Le Pas-de-Calais solidaire et qui résiste doit perdurer !

banderole-unitaire-manifestation-antifasciste-lille-8-octobre-2011-webLes résultats du premier tour des élections départementales nous poussent à réaliser plusieurs constats. Ils sont d’abord marqués par une abstention populaire très forte. Pratiquement un électeur sur deux ne s’est pas déplacé dans les bureaux de vote dimanche. Une abstention qui marque à la fois une méfiance vis à vis d’un système à bout de souffle, et une colère profonde et lancinante face à des politiques d’austérité qui chaque jour rendent le quotidien de millions de français de plus en plus intenable. C’est d’autant plus vrai que les enquêtes d’opinion le montrent, les françaises et les français sont fortement attachés à leur département et à leur commune. Deux maillons de la démocratie locale où vivent des politiques qui peuvent concrètement changer la vie.

Le second enseignement, c’est la forte progression attendue de l’extrême-droite dans tout le département. Avec un score de plus de 35 % sur l’ensemble des cantons, la formation du clan Le Pen se maintient dans de nombreux endroits lors du second tour qui se tiendra dimanche. Les possibilités de conquêtes sont réelles là où la droite est éliminée pour le second tour. Le Front National a donc de fortes probabilités de faire son entrée dans l’hémicycle départemental. Pour autant, alors que les discours fleuves et les effets d’annonce sur un probable basculement de notre département au Front National ont inondé les chaînes d’information et les grands quotidiens parisiens durant des semaines, la formation d’extrême-droite n’a pas atteint cet objectif. Même si le phénomène Hénin-Beaumont tente d’aspirer les anciennes terres minières dans l’escarcelle frontiste, nos territoires résistent et ne plient pas.

Ce score élevé de l’extrême-droite et la possibilité de conquêtes par des élus FN sonnent bien entendu comme une mauvaise nouvelle pour tous les démocrates mais en premier lieu pour nos populations. Le FN, comme il le démontre chaque jour au conseil régional, est une imposture politique maniant avec une extrême dextérité le langage populiste, la démagogie la plus abjecte. Alliés objectifs du patronat et de la finance, la présence nombreuse d’élus front national serait une certitude que tout change pour que rien ne change. Il est de notre devoir de les combattre sans relâche. Les communistes appellent d’ailleurs avec force les abstentionnistes à se mobiliser pour faire barrage à ce visage de la haine et d’une droite dure qui s’oppose systématiquement aux familles modestes, aux travailleurs, aux services publics.

Le troisième constat que nous faisons, c’est un plus que probable renforcement de la droite dans notre département, notamment sur le littoral et dans l’arrière-pays arrageois. Même si le basculement du département ne semble pas envisageable, la droite rassemblée dispose à cette heure des moyens pour bloquer l’esquisse d’une majorité de gauche franche et absolue. Bien évidemment, nous appelons très clairement à batte l’extrême-droite partout où elle sera présente dimanche. Cependant, l’absence d’une majorité absolue demain au Conseil départemental serait synonyme d’une situation bloquée et inextricable. Qui-plus-est, nos territoires ont besoin d’élus progressistes qui bataillent pour le maintien des services publics, pour la défense des centres de santé et de l’hôpital public, pour accompagner les familles plongées dans la précarité via des politiques ambitieuses de solidarité, pour défendre la culture … Tout ce que la droite ne porte pas, bien au contraire.

La gauche, et peut-être plus spécifiquement le parti socialiste, sort pour sa part affaiblie de ce premier tour. Avec un FN très haut et les dégâts concrets et considérables de la politique économique désastreuse du gouvernement, de ses trahisons populaires qui sont légion, l’incertitude règne quant à savoir où elle se situera dimanche soir. Pour autant, malgré le contexte difficile et un PS sclérosé par ses prises de positions nationales, les socialistes restent en situation de garder un certain nombre de places fortes comme à Liévin. Il faudra, dans bien des cas, assurer une mobilisation de toutes les forces républicaines pour endiguer le FN. Elle ne sera possible que sur des contenus et des positions claires et progressistes. Nous en appelons donc à la responsabilité et au sursaut devenu indispensable pour une politique authentiquement de gauche.

Le Parti Communiste Français, que certains rêvent d’enterrer à chaque scrutin, est là et bien là. Il résiste et sera présent au second tour dans quatre cantons de l’ex-bassin minier. Avec des scores très hauts dans les villes qu’il dirige (52% à Avion, 64% à Burbure … ), il sera, quoi qu’il arrive, incontournable pour faire vivre une majorité de gauche sur cette nouvelle mandature qui commence. Nous ceinturons de rouge l’héninois et stoppons ainsi le phénomène d’épicentre de la ville frontiste. Nous en appelons à tous les électeurs pour donner à nos binômes sur les cantons d’Avion, de Harnes, d’Auchel et de Lillers les moyens de gravir la dernière marche de ce scrutin et ainsi de faire vivre une voix de résistance et de progrès. Plus que jamais, notre département a besoin de cette gauche courageuse que nous incarnons pour infléchir drastiquement les effets de la crise et les mauvais choix initiés par le gouvernement.

Nous le martelons, le Pas-de-Calais est une terre de solidarité et de résistance et elle doit le rester. Au travers de son histoire, marquée par une classe ouvrière déterminée à se mobiliser pour faire avancer les droits des salariés et à combattre sans compromis l’extrême-droite, nous nous devons de maintenir une majorité de gauche la plus fortement influencée par un PCF qui porte la voix de la résistance face aux logiques d’austérité et de recul des droits salariaux. Nous appelons donc nos concitoyens à se mobiliser et à aller voter sans se tromper de colère et sans donner de poids disproportionné aux forces politiques qui dans les faits combattent leurs intérêts. Leurs intérêts de citoyens, leurs intérêts de salariés. Cela sera une première étape avant les mobilisations du printemps et notamment l’appel syndical du 9 avril et un premier mai que nous souhaitons hautement revendicatif.

G.S

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La complainte d’un rouge pélerin

496767-sympathisant-marxiste-sri-lankais-porteC’est une note plutôt personnelle à l’intention de mes amis et camarades, à celles et ceux qui partagent notre vision des choses et de l’action politique. Je suis depuis plusieurs jours souffrant et j’ai du mal à me déplacer. Cela me laisse du temps pour lire la presse en ligne, pour regarder ici et là les prises de postions des uns et des autres. Je travaille avec beaucoup d’autres, le plus intelligemment possible, à faire baisser la tension très forte autour d’une éventuelle montée en puissance du Front national le soir du premier tour des élections départementales, c’est-à-dire le 22 mars prochain. J’ai consacré un billet entier sur les dérives haineuses et stupides de nombre de candidats du Front national. Le carnaval des horreurs n’est pas terminé car un candidat FN vient d’être accusé de détention d’images pédopornographiques. Ce même militant défilait avec les décérébrés de Civitas lors des manifs pour tous pour s’opposer au mariage homosexuel et défendre la vision chrétienne de la famille. On pourrait presque en rire si la nausée n’était pas si forte.

Nos candidats sont pratiquement les seuls à mener campagne dans les quartiers pour défendre une offre politique alternative à l’heure où le PS continue de rendre illisibles les marqueurs traditionnels du champ politique français. Alors que certains nous vendent l’inéluctable abandon du clivage gauche/droite, l’inutilité avérée des partis qui seraient une forme archaïque de l’engagement, l’avenir passerait par le concept bancal de l’unité nationale. Effectivement nul besoin de lire dans les marcs de café pour voir qu’on assiste en direct à une recomposition historique des forces politiques. Valls se voit déjà comme étant le centre de gravité d’un bloc de centre-droit qui comprendrait la frange la plus à droite des écologistes (Placé, De Rugy …), une grosse partie du PS, le Modem, l’UDI et pourquoi pas certains UMP. Une majorité à l’allemande. Ce scénario peut d’ailleurs s’accélérer si le FN est aussi haut que certains analystes / supporteurs le prédisent. Son discours creux face à la Le Pen troisième génération à l’Assemblée nationale me conforte dans cette idée. Alors même que sa politique est un carburant efficace de la montée en puissance du FN dans le pays, il se dresse comme le vengeur masqué, le zorro de la bonne pensée rectiligne. A dire vrai et pour reprendre les mots très justes de Jacques Sapir, Valls est surtout le degré zéro de la pensée. C’est de ce constat lucide que des accointances peuvent naître entre lui et le centre et même la droite. Valls n’a pas de vision du monde, de la France et de la politique. Il est un communiquant (mauvais je trouve d’ailleurs) mais surtout un Ayatollah du libéralisme débridé version commission européenne. Il est le pendant chevelu de Pierre Moscovici. Le même Pierre Moscovici à qui on a envie de dire trivialement, comme le souligne amusé Maurice Ulrich dans sa dernière chronique, « Fermez-la ! ». Tous se convertissent ou plutôt assument librement leur « merkelophilie «  au détriment des intérêts de leur propre pays, la France. Il n’y a absolument plus rien à attendre de ces gens-là et d’ailleurs, Maurice Ulrich termine son propos relatant la tribune de Moscovici dans le Figaro en disant qu’avec des socialistes comme ceux-là, on n’a plus besoin de la droite. Je ne peux que partager son point de vue.

Ce constat là étant fait, quelles conclusions en tirer ? Et bien que nous n’échapperons pas à la recomposition et qu’il va donc falloir déjouer ce piège grossier qui consiste à flouter les lignes et à rendre fatalement majoritaire la ligne néolibérale dans le pays. De toute manière, doivent-ils se dire, le pays ayant troqué sa souveraineté contre le gant de fer européen, il ne sera question que d’appliquer les règles rigides et autoritaires de la commission européenne. Alors franchement débatte de la lutte de classe, de pôles publics, d’intérêt national … Pourquoi faire ? C’est là où le rôle des communistes devient décisif. Je n’ai jamais caché mes désaccords avec la direction nationale de mon parti. La ligne officielle est molle et surtout illisible. On oscille entre de l’interventionnisme à la papa et de la résistance en costume trois pièces. Il est évident et je le martèle depuis un moment qu’il devient vital de réactiver le mode classe contre classe. Cela veut dire que nous ne sommes pas des détracteurs du libéralisme, mais des combattants du système capitaliste, que nous sommes favorable à une économie socialisée à direction ouvrière. Nous sommes le parti de la paix et à ce titre nous militons pour l’abandon de l’arme nucléaire et la sortie de l’OTAN. Nous ne formulons aucune forme de compromis avec le pouvoir de Kiev et apportons notre soutien indéfectible à la résistance populaire ukrainienne comprenant de nombreux militants communistes. Nous ne croyons plus en cette Europe et nous voulons porter une nouvelle forme de coopération avec des liens très étroits autour de la Méditerranée. Nous sommes favorable à ce que notre pays se tourne vers des partenariats, des coopérations économiques avec la Chine, la Russie, le grand Maghreb et même l’Amérique Latine. Nous proposons de bâtir une nouvelle forme d’organisation politique de la société avec une République parlementaire et participative. Voilà un peu les axes forts sur lesquels nous allons devoir nous interroger. Le risque de ne pas avoir ces débats et ces déclics, c’est que les choses changent pour que rien ne changent. Je ne crois personnellement pas à la petite histoire contée par Jean-Luc Mélenchon, ce rapprochement avec les verts etc … C’est de la social-démocratie couronnée de pâquerettes. Au bout du bout, les règles élémentaires demeurent les mêmes et on se couvrira d’éloges d’avoir réduit peu ou proue les inégalités qui gangrènent notre société. Mais dans le fond, les mêmes travers se rappelleront à notre bon souvenir.

Enfin il me semble, qu’il devient de plus en plus difficile de convaincre les travailleurs, les familles modestes, la prétendue classe moyenne de ne pas se tourner vers la Le Pen. Car toute cette bande d’idiots utiles fabrique du désespoir et des colères aigres, ressassées, celles qui ulcèrent. On se dit donc chez certains qu’il faut faire péter tout ça, même si il faut en passer par les pires extrémités. Il est important de mesurer à quel point c’est dur de vivre dans la précarité depuis des années, de se priver, de travailler durement sans réussir à faire émerger la tête de l’eau. Et comme personne ne semble être capable de souffler sur la brume épaisse qui obscurcit l’horizon, on est prêt à tout pour espérer un peu de changement, un mieux. Nous sommes nombreux à savoir que le FN est ce qu’il y a de pire et de plus nauséabond. Qu’il est du côté de la bourgeoisie et que son rôle est justement d’empêcher l’incendie populaire que ladite bourgeoisie ne sera plus capable de maîtriser. Par chance pour eux, l’étincelle rouge est pour l’heure mouillée. Mais si à quelques uns nous avons la possibilité de faire de nouveau croître un grand parti de classe, alors là les choses seront différentes. C’est ce que je nous souhaite à tous, pour ne pas avoir à vivre de longues années dans l’obscurité et la peur.

Pour conclure avec légèreté cette longue complainte, Les Nuls clamaient dans les années 90 « Red is dead ! », mais qu’ils se rassurent, les outils ne sont pas encore rouillés et nous n’avons pas dit notre dernier mot.

G.S