Montebourg, Mitterrand le petit !

813248-l-ancien-ministre-de-l-economie-francais-arnaud-montebourg-le-23-aout-2015-a-frangy-en-bresse-en-saoJe dois ici avouer, sur ce blog que visiblement vous êtes de plus en plus nombreux à suivre et j’en suis honoré, que lorsque j’étais jeune, vraiment jeune, que je commençais tout juste à m’intéresser à la politique, j’avais une sorte d’admiration pour Arnaud Montebourg. J’étais bien évidemment trop jeune pour analyser et comprendre les concepts, pour mesurer l’importance des écuries dans notre vie politique, pour flairer où il y avait trahison et démagogie. Trop jeune aussi pour appréhender cette culture toute française du symbole, des références. En France, nos hommes politiques manient avec dextérité le clin d’œil littéraire, la notion d’héritage pour asseoir une forme de légitimité. Durant longtemps, un socialiste qui ne faisait pas référence à Mitterrand était sans doute un peu louche. Oui, il y a une autre tradition en France, la constitution du mythe. Le mythe est vendeur et populaire. Souvenez-vous celui de Napoléon. Puis, plus modestement, nous avons eu celui de Léon Blum, de Mendès-France, de De Gaulle et plus tard celui de Mitterrand. Pour l’heure, on s’est arrêté là. Non pas parce que les suivants nous sont contemporains, mais bel et bien parce que nous avons plutôt à l’inverse le besoin de les oublier.

Mais j’en reviens à Montebourg. Oui, j’avais une sorte d’admiration pour le personnage. Cette admiration ne tenait qu’à une seule chose, son goût assumé de l’art oratoire. Quand on est jeune, qu’on ne peut donc pas aller au bout des choses, que l’on manque de culture pour la saisie des nuances, on s’en remet à la forme. La forme était donc plutôt intéressante. Il était un jeune député rebelle de cheveux à défaut de l’être tout à fait avec la ligne de son parti et je pouvais l’écouter religieusement. Mes petits camarades de classe, en rentrant de l’école, regardaient les dessins animés, le dernier manga à la mode. Moi, lorsque je finissais plus tôt les cours, je regardais la séance des questions au gouvernement. Je ne m’en suis, comme vous pouvez l’imaginer, jamais vanté. Est-ce parce que le cordon s’était entouré autour de mon cou dans les derniers mois de la conception, que j’ai donc ainsi été privé d’oxygène … Je ne sais pas. Toujours est-il que oui, j’avais beaucoup de sympathie pour le jeune fauve de Saône-et-Loire.

Et puis j’ai grandi et lui a vieilli. Il a continué à grimper les échelons et moi j’ai rencontré Marx, Gramsci, Bourdieu et les militants communistes. Après eux, les couleuvres vous ne les avalez plus et les discours, vecteur d’une pensée, vous apprenez à les décortiquer et à extraire l’essentiel du décoratif, de l’incantatoire. Là j’ai donc su que Montebourg n’était pas le pire des socialistes mais que pour autant il n’était pas communiste. Bref, que la grosse différence entre lui et nous, la gauche révolutionnaire, donc la gauche, c’est que lorsqu’il y a une fuite au dessus du lit, lui bouge le lit alors que nous nous réparons le toit. Vous constaterez que la différence n’est pas mince. Bien évidemment il est toujours simple d’être manichéen, d’empêcher le droit à la nuance. Mais quand même, au bout du bout avec Montebourg, avec la social-démocratie donc, les petits efforts d’aménagement que vous vous serez évertués à construire pour calmer l’instinct de prédation du capitalisme, sa force d’aliénation des travailleurs, finiront par céder devant la puissance de la machinerie qui nous fait face. C’est un peu l’exemple de la digue et de la tempête. Des blocs de béton armé capables de contenir de violentes et puissantes vagues pour finalement, face à l’éternelle marée, face à la multiplication des phénomènes climatiques, finir par céder. Tout est toujours une question de rapport de force. Vous défilez par millions dans les rues de France, vous commencez à faire peur. Aujourd’hui cela n’est plus suffisant. Vous bloquez les dépôts de marchandises, les grands ports, les grands axes, là vous établissez un rapport de force capable de faire plier l’ennemi.

C’est donc cela que j’ai compris avec Montebourg. Il est un sparadrap sur une artère sectionnée, un lionceau entouré de fauves affamés. Bon il est aussi, un tout petit peu, opportuniste. Classé à la gauche du PS, il est ensuite porte-parole de Ségolène Royal, qui a fait une campagne présidentielle très à droite, il a été membre de toutes les directions solfériniennes depuis des années. Ensuite, il sent qu’il y a de nouveau un créneau à gauche. Il publie un livre sur la démondialisation et fait une bonne campagne lors de la primaire socialiste de 2012. Finalement, il se rallie au candidat Hollande et deviendra ministre au redressement productif. Le voilà sur les routes de France pou tenter de sauver de la liquidation de multiples entreprises françaises. Imaginez quelques instants l’absurdité de la chose. Vouloir sauver un maximum d’entreprises en élaborant des plans de reprise ou d’assainissement, et ne pas changer, dans le même temps, les règles du jeu. Continuer à laisser les banques choisir là où elles veulent investir. Ne pas renforcer le pouvoir des travailleurs dans les choix stratégiques de leur boutique. Ne pas lourdement sanctionner les entreprises qui font de la spéculation. Ne pas permettre noir sur blanc dans la loi aux salariés de reprendre à leur compte leur entreprise. Le fameux sparadrap … Il défend, plus tard, le produire français dans une opération de communication assez boiteuse, sans doute aussi pour pouvoir endiguer autant que possible la dangereuse ascension électorale du front national. Il finira, impuissant et sentant dès le départ l’orientation calamiteuse que prend ce quinquennat, par faire son baluchon et quittera ses fonctions ministérielles. Il partira ensuite suivre une formation pour devenir chef d’entreprise, attendra que l’orage continue sa route jusqu’à ce que le creux d’une vague lui permette de refaire son apparition.

C’était inespéré pour lui, le meilleur des scénarios est actuellement à l’œuvre. Un mouvement social d’ampleur, un gouvernement à l’agonie, un président historiquement impopulaire et un PCF qui s’apprête à lui dérouler le tapis rouge. Enfin un rouge pâle, pour être tout à fait précis. Et oui, un couplet sur les primaires comme un mauvais pâté sur une tartine desséchée, quelques amis qui tentent maladroitement d’entretenir le suspens dans la presse, et voilà. Ce week-end, dans une mise en scène discount de l’ascension de la roche de Solutré, le ténor socialiste a pris son air grave pour nous dire ce qu’il pensait de 2017. Il nous faut donc un programme et un chef. Bon, je crois que tout le monde a compris qu’il était disponible pour se saisir du bâton de pèlerin. Les frondeurs l’entouraient avec cette force et cette détermination qu’on leur connaît, si palpable lorsqu’il a fallu prendre son courage à deux mains pour censurer un gouvernement qui s’apprêtait à faire passer par la force et sans débat, une loi massivement rejetée par la nation.

Je boucle la boucle et je conclue ce petit billet par la même occasion. J’ai débuté tout à l’heure sur la notion du symbole. J’ai retenu cette petite phrase au milieu de la mise en scène qui vient conclure une tirade sur ce que c’est être de gauche. Pour Montebourg, être de gauche c’est Roosevelt et Colbert. Alors, je me permettrai ici de lui donner un petit conseil. Je pense qu’il faudra faire un petit effort pour aller puiser dans un imaginaire un peu plus offensif. S’il veut convaincre les communistes de le suivre, il lui faudra être audacieux. Il lui faudra faire un clin d’œil à Marx, à Aragon, à Sartre, à Duclos ou Marchais. Je ne doute pas sur le fait que Pierre Laurent saura lui donner quelques précieux conseils de coaching. En attendant, avec d’autres, je prépare tranquillement, patiemment, les outils pour réparer pour de bon cette maudite fuite au-dessus du lit qui a fini par noyer les rêves de millions de concitoyens embourbés dans le réel cauchemardesque.

G.S

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Congrès du PCF : les communistes face à l’histoire !

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De nombreux camarades ont écrit sur les résultats de la consultation des communistes pour choisir le texte qui deviendra base commune du congrès. Pour autant, je ne pouvais pas rester sans donner mon point de vue sur ces résultats historiques. Comme d’autres, je me suis beaucoup impliqué dans cette première étape du congrès. J’ai signé le texte « Unir les communistes » et j’ai produit de nombreux écrits pour tenter de convaincre un maximum de camarades de l’intérêt d’éviter les pièges qui, inéluctablement, nous ramèneraient très rapidement à une période de crise interne et au danger de la disparition.

Beaucoup de camarades me demandent mon sentiment avec toujours ce regard de grande inquiétude. Et pour cause, il y a un réel danger d’éclatement du PCF tant ces résultats reflètent l’incompréhension d’une grande partie des militants face aux choix stratégiques de la direction. La question n’est bien évidemment pas de savoir s’il faut réclamer la démission de Pierre Laurent ou pas. Le problème est bien plus profond et sérieux. C’est toute la direction du parti qui porte une lourde responsabilité dans l’affaiblissement de notre organisation, y compris les frondeurs avides de liquidation et leur texte attrape-tout « L’ambition communiste ». Un affaiblissement qu’on ne peut pas simplement ramener à des causes conjoncturelles inhérentes à l’histoire. Oui il y a eu l’effondrement du bloc soviétique, oui il y a eu une conversion des valeurs de nos sociétés guidée par un capitalisme méthodique et militant, entre les mains d’une oligarchie organisée, répondant pour le coup aux schémas de la lutte des classes pensés par Marx et Engels. C’est d’ailleurs l’argument majeur qui me pousse à penser et à dire que l’expérience Nuit debout ne pourra, en l’état actuel, que se solder par un échec.

Il semblerait que les mouvements de contestation du capitalisme d’aujourd’hui réfutent violemment, comme s’il s’agissait d’une thérapie de choc, toute tentative d’organisation directement inspirée du marxisme et de ses héritiers, les léninistes. A l’inverse, le capital lui exécute rigoureusement les principes qui font qu’un groupe social aux intérêts communs devienne une classe au sens marxiste du terme. C’est d’autant plus vrai en cette phase d’impérialisme où le capital se concentre fortement entre quelques mains. Les citations d’oligarques qui vont dans ce sens vous les connaissez et pour peu que l’on pratique les sciences sociales avec sérieux, ce phénomène ne peut que nous sauter à la figure. Reste que notre parti comme d’autres organisations contestataires, refusent de se convaincre de l’évidence. On ne peut répondre à une machine de guerre parfaitement huilée qu’en dressant en face une autre machine de guerre elle aussi parfaitement organisée. Cela réclame donc le soucis de l’organisation, point névralgique de la stratégie, mais aussi du projet fédérateur qui lui donne son âme. L’un ne peut aller sans l’autre.

Le PCF nie aujourd’hui l’intérêt de l’organisation, ne pensant les événements et les batailles que sous l’angle de la stratégie électorale et du mythe du cartel, et il n’a même plus de projet à proposer à la société, aux exploités. Le programme l’humain d’abord n’est qu’une plate-forme programmatique répondant aux prérogatives d’un élection, l’élection présidentielle. Quel projet pour la société les communistes proposent t-ils ? Aucun ! Voilà, il me semble, exactement les chantiers que ce congrès aurait du ouvrir en mettant tout le parti en ébullition et au travail. Mais non … Il ne sera question que de 2017 car Pierre Laurent et les autres ont saboté notre congrès dès janvier en engageant notre organisation dans le processus des primaires. Pour couronner le tout, en jouant aux petites combines et querelles pré-électorales, nous subirons le mouvement d’humeur de Mélenchon qui rendra notre congrès inaudible et transparent car tous les médias ne parleront que de sa marche militante organisée à Paris en même temps que notre congrès. Personne ne saura que des centaines de communistes se seront réunis pour discuter de leur utilité au quotidien. Bien joué !

Les conséquences nous les connaissons. Un parti qui se transforme en paquebot perdu en mer du Nord abandonné par ses militants avant qu’il ne sombre dans les eaux profondes. Les chiffres de la consultation le montrent, par rapport au dernier congrès et sa consultation de l’époque, une perte de 11.317 cotisants et 4.535 votants en moins. Sans aller jusqu’à parler d’hémorragie, ces chiffres ont tout de même de quoi nous inquiéter. Puisqu’on ne peut raisonnablement pas faire d’analyse de ce genre sans évoquer quelques chiffres, un autre extrêmement révélateur, celui de l’adhésion toute limitée au texte proposé par le Conseil national. Il ne recueille que 14.942 voix (51,20 %) soit une perte de 9.655 voix par rapport à 2012. C’est un résultat historiquement bas pour un texte proposé par la direction, comme le soulignait très justement ma camarade Danielle Bleitrach sur son blog. Malgré toutes les difficultés, malgré le combat inégal puisque pour défendre notre texte nous n’avions que notre énergie et la force de nos convictions, nous sommes (les initiateurs du texte « Unir les communistes ») en progression par rapport au dernier congrès et ce malgré les textes de division proposés par les trotskistes de la Riposte et les malfaiteurs de Paris XV et sa secte obscure Dang Trannienne. A noter que nous arrivons en tête dans deux des plus grosses fédérations de France, celle du Nord et celle du Pas-de-Calais. Dans les autres grosses fédérations de France, c’est notamment vrai dans les Bouches-du-Rhône, les chiffres communiqués sont relativement stupéfiants tant ils marquent des contre-tendances aussi bien au niveau de la participation que des résultats. Je laisse chacun en tirer les conclusions.

Va maintenant s’ouvrir une nouvelle phase dans ce congrès. Très rapidement, les sections et les fédérations vont se réunir en conférence et vont devoir mener la bataille des amendements. Le texte n’a pas changé depuis que nous l’avons combattu ces dernières semaines. C’est une coquille vide et une grosse partie de ce dernier s’attelle à nous vendre les bienfaits de la primaire à gauche. Alors je nous invite, mes camarades, à être méthodique pour ce nouveau travail. Certains ont d’ores et déjà décidé d’abandonner le combat, se résignant avec douleur au constat que ce parti est perdu. Ils décideront donc de le quitter le fragilisant de fait encore d’avantage. Puis d’autres, des milliers de camarades et je m’y inclus, ne déserteront pas le champ de bataille. Il n’est pas question d’abandonner le parti de Thorez entre les mains des convertis au réformisme gentillet. Surtout que des millions de nos compatriotes souffrent plus que jamais de l’exploitation et que la disparition du PCF ne ferait que faire perdre un temps précieux au mouvement révolutionnaire. Alors stratégiquement, au travers de la bataille des amendements, il nous faut mettre en échec l’idée de la primaire à gauche, qui n’est rien d’autre que la pelle du fossoyeur, celle que les liquidateurs ont marqué des points, ce qui est empiriquement faux, et celle qui se traduit dans les faits par un affaiblissement de notre organisation. Peut-être faudra t-il alors imaginer créer un groupe de travail chargé de formuler quelques amendements simples mais efficaces que nous pourrions proposer un peu partout dans les sections et les fédérations. J’y ajouterais tout de même, un amendement solide sur l’Europe pour mettre un terme à la stratégie portée par le PGE qui soutient les mouvements opportunistes au détriment de ceux qui, ailleurs en Europe, mènent la bataille sur une ligne classe contre classe comme au Portugal par exemple.

Il faut être aveugle ou ne rien comprendre à l’histoire et ses mouvements pour ne pas être convaincu de l’impérieuse nécessité de faire vivre un mouvement communiste fort et organisé. Le mouvement social partout dans le monde patine du fait de l’absence de réelles perspectives de transformation radicale de la société. La sphère révolutionnaire ne peut pas marcher sur une seule jambe. Il lui faut une assise solide pour véritablement exister et être conquérante. C’est là, camarades, notre responsabilité collective devant l’histoire et devant nos toutes jeunes générations engagées dans leur première lutte sociale en France contre la loi travail.

G.S

Xavier Bertrand ou le Cassandre du plat pays ! (réaction au séminaire culture régional)

logoConcertation

J’ai participé ce mardi 3 mai au séminaire culture organisé par le nouveau conseil régional Hauts-de-France. Le rendez-vous était donné au théâtre d’Arras. Je m’y suis donc rendu avec mon directeur de service, Michel Grabowski avec qui j’ai lancé un travail de presque deux ans d’assises de la culture et de l’éducation populaire. Nous avions organisé deux étapes de travail à Avion et chez nos amis de Douchy-les-mines. Une centaine d’acteurs du champ culturel régional avait répondu à notre appel de concertation et de résistance. Les nuages d’orage, nous étions quelques uns à les voir venir de loin. Alors que beaucoup décidaient de continuer en attendant de voir, nous décidions de prendre les devants et de créer une dynamique de lutte. Les copains du collectif des Interluttants eux continuaient inlassablement à s’organiser et à se réunir pour défendre leur statut et entretenir la flamme de la contestation. Depuis quelques jours, au cœur d’une France volcanique qui rejette en masse la loi travail et qui expérimente de nouvelles formes de mobilisation, avec ses qualités et ses défauts, le collectif occupe des théâtres (La Verrière) et fait en sorte de se faire entendre. J’en profite pour ici leur témoigner mon soutien le plus total.

Bref, c’est dans ce contexte tendu qu’avait lieu ce séminaire. Je le dis d’avance, je n’en attendais rien. La nouvelle majorité de droite au conseil départemental du Nord nous avait fait la démonstration que Malraux était bel et bien enterré depuis longtemps. La droite sarkozyste, c’est la culture du chiffre et de la rentabilité, certainement pas celle de l’émancipation. 100 millions d’euros de coupes budgétaires pour la culture et les associations dans le département du Nord. La culture, c’est la fusillée pour l’exemple, le fusible à faire sauter pour garantir l’équilibre budgétaire. C’est sans doute aussi un choix de classe. Mieux vaut une France sous perfusion d’Hanouna qu’une France mobilisée dans les quartiers et les petits lieux autour de compagnies engagées dans un long processus d’éducation populaire. C’est plus simple pour mener à bien les petites combines de dominants au service du capital. La culture et ses pratiques de proximité, c’est le souffle de l’intelligence partagée, c’est le choc électrique qui fait converger le sang vers le cœur de la pensée libre et critique. Alors, quand Xavier Bertrand vous donne rendez-vous pour parler culture, vous vous munissez des précautions d’usage.

Tout le monde s’installe tranquillement, la cour confortablement assise devant la scène. Nous étions nous perchés au deuxième étage. Je croise des visages familiers, des copains du Synavi, de théâtres que j’aime pour leur engagement. Me voilà un peu plus à l’aise. J’étais venu en traînant les pieds mais finalement je ne devais pas être le seul. C’était déjà ça …

Le spectacle commence presque à l’heure. Un mot d’accueil du directeur du lieu, puis le maire d’Arras qui s’excuse de ne pas avoir pu participer au salon du livre du premier mai organisé par Colère du présent car il était en Nouvelle-Zélande, puis le nouveau vice-président à la culture, le maire de Saint-Omer François Decoster. Juste avant lui, c’est Xavier Bertrand qui prend la parole. Magistrale Xavier Bertrand. Il commence brutalement son allocution en nous appelant à être libre. Mieux, il nous demande d’être impertinent. C’est du grand spectacle. En cinq minutes, il dit son amour de la culture, il parle d’éducation populaire, de liberté d’expression, de devoir d’impertinence … Il nous propose de façonner le visage des futures politiques culturelles, nous qui avons une expérience et une pratique du terrain. Il ne manquait plus que le poing levé et je me serais vraiment senti à la maison.

Et puis, on se rappelle quand même qu’il a été un exécrable ministre du travail, celui qui nous parlait avec sa voix calme et son visage grave de salauds de pauvres qui profitent allégrement des aides sociales. Je suis de bonne foi, peut-être s’est-il levé un matin transpercé d’une révélation : l’éducation populaire, voilà ce qu’il faut défendre au péril de sa vie. Il annonce aussi le passage du budget régional de la culture de 70 à 110 millions d’euros sur le mandat. Les larmes montent rien qu’à évoquer ce souvenir. Pour faire quoi, sur quels dispositifs … ?? Je suis décidément mauvaise langue, c’est le sens de ce séminaire. Nous sommes invités à co-construire le projet. Je ne voudrais pas que les cireurs de pompes de la DRAC ou du Syndeac me fassent un procès en sorcellerie.

Une technicienne monte ensuite sur scène et nous présente l’organigramme de la co-construction. Des ateliers thématiques, des rendez-vous décentralisés pour évaluer différents scenarii pour finalement aboutir en septembre à un projet ficelé qui sera celui qui guidera l’action culturelle régionale. En réalité, vous vous rendez compte que la page blanche est remplie de petites cases où nous devons nicher nos idées. Bref, tout est cadré d’avance et alors qu’on nous appelle à l’imagination, à l’audace, il s’agit simplement d’user des vieux logiciels à bout de souffle. Alors que le président s’était lancé dans une tirade passionnée, nous autorisant toutes les folies, vous finissez par vous enfoncer dans votre siège en tentant de vous dépêtrer de l’amer sentiment d’avoir une fois de plus été pris pour un idiot.

Tout est cadré au millimètre. Interventions courtes et à la chaîne, clip promotionnel et sa musique épique, un président sans cravate et sans fiches, talentueux VRP de la langue de bois, table ronde avec des intervenants complaisants. Décidément, qu’est-ce que c’est esthétique la co-construction.

Dernier point à noter, le calendrier. De cette première rencontre à la validation du futur projet, 5 mois. Entre deux, Juillet et Août, avec le festival d’Avignon, les multiples festivals et événements culturels estivaux … Donc, il nous faut avoir des idées, en débattre, mais rapidement. Emballé c’est pesé comme dit l’autre ! Tous les acteurs culturels savent qu’il faut du temps pour mettre en branle la machine, pour se dire les choses, pour se confronter et imaginer de nouvelles démarches, de nouvelles pratiques. Encore une fois, aucune souplesse dans l’organigramme, tout est déjà daté et validé. Je vous rassure, j’avais déjà décroché depuis longtemps. Je participerais sans doute à un atelier histoire de prendre le pouls et c’est marre !

Il est temps de conclure ce petit billet d’humeur qui, je pense, en fera sourire certains. Le choix du lieu où nous nous sommes réunis. Le théâtre d’Arras. C’est un lieu magnifique à n’en pas douter, quoi que les sièges ne soient pas très confortable. Mais, Bertrand fait partie de cette classe politique attachée aux symboles. Le monsieur a entre deux chemises de son dressing le tablier de sa loge ! J’ai donc la certitude que ce théâtre n’a pas été choisi par hasard. Ce théâtre a fusionné il y a peu avec celui de Douai pour donner vie au Tandem. L’idée de la mutualisation des lieux, celle qu’il y aurait trop de lieux culturels dans cette région, ont été discrètement, au détour d’une inspiration douteuse, clamées à la foule somnolente. Restons donc sur nos gardes les amis, ne nous laissons pas enfumer par cette séquence purement formelle qui servira de cause morale à la fragilisation, voire à la destruction, de ce que des générations entières se sont évertuées à construire au service de nos populations. La culture drapée de sa robe éclatante, l’éducation populaire.

G.S