu, les premiers commentaires fleurissent ici ou là, les camarades se positionnent favorablement ou non pour ce texte, d’autres promettent déjà une littérature alternative pour souligner les manquements et errances de ce texte officiel … Finalement et alors même qu’un congrès extraordinaire était annoncé au lendemain d’un score désastreux aux législatives, à un ralliement de dernière minute à la locomotive insoumise lors de la présidentielle, nous nous dirigeons tout droit vers les traditionnelles et, quelque part, désastreuses pratiques de congrès, celles qui nous enferment dans une forme d’immobilisme malsain.

J’ai tout juste débuté la lecture du texte de base commune. Je ne me positionnerai donc pas ici sur son contenu et sa ligne. Je sais néanmoins à quoi m’attendre même si un effort particulier dans l’introduction réaffirme au moins que notre objectif de communistes, ça n’était pas si évident que cela depuis un certain temps, est la lutte anticapitaliste. Je souligne ici l’enthousiasme, l’engagement et le travail colossal de la commission chargée de rédiger le texte sous la férule de notre camarade Guillaume Roubaud-Quaushie, jeune historien à l’esprit fécond, l’une des rares voix communistes qui méritent, ces derniers temps, une considération particulière.

Je tenais à écrire ces quelques lignes en ce dimanche matin brumeux pour dire et décrire cette boule dans l’estomac qui ne veut décidément pas cesser son office. Une boule dans l’estomac qui se nourrit du contraste entre les multiples formes d’engagements au local de notre parti, le travail difficile de rajeunissement qui s’opère ici ou là, et cette tambouille vieille comme la mutation qui ne cesse de faire amplifier la peur dans l’esprit des camarades à l’engagement sincère, d’un scénario à l’italienne, une liquidation toujours plus avancée, toujours plus sournoise et destructrice.

Les apparats cosmétiques de dernière minute, manœuvre de sauvetage d’une direction qui ne convainc plus personne ou presque, ne peuvent en rien se montrer rassurants. Désigner le jeune et brillant Ian Brossat comme chef de file pour les européennes ne peut pas nous faire oublier l’extrême faiblesse de notre discours et de notre positionnement sur ce qu’est l’Europe. A dire vrai, s’il fallait ne prendre en compte que cette question pour juger de mon avenir dans ce parti, il y a bien longtemps que j’aurais jeté l’éponge et tenté de militer autrement. Heureusement ce parti, notre parti, garde en lui du potentiel, des camarades de très grande valeur et puis, sans doute est-ce là un point extrêmement important, rien n’existe à sa périphérie qui pourrait me motiver à le quitter. Pas même les groupuscules qui se veulent ou du moins se pensent plus révolutionnaires que nous, encore moins l’armada insoumise où il y a à boire et à manger à l’exception d’un semblant de commencement de socialisme, le vrai, pas le bagage vide mitterrandien.

Le parti communiste reste une boussole, c’est ainsi, et lorsqu’il mène ce week end ce rassemblement à Paris autour de ses 5 parlementaires des Hauts-de-France, pour remettre au gouvernement un manifeste riche de 10 grandes propositions pour l’emploi, les salaires, la santé, l’industrie, les transports ou le devenir des agriculteurs, il fait la démonstration de son ancrage dans le réel et de son extrême utilité. C’est la même chose dans de très nombreuses municipalités à direction communiste où des politiques publiques audacieuses et originales se mettent en place notamment dans les domaines culturel, sportif ou tout ce qui concerne les politiques à destination de l’enfance et de la jeunesse.

Pour autant, si beaucoup d’élus font le travail admirablement avec les moyens mis à leur disposition, le parti lui-même est en difficulté. On le voit, on le sait. C’est de plus en plus difficile de réunir les camarades, de tenir le plan de travail, de mobiliser sur telle ou telle campagne. J’y vois deux raisons essentielles. La première, le vieillissement de nos troupes. Même si je le soulignais plus haut, de jeunes cadres gagnent en responsabilité ces dernières années, nous avons de grandes difficultés à renouveler nos troupes. Nos camarades vieillissent et ne peuvent plus se mobiliser autant qu’auparavant. C’est normal et compréhensible et on ne pourra jamais suffisamment les remercier pour tout ce qu’ils ont pu faire. Nos assemblées générales sont pourtant d’une criante révélation. Les rangs sont parsemés de têtes blanches. La seconde raison, c’est bien évidemment l’absence de dynamique nationale du parti. Si nous pouvions clairement identifier une ligne, des batailles, une impulsion nationale nous pourrions sans doute convaincre localement de l’utilité de nous rejoindre. Comment le faire aujourd’hui ? Notre communication est inopérante et même osons le dire, inepte, notre direction est contestée, mole, tâtonne et n’est pas fichue de développer un langage clair, de combat et de rassemblement populaire. Ça n’est certainement pas en mettant des « e » partout que nous allons mieux promouvoir le besoin de clarté, parenthèse close.

Ainsi, sans doute n’aurait-il pas fallu d’un texte de base commune pondu en vase clos et validé par une direction mainte fois décriée par sa base. Sans doute une autre méthodologie aurait été préférable pour véritablement se donner les moyens d’un congrès qui ne serait pas extraordinaire que dans sa promesse. Je dois ici confesser ma résignation pour ce congrès. C’est à mes yeux terrible que de le dire et encore plus de le penser. Il fût un temps où le texte de base commune serait intégralement lu depuis longtemps, où j’aurais commencé les échanges avec des tas de camarades, où j’aurais fait en sorte d’attirer l’attention des camarades sur l’importance de se mêler du congrès, de ses enjeux. Je n’en ai pour l’heure pas la force, pas même l’envie. J’enrage et accuse notre direction, seule responsable aujourd’hui de cet état d’esprit, de cette aigreur incompatible avec ce qui devrait être notre posture. Les jours heureux, l’homme nouveau, le progrès commun … C’est le seul et unique chemin, le reste n’est que foutaise et piteuse justification du renoncement.

G.S

Le PCF et son congrès : et si nous vivions ensemble une épopée héroïque ?

mcdonalds-2227657_960_720Cela fait maintenant douze ans que je milite au Parti Communiste Français après avoir fait mes armes au Mouvement Jeunes Communistes de France. Issu d’un territoire complexe, totalement abandonné par la force publique, dans un état de précarité et de misère très avancé, j’ai maintenant l’intime conviction, par l’expérience de mon militantisme quotidien, par les lectures et échanges que je peux avoir avec d’anciens ou contemporains acteurs – intellectuels et militants – du mouvement communiste et révolutionnaire, l’idée que le socialisme est non seulement d’une actualité évidente, mais qu’il est un horizon vital pour l’humanité tant le capitalisme l’entraîne vers une inéluctable fin prochaine. Le capitalisme, inscrit dans une logique d’accumulation et une perpétuelle poussée productiviste, est en effet par essence contraire au principe premier de la philosophie humaine, perpétuer la vie en garantissant les équilibres environnementaux, politiques, sociaux, économiques nécessaires à cette visée. Si l’on regarde objectivement les faits, en bons marxistes que nous sommes, il n’est pas déraisonnable voire totalement fou d’affirmer que le capitalisme est le coupable des coupables lorsqu’on cause sérieusement de destruction de notre éco-système, mettant ainsi en péril le devenir de notre civilisation. Si de nombreux et éminents spécialistes ont dit leurs réserves prononcées sur les engagements pris sur le climat lors de la COP 21, c’est bien parce que les enjeux économiques ont primé sur le reste. Sauver le climat sans remettre en cause le modèle économique dominant, c’est comme vouloir être communiste sans remettre en cause la propriété privée des moyens de production.

Nous sommes de plus en plus nombreux à faire le bilan implacable d’un PCF qui ne joue plus son rôle, dénommant l’ennemi par voie de circonvolutions complexes et alambiquées, ne portant plus l’envie, l’enthousiasme, la dynamique de changer radicalement la vie. Pour le dire ou l’écrire plus simplement, le PCF travaille depuis des années à se renier. Paralysé par une vision étriquée et schizophrénique de son histoire, de ses liens avec les expériences du socialisme réel, il s’est pensé comme un adolescent colérique qui doit faire sa mue pour pouvoir être respectable et respecté. Le résultat, c’est un parti à la remorque d’une social-démocratie – peu importe sa forme – spécialisée dans la compromission de classe, qui n’arrive plus à percer les masses et à jouer un rôle d’avant-garde. D’ailleurs, depuis des années, ces concepts fondateurs sont passés à la moulinette de congrès mutagènes jusqu’à recracher une coquille vide qui survit grâce à l’engagement viscéral de militantes et militants sincères et fidèles à l’engagement d’une vie. Des militants qui, malgré toutes les difficultés et couleuvres avalées, croient toujours en l’étincelle.

C’est ainsi que nous vivons une époque étrange où nous avons le sentiment d’un retour en arrière de deux siècles. Alors que le mouvement ouvrier organisé a réussi, non sans mal, à bâtir une doctrine et un mode d’action politique globaux et révolutionnaires, nous revoilà plongés dans des débats qui se tenaient clandestinement aux premières heures de l’ère industrielle. Peuple ou classe ouvrière  ? Organisation de masse ou mouvement  ? Révolution ou activisme  ? C’est bien la faiblesse actuelle du mouvement communiste qui a rendu possible la résurgence de mouvements et pensées qui dressent des leurres sur le chemin de l’émancipation de la classe ouvrière. Ne nous y trompons pas, l’idée du peuple ou des 99 % est la négation même d’une vision classe contre classe qui est pourtant la conclusion évidente qui saute aux yeux pour qui analyse les mécanismes socio-économiques en action sous notre nez. J’invite les camarades qui cherchent à comprendre avec sérieux et méthode cette question politique qui cristallise les oppositions dans notre camp à lire l’excellent entretien (ici) dans le média alternatif “Le vent se lève” de Guillaume Roubaud-Quashie, jeune historien qui dirige la revue scientifique et intellectuelle du Parti, “Cause Commune”. S’il fallait retenir une phrase de ce riche échange, sans doute serait-elle celle-ci : “[ … ]L’horizon des communistes reste un horizon universaliste qui pose le communisme comme objectif. Cet horizon est complètement absent chez Mouffe pour qui il faut trouver une manière de gérer les dérives du capitalisme et les antagonismes dans ce qu’elle appelle un cadre « agonistique » (un cadre de combats, de tensions, de conflits – agôn, en grec). Puisque pour elle, les conflits sont inépuisables et penser les abolir serait contraire à l’anthropologie profonde, selon sa lecture de la « nature humaine » qui se revendique de Freud. Tout cela me semble poser plus de problèmes que cela n’en résout… Dire qu’on renonce à l’objectif de dépassement des conflits de classe, au moment où le capitalisme est de plus en plus inefficient et criminel, me paraît être inopérant et négatif. Donc même si la proposition théorique de Mouffe est intéressante – au sein de la social-démocratie, elle refuse la capitulation pure et simple façon Blair et Schröder et permet ainsi que se mènent bien des combats communs –, elle débouche sur un horizon limité. Il s’agirait de renoncer au communisme au moment même où le capitalisme ne parvient clairement plus à répondre aux possibilités de développement de l’humanité. »

Notre époque fait la démonstration de l’urgence de porter un discours marxiste clair et surtout de l’idée que le capitalisme n’est pas aménageable, on le subit ou on le détruit.

Il est évident que notre entrée dans un nouveau siècle s’est accompagnée de changements profonds avec le développement rapide et incroyablement stimulant des nouvelles technologies, que nos sociétés ont évolué, que la classe ouvrière elle-même s’est fortement transformée et complexifiée. La jeunesse aussi a fortement changé avec de nouveaux codes, une approche militante d’un nouveau genre. Le modèle fordiste a laissé place à un capitalisme des petites unités de production, des filiales et autres trusts astucieusement complexes du point de vue du droit. Il est évident que la globalisation née à l’époque médiévale a connu une ascension spectaculaire depuis l’après-guerre, que la financiarisation de l’économie a radicalement transformé le modèle économique accouchant de crises de plus en plus violentes. Pour autant, les logiques intrinsèques au capitalisme n’ont guère changé. Il est toujours question de contrer la baisse tendancielle du taux de profit, de préférer le capital mort au capital vivant, de pousser les gains de productivité jusqu’à la limite du supportable.

Alors même que la sortie d’un film sur le jeune Karl Marx nous rappelle à quel point la pensée marxiste est d’une grande vitalité, nous souhaitons, nombreuses et nombreux, que le congrès à venir de notre parti soit à la hauteur de tous ces enjeux, que nous ne prenions pas le chemin craint par un certain nombre d’entre-nous, celui d’un faux bilan partiellement complaisant avec nous-mêmes. Nous pensons que le PCF est aujourd’hui en grande difficulté parce qu’il se refuse à revenir sur plus de 20 années de mutation qui sonnent comme autant de renoncements. La jeunesse de notre engagement s’inscrit dans la volonté qui a prévalu lors du congrès de Tours. Une clarification politique essentielle avec un objectif : armer les exploités dans une visée transformatrice. Créer les condition de l’unité et du combat, bâtir un grand et populaire parti politique à l’avant-garde des luttes libératrices.

La difficulté de cette tâche que nous devons impérativement nous assigner, relève quasiment de la psychanalyse. Penser les actes manqués, les frustrations, les mécanismes d’une forme d’aliénation entre une caste dirigeante aux origines sociales nouvelles et une base militante qui se mue dans une discipline de parti autrement nommée légitimisme, qui se refuse à remettre en cause un processus historique interne tant finalement cela s’apparenterait à une mise en cause personnelle. Une forme de contradiction avec la philosophie matérialiste qui est la nôtre, l’idée d’une non responsabilité dans les événements eux-mêmes. On comprend donc pourquoi, en quoi, ce travail si nécessaire est dans le même temps terriblement difficile voire même douloureux. Un questionnaire insignifiant et faussement ouvert n’y changera rien.

Pourtant, j’ai la conviction profonde, pour l’entendre et le vivre depuis des années, que l’immense masse des nôtres à un attachement presque mystique au communisme, à l’identité qui se cache derrière cette vitrine impressionnante, lourde de sens d’un point de vue historique, de l’héritage même. Le parti du colonel Fabien, des fusillés, des brigades rouges, de la décolonisation, de la culture, des arts et de l’éducation populaire, du Front Populaire, de la Sécurité sociale … Pourtant, il y a aussi l’idée d’une déchirure avec cette histoire, comme si pour mieux s’éloigner d’un patrimoine qui tombe avec le mur de Berlin, il fallait vider de toute substance la doctrine révolutionnaire qui donne sens à notre engagement. Ce communisme du XXIe siècle, pour beaucoup, il devrait être celui qui pense le citoyen, l’individu et plus les structures collectives, l’articulation entre classe en soi et pour soi. On voudrait, pour certains encore, pouvoir se délester de bagages encombrants. L’idée d’une purification. Une purification objectivement voisine du néant, me semble t-il …

Ce congrès doit donc nous permettre de réaffirmer notre identité communiste, non pas par fétichisme ou nostalgie, mais bel et bien parce que le communisme est la seule et réelle alternative à notre monde, le chemin à la hauteur des enjeux de civilisation qui se dessinent devant nous. Il n’est pas pour nous question de mener à bien le procès de tel ou tel, de montrer d’un doigt accusateur où sont les coupables et les victimes. Ce que nous voulons, c’est un vrai congrès extraordinaire comme cela nous l’a été promis. Extraordinaire parce que faisant preuve d’audace, parce que sincère et collectif, parce que mettant sur la table un bilan complet et objectif de ce que nous avons décidé ces 20 dernières années. Un congrès qui sort avec une feuille de route totalement limpide. Une clarification stratégique quant aux alliances, une ligne politique renouant avec une grille de lecture marxiste sans ambiguïté, une série de propositions capables de lancer partout en France de grandes campagnes populaires, une direction collégiale en phase avec les réalités de terrain, représentative de l’immense diversité de nos territoires qui sont autant de réalités distinctes. Une communication renouvelée et moderne, la promesse d’un débat national franc et sans tabous sur l’Europe et le PGE, un travail prioritaire sur le renforcement de nos liens avec les organisations politiques communistes d’Europe et d’ailleurs.

Nous ne partageons pas toutes et tous forcément les mêmes points de vue, nous ne sommes pas d’accord sur tout mais nous avons la volonté commune d’inscrire notre parti dans une dynamique enthousiasmante et collective au fond de nous même. Pourquoi donc s’en priver, vivre recroquevillés dans l’amertume et une forme d’attente, comme si les choses allaient s’arranger dans un élan héroïque, à la fois cause et conséquence. L’héroïsme requiert des héros, des héros le courage. La lucidité en est sans doute une étape préliminaire. Il est difficile de faire le bilan de nos pertes, de nos errements et autres erreurs et de voir que congrès après congrès rien ne change. Nous voulons un parti à l’offensive, fier de ce qu’il porte et capable de recréer de l’espoir là où la souffrance sévit durement. Chez les jeunes, chez les travailleurs, chez les retraités, chez celles et ceux qui vivent l’ostracisation, la violence au quotidien pour raisons identitaires, sexuelles, d’origine ou de genre. Nous voulons un parti à l’avant poste de la lutte, capable de regarder droit devant et de tenir tête à la bourgeoisie particulièrement organisée et conquérante.

Avant donc que ne s’enclenchent les différentes étapes du processus congressiste, je voulais lancer ces quelques idées et principes pour nourrir la réflexion de ces innombrables camarades qui s’interrogent sur le sens de leur engagement. Nous voulons un congrès qui réussisse, un congrès qui donne réellement la parole aux militants. « Pas de mannequins dans le parti » disait Thorez. Alors que les bouches s’ouvrent enfin …

G.S

Un communisme français pour un communisme global

ad093ni_0000003061Il semblerait que la vieille tentative de diversion identitaire, pratique adulée par les petits soldats du capital, reprend du service. En plein cœur d’un débat à l’Assemblée sur un nouveau texte de loi antiterroriste durant lequel le jeune député du Nord LFI Ugo Bernalicis a utilisé le terme de « démocrature », alors que le petit caporal Manuel Valls tente de ré-exister médiatiquement en ressortant des cartons ses vieilles et viscérales obsessions autour de l’islamo-gauchisme et du péril républicain, alors qu’une polémique a enflé sur les réseaux sociaux autour des affaires Nour et Desbureaux, les macronistes font finalement appel aux vieilles ruses éculées pour anesthésier l’opinion publique en proie à une vive colère parfaitement légitime.

En effet, alors que jour après jour chacun peut mesurer le niveau de violence de la politique gouvernementale actuellement à l’œuvre via la destruction du cadre juridique et social dans la jungle de l’entreprise, via le dépeçage des aides sociales, baisse des APL, hausse de la CSG pour un transfert de cotisations sur les seuls travailleurs ou anciens travailleurs alors même qu’on supprime l’ISF, via la vente ahurissante d’Alstom et des chantiers navals de l’Atlantique, fragilisant un peu plus la place de la France dans le concert des nations industrielles et donnant encore plus de poids au géant allemand, la légitimité et l’intérêt du débat politique se placeraient dans une manichéenne opposition entre des laïcards toujours plus fanatisés et des traîtres à la patrie qui passeraient leur temps à excuser les terroristes et leur processus de radicalisation.

Ainsi, cette grande nation politique qui est la nôtre, qui a su à plusieurs reprises secouer le continent pour faire tomber la tyrannie de son fauteuil doré, se rabaisse t-elle à penser qui est patriote et qui ne l’est pas, qui est franchement républicain et qui n’en serait finalement pas digne. Comme si d’ailleurs cette République n’était pas en lambeaux avec un président minoritaire, des rapports internationaux des Nations-Unies qui épinglent nos autorités, mères porteuses de lois toujours plus sécuritaires, comme s’il n’existait pas un violent divorce entre l’immense masse des travailleurs et leurs élites. Des élites qui ont franchi le Rubicon lorsqu’elles ont enterré le « non » du referendum de 2005, lorsqu’elles acceptent d’appliquer des directives sauvages qui détruisent nos services publics, notre industrie, notre agriculture, notre indépendance monétaire. Des élites qui affichent un mépris non dissimulé envers ce qu’elles perçoivent comme étant une masse inculte presque barbare, dans la bonne vieille tradition de la frange réactionnaire bourgeoise du XIXe. Que dire de notre participation à des guerres impérialistes au proche et Moyen-Orient, en Afrique sahélienne et du Nord, dans les attaques répétées envers l’Amérique latine qui servent les intérêts géostratégiques nord-américains.

Si seulement il était possible dans ce pays de discuter de tout cela, de voir la France comme ce qu’elle est : une force capitaliste qui décline, totalement inféodée, au même titre que l’Espagne, l’Italie ou la Grèce, au bon vouloir de la bourgeoisie allemande. Une nation qui accepte passivement, docilement, de ne plus se penser comme t-elle, de ne plus avoir une vision planificatrice de son économie, de son industrie, qui ne cherche même plus à se penser dans le cadre d’une saine et impitoyable guerre de classe hexagonale. Cela rend particulièrement périlleuse la mission que s’assigne la vieille école marxiste à laquelle j’appartiens. Alors qu’il y a un profond travail de clarification à avoir dans l’articulation nationalisme / internationalisme, je ne suis pas sûr que la politique du choc médiatique soit particulièrement constructive. Réclamer la disparition du drapeau européen à l’Assemblée dans les conditions actuellement à l’œuvre, c’est certainement maladroit mais surtout et avant tout contre-productif. Ce drapeau doit disparaître j’en suis convaincu mais n’est-ce pas d’abord dans l’imaginaire politique collectif qu’il faut le faire disparaître ? Dans la tête des nôtres qui n’échappent pas à la névrose post traumatique d’une Europe d’après-guerre vendue comme incontournable, indéboulonnable ? Je me retrouve en réalité plus dans les propos d’un Arnaud Montebourg au lendemain de l’annonce de la vente d’Alstom que dans ces chiffons rouges agités frénétiquement qui finissent par desservir la cause.

Ne nous y trompons pas, notre travail doit se mener en plusieurs étapes simultanées. Alors même qu’il y a un mythe à détruire , celui de l’Europe éternelle, il y a en même temps à combattre l’idée du repli, des frontières hermétiques, du barbelé faussement protecteur. Prendre ce travail à la légère, en rester au stade de l’emphase médiatique, c’est prendre le risque de flouter les enjeux, de créer de la confusion et des rapprochements douteux. C’est tout le travail de distinction entre nationalisme et chauvinisme, entre la défense des intérêts d’une classe sociale qui se pense et se vit dans un cadre national et un national-socialisme qui se dissimule derrière des formules alambiquées.

J’ai la certitude qu’il ne pourra pas y avoir de mouvement social digne de ce nom, de vague contestataire capable de tout balayer sur son chemin sans articuler ces différents enjeux entre-eux. Cette conception de la tâche révolutionnaire à venir doit être au cœur de la préparation du prochain congrès des communistes. Cela nous permettra ainsi de ne pas sombrer trop facilement dans les débat crétins et stériles d’une identité républicaine fantasmée, dans les postures faciles sur la question des indépendances régionales notamment en Espagne, dans les poncifs ridicules d’une possible refonte sociale de l’Europe. La révolution va devoir d’abord être culturelle, militante avant de se penser en grand.

G.S

Pour un parti communiste au service des classes populaires (publié dans « Communistes 62 »)

PCF-paris-coupole« Je n’admets pas, que l’on puisse avec des phrases et des mots vides de sens, parler d’optimisme ». Cette phrase n’est pas celle d’un grand philosophe allemand toujours prompt à analyser les concepts, mais de l’enfant du pays, ce grand dirigeant communiste, chez qui la fonction publique puise sa paternité, Maurice Thorez. Alors que depuis des années, certains s’évertuent à faire douter les communistes de la puissance de leur projet, de la grande et parfois héroïque histoire qui fût la nôtre, du talent et de la redoutable intelligence des hommes et des femmes qui l’ont façonnée et continuent ici ou là à la façonner, Thorez démontre sans même le savoir, une fois encore, la justesse de l’analyse qui fût toujours la sienne, elle qui sonne comme une terrifiante mais exacte prémonition. Car cette phrase, n’est-elle pas le parfait résumé de ce qu’est Macron et le macronisme ? Le discours creux, manipulateur, simulant les traits de la modernité, de l’espoir ressuscité, alors que le projet politique qui se dérobe derrière les mots est en fait vieux comme le monde, vieux comme les premiers essais sur la main invisible, vieux comme les premières offensives violentes et radicales de la dame de fer et du cow-boy de Washington dès le début des années 1980.

Ce néolibéralisme destructeur qui va plonger l’Amérique latine dans la dictature, la corruption, l’exploitation radicale. Ce même néolibéralisme qui va totalement maltraiter la classe ouvrière britannique et en premier lieu les mineurs. Ce dernier qui va déséquilibrer des États entiers aux États-Unis en laissant mourir l’industrie manufacturière. Ce néolibéralisme, ciment de la construction européenne depuis l’acte unique pour ne pas dire depuis sa création, qui plonge dans une guerre concurrentielle totalement larvée les nations européennes du nord et du sud les unes contre les autres. Tout cela prend, soyons au moins d’accord sur ce constat, les accents du chaos. C’est une des illustrations de la fameuse stratégie de choc conceptualisée par Naomi Klein.

Tu te demandes finalement camarade où veut en venir ce texte et où se situe le lien avec le titre. Pourquoi présenter le lancement de la grande souscription fédérale de la sorte. Sans doute parce qu’il serait bon de nous rappeler pourquoi notre société, pourquoi les millions de travailleurs français, la plupart réfugiés dans le mutisme, dans l’abstention ou perdus dans le vote FN, ont besoin du PCF. Combien nous souffrons aujourd’hui de l’absence de communisme, de l’absence d’un grand parti populaire enraciné à la fois dans le quartier et dans l’entreprise.

Quelques uns chez les communistes, assez timidement quoi qu’avec détermination, finissent par penser et dire que l’avenir ne réside pas dans les partis, vieilles carcasses d’un vieux monde. L’avenir, ça serait le mouvement. Un mouvement volontairement ambigu, sans structures de direction, sans règles collectivement établies. Il faudrait simplement suivre le chef comme des apôtres suivent leur dieu. Cela ne peut raisonnablement pas être le chemin de l’émancipation.

Faire vivre le parti, se donner les moyens d’avoir des outils pour parler aux masses, d’avoir des sections et des cellules au plus proche de la réalité, d’avoir des élus combatifs et dévoués, c’est faire œuvre de résistance face à ces évolutions du monde. C’est se donner les moyens de ne pas faire mourir le vieux rêve du commun, voilà qui fera plaisir à Pierre Laurent. Tout est à nous, rien est à eux crions-nous en manif. Tous, à la base, nous ne lâchons pas ces mots avec légèreté, sans les peser.

La dernière séquence électorale, tu le sais, a été difficile pour nous. Les divisions idiotes, l’hyper-abstention, les mécanismes monarchiques du régime présidentiel, notre disparition des écrans radars suite à notre ralliement à Mélenchon sans conditions, tout cela a rendu la tâche de nos valeureux candidats aux élections législatives extrêmement compliquée. Il se sont tous battus, ont fait de leur mieux mais les résultats sont historiquement bas. Le parti fait un peu plus de 2 % à échelle nationale. C’est, disons-le, l’aveu d’un échec, celui d’une stratégie d’effacement. Que dire de ce poste de député dans le lensois, perdu à une poignée de voix dans des circonstances qu’il n’est pas besoin de rappeler. Avec un vrai éclairage public, les choses auraient peut-être pu en être autrement.

Il est donc crucial que chaque communiste participe selon ses moyens à créer les conditions de la solidarité financière avec nos candidats non-remboursés qui, pour certains d’entre-eux, ont contracté un prêt personnel pour financer la campagne. Nous l’avons toujours fait et nul doute qu’une fois encore chacun saura prendre ses responsabilités et démontrer son attachement viscéral au parti, à son parti.

L’élection de quatre députés d’extrême-droite dans le bassin minier est un signal terriblement fort qui traduit la grande dangerosité de la période. Aussi la résistance à cette situation ne peut pas se résumer à la politique de la terre brûlée ou du coup d’éclat médiatique. « Quand on n’est pas les plus forts, on doit être les plus sages » écrivait le grand Zola dans Germinal. C’est le pari que nous devons faire. Forts de notre histoire, de notre expérience dans la lutte, de notre puissant réseau militant, donnons-nous donc les moyens d’incarner plus que jamais la sagesse révolutionnaire dont le peuple, préférons-y les prolétaires, a un impératif besoin.

G.S