Misère et colère, dialogue révolutionnaire

2018_vive_la_franceRarement, dans notre histoire politique contemporaine, les oracles auront été à un tel point aveugles. Le puissant mouvement de colère qui fait planer un climat de révolution depuis des semaines maintenant dans notre pays s’est accordé une rapide pause, le temps de passer un temps précieux avec les siens à noël, pour repartir au combat dès ces prémices de nouvelle année. Dans un texte aujourd’hui fameux, Antonio Gramsci expliquait qu’il détestait le nouvel an, vécu comme une césure artificielle qui casserait la continuité de l’histoire ou en tout cas la possibilité de la ressentir comme ce qu’elle est, un continuum qui s’astreint de toute chronologie hermétique.

Pour le coup, les gilets jaunes, les salariés mobilisés dans leurs entreprises, les lycéens et étudiants décidés à en découdre dès la rentrée, viennent démentir notre icône du marxisme italien. Le passage obligé d’une année à l’autre n’a, semble t-il, pas entamé la détermination populaire à bousculer sérieusement les événements. Même si arithmétiquement cette mobilisation est moins forte qu’il y a quelques semaines, les enquêtes d’opinion sont tout à fait claires. La courbe de soutien des français à la contestation du moment est inversement proportionnelle à celle du soutien à Macron. Pis, 70 % des français nous dit Le Figaro (comble de l’ironie), exigent le retour de l’ISF. Le gouvernement manœuvre depuis des jours, avec évidement le soutien total et idéologique de la presse dominante, pour caricaturer à l’extrême cette horde populaire qui ne serait portée que par son goût de la violence et sa vision vulgaire et bâtarde de la politique. On a le sentiment d’un retour à l’époque de la fin crépusculaire du Second Empire avec sa littérature bourgeoise violemment anti-ouvrière. Lorsque s’établit le suffrage universel masculin avec la Troisième République en 1871, l’auteur de vaudevilles George Feydeau en parlera avec ces mots: «La prétention saugrenue de donner les mêmes droits politiques aux hommes les plus intelligents, les plus instruits d’une nation, et aux brutes qui ne sont bonnes qu’à se soûler ! ». Finalement les années passent mais …

J’ai idée, sorte d’intuition du lecteur actif de littérature sociologique, qu’on pourrait en réalité imaginer un théorème de la misère. En effet, beaucoup se sont interrogés sur le pourquoi de l’embrasement à cette époque précisément. Les motifs d’incendie social étaient pourtant fort nombreux depuis longtemps. Après tout, de grands mouvements de contestation notamment contre la casse du code du travail ou les retraites auraient pu eux-aussi mettre le feu aux poudres. Il aura fallu attendre la taxe carbone et bien d’autres vilenies fiscales de la sorte pour que Paris brûle. Tout cela en dehors du cadre officiel, prenant les traits d’un anarchisme bricolé et intuitif. Alors peut-être y a t-il un seuil acceptable de la misère, un seuil qu’il faut pouvoir atteindre pour que les choses s’accélèrent et que la colère sourde et profonde puisse ruisseler de la bouche du volcan éteint pour paraphraser le grand poète turc Nazim Hikmet.

Car pour ceux qui font l’effort d’écouter sans se perdre dans les jugements imposés par leur parcours et leurs certitudes politiques, c’est bien des mots sur les maux de la misère que délivrent avec une vérité ontologique les hommes et les femmes qui garnissent les ronds-points de la colère. Un ras-le-bol, le sentiment qu’un cap est franchi qui fait basculer l’asservissement volontaire à un degré moralement inacceptable. Je dis cela, avec cette dureté apparente, parce qu’il ne faudrait pas abusivement idéaliser la situation. Qu’on se le dise, nous sommes loin encore de l’établissement d’un nouvel internationalisme socialiste. Si le «peuple » refuse de payer toujours plus à l’inverse de ces ennemis de classe jouissant de privilèges honteux, ce même peuple ne parle jamais des fondements de sa misère. Pour une large part, il les ignore même totalement et tout juste exige t-il un pas en arrière, un peu de beurre en plus dans les épinards. Quid des logiques intrinsèques du capitalisme, du rôle des banques, de la relation entre prix, travail et profits ? Nous vivons très certainement plus aujourd’hui un âge proto-révolutionnaire qu’autre chose …

Peut-on simplement le blâmer ce « peuple » et lancer avec facilité des jugements assis dans son canapé à écrire ces lignes ? Bien sûr que non. Après tout je lis des livres, d’innombrables articles, tente de comprendre les événements sans réellement y participer, un témoin des événements et pas grand chose de plus. Je mène d’autres batailles, sous d’autres formes mais je n’ai pas défilé dans les rues ou occupé un rond-point. Certainement pas par arrogance ou désaccord cinglant, mais parce que ma place n’est pas là. Je considère que ma place est dans l’écriture des perspectives, dans l’ouverture des chemins capables de prolonger et d’affermir cette colère. De nombreux communistes ne croient plus en l’idée d’avant-garde, en l’idée que la politique est affaire d’éducation. Pourtant, je crois que les masses doivent s’éduquer et se discipliner pour pouvoir vaincre pour de bon. C’est mon sentiment, c’est ma vision des choses et n’en fais pas une vérité universelle. Pour autant elle est à mes yeux, le motif le plus rude de mon opposition à ce mouvement qui se veut libre de toute croyance, de toute attache partisane, de toute structuration, de toute inspiration idéologique. Je hais ce slogan qui consiste à se penser apolitique. Que font-ils d’autre hormis de la politique ces gilets jaunes ? Comment caractériser le fait qu’ils disent réapprendre à se connaître, à retrouver le goût d’être ensemble et de se battre ensemble, à penser en commun ce qui les fédère d’un côté et ce qui les oppose de l’autre à ceux qui les exploitent au quotidien ? Sans doute que les clivages sont brouillés à un point tel que tous s’imaginent devoir s’astreindre des repères classiques ; sans doute avons-nous été mauvais depuis bien trop longtemps et de renoncement en renoncement avons tué la substance qui fonde la lecture de classe scientifiquement établie ? Une chose est certaine, il va falloir que les uns et les autres tendent une main pour que tout cela ne finisse pas en un camouflet historique qui nourrira les pires replis acides.

Cette exigence de dialogue et d’interpénétration est d’autant plus nécessaire que la démocratie bourgeoise ne semble pas vouloir désarmer. A l’image du discours présidentiel de la nouvelle année, des prises de position de l’appareil d’État et de toutes les sphères de la domination sociale, du renforcement de la violence institutionnelle, tant policière que juridique, la bourgeoisie mobilise ses outils sans ne rien lâcher ou presque. Les quelques avancées gagnées par ce rapport de force naissant, s’apparentent bien plus à une nouvelle provocation qu’à la preuve d’une défaite provisoire. Par ailleurs, les petits marquis qui fondent la cour présidentielle, les jeunes conseillers formatés issus d’un même moule, tirent les ficelles et instrumentalisent les événements pour influencer l’opinion publique. Du cas Drouet à cette mascarade de grand débat national, de la manipulation des images aux sorties grossières des éditocrâtes de tous bords, tout est fait pour pulvériser cette dynamique populaire. Le bon peuple est en colère, il l’a fait entendre, les valets gouvernementaux ont fait mine de comprendre et lancé quelques miettes, maintenant tout le monde doit retourner à sa place et les choses doivent reprendre leur cours normal. Réforme de l’assurance chômage, des retraites, de la fonction publique … Rien ne doit plus venir entraver l’entreprise de dynamitage de l’État social et stratège au service de l’appétit de la caste patronale dont seul compte le besoin d’accumulation.

L’inquiétude va rapidement se renforcer pourtant du côté des puissants car la colère ne faiblit pas et la mobilisation s’annonce continue. Quelque chose est rompu, une sorte de retenue qui reposait sur la confiance en les institutions. L’originalité de cette séquence repose d’ailleurs sur ce point, le rejet des inégalités et de la violence sociale se conjugue au rejet institutionnel, le pouvoir politique s’étant vautré avec lourdeur dans la corruption, la manipulation et le mensonge. Ce qui fonde une nation, c’est le pacte social qui lie celles et ceux qui la reconnaissent. Un pacte, c’est l’illustration d’une confiance réciproque. Nous n’en sommes plus là aujourd’hui. Bien sûr il y a le rôle néfaste de la machine technocratique européenne, il y a les multiples fractures sociales et territoriales particulièrement béantes sous l’ère du libéralisme économique, la sénilité de nos élites refusant d’admettre leur impuissance politique. Mais la réponse à ce constat terrible passe t-elle simplement par un frexit ou par un changement de nos élites comme le soulignent des gens tout à fait sérieux comme Lordon ? Je doute que cette solution soit suffisante. Lordon comme d’autres ne manquent pas de courage mais ils se refusent presque pathologiquement à admettre l’essentiel. Le problème, c’est le capitalisme, violent, destructeur, apatride par nature. Plus encore, détruire le capitalisme exige une méthode, une organisation qui doivent s’affranchir d’antagonismes moraux sclérosants. Je crois en la droiture et la justice, au pluralisme et à la démocratie. Je crois d’avantage encore en l’efficacité révolutionnaire.

Voilà je crois les débats de fond qu’ils nous faut avoir. “La force n’a ni droit ni raison, mais il peut être impossible de s’en passer pour faire respecter le droit et la raison”. La force, elle passe peut-être par l’acceptation d’un modèle d’organisation qui ne soit pas un chef-d’œuvre d’horizontalité fantasmée. S’organiser pour vaincre, plutôt que pérorer sur de prétendus bonnes manières de lutte et une chimie révolutionnaire où chaque particule donnerait harmonieusement vie à l’atome. C’est minorer la violence du combat politique, c’est cultiver une bohème qui satisfait nos litiges moraux mais qui ne peut que nous conduire à la défaite. Vaincre ou mourir, jamais une maxime n’a été d’une si effroyable vérité. C’est sans doute ce dilemme qui se joue actuellement sous nos yeux.

G.S

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Voyage au centre de l’oligarchie

1200px-Juan_Branco_PortraitJe ne vous emmène pas chez Jules Verne aujourd’hui. On se sentirait plutôt familier avec l’univers balzacien ici, peut-être même plus encore avec Flaubert. Trêve de digression et venons-en aux faits. J’ai décidé de partager avec vous un texte. Un texte qui m’a sauté à la figure sans m’y attendre, grâce à Daniel Mermet et l’œuvre de sa vie, son émission « Là-bas si j’y suis » qu’il produit aujourd’hui artisanalement, lui qu’on a soigneusement écarté des ondes officielles. Il faut dire que le bougre ne voulait pas stopper sa folle entreprise qui consistait à donner la parole au peuple, celui des périphéries, des usines, des quartiers populaires, des cellules syndicales de classe. Ces choses là ne se font pas entre gens bien éduqués. Les porteurs de parole doivent sortir de Science Po et des prestigieuses écoles de journalisme. Sinon à quoi servent-ils et pourquoi ces diplômes, ces frais d’inscription horriblement onéreux, cette prostitution officielle auprès des puissants, des très puissants qui détiennent 90% des titres de la presse écrite française, Patrie de la liberté d’expression, tant que celle-ci vampirise la classe ouvrière et tous les corps sociaux en proie à la domination bourgeoise, avec une préférence pour les femmes et les musulmans.

Ainsi j’ai découvert ce texte et n’ai pu m’empêcher de le dévorer. Non pas pour son style littéraire très discutable, ou par l’imagination féconde de son auteur. Je l’ai dévoré à cause de la puissance des faits qui y sont rapportés. Un titre sobre, « crépuscule », mais une force d’analyse comme nous en avions cruellement besoin depuis longtemps. L’auteur de cette enquête à charge (doux euphémisme!) est Juan Branco. Jeune avocat assez méconnu quoi que talentueux, il est devenu l’avocat de Julian Assange, le lanceur d’alerte mondialement connu grâce à l’affaire Wikileaks. Julian Assange vit, depuis juin 2012, reclus à l’ambassade d’Équateur à Londres pour échapper à l’extradition qui l’attend vers les États-Unis.

Son jeune avocat donc, Juan Branco, a décidé de nous faire un sacré cadeau de noël avec sa publication. Une publication libre d’accès via son compte Twitter étant donné qu’aucune maison d’édition n’accepte de publier la chose et on comprend bien pourquoi ! Il s’est en réalité « contenté » de lire quelques ouvrages, de recouper des faits, d’inscrire cela dans les dynamiques sociologiques qu’il connaît de par sa trajectoire personnelle, pour dresser un portrait d’une violente vérité de ce qu’est l’oligarchie au travers du cas Macron. Il reprend les événements dès la genèse et explique en quoi Macron est un personnage totalement artificiel, aujourd’hui à l’Elysée parce que les patrons de Free et de bien des médias du pays ainsi que celui du groupe de luxe LVMH, l’homme le plus riche de France, l’ont voulu. Macron est leur poulain, celui qui doit mettre en place l’arsenal législatif et juridique capable de répondre au mieux à leurs seuls intérêts. Les noms défilent, les connexions s’établissent au fur et à mesure du texte et la toile de cette mafia qui ne dit pas son nom se dessine sous nos yeux effarés.

Pour beaucoup d’entre-nous, nous savions la connivence de classe, nous savions les liens étroits entre les uns et les autres et nous avions le pré-sentiment que Macron, bien plus que ses prédécesseurs, n’est pas là par hasard. Pour autant, le tableau de Branco est si réel, son analyse si fine et documentée qu’on ne peut s’empêcher de souffrir d’une indignation quasi paralysante. Même les romans, les séries politiques du type « House of cards » sont loin, bien loin de la réalité. L’oligarchie, sans doute trop gourmande ou dangereusement imprudente, est démasquée sans aucune complaisance par ce jeune et impertinent avocat à gueule d’ange au travers de ce texte court et percutant.

Branco est pourtant clairement du sérail. Fils d’un gros producteur de cinéma espagnol et d’une psychanalyste, élève d’un prestigieux lycée parisien, diplômé de l’ENS et de Science Po Paris, il fait partie de ce monde qu’il vomit dans son texte. Comme quelques uns de ceux-là au cours de l’histoire, il a décidé de trahir les siens, de trahir sa classe. Serait-ce par devoir de vérité, par un sens prononcé de la justice ou par intérêt ? La question peut se poser mais elle est totalement subalterne. Seul compte cet étalage de faits d’une puissance révélatrice hors norme. Branco balance ses pairs et dit tout de l’avidité sans limite des maîtres de l’économie capitaliste version tricolore. Il se défend de toute accointance avec l’école marxiste, il a milité chez les jeunes verts puis à la France Insoumise dont il s’éloigne aujourd’hui, il a mené des missions au service de l’ONU, a beaucoup écrit sur HADOPI et pensé un nouveau système de rémunération des droits d’auteur. Il est de ces bourgeois qui se rebellent et n’acceptent pas l’inacceptable. Son récit est précieux et tombe sans doute au bon moment, à l’heure où la révolte populaire prend des accents nouveaux et le visage d’une détermination capable de tout faire chavirer.

Peut-être alors que ce texte pourra permettre, par le plus grand des partages – d’où cette publication sur mon blog histoire d’apporter ma très modeste contribution à la chose – d’affermir cette dynamique et de nous emmener vers les débuts d’une nouvelle aventure politique, celle de la rupture propre et nette qu’appelle de ses vœux ce jeune et courageux avocat de la vérité.

G.S

Pour lire le texte intégral de Juan Branco : c’est ici

Ci-dessous, l’émission de Daniel Mermet avec Juan Branco :

« Mon parti m’a rendu le sens de l’épopée »

7953087_ef57e7ca-f0cb-11e8-9fde-5abb9aafa59f-1_1000x625J’avais envie de donner vie à mon enthousiasme en cette période de fête. Mon enthousiasme pour mon parti, pour le nouveau chemin qu’il a voulu prendre depuis le dernier congrès. Bien sur je ne fais pas ici retentir frénétiquement les sirènes de l’angélisme. Combien de temps, de déceptions et de doutes a t-il fallu pour en arriver là ? Mais on ne peut jamais aller plus vite que le temps, aller outre le sinueux chemin qu’il doit pouvoir emprunter pour arriver à bon port. Mes camarades les plus aguerris et les plus sages me le disaient sans cesse, mais les impatiences de la jeunesse sont ce qu’elles sont. Ce qui m’a semblé être une éternité déjà devait être bien pire à endurer encore pour les plus anciens. Pourtant ils me le disaient avec force et conviction, la patience, la vertueuse patience révolutionnaire ! Ils semblaient avoir raison.

Ainsi un nouveau cap, de nouveaux visages forment ce chapitre nouveau qui peut s’écrire. Il aura fallu batailler ferme pour en arriver là, lutter contre nos propres démons et sans doute le plus beau et le pire d’entre-eux, le légitimisme. Des décennies de matrice léniniste laissent une empreinte dont il est difficile de se dissocier, même lorsque celle-ci appuie le cap du renoncement, des révolutions minuscules.

Alors il a fallu convaincre, rassembler largement pour se faire violence. Des camarades, d’une dimension intellectuelle et militante d’une trop grande rareté, ont commencé à écrire, à penser, à dresser les contours d’une stratégie gagnante pour leur parti, pour sa survie. Puis le dialogue s’est amorcé et des conceptions diverses se sont retrouvées. Puis André Chassaigne et Fabien Roussel sont entrés sur scène, ont fait le choix d’endosser avec courage une très importante responsabilité. C’est ainsi que les choses ont pu basculer.

Les communistes ont débattu partout avec passion mais fraternité, et en toute souveraineté ont fait un choix. Un choix qu’ils ont assumé jusqu’au bout avec cette capacité unique qui est la nôtre, celle de maintenir notre unité avant tout. Quelle force, quelle conviction tout de même. Partout les organisations se déchirent, les divergences deviennent des divorces fracassants même chez la très jeune France Insoumise comme nous avons pu le voir récemment avec notamment l’épisode Kuzmanovic, que nous ne connaissons malheureusement que trop bien ici dans le lensois, lui qui nous a fait perdre la circonscription lors des dernières législatives. Seuls les communistes sont capables de faire ce qu’ils viennent de faire lors de leur dernier congrès. On comprend mieux les envolées épiques d’Aragon lorsqu’il écrivait sur son parti. Mon parti m’a rendu le sens de l’épopée …

Bien sur tout n’est pas réglé et tant reste à faire. Nous nous sommes fortement affaiblis ces dernières années jusqu’à mettre l’hypothèse d’un centenaire en péril. Mais je crois vivre un moment d’histoire, moi qui déteste affreusement notre époque, elle qui manque de noblesse, de feu, d’espoir fou. Quoi que cette dernière séquence a rallumé quelques étoiles comme dirait le poète. La classe ouvrière se redécouvre lentement !

Comme à chaque fois dans l’histoire, c’est l’avancée trop indécente de la misère qui a mis le feu aux poudres. La colère a passé le cap de l’indignation pour transcender l’action. Avec ou sans bannière, l’instinct de survie s’est donné corps dans les rues, sur les rond-points, à la porte des entreprises, dans les lycées et universités. Le plus frappant est ce qu’en tirent les protagonistes comme leçon. On discute, on confronte sa réalité à celle des autres et on découvre de très grandes similitudes. Une effroyable et implacable condition sociale commune fédère tout ce beau monde. Une leçon de marxisme grandeur nature … La réaction du camp d’en face est d’ailleurs de même nature. Le renforcement déraisonné de la violence d’État, les discours durs et idéologiques des chiens de garde, une justice de classe entièrement mobilisée au service de la répression bourgeoise. Tout y est !

Difficile de ne pas voir un lien entre le geste historique des communistes et ce contexte social au fort accent révolutionnaire. La société française est en mouvement. Contrairement à ce qu’ont voulu nous imposer nos ennemis de classe, le dérèglement des sens politiques, il semblerait que la bonne vieille matrice de l’antagonisme de classes refasse surface malgré tous les efforts. Le capitalisme ne peut produire autre chose que cette dualité politique. C’est un terrible camouflet pour les idéologues bourgeois, eux qui pensaient avoir gagné la guerre à coup de mythologie creuse du type classe moyenne, fin des partis, fin de l’histoire. Le peuple des exploités est d’une fulgurante intelligence et même lorsqu’il sommeille, il reste parfaitement conscient de sa condition et des chaînes qui l’avilissent. Il lui faut simplement l’étincelle pour nous le rappeler.

Le signe positif de notre redressement réside aussi dans cette actuelle capacité à nous mettre au service de la cause. Avec nos propositions concrètes pour augmenter les salaires tout en rappelant avec finesse les mécanismes fondamentaux de la Sécurité sociale, peut-être bien la plus belle de nos œuvres, nous jouons de nouveau pleinement notre rôle. De ce point de vue, notre nouveau secrétaire national Fabien Roussel, est plutôt habile. Il est un porte-voix exemplaire de cette aspiration militante et politique. Tous nos élus ont brutalement repris avec talent cette mission perspectiviste.

Le PCF se réconcilie avec sa vocation première, être un outil au service du combat. C’est déjà une très grande victoire. Il le justifie encore par son choix d’aller coûte que coûte aux élections européennes, lui qui est le seul parti a avoir rejeté tous les traités depuis la CECA, dont nous connaissons ici plus qu’ailleurs les désastreuses conséquences. Finalement, le parti communiste ne croit plus en la métamorphose nécessaire, il se rappelle que certaines choses ne changent pas et ne doivent pas changer. Peut-être est-ce là le plus formidable motif d’espérance qui se révèle à nous en ces temps de bascule.

G.S

Le temps du réveil !

LGBT_Communism_cda01-1728x800_cJe ne vous ferai pas l’insulte ici qui consiste à citer grossièrement Gramsci pour évoquer cette période d’immenses troubles qui crépite sous nos yeux. Bien sûr la situation brésilienne et plus spécifiquement peut-être celle de toute l’Amérique latine, du Chili à l’Argentine, de l’Équateur au Venezuela où le pouvoir révolutionnaire est en grande danger, mais évidemment aussi la situation proche de nous en Europe, en Italie, en Pologne, en Hongrie, en Autriche ou encore en Allemagne où le retour du néo-nazisme jouit d’un essor pour le moins préoccupant. Travaille en coulisses hexagonales, sous perfusion financière américaine, la blondeur jeune et glaciale, la nièce Le Pen à la destinée fasciste aussi prononcée que son strabisme congénital, qui a créé une école des cadres d’extrême-droite pour se préparer à pouvoir gouverner si la bourgeoisie faisait irrémédiablement ce choix. C’est peut-être là le point le plus important de ce propos nocturne, le fascisme comme un moyen politique dont sait pouvoir user la bourgeoise si les structures qui assurent ses intérêts sont menacées.

Il faudrait être un candide absolu pour ne pas avoir à l’esprit cette réalité historique précise. Le romantisme politique doit pouvoir avoir ses limites. La force des idées est une chose, la détermination totale de la bourgeoisie à défendre son dû, en est une autre ! Or, le point commun entre toutes les nations où l’extrême-droite est au pouvoir ou en passe de l’être, c’est une fulgurante atomisation populaire, une colère profonde, sourde, noire faisant craindre l’insurrection. Des nations qui s’étiolent, qui brûlent comme le bout de papier suspendu sur la flamme. Ce qu’il manque dans l’équation pour avoir l’ensemble des éléments d’analyse entre nos mains, c’est l’extrême faiblesse de notre camp, c’est l’absence de communisme.

On peut résumer l’accession du fou-furieux misogyne, homophobe et qui veut raser toute l’Amazonie à la présidence au Brésil sur le seul fait que la finance internationale soit derrière le coup, que l’emprisonnement de Lula empêchait toute possibilité de victoire progressiste, ou peut-être même par je-ne-sais quel excès de folie destructrice qui se serait emparée des masses brésiliennes. Petite parenthèse, pas n’importe quelle masse puisque l’étude cartographique des résultats électoraux brésiliens démontre un vote de classe assez clair des franges les plus privilégiées pour l’extrême-droite. Mais enfin … Pèsent lourdement dans la balance des événements, la terrifiante corruption du Parti des travailleurs, le faible degré de transformation sociale et politique du Brésil malgré 10 ans de gouvernance ininterrompus. Il y a bien eu des avancées dans le domaine de la santé, de l’éducation, des campagnes d’alphabétisation etc … Néanmoins, on ne peut que constater le fait que tout cela en est resté au stade d’un réformisme prudent qui a laissé du temps à l’ennemi de pouvoir s’organiser et ainsi lutter. Lénine et Marx avant lui ont suffisamment écrit sur le sujet pour le comprendre. Chavez lui-même liait les difficultés auxquelles il faisait face en son temps avec la trop grande lenteur et la trop grande tiédeur du processus révolutionnaire en cours au Venezuela.

On peut également et à juste titre déplorer en France la récupération de la colère populaire contre l’augmentation du prix de l’essence par l’extrême-droite avec ce mouvement du 17 novembre. On peut dire notre opposition, écrire des communiqués de presse pour dénoncer l’entourloupe, expliquer qu’il y a bien d’autres batailles plus décisives, pour les salaires, les retraites ou les services publics, toujours est-il que nous payons sans doute notre faiblesse politique et idéologique, que nous n’avons pas su donner des armes redoutables à la classe ouvrière pour pouvoir politiser cette bataille et l’inscrire dans le cadre d’une vraie lutte de classe qui aboutirait à l’exigence d’une socialisation du secteur de l’énergie sous gestion populaire.

Le capitalisme doit plus que jamais s’assurer de survivre encore un peu, tant que l’équilibre écologique le permet. Dans le même temps, les peuples bougent et se fâchent, n’en peuvent plus des injustices et de la précarité. Ils ont des enfants et sentent bien que les chemins du chaos se dessinent impitoyablement devant eux. Il y a un désir d’autre chose mais rien ni personne pour pouvoir matérialiser les choses. Il y a bien eu la dynamique populiste, prenant le contre-pied de la vieille structure installée, se proposant d’organiser le peuple comme entité abstraite au cœur d’un grand mouvement faussement auto-géré mais emmené par un tribun charismatique où toutes les doléances se mêlent et s’entremêlent. L’idée est assez simple en réalité, plus on met en mouvement d’individus sur la base de leurs revendications propres, plus on sera fort. Le théorème de la force du nombre. Tant et si bien que quelques opportunistes bien inspirés ont parfaitement saisi la manœuvre et dénoncent les vieilles structures d’un vieux monde en décrépitude et la responsabilité évidente des migrants, des impôts et des taxes dans le marasme économique ambiant. C’est le danger d’une lecture politique déconnectée du conflit de classe. Le danger d’opposer un peuple et des élites, c’est de nourrir efficacement toutes les formes de populismes y compris les plus sales. Encore une fois, pèse dans cette situation politique boiteuse l’absence de communisme.

Je n’affirme pas deux fois cette idée sur le principe d’une passion dévorante et immature. Depuis au moins Spinoza, on sait que les passions ne sont pas les meilleures alliées de la raison. Je l’affirme par sens de l’histoire, par pragmatisme et par devoir.

Par sens de l’histoire parce que la démonstration a été faite depuis la Révolution Française, bourgeois et prolétaires n’ambitionnent pas les mêmes révolutions. Quand les premiers aspirent à rendre la propriété sacrée, les seconds s’évertuent à donner un sens pratique au principe d’égalité. Quand les premiers trahissent par intérêt économique la Nation en appelant les ennemis intérieur et extérieur à charger, les seconds prennent les armes et donnent leurs vies pour défendre paix et liberté.

Par sens pratique tout simplement parce qu’aucune autre alternative au capitalisme hormis le communisme n’a pour l’heure était si bien théorisée et pensée que cette dernière. Le communisme est à ce jour la seule réponse globale en capacité de nous faire sortir du capitalisme et ainsi d’avoir une chance réelle de sauver notre humanité plus que jamais menacée.

Par sens du devoir parce que l’heure est suffisamment grave pour ne plus avoir recours aux coquetteries verbales ou intellectuelles. A vouloir débaptiser les choses, à vouloir les déguiser sous un apparat moderne, à vouloir penser les choses sous le prisme du nouveau siècle ou à vouloir segmenter les luttes et indignations, on finit par dénaturer l’essentiel, la matière première. On peut bien le vouloir du XXIème siècle, nourri et à la fois guéri des expériences du passé, plus en phase avec les revendications de notre temps, faut-il véritablement le vouloir à la base. Si l’on veut combattre le racisme, le patriarcat, l’homophobie, la xénophobie, les violences de tous types et j’en passe, il faut créer les connexions qui expliquent le principe même de rejet, de division, d’inégalité. Tout cela est matriciel et ces luttes doivent toutes s’inscrire dans la vaste bataille pour le communisme.

Vouloir changer les mentalités, notre monde culturel, c’est vouloir changer le monde tout simplement. Halte aux communautés de colères qui cohabitent les unes à côté des autres. Halte aux rêves réalistes, aux petites révolutions bricolées et minoritaires. L’heure du communisme est venue, le plus rapidement possible. De ce point de vue, j’espère que le changement engagé dans notre Parti n’avortera pas dès demain, dès le prochain congrès. Notre feuille de route doit être toute tracée car le fascisme vient de passer un bras et une jambe, parce que la moitié des espèces sauvages a déjà disparu, que nos champs sont les supports morts d’un blé pourri made in Mosanto. Il n’est pas trop tard mais le temps du réveil, du réveil communiste peut-on sans doute même oser, est arrivé.

G.S

Un congrès du PCF véritablement extraordinaire ? »

Congrès-du-PCF-4-juin-accueil-des-délégations-étrangères..jpg« C’était hier et c’est demain

Je n’ai plus que toi de chemin

J’ai mis mon cœur entre tes mains

Avec le tien comme il va l’amble

Tout ce qu’il a de temps humain

Nous dormirons ensemble. »

Ces quelques vers tirés de l’exceptionnelle œuvre d’Aragon « Le Fou d’Elsa », m’ont inspiré le retour vers ce blog. Je ne l’alimente que très rarement, au gré du temps et du vent dirons-nous. De nouvelles fonctions ces derniers mois font que je n’ai plus le temps suffisant et nécessaire pour me laisser aller à la prosodie de mes humeurs politiques. Le froid polaire qui règne dans nos rangs n’était pas non plus très stimulant pour qui aime, comme moi, le billet politique, naïvement chevaleresque et exagérément épique. Comme il est dur de vivre la politique, quand on est un romantique, lorsqu’elle se délite dans des pratiques et des postures d’une mollesse abyssale.

Alors que l’été n’a laissé que peu de répit au Rastignac élyséen, l’épisode des barbouzes faisant couler beaucoup d’encre, que pour des raisons personnelles je me suis intéressé à la politique transalpine riche en rebondissements et enseignements, que l’expérience du média insoumis sombre dans la tourmente révélant des pratiques dignes de la politique qu’il annonce vouloir pourtant combattre, que la fracture de classe n’a jamais été si forte ou presque dans le pays sans pour autant alimenter positivement la lutte, une bonne vieille et efficace lutte des classes, rien ne semblait me pousser à prendre le temps d’écrire. Écrire pour moi, pour penser, pour articuler les réflexions et les analyses entre elles, pour mettre de l’ordre, mais aussi écrire pour celles et ceux qui ont déjà parcouru ce blog et qui peuvent se retrouver dans ce que je peux y semer comme idées, principes et concepts.

Finalement, après quelques jours de repos bien mérités et redoutablement bénéfiques, je découvre, pour m’intéresser un peu plus aux affaires du Parti, à son congrès, que des choses se passent. Alors même que je m’étais résigné, que je n’attendais rien d’un congrès vendu pourtant comme extraordinaire, il semblerait que ce dernier soit en train de prendre des traits tout à fait inédits. Peut-être que l’extrême gravité qui caractérise notre ère politique, que le degré de médiocrité caractérisant lui notre organisation politique, ont finalement nourri un phénomène d’électrochoc dans l’esprit d’un certain nombre de camarades et pas des moindres. Peut-on aller jusqu’à évoquer une forme de courage, en tout cas un sens des responsabilités historiques ? Je le pense effectivement. La prose officielle proposée par la direction actuelle, boudée dans un premier temps par une partie non négligeable du Conseil National du Parti, trouve face à elle un autre texte qui est en train de créer la surprise.

Ce texte n’est pas simplement celui porté à la base par le réseau que j’ai toujours soutenu, il est aujourd’hui le carrefour de multiples réflexions qui ont su dépasser le stade des désaccords critiques pour constituer une dynamique rassembleuse capable de mettre fin à un processus qui nous entraîne irrémédiablement à la tombe. Outre les figures historiques du réseau dont le secrétaire départemental du Pas-de-Calais, mon camarade et ami Hervé Poly, d’autres camarades, oserais-je même le terme de figures, ont décidé de signer un même texte, de promouvoir une même démarche avec une volonté farouche et déterminée : siffler la fin de la récréation, mettre fin au néant et ressusciter l’étincelle. Le PCF doit vivre, se renforcer, porter une parole claire et limpide, se réconcilier avec son histoire, avec une série de ses fondamentaux. Retrouver des bases solides et saines pour redresser la maison et solidifier le tout. Non pas par obsession partisane, par goût de la nostalgie ou par soif d’aventure schismatique. C’est bien parce que le capitalisme traverse une crise systémique annonçant l’atteinte de son stade suprême, qu’il nous faut nous organiser pour penser l’après et sauver la civilisation humaine d’une fin évidente. « Rien que cela ! », diront certains. Il n’y a que ceux qui ne croient plus en Marx et au mouvement de l’idée qui se rattache à lui qui peuvent le nier sans sourciller. Il me semble donc que les camarades qui ont décidé de se retrouver autour du texte intitulé «  Pour un manifeste communiste du XXIe siècle » sont celles et ceux qui mesurent parfaitement la tâche historique qui nous incombe, qui décident de se présenter devant l’histoire avec un sens aigu des responsabilités.

Certains parleront de manœuvres, de trahisons, d’opportunisme. Cela sont ceux qui soit ne croient plus en l’extraordinaire force de l’idéal qui nous anime, contaminés par le verset tragique du compromis réformiste, soit sous couvert d’une intransigeance utopique, n’ont pas le sens du devoir préférant mourir le drapeau rouge sur le cœur, heureux dans leurs croyances mais inutiles à la classe ouvrière qu’ils annoncent pourtant aimer plus que tout.

Le communisme, c’est le mouvement. Un mouvement qui franchit des étapes et des stades, qui appellent tactiques et stratégies parce qu’en face, l’ennemi est puissant et organisé. Voilà l’idée qui transpire de l’alliance qui se noue autour de notre texte pour ce congrès. Un texte qui peut, si l’on regarde soigneusement les rapports de force internes, devenir majoritaire dans notre Parti et ainsi inscrire notre congrès dans une dynamique inédite. Je ne parle pas là de petites aventures cyniques qui se contenteraient de couper quelques têtes, je ne parle pas non plus d’un texte magique qui serait un remède miracle. Il nous permettrait de marquer une rupture que je crois nécessaire. Il nous permettrait d’insuffler de nouveau de la vie et du sens. Il nous permettrait de nous ressaisir collectivement de notre outil, notre Parti, et de reprendre un chemin digne de notre responsabilité historique, digne de l’héritage que nous revendiquons, digne d’une classe ouvrière désœuvrée et désarmée. De quoi reprendre goût à l’espérance et en la force de l’idéal qui nous transcende. Cela vaut peut être la peine de se battre et de déclarer, à la manière d’un Aragon fou d’amour, « c’était hier et c’est demain / Je n’ai plus que toi de chemin / J’ai mis mon cœur entre tes mains / Avec le tien comme il va l’amble / Tout ce qu’il a de temps humain / Nous dormirons ensemble. »

G.S

Un congrès extraordinaire-ment banal …

PARTIS-PCF-FETE-HUMANITEVoilà donc le retour de l’ère de pré-congrès. Le texte de base commune proposé par la direction sortante est connu, les premiers commentaires fleurissent ici ou là, les camarades se positionnent favorablement ou non pour ce texte, d’autres promettent déjà une littérature alternative pour souligner les manquements et errances de ce texte officiel … Finalement et alors même qu’un congrès extraordinaire était annoncé au lendemain d’un score désastreux aux législatives, à un ralliement de dernière minute à la locomotive insoumise lors de la présidentielle, nous nous dirigeons tout droit vers les traditionnelles et, quelque part, désastreuses pratiques de congrès, celles qui nous enferment dans une forme d’immobilisme malsain.

J’ai tout juste débuté la lecture du texte de base commune. Je ne me positionnerai donc pas ici sur son contenu et sa ligne. Je sais néanmoins à quoi m’attendre même si un effort particulier dans l’introduction réaffirme au moins que notre objectif de communistes, ça n’était pas si évident que cela depuis un certain temps, est la lutte anticapitaliste. Je souligne ici l’enthousiasme, l’engagement et le travail colossal de la commission chargée de rédiger le texte sous la férule de notre camarade Guillaume Roubaud-Quaushie, jeune historien à l’esprit fécond, l’une des rares voix communistes qui méritent, ces derniers temps, une considération particulière.

Je tenais à écrire ces quelques lignes en ce dimanche matin brumeux pour dire et décrire cette boule dans l’estomac qui ne veut décidément pas cesser son office. Une boule dans l’estomac qui se nourrit du contraste entre les multiples formes d’engagements au local de notre parti, le travail difficile de rajeunissement qui s’opère ici ou là, et cette tambouille vieille comme la mutation qui ne cesse de faire amplifier la peur dans l’esprit des camarades à l’engagement sincère, d’un scénario à l’italienne, une liquidation toujours plus avancée, toujours plus sournoise et destructrice.

Les apparats cosmétiques de dernière minute, manœuvre de sauvetage d’une direction qui ne convainc plus personne ou presque, ne peuvent en rien se montrer rassurants. Désigner le jeune et brillant Ian Brossat comme chef de file pour les européennes ne peut pas nous faire oublier l’extrême faiblesse de notre discours et de notre positionnement sur ce qu’est l’Europe. A dire vrai, s’il fallait ne prendre en compte que cette question pour juger de mon avenir dans ce parti, il y a bien longtemps que j’aurais jeté l’éponge et tenté de militer autrement. Heureusement ce parti, notre parti, garde en lui du potentiel, des camarades de très grande valeur et puis, sans doute est-ce là un point extrêmement important, rien n’existe à sa périphérie qui pourrait me motiver à le quitter. Pas même les groupuscules qui se veulent ou du moins se pensent plus révolutionnaires que nous, encore moins l’armada insoumise où il y a à boire et à manger à l’exception d’un semblant de commencement de socialisme, le vrai, pas le bagage vide mitterrandien.

Le parti communiste reste une boussole, c’est ainsi, et lorsqu’il mène ce week end ce rassemblement à Paris autour de ses 5 parlementaires des Hauts-de-France, pour remettre au gouvernement un manifeste riche de 10 grandes propositions pour l’emploi, les salaires, la santé, l’industrie, les transports ou le devenir des agriculteurs, il fait la démonstration de son ancrage dans le réel et de son extrême utilité. C’est la même chose dans de très nombreuses municipalités à direction communiste où des politiques publiques audacieuses et originales se mettent en place notamment dans les domaines culturel, sportif ou tout ce qui concerne les politiques à destination de l’enfance et de la jeunesse.

Pour autant, si beaucoup d’élus font le travail admirablement avec les moyens mis à leur disposition, le parti lui-même est en difficulté. On le voit, on le sait. C’est de plus en plus difficile de réunir les camarades, de tenir le plan de travail, de mobiliser sur telle ou telle campagne. J’y vois deux raisons essentielles. La première, le vieillissement de nos troupes. Même si je le soulignais plus haut, de jeunes cadres gagnent en responsabilité ces dernières années, nous avons de grandes difficultés à renouveler nos troupes. Nos camarades vieillissent et ne peuvent plus se mobiliser autant qu’auparavant. C’est normal et compréhensible et on ne pourra jamais suffisamment les remercier pour tout ce qu’ils ont pu faire. Nos assemblées générales sont pourtant d’une criante révélation. Les rangs sont parsemés de têtes blanches. La seconde raison, c’est bien évidemment l’absence de dynamique nationale du parti. Si nous pouvions clairement identifier une ligne, des batailles, une impulsion nationale nous pourrions sans doute convaincre localement de l’utilité de nous rejoindre. Comment le faire aujourd’hui ? Notre communication est inopérante et même osons le dire, inepte, notre direction est contestée, mole, tâtonne et n’est pas fichue de développer un langage clair, de combat et de rassemblement populaire. Ça n’est certainement pas en mettant des « e » partout que nous allons mieux promouvoir le besoin de clarté, parenthèse close.

Ainsi, sans doute n’aurait-il pas fallu d’un texte de base commune pondu en vase clos et validé par une direction mainte fois décriée par sa base. Sans doute une autre méthodologie aurait été préférable pour véritablement se donner les moyens d’un congrès qui ne serait pas extraordinaire que dans sa promesse. Je dois ici confesser ma résignation pour ce congrès. C’est à mes yeux terrible que de le dire et encore plus de le penser. Il fût un temps où le texte de base commune serait intégralement lu depuis longtemps, où j’aurais commencé les échanges avec des tas de camarades, où j’aurais fait en sorte d’attirer l’attention des camarades sur l’importance de se mêler du congrès, de ses enjeux. Je n’en ai pour l’heure pas la force, pas même l’envie. J’enrage et accuse notre direction, seule responsable aujourd’hui de cet état d’esprit, de cette aigreur incompatible avec ce qui devrait être notre posture. Les jours heureux, l’homme nouveau, le progrès commun … C’est le seul et unique chemin, le reste n’est que foutaise et piteuse justification du renoncement.

G.S

Une révolution nouvelle ivre d’un monde nouveau

Jeunes-Communistes-centenaire-revolution-1917Lorsque l’on écrit de plus ou moins longs papiers sur nos blogs, nous les militants politiques, nous partons à la chasse de tas d’informations, de chiffres, de citations et nous tentons d’en faire une synthèse la moins bavarde mais la plus complète possible. Par soucis de convaincre, on cherche à vouloir tout dire, tout démontrer, se donner les moyens d’un exposé rigoureux susceptible d’être pris au sérieux. Après tout, remettre en cause la pensée dominante, ses litanies obsessionnelles, cela demande d’y mettre les formes. Cette pensée dominante passe par tous les canaux de l’information, télévisuelle, radiophonique, artistique, littéraire … On se sent un peu démunis face à un tel déferlement. On s’imagine combattre une armée avec une simple fronde. Le petit blogueur que je suis, parfait rêveur, amoureux des lettres, s’imagine pouvoir se dresser en héros face à la marche forcée du monde.

Cette fois-ci, je ne vous donnerai pas de chiffres, je ne ferai pas de digressions, je ne parlerai ni de Marx, ni de Lénine, ni de Gramsci, ni de Bourdieu, ni de personne. Je veux simplement vous parler avec simplicité, à cœur ouvert.

Je ne fais pas partie des gens qui se découragent. Je ne suis pas de ceux qui gobent le discours officiel, celui qui ne dit pas un mot sur les multiples petites luttes en action dans l’hexagone, celui qui évoque le soleil étincelant et le chant mélodieux du coq en Macronie. Je vis, je travaille sur un territoire où même si demain il pleuvait des paillettes et des roses, la misère resterait toujours aussi grise. Ici c’est Germinal en vrai. Le soleil n’ose même plus pointer le bout de son nez comme le titrait désolé ce matin le quotidien la Voix du Nord. Record battu de non ensoleillement. Record battu pour le chômage aussi, pour la désertification médicale, pour le manque de services publics, pour la pollution, pour le nombre de bénéficiaires des centres d’aide sociale, du Secours Populaire. Il faut réussir à se lever tous les matins pour ensuite affronter cette réalité.

Je ne suis pas de ceux à plaindre, je vis confortablement. Cette misère je ne fais que la voir, la côtoyer de par mon travail et mon mandat d’élu local. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai crié avec les loups au départ quand j’ai vu ces émeutes dans les hypermarchés pour acheter cette saloperie de Nutella. Vendu à prix coûtant, donc sans perte pour le distributeur, des centaines de personnes se sont ruées dans les magasins pour essayer d’acheter un pot de pâte à tartiner pour leurs gosses. Moi, j’achète une pâte à tartiner bio, sans huile de palme, respectueuse de l’environnement … Facile de pouvoir juger dans ces conditions. J’ai fini par prendre un peu de recul et me suis dit, mais mon jeune ami, tu ne comprends rien de rien. C’est l’étendue de la misère de toutes ces familles qui nous saute à la figure en réalité dans cette affaire. La misère intellectuelle d’abord et il faut savoir l’admettre, par ce comportement de consommation totalement dingue. Un symptôme de l’hégémonie culturelle qui se rattache au capitalisme de notre temps appuyant là où ça fait mal. Le désir. Désirer pour le philosophe, c’est vouloir quelque chose qui ne sera plus désirable une fois l’avoir obtenu. On finira par désirer autre chose. Le démon capitaliste a créé la publicité, le sucre, les iphones, la pulsion consommatrice. La misère économique ensuite. C’était le spectacle des placards vides, des frigidaires sans âme. Pouvoir acheter le « Saint Graal » du goûter pour ses gosses quand on a presque rien à mettre dans les assiettes, c’est une aubaine rare. La voilà la véritable morale de cette histoire. Honte à ces salopards de distributeurs qui ont réitéré la chose quelques jours plus tard avec des couches pour bébés. Le visage du macronisme triomphant, c’est celui-là ne nous y trompons pas.

Et puis il y a eu la mobilisation des retraités contre la hausse de la CSG. Il y a eu de belles et unitaires actions pour s’opposer à la privatisation rampante des offices HLM, à la baisse des APL. Il y a eu un mouvement de fond dans les ehpad, du jamais vu jusque là ! Il y a les premiers blocages dans les lycées, des AG qui rassemblent quelques 200 étudiants dans les universités pour s’opposer à la mise en place de la sélection à l’entrée des universités. Il y a une montée en puissance de la grogne dans les hôpitaux, chez les élus locaux. La France belle et rebelle, attachée à son modèle social, à ses communes, à ses services publics se réveille chaque jour un peu plus. Malgré les pluies de sondages bidouillés, l’anesthésie télévisuelle, le silence des artistes subventionnés, le refrain d’un monde unique contre lequel on ne peut rien, des têtes dures se font de plus en plus nombreuses.

Nous rêvons tous d’un cinquantenaire héroïque des événements de 68, comme si un cycle s’achevait et qu’il fallait rallumer une nouvelle mèche pouvant faire sauter le vieux monde. Combien sommes-nous à l’espérer fébrilement sans encore oser le dire ? Depuis longtemps la France n’aime pas les riches et à juste titre. S’il y a des riches, c’est qu’il y a des pauvres. Des siècles d’une pensée universaliste née avec les Lumières, une succession de révolutions certes avortées mais qui ont bousculé le monde, un parti communiste d’après-guerre qui crée avec la CGT la Sécurité Sociale et la fonction publique, et voilà que dans notre ADN national, il existe un gêne insensible à la fable libérale. Le mythe anglo-saxon du self made man ne prend pas dans nos esprits gaullois, c’est comme ça. Macron et sa bande font en sorte de taper vite et fort dans l’espoir de nous l’enfoncer dans le crâne mais comme je l’écrivais plus haut, ça se débat tout en bas.

Ca se débat tout en bas et ça cherche à créer des ponts, à se rassembler. Trop de batailles ont été perdues du fait de la dispersion, d’un corporatisme abscons, de la division idiote. Pour pouvoir résister au rouleau compresseur gouvernemental, on prend la mesure de l’intérêt vital de se serrer les coudes. L’assaut du moment est trop dangereux pour pouvoir prendre le risque de faire les éternelles mêmes erreurs. C’est en cela que je suis optimiste. Ne me prenez cependant pas pour un esprit naïf. Tout cela est encore bien timide et l’ennemi en face a encore de nombreuses munitions en réserve même s’il démontre un peu vite ses craintes. Le choix du tout répressif, de la circulaire Collomb, des ordonnances, d’un calendrier serré, tout cela fait la démonstration que le jupitérien Macron sait pouvoir être détrôné de son Olympe.

Pour se faire, il va falloir de l’organisation, du contenu, des perspectives. C’est assurément ce qui nous fait cruellement défaut. Aucune de nos organisations n’est à la hauteur de l’enjeu. Au contraire, un crétinisme fulgurant condamne à la mort subite celles et ceux qui doivent incarner notre camp. Personne, ni tribun, ni organisation n’est en mesure de mener le travail de résistance et de fédération dont nous avons besoin. Peut-être est-ce l’heure de l’avènement d’une nouvelle génération que je sais pour une part déterminée, en soif d’une radicalité retrouvée. Peut-être que cette génération qui nous a conduit face à l’océan déchaîné sans pouvoir l’ouvrir en deux devrait pouvoir laisser un peu de place aux suivants, se retirer sans trop faire de bruit, tête baissée. C’est pour cela que je regarde avec espoir et envie ce qui se passe dans les lycées et universités. J’espère voir percer dans la brume, la lumineuse flamme d’une révolution nouvelle, celle qui fera chavirer sans retenue le vieux monde à l’agonie.

G.S