« Mon parti m’a rendu le sens de l’épopée »

7953087_ef57e7ca-f0cb-11e8-9fde-5abb9aafa59f-1_1000x625J’avais envie de donner vie à mon enthousiasme en cette période de fête. Mon enthousiasme pour mon parti, pour le nouveau chemin qu’il a voulu prendre depuis le dernier congrès. Bien sur je ne fais pas ici retentir frénétiquement les sirènes de l’angélisme. Combien de temps, de déceptions et de doutes a t-il fallu pour en arriver là ? Mais on ne peut jamais aller plus vite que le temps, aller outre le sinueux chemin qu’il doit pouvoir emprunter pour arriver à bon port. Mes camarades les plus aguerris et les plus sages me le disaient sans cesse, mais les impatiences de la jeunesse sont ce qu’elles sont. Ce qui m’a semblé être une éternité déjà devait être bien pire à endurer encore pour les plus anciens. Pourtant ils me le disaient avec force et conviction, la patience, la vertueuse patience révolutionnaire ! Ils semblaient avoir raison.

Ainsi un nouveau cap, de nouveaux visages forment ce chapitre nouveau qui peut s’écrire. Il aura fallu batailler ferme pour en arriver là, lutter contre nos propres démons et sans doute le plus beau et le pire d’entre-eux, le légitimisme. Des décennies de matrice léniniste laissent une empreinte dont il est difficile de se dissocier, même lorsque celle-ci appuie le cap du renoncement, des révolutions minuscules.

Alors il a fallu convaincre, rassembler largement pour se faire violence. Des camarades, d’une dimension intellectuelle et militante d’une trop grande rareté, ont commencé à écrire, à penser, à dresser les contours d’une stratégie gagnante pour leur parti, pour sa survie. Puis le dialogue s’est amorcé et des conceptions diverses se sont retrouvées. Puis André Chassaigne et Fabien Roussel sont entrés sur scène, ont fait le choix d’endosser avec courage une très importante responsabilité. C’est ainsi que les choses ont pu basculer.

Les communistes ont débattu partout avec passion mais fraternité, et en toute souveraineté ont fait un choix. Un choix qu’ils ont assumé jusqu’au bout avec cette capacité unique qui est la nôtre, celle de maintenir notre unité avant tout. Quelle force, quelle conviction tout de même. Partout les organisations se déchirent, les divergences deviennent des divorces fracassants même chez la très jeune France Insoumise comme nous avons pu le voir récemment avec notamment l’épisode Kuzmanovic, que nous ne connaissons malheureusement que trop bien ici dans le lensois, lui qui nous a fait perdre la circonscription lors des dernières législatives. Seuls les communistes sont capables de faire ce qu’ils viennent de faire lors de leur dernier congrès. On comprend mieux les envolées épiques d’Aragon lorsqu’il écrivait sur son parti. Mon parti m’a rendu le sens de l’épopée …

Bien sur tout n’est pas réglé et tant reste à faire. Nous nous sommes fortement affaiblis ces dernières années jusqu’à mettre l’hypothèse d’un centenaire en péril. Mais je crois vivre un moment d’histoire, moi qui déteste affreusement notre époque, elle qui manque de noblesse, de feu, d’espoir fou. Quoi que cette dernière séquence a rallumé quelques étoiles comme dirait le poète. La classe ouvrière se redécouvre lentement !

Comme à chaque fois dans l’histoire, c’est l’avancée trop indécente de la misère qui a mis le feu aux poudres. La colère a passé le cap de l’indignation pour transcender l’action. Avec ou sans bannière, l’instinct de survie s’est donné corps dans les rues, sur les rond-points, à la porte des entreprises, dans les lycées et universités. Le plus frappant est ce qu’en tirent les protagonistes comme leçon. On discute, on confronte sa réalité à celle des autres et on découvre de très grandes similitudes. Une effroyable et implacable condition sociale commune fédère tout ce beau monde. Une leçon de marxisme grandeur nature … La réaction du camp d’en face est d’ailleurs de même nature. Le renforcement déraisonné de la violence d’État, les discours durs et idéologiques des chiens de garde, une justice de classe entièrement mobilisée au service de la répression bourgeoise. Tout y est !

Difficile de ne pas voir un lien entre le geste historique des communistes et ce contexte social au fort accent révolutionnaire. La société française est en mouvement. Contrairement à ce qu’ont voulu nous imposer nos ennemis de classe, le dérèglement des sens politiques, il semblerait que la bonne vieille matrice de l’antagonisme de classes refasse surface malgré tous les efforts. Le capitalisme ne peut produire autre chose que cette dualité politique. C’est un terrible camouflet pour les idéologues bourgeois, eux qui pensaient avoir gagné la guerre à coup de mythologie creuse du type classe moyenne, fin des partis, fin de l’histoire. Le peuple des exploités est d’une fulgurante intelligence et même lorsqu’il sommeille, il reste parfaitement conscient de sa condition et des chaînes qui l’avilissent. Il lui faut simplement l’étincelle pour nous le rappeler.

Le signe positif de notre redressement réside aussi dans cette actuelle capacité à nous mettre au service de la cause. Avec nos propositions concrètes pour augmenter les salaires tout en rappelant avec finesse les mécanismes fondamentaux de la Sécurité sociale, peut-être bien la plus belle de nos œuvres, nous jouons de nouveau pleinement notre rôle. De ce point de vue, notre nouveau secrétaire national Fabien Roussel, est plutôt habile. Il est un porte-voix exemplaire de cette aspiration militante et politique. Tous nos élus ont brutalement repris avec talent cette mission perspectiviste.

Le PCF se réconcilie avec sa vocation première, être un outil au service du combat. C’est déjà une très grande victoire. Il le justifie encore par son choix d’aller coûte que coûte aux élections européennes, lui qui est le seul parti a avoir rejeté tous les traités depuis la CECA, dont nous connaissons ici plus qu’ailleurs les désastreuses conséquences. Finalement, le parti communiste ne croit plus en la métamorphose nécessaire, il se rappelle que certaines choses ne changent pas et ne doivent pas changer. Peut-être est-ce là le plus formidable motif d’espérance qui se révèle à nous en ces temps de bascule.

G.S

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Un renouveau manifeste !

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Un résultat historique ! C’est à l’unisson que les camarades et de nombreux commentateurs évoquent les résultats de la consultation interne des communistes. Effectivement, nous vivons un moment historique mais pour un congrès extraordinaire, il fallait un geste extraordinaire que les communistes ont su faire. Pour la première fois de notre histoire, le texte porté par la direction sortante est en minorité et ne sera pas celui avec lequel nous devrons débattre lors du congrès.

C’est bel et bien un texte dit alternatif, le texte du Manifeste, qui deviendra la base de discussion de notre congrès. Ce texte est imparfait, nous le savons tous, et le travail de l’ensemble des communistes va maintenant être de le discuter, de l’amender, de le muscler pour pouvoir affronter, avec force et organisation, la crise majeure que traverse notre civilisation humaine. Parce qu’il a fallu construire un texte le plus rassembleur possible, parce qu’il a fallu créer les conditions de le rendre une alternative capable de remporter ce scrutin interne, l’intelligence des camarades qui ont tenu la plume et qui l’ont signé a été de faire un compromis pertinent et historique afin de créer les conditions nécessaires permettant de bouger les lignes et de créer l’électrochoc tant attendu par de très nombreux communistes dans et en dehors du Parti. Je veux donc saluer ce soir le sens des responsabilités de mes camarades du réseau Faire vivre et renforcer le PCF, de nos camarades André Chassaigne et Frédéric Boccara, de tous ces secrétaires fédéraux à l’image de Fabien Roussel qui ont su courageusement faire ce qu’il faut pour créer cette situation inédite prodigieusement enthousiasmante.

Ne nous mentons pas, ne nous dérobons pas ce soir, voilà maintenant longtemps, trop longtemps, que le Parti Communiste Français fait des choix qui ont participé à notre affaiblissement, à notre effacement jusqu’à ne plus compter ou presque dans le rapport de force politique du pays. Je ne veux faire le procès de personne en écrivant tout cela, je veux simplement, avec lucidité et sens de l’histoire, faire preuve de sincérité et présenter les faits, rien que les faits. Notre score médiocre aux dernières législatives, l’absence d’un candidat communiste depuis des années maintenant à la présidentielle, les trop nombreuses municipalités perdues et notre affaiblissement électoral global, ce chiffre évocateur de 49 000 adhérents cotisants seulement lors de cette consultation qui pose sérieusement question, le refus de la direction du parti de donner la spectaculaire tribune politique et médiatique à notre camarade Ian Brossat lors de la fête de l’Humanité, preuve que nous ne comptions pas sérieusement aller au bout de la démarche de candidater lors des élections européennes … Tant d’événements et de choix qui ont poussé les communistes à réagir et à créer les conditions d’un véritable changement de cap lors de notre congrès.

L’urgence écologique, l’état des rapports de force internationaux, l’extrême prédation du capital, la destruction systématique des services publics partout en Europe, la montée inquiétante de l’extrême droite, le populisme comme farce de révolution … Il y a d’immenses chantiers politiques qui nous attendent et qui réclament une force politique organisée portant un projet global de transformation radicale de la société, de nos vies. C’est de cette manière que nous devons appréhender ce futur congrès à bien des égards décisif pour l’avenir. Le choix que viennent d’opérer les communistes ce week-end est incontestablement la première étape de ce long processus. Communistes, au travail !

G.S

Un congrès du PCF véritablement extraordinaire ? »

Congrès-du-PCF-4-juin-accueil-des-délégations-étrangères..jpg« C’était hier et c’est demain

Je n’ai plus que toi de chemin

J’ai mis mon cœur entre tes mains

Avec le tien comme il va l’amble

Tout ce qu’il a de temps humain

Nous dormirons ensemble. »

Ces quelques vers tirés de l’exceptionnelle œuvre d’Aragon « Le Fou d’Elsa », m’ont inspiré le retour vers ce blog. Je ne l’alimente que très rarement, au gré du temps et du vent dirons-nous. De nouvelles fonctions ces derniers mois font que je n’ai plus le temps suffisant et nécessaire pour me laisser aller à la prosodie de mes humeurs politiques. Le froid polaire qui règne dans nos rangs n’était pas non plus très stimulant pour qui aime, comme moi, le billet politique, naïvement chevaleresque et exagérément épique. Comme il est dur de vivre la politique, quand on est un romantique, lorsqu’elle se délite dans des pratiques et des postures d’une mollesse abyssale.

Alors que l’été n’a laissé que peu de répit au Rastignac élyséen, l’épisode des barbouzes faisant couler beaucoup d’encre, que pour des raisons personnelles je me suis intéressé à la politique transalpine riche en rebondissements et enseignements, que l’expérience du média insoumis sombre dans la tourmente révélant des pratiques dignes de la politique qu’il annonce vouloir pourtant combattre, que la fracture de classe n’a jamais été si forte ou presque dans le pays sans pour autant alimenter positivement la lutte, une bonne vieille et efficace lutte des classes, rien ne semblait me pousser à prendre le temps d’écrire. Écrire pour moi, pour penser, pour articuler les réflexions et les analyses entre elles, pour mettre de l’ordre, mais aussi écrire pour celles et ceux qui ont déjà parcouru ce blog et qui peuvent se retrouver dans ce que je peux y semer comme idées, principes et concepts.

Finalement, après quelques jours de repos bien mérités et redoutablement bénéfiques, je découvre, pour m’intéresser un peu plus aux affaires du Parti, à son congrès, que des choses se passent. Alors même que je m’étais résigné, que je n’attendais rien d’un congrès vendu pourtant comme extraordinaire, il semblerait que ce dernier soit en train de prendre des traits tout à fait inédits. Peut-être que l’extrême gravité qui caractérise notre ère politique, que le degré de médiocrité caractérisant lui notre organisation politique, ont finalement nourri un phénomène d’électrochoc dans l’esprit d’un certain nombre de camarades et pas des moindres. Peut-on aller jusqu’à évoquer une forme de courage, en tout cas un sens des responsabilités historiques ? Je le pense effectivement. La prose officielle proposée par la direction actuelle, boudée dans un premier temps par une partie non négligeable du Conseil National du Parti, trouve face à elle un autre texte qui est en train de créer la surprise.

Ce texte n’est pas simplement celui porté à la base par le réseau que j’ai toujours soutenu, il est aujourd’hui le carrefour de multiples réflexions qui ont su dépasser le stade des désaccords critiques pour constituer une dynamique rassembleuse capable de mettre fin à un processus qui nous entraîne irrémédiablement à la tombe. Outre les figures historiques du réseau dont le secrétaire départemental du Pas-de-Calais, mon camarade et ami Hervé Poly, d’autres camarades, oserais-je même le terme de figures, ont décidé de signer un même texte, de promouvoir une même démarche avec une volonté farouche et déterminée : siffler la fin de la récréation, mettre fin au néant et ressusciter l’étincelle. Le PCF doit vivre, se renforcer, porter une parole claire et limpide, se réconcilier avec son histoire, avec une série de ses fondamentaux. Retrouver des bases solides et saines pour redresser la maison et solidifier le tout. Non pas par obsession partisane, par goût de la nostalgie ou par soif d’aventure schismatique. C’est bien parce que le capitalisme traverse une crise systémique annonçant l’atteinte de son stade suprême, qu’il nous faut nous organiser pour penser l’après et sauver la civilisation humaine d’une fin évidente. « Rien que cela ! », diront certains. Il n’y a que ceux qui ne croient plus en Marx et au mouvement de l’idée qui se rattache à lui qui peuvent le nier sans sourciller. Il me semble donc que les camarades qui ont décidé de se retrouver autour du texte intitulé «  Pour un manifeste communiste du XXIe siècle » sont celles et ceux qui mesurent parfaitement la tâche historique qui nous incombe, qui décident de se présenter devant l’histoire avec un sens aigu des responsabilités.

Certains parleront de manœuvres, de trahisons, d’opportunisme. Cela sont ceux qui soit ne croient plus en l’extraordinaire force de l’idéal qui nous anime, contaminés par le verset tragique du compromis réformiste, soit sous couvert d’une intransigeance utopique, n’ont pas le sens du devoir préférant mourir le drapeau rouge sur le cœur, heureux dans leurs croyances mais inutiles à la classe ouvrière qu’ils annoncent pourtant aimer plus que tout.

Le communisme, c’est le mouvement. Un mouvement qui franchit des étapes et des stades, qui appellent tactiques et stratégies parce qu’en face, l’ennemi est puissant et organisé. Voilà l’idée qui transpire de l’alliance qui se noue autour de notre texte pour ce congrès. Un texte qui peut, si l’on regarde soigneusement les rapports de force internes, devenir majoritaire dans notre Parti et ainsi inscrire notre congrès dans une dynamique inédite. Je ne parle pas là de petites aventures cyniques qui se contenteraient de couper quelques têtes, je ne parle pas non plus d’un texte magique qui serait un remède miracle. Il nous permettrait de marquer une rupture que je crois nécessaire. Il nous permettrait d’insuffler de nouveau de la vie et du sens. Il nous permettrait de nous ressaisir collectivement de notre outil, notre Parti, et de reprendre un chemin digne de notre responsabilité historique, digne de l’héritage que nous revendiquons, digne d’une classe ouvrière désœuvrée et désarmée. De quoi reprendre goût à l’espérance et en la force de l’idéal qui nous transcende. Cela vaut peut être la peine de se battre et de déclarer, à la manière d’un Aragon fou d’amour, « c’était hier et c’est demain / Je n’ai plus que toi de chemin / J’ai mis mon cœur entre tes mains / Avec le tien comme il va l’amble / Tout ce qu’il a de temps humain / Nous dormirons ensemble. »

G.S

D’un PCF nouvelle génération à un nouveau PCF !

PCF-enversVoilà maintenant une semaine que le congrès des communistes est passé. Chacun a regagné ses contrées et reprend son activité militante. Les batailles locales pour la défense du service public, la préparation de la grosse journée d’action du 14 juin contre la loi travail, un appui politique à l’action de la CGT dans l’industrie et les transports.

Heureusement d’ailleurs qu’il y a ce mouvement social qui perdure malgré les menaces gouvernementales et la propagande digne des pires régimes du 20ème siècle d’une presse bourgeoise militante et de fait particulièrement virulente. Elle perpétue la tradition historique de la haine de l’ouvrier, un homme sauvage, excessif et violent qui ne comprend rien à rien. C’est ainsi que nous avons le droit aux poncifs ridicules qui ponctuent l’ancestrale lutte des classes. Je vous renvoie aux écrits de George Sand ou de Théophile Gautier durant la Commune de Paris.Un paternalisme écœurant et sa pédagogie bourgeoise, une utilisation méthodique de l’image et de la sémantique. Certains des plus enragés n’arrivent pas à canaliser leur haine de classe. Ainsi Franz Olivier Giesberg, le patron du Point, a t-il été jusqu’à mettre sur un même plan la CGT et Daesh. Rien de vraiment étonnant en réalité. Pour ceux qui n’ont pas oublié la base, le matérialisme historique et l’approche dialectique des événements, tout ce petit monde, presse, leaders d’opinion, cadres universitaires, responsables politiques … sont le revers d’une même médaille. Ils sont la bourgeoisie au sens de classe sociale. Ils partagent un même habitus, des intérêts communs et sont les garants du maintien du système capitaliste. Ils militent main dans la main pour écraser toute forme de lutte organisée qui viendrait remettre en cause lesdits intérêts. Et nous y sommes, la CGT joue de nouveau et, je dois le dire, admirablement bien, son rôle de syndicat de classe. Pas encore de masse malheureusement et c’est là la limite du mouvement actuel mais ne désespérons pas !

C’est justement l’absence de rappel de ce cadre, de cette réalité profonde qui nous a fait rater ce congrès. Voilà maintenant des années que le PCF, pour s’assurer une image moderne et pouvoir répondre aux impératifs du rassemblement électoral, tourne le dos à cette analyse qui pose, pourtant, les fondements même du mouvement communiste. Sans doute faut-il remonter à la période de l’abandon de la dictature du prolétariat, de la notion d’avant-garde puis du centralisme démocratique pour dater le tournant de l’affaiblissement des communistes dans la société. Et puis, les communistes se sont fait les relais prolifiques de l’école historique anticommuniste en menant un thérapie radicale afin d’oublier qu’un jour nous avons su jouer un rôle central dans le renforcement du rapport de force qu’imposait la puissante Union Soviétique face à l’impérialisme belliciste des États-Unis et de leurs satellites atlantistes. Je resterai pour ma part, un fervent opposant aux Furet et consorts et je ne réhabiliterai pas la mémoire de Soljenitsyne. Freud ne nous rappelait-il pas que « la civilisation est quelque chose d’imposé à une majorité récalcitrante par une minorité ayant compris comment s’approprier les moyens de puissance et de coercition ». Ainsi Lénine et Staline sont-ils devenus des monstres pour la grande majorité des communistes actuels. Je vous invite à lire la déclaration publiée sur son blog de l’historienne marxiste Annie Lacroix-Riz qui revient sur la malhonnêteté de la saga télévisuelle Apocalypse consacrée à Staline. Une manipulation idéologique et politique de bout en bout …

Le congrès, lors des discussions sur l’international, oublie Cuba, nos camarades communistes en Ukraine à la pointe de la lutte antifasciste, nos camarades communiste en Grèce et notamment du syndicat Pame qui maintiennent un haut niveau de résistance chez une grande part des travailleurs grecs. Pas un mot ou le début d’une analyse sur la Chine … Non on met à l’honneur les fossoyeurs de Syriza ou encore Podemos érigé en modèle.Voilà ici un des innombrables exemples des renoncements actés par les communistes. Nous voici pris dans nos propres contradictions. Pierre Laurent est certes le secrétaire national du PCF, mais il est aussi (et il aime le rappeler) le patron du Parti de la Gauche Européenne qui refuse de condamner fermement l’euro et qui interdit le débat sur une éventuelle sortie maîtrisée de l’Union Européenne qui impose la loi travail dans tous les États membres. Soyons précis pour éviter la levée de boucliers, nous faisons l’hypothèse de la construction d’un euro de gauche. C’est le même genre de construction absurde que celle de l’historien Jean-Pierre Azema, qui n’a jamais ouvert une archive, et qui a réussi à inventer le concept ahurissant de Vichysto résistant.

Sur le plan intérieur, alors que nous devrions suivre l’exemple de la CGT et nous nourrir du mouvement social pour proposer le programme d’une rupture ambitieuse, nous voilà repeints en sondeurs sur les marchés avec un questionnaire totalement inepte pour savoir ce que veulent les français. Ensuite nous allons rédiger un pacte d’engagement pour finir par bâtir une alliance opportuniste à l’automne derrière un frondeur. Bref, nous serons les plus acharnés acteurs des manœuvres dont les français ne veulent plus entendre parler. L’immense masse des ouvriers décidera donc de rester chez elle une fois de plus lorsque le tocsin présidentiel sonnera pour désigner le futur monarque élyséen. Il faudra aller chercher de courageux camarades qui voudront bien partir à la bataille des législatives dans un tel contexte. Là où je suis véritablement furieux, c’est que le congrès de la semaine dernière a fait fi de cette grande part des communistes qui a refusé le texte de base commune notamment sur la base de leur opposition à la primaire devenue votation citoyenne. Les communistes, au contact de la population et des travailleurs via le mouvement contre la loi travail, ont bien senti qu’une telle proposition consistait à jouer petits bras, que nous prenions le parfait contre-pied de ce qu’il faut réussir à construire pour véritablement aller vers une alternative dont peut se saisir la classe ouvrière dans toutes ses composantes. J’aurai le droit au rappel à l’ordre. J’y ai déjà eu droit d’ailleurs ! Le congrès a tranché alors pourquoi continuer la bataille interne. Ce qui me rend hilare, c’est que ces injonctions viendront de ceux qui ont été à la manœuvre pour mettre fin au centralisme démocratique.

Finalement, comme l’a très bien dit mon ami et camarade Hervé Poly, secrétaire de la fédération du Pas-de-Calais dans son intervention, nous assistons à la fin et au début de quelque chose. Le PCF est en train de terminer sa mue réformiste et ainsi de pourrir sur pied alors que la jeune génération qui s’apprête à prendre le relais se réconcilie elle avec les fondamentaux que leurs aînés ont tenté d’enterrer pour le plus grand malheur des exploités. Il n’y a donc finalement pas lieu de désespérer.

G.S

Un petit congrès pour une petite perspective …

Militants-37e-congres-Parti-Communiste-Francais-5-juin-2016-Aubervilliers_0_730_473Aubervilliers, cette grande et belle ville populaire où se mêlent et s’entremêlent le monde, les civilisations et les cultures fût la témoin d’un petit congrès accouchant d’une petite perspective. Les mots sont durs parce que la colère est grande ! Alors que la classe ouvrière relève la tête, combat avec une détermination sans faille un pouvoir sombrant dans la noirceur du fascisme républicain, sorte de monstruosité institutionnelle moribonde entre les mains d’une oligarchie déterminée à en découdre pour servir ses petits intérêts égoïstes, les congressistes du PCF se sont englués dans de vulgaires pratiques d’appareil. L’avez-vous noté mes camarades qui avaient participé ou suivi les débats, cet écart terrible entre l’enthousiasme populaire qui anime les cortèges ou les barricades dans les usines et les dépôts contre la loi travail, et les échanges faussement dialectiques autour d’une virgule ou d’un mot de textes qui nous engagent dans une aventure ronronnante, dans des pratiques que nous disons pourtant vouloir combattre. J’ai souffert de subir ce triste spectacle. Ce congrès, il était celui du reniement, des petits compromis.

Je salue tout de même, les offensives de quelques camarades qui par la proposition de certains amendements ont réussi à rougir un peu notre texte d’orientation. Je salue les camarades qui n’ont pas eu peur de dire notre erreur et notre faute de ne pas ouvrir un véritable débat sur l’Europe, qui ont su dénoncer les impostures et les trahisons en Grèce ou ailleurs. Je salue avec émotion et fraternité notre camarade portugais qui nous a livré une véritable leçon politique. C’était beau, c’était grand. En réalité je vous le dis, nous avons refusé par entêtement et par bêtise, de nous hisser au niveau d’exigence que réclame la gravité de la situation. Une lutte des classes qui explose au cœur d’un capitalisme entré pour de bon dans le stade de l’impérialisme, le danger de la guerre, du fascisme qui gangrène cette Europe des traités, de l’euro, des pactes budgétaires qui détruisent nos écoles, nos hôpitaux, nos conquis sociaux et salariaux. Le chemin serait donc de construire des rassemblements boiteux avec les résistants de la dernière heure ? Notre ambition serait donc de proposer aux français un Syriza à la française ? Thorez, Duclos revenez, ils sont devenus fous !

Un incommensurable gâchis, une tromperie historique et une façade lézardée de l’unité à calcul. Ce congrès, c’était aussi celui des petits arrangements de couloir pour garder sa précieuse place au Conseil National, c’était le compromis permanent. On nous a fait voté le texte par petits bouts pour ne pas pouvoir discuter sa philosophie générale, nous n’avons pas eu de véritable échange ouvert et sérieux sur les questions tactiques, nous n’avons que peu laissé la parole au monde du travail en lutte. Une pâleur qui tranchait avec le bouillonnement des camarades que je rencontre dans les luttes locales, dans nos cellules et nos sections. Voyez ce décalage spectaculaire entre le vote de mai dernier où seuls 14 000 communistes disaient leur confiance pour le texte le «temps du commun » et la reconduction à 80% de la direction sortante, de celles et ceux qui nous ont livré à la farce tragique des collectifs antilibéraux et les 1,93% de Marie-George Buffet, au Front de gauche dont une fois encore nous n’avons tiré aucun enseignement avec Jean-Luc Mélenchon, moqué et caricaturé durant tout le week-end alors qu’il y a 5 ans ils et elles ne trouvaient pas assez de mots pour décrire leur amour et leur passion pour le tribun doué. Une fois encore, nous voulons créer les conditions de notre assujettissement au rassemblement électoral. Ne pas affirmer ce que nous sommes pour ne pas mettre dans l’embarras les petits albatros réformistes, si gauches et veules, avec qui nous voulons embarquer sur les gouffres amers.

Mais j’ai la certitude que la force des événements ramènera tout le monde à la raison. Une fois encore nous aurons perdu du temps et de l’énergie mais qu’importe … Nous resterons à bord et prendrons nos responsabilités nous qui avons ce triste tort, celui d’avoir eu raison les premiers.

G.S

Congrès du PCF : les communistes face à l’histoire !

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De nombreux camarades ont écrit sur les résultats de la consultation des communistes pour choisir le texte qui deviendra base commune du congrès. Pour autant, je ne pouvais pas rester sans donner mon point de vue sur ces résultats historiques. Comme d’autres, je me suis beaucoup impliqué dans cette première étape du congrès. J’ai signé le texte « Unir les communistes » et j’ai produit de nombreux écrits pour tenter de convaincre un maximum de camarades de l’intérêt d’éviter les pièges qui, inéluctablement, nous ramèneraient très rapidement à une période de crise interne et au danger de la disparition.

Beaucoup de camarades me demandent mon sentiment avec toujours ce regard de grande inquiétude. Et pour cause, il y a un réel danger d’éclatement du PCF tant ces résultats reflètent l’incompréhension d’une grande partie des militants face aux choix stratégiques de la direction. La question n’est bien évidemment pas de savoir s’il faut réclamer la démission de Pierre Laurent ou pas. Le problème est bien plus profond et sérieux. C’est toute la direction du parti qui porte une lourde responsabilité dans l’affaiblissement de notre organisation, y compris les frondeurs avides de liquidation et leur texte attrape-tout « L’ambition communiste ». Un affaiblissement qu’on ne peut pas simplement ramener à des causes conjoncturelles inhérentes à l’histoire. Oui il y a eu l’effondrement du bloc soviétique, oui il y a eu une conversion des valeurs de nos sociétés guidée par un capitalisme méthodique et militant, entre les mains d’une oligarchie organisée, répondant pour le coup aux schémas de la lutte des classes pensés par Marx et Engels. C’est d’ailleurs l’argument majeur qui me pousse à penser et à dire que l’expérience Nuit debout ne pourra, en l’état actuel, que se solder par un échec.

Il semblerait que les mouvements de contestation du capitalisme d’aujourd’hui réfutent violemment, comme s’il s’agissait d’une thérapie de choc, toute tentative d’organisation directement inspirée du marxisme et de ses héritiers, les léninistes. A l’inverse, le capital lui exécute rigoureusement les principes qui font qu’un groupe social aux intérêts communs devienne une classe au sens marxiste du terme. C’est d’autant plus vrai en cette phase d’impérialisme où le capital se concentre fortement entre quelques mains. Les citations d’oligarques qui vont dans ce sens vous les connaissez et pour peu que l’on pratique les sciences sociales avec sérieux, ce phénomène ne peut que nous sauter à la figure. Reste que notre parti comme d’autres organisations contestataires, refusent de se convaincre de l’évidence. On ne peut répondre à une machine de guerre parfaitement huilée qu’en dressant en face une autre machine de guerre elle aussi parfaitement organisée. Cela réclame donc le soucis de l’organisation, point névralgique de la stratégie, mais aussi du projet fédérateur qui lui donne son âme. L’un ne peut aller sans l’autre.

Le PCF nie aujourd’hui l’intérêt de l’organisation, ne pensant les événements et les batailles que sous l’angle de la stratégie électorale et du mythe du cartel, et il n’a même plus de projet à proposer à la société, aux exploités. Le programme l’humain d’abord n’est qu’une plate-forme programmatique répondant aux prérogatives d’un élection, l’élection présidentielle. Quel projet pour la société les communistes proposent t-ils ? Aucun ! Voilà, il me semble, exactement les chantiers que ce congrès aurait du ouvrir en mettant tout le parti en ébullition et au travail. Mais non … Il ne sera question que de 2017 car Pierre Laurent et les autres ont saboté notre congrès dès janvier en engageant notre organisation dans le processus des primaires. Pour couronner le tout, en jouant aux petites combines et querelles pré-électorales, nous subirons le mouvement d’humeur de Mélenchon qui rendra notre congrès inaudible et transparent car tous les médias ne parleront que de sa marche militante organisée à Paris en même temps que notre congrès. Personne ne saura que des centaines de communistes se seront réunis pour discuter de leur utilité au quotidien. Bien joué !

Les conséquences nous les connaissons. Un parti qui se transforme en paquebot perdu en mer du Nord abandonné par ses militants avant qu’il ne sombre dans les eaux profondes. Les chiffres de la consultation le montrent, par rapport au dernier congrès et sa consultation de l’époque, une perte de 11.317 cotisants et 4.535 votants en moins. Sans aller jusqu’à parler d’hémorragie, ces chiffres ont tout de même de quoi nous inquiéter. Puisqu’on ne peut raisonnablement pas faire d’analyse de ce genre sans évoquer quelques chiffres, un autre extrêmement révélateur, celui de l’adhésion toute limitée au texte proposé par le Conseil national. Il ne recueille que 14.942 voix (51,20 %) soit une perte de 9.655 voix par rapport à 2012. C’est un résultat historiquement bas pour un texte proposé par la direction, comme le soulignait très justement ma camarade Danielle Bleitrach sur son blog. Malgré toutes les difficultés, malgré le combat inégal puisque pour défendre notre texte nous n’avions que notre énergie et la force de nos convictions, nous sommes (les initiateurs du texte « Unir les communistes ») en progression par rapport au dernier congrès et ce malgré les textes de division proposés par les trotskistes de la Riposte et les malfaiteurs de Paris XV et sa secte obscure Dang Trannienne. A noter que nous arrivons en tête dans deux des plus grosses fédérations de France, celle du Nord et celle du Pas-de-Calais. Dans les autres grosses fédérations de France, c’est notamment vrai dans les Bouches-du-Rhône, les chiffres communiqués sont relativement stupéfiants tant ils marquent des contre-tendances aussi bien au niveau de la participation que des résultats. Je laisse chacun en tirer les conclusions.

Va maintenant s’ouvrir une nouvelle phase dans ce congrès. Très rapidement, les sections et les fédérations vont se réunir en conférence et vont devoir mener la bataille des amendements. Le texte n’a pas changé depuis que nous l’avons combattu ces dernières semaines. C’est une coquille vide et une grosse partie de ce dernier s’attelle à nous vendre les bienfaits de la primaire à gauche. Alors je nous invite, mes camarades, à être méthodique pour ce nouveau travail. Certains ont d’ores et déjà décidé d’abandonner le combat, se résignant avec douleur au constat que ce parti est perdu. Ils décideront donc de le quitter le fragilisant de fait encore d’avantage. Puis d’autres, des milliers de camarades et je m’y inclus, ne déserteront pas le champ de bataille. Il n’est pas question d’abandonner le parti de Thorez entre les mains des convertis au réformisme gentillet. Surtout que des millions de nos compatriotes souffrent plus que jamais de l’exploitation et que la disparition du PCF ne ferait que faire perdre un temps précieux au mouvement révolutionnaire. Alors stratégiquement, au travers de la bataille des amendements, il nous faut mettre en échec l’idée de la primaire à gauche, qui n’est rien d’autre que la pelle du fossoyeur, celle que les liquidateurs ont marqué des points, ce qui est empiriquement faux, et celle qui se traduit dans les faits par un affaiblissement de notre organisation. Peut-être faudra t-il alors imaginer créer un groupe de travail chargé de formuler quelques amendements simples mais efficaces que nous pourrions proposer un peu partout dans les sections et les fédérations. J’y ajouterais tout de même, un amendement solide sur l’Europe pour mettre un terme à la stratégie portée par le PGE qui soutient les mouvements opportunistes au détriment de ceux qui, ailleurs en Europe, mènent la bataille sur une ligne classe contre classe comme au Portugal par exemple.

Il faut être aveugle ou ne rien comprendre à l’histoire et ses mouvements pour ne pas être convaincu de l’impérieuse nécessité de faire vivre un mouvement communiste fort et organisé. Le mouvement social partout dans le monde patine du fait de l’absence de réelles perspectives de transformation radicale de la société. La sphère révolutionnaire ne peut pas marcher sur une seule jambe. Il lui faut une assise solide pour véritablement exister et être conquérante. C’est là, camarades, notre responsabilité collective devant l’histoire et devant nos toutes jeunes générations engagées dans leur première lutte sociale en France contre la loi travail.

G.S