La mélancolie du communiste sincère

friedrich-moine-devant-la-merQui ne comprend pas que la question du travail sera centrale lors des futures échéances électorales risque de déchanter gravement. Alors que des millions de français sont privés d’emploi, que les directives européennes dans le cadre d’une économie globalisée causent une lente mais irréfutable destruction de notre industrie avec la disparition de très nombreux emplois, que la monnaie unique condamne nos échanges commerciaux et donc handicape nos perspectives de croissance, que la robotisation et l’économie numérique vont causer à moyen terme la disparition de nombreux emplois notamment dans les services, la droite et une partie de la gauche, totalement inféodées aux thèses libérales qu’elles idolâtrent aveuglement, nous entraîneront dans les abîmes de la crise économique et surtout politique. Il faut être stupide pour ne pas s’apercevoir que les théorèmes familiers des économistes libéraux ne prennent plus. La tristement célèbre et autoproclamée vertueuse destruction créatrice ne pourra cette fois-ci rien pour nous. C’est d’ailleurs, petite parenthèse, ce que nous vend Mélenchon avec la transition écologique.

Ces thèses ne peuvent plus prendre car le capitalisme a atteint le seuil maximum de son développement. Il est sauvage, dans une prédation ultime et se concentre violemment. C’est un peu comme le noyau d’uranium qui absorbe les neutrons pour finir par exploser. Il semblerait qu’en atteignant ce stade il entre dans une phase d’auto-destruction. Cela consolide globalement les travaux marxistes. Lénine définissait ce stade suprême ainsi : « L’impérialisme est le capitalisme arrivé à un stade de développement où s’est affirmée la domination des monopoles et du capital financier, où l’exportation des capitaux a acquis une importance de premier plan, où le partage du monde a commencé entre les trusts internationaux et où s’est achevé le partage de tout le territoire du globe entre les plus grands pays capitalistes ». Comment ne pas lui donner totalement raison. Les faits parlent d’eux-mêmes.

Sans doute faut-il s’attendre au pire, pourtant les alertes ne manquent pas. Trump, l’Autriche, le référendum italien et la forte dynamique des mouvements populistes faussement anti-systèmes à l’image du mouvement 5 étoiles qui se nourrit de la disparition de la gauche transalpine, les menaces émises contre la Chine et la Russie, l’extrême-droite au pouvoir déjà dans plusieurs pays européens comme en Pologne et en Ukraine, la colonisation de l’Europe de l’est par la puissante économie industrielle allemande, le retour fracassant de la France en Afrique avec l’intervention en Libye, au Mali, en Centrafrique …

La première évidence, c’est que l’Europe fait le le lit du fascisme. Parce qu’elle est anti-démocratique, autoritaire, qu’elle vassalise le continent aux intérêts nord-américains, qu’elle cadenasse les économies du sud avec les conséquences que l’on sait, elle plonge la continent dans une dynamique extrêmement inquiétante. C’est un clin d’œil cynique de l’histoire pourrait-on croire. Alors que les VRP sous cachet de la CIA nous vendaient dès la fin des années 1940 la coopération européenne pour définitivement proscrire la guerre et le choc impérialiste, nous voilà revenus à des temps crépusculaires. Sans doute l’URSS et la très forte influence du parti communiste dans les grandes nations européennes d’après-guerre ont-elles mis un frein durant des décennies au grand projet du capital. Mesurons les conséquences titanesques de l’absence (aujourd’hui) d’un discours de gauche sur la question européenne audible et visionnaire, sur ce qu’est le capital et jusqu’où il est prêt à aller pour assurer sa survie s’il ne trouve pas sur son chemin une force capable de le détruire, en tout cas dans un premier temps de le contraindre fermement . L’euro-communisme est un fléau dont nous aurions du, il y a déjà déjà bien longtemps, nous défaire. Mais l’Europe est devenu un mythe et nous-mêmes participons à sacraliser la sale bête. Les grecs qui décidément ont une ancestrale approche et expérience critiques avec elle, nous ont livrés lors de l’antiquité le mythe de la princesse Europe qui finira par accoucher des juges des enfers.

Aux vues des dernières et rares consultations populaires et de l’opposition farouche à l’Europe qu’elles révèlent, du funeste bilan de Tsipras, maître-d’œuvre des partisans de la refonte européenne et de la prophétique Europe sociale, il est clair que batailler pour un vrai et grand parti communiste authentique, tirant les erreurs du passé et développant une approche dialectique des événements ne relève pas d’un pur folklore propre à une petite caste, les ders des ders, nostalgiques et aigris. L’Europe est un poison et il faut d’urgence l’antidote. C’est une fois encore notre responsabilité. Oui, être communiste est théoriquement un sacerdoce… Peut-être est-il plus que venu le temps de poser le débat contradictoire, de ne plus avoir peur d’affronter en face l’histoire présente. Il est tout de même incroyable qu’à aucun moment nous n’avons pu débattre de la question européenne entre nous. La frustration n’a t-elle pas été extrêmement vive lors du dernier congrès une fois encore ? Débattre de la sorte pointerait inévitablement une série de lourdes responsabilités et ferait vaciller pour un temps le navire. Cependant, nous devrons nous résigner à nous-y plier, à assumer notre aggiornamento inversé, ou alors nous condamnerons définitivement les peuples européens au pire, à la guerre. Des pistes prometteuses sont à creuser concernant l’érection d’un nouvel espace collaboratif autour de la Méditerranée, autour d’un vaste programme axé sur la francophonie, la langue française pouvant incarner une autre vision du monde, de la culture, de la collaboration à échelle du monde. Tout cela sans parler d’un partenariat resserré avec l’axe Sino-russe. La France est grande quand elle porte un projet comme celui proposé par les frères Bocquet, une COP 21 sur l’évasion fiscale.

Va se poser également la question de la reprise populaire du pouvoir. Un plan de vastes nationalisations pour basculer vers une maîtrise et un contrôle publics et démocratiques de l’économie et des finances, avec une véritable et révolutionnaire démocratie ouvrière. Des comités de gestion élus, le retour à une forme modernisée de planification, la renaissance d’une grande et puissante paysannerie coopérative et solidaire, respectueuse des sols et des hommes, une très importante réduction du temps de travail conjuguée à l’invention d’un tout nouveau modèle social et philosophique où l’on se partage fortement le travail et où l’on ré-apprend à avoir le contrôle du temps, l’établissement d’assemblées populaires locales pour inventer dans la proximité et la co-élaboration la politique de demain … Je rêve de faire du cinéma, de réaliser des films passionné que je suis par l’esthétique filmique, par l’incroyable beauté symbolique d’un travelling travaillé ou d’un plan en contre plongée audacieux. Ne travailler que quelques heures par semaine me permettrait de pouvoir me consacrer à cette passion. Encore faut-il pouvoir accéder à des écoles publiques et gratuites d’art, de pouvoir se former tout au long de son existence.

L’école, les Arts, les sports méritent des propositions plus qu’audacieuses. Ils doivent permettre l’émancipation et la construction de tous. Pouvoir s’émanciper de l’apparent relativisme social, de cette forme aboutie de fascisme que théorisait Pasolini qu’est la consommation frénétique et consumériste. Nous mourons aujourd’hui d’une forme de perversion métaphysique flattant les pires instincts de l’humanité. Il nous faut penser le commun, le beau, le bonheur, la paix. Parce que cette mission est hautement révolutionnaire tout en étant par ailleurs terriblement enthousiasmante, elle réclame un soucis de l’organisation vital. C’est là mon opposition la plus vive avec Mélenchon. Il faut un parti organisé, méthodique pour éduquer et pour aller solidement à la bataille. C’est le caractère providentiel de sa personne ressenti comme tel par les militants qui l’entourent qui accrédite provisoirement son hypothèse. Sans cela son mouvement végéterait, incapable qu’il serait de produire une matrice cohérente et solide.

Comme je suis finalement malheureux de ne pas pouvoir promouvoir toutes ces choses, de ne pas militer dans un parti prenant de la hauteur. Nous voilà invités à suivre un personnage avec lequel nous n’avons que quelques malheureuses convergences, inventant pour l’occasion des concepts aussi ahurissants que le ralliement critique, que la candidature rétractable. Nous voilà en train de crier avec les loups lorsque se produisent des événements comme le Brexit. Pourtant, après le résultat surprise de la conférence nationale, le parti semblait de nouveau en ébullition, de nombreux camarades se sont ouverts, ont produit des choses extrêmement intéressantes. Nous ressentions de nouveau une forme de vitalité et même de fierté. De nombreux camarades retrouvaient le goût de la lutte et comprenaient que notre parti n’est pas n’importe quel parti, qu’il possède de beaux restes capables de déplacer des montagnes si seulement il se promettait de se donner les moyens pour le faire.

Je crois que notre pire faiblesse, c’est qu’il est dirigé depuis des années par des gens qui n’y croient plus, qui ne se pensent que comme des gestionnaires de patrimoine. Combien sont-ils à croire encore que le changement ne pourra émaner que par des actes révolutionnaires et non pas au travers des institutions bourgeoises ? Combien sont-ils à ne pas oublier que notre mission première est de travailler à l’avènement du socialisme ? Un socialisme prenant les accents et les attraits de notre époque évidemment. Combien sont-ils à se dire que l’expérience cubaine mérite tout de même une approche très critique ? Combien sont incapables de penser autre chose que la petite tambouille tactique pour se partager quelques malheureux strapontins ?

Nous méritons tellement mieux, tellement plus. Cependant, cela serait une erreur de leur abandonner la maison. Je suis en profond désaccord avec ceux qui pensent qu’il suffit de construire ailleurs pour régler le problème. Le PCF est l’incarnation du communisme en France qu’on le veuille ou non et tant que nous n’arriverons pas à reprendre possession de la machine, il faudra être patient, rester droit et combatif, déterminé et rassembleur. C’est un travail de chimie fine, d’équilibriste fou. Les faits finiront, j’en suis persuadé, par nous donner raison. Le plus insupportable pour le militant communiste sincère et déterminé, est de côtoyer tous les jours cette misère, cette souffrance populaire et de mesurer que toutes ces futiles et minables tergiversations que nous nous infligeons nous font perdre un temps ô combien précieux pour pouvoir les éradiquer. Comme l’écrivait si merveilleusement bien Neruda, « Ah si seulement avec une goutte de poésie ou d’amour nous pouvions apaiser la haine du monde ! ».

G.S

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Après le choix des communistes, que faire ?

drapeau-du-parti-communiste-en-2011-pcf-10858421tdnuyQuel magnifique, surprenant et succulent spectacle ces derniers jours. Un candidat surprise est sorti plus que confortablement de la primaire de la droite et du centre prenant le contre-pied de tous les sondages décryptés à longueur de tribunes. Le défilé des vieilles bourgeoises bigotes, haïssant la jeunesse et la solidarité même la plus discrète et imperceptible possible ont trouvé leur héros, le châtelain coincé sous perfusion de christianisme labellisé Civitas et de libéralisme économique outrancier qui a fait les beaux jours d’un Reagan, d’une Thatcher et avant eux d’un Pinochet.

Macron lui, a déchiqueté avec ses ongles aiguisés de loup affamé le voile du doute, va t-il y aller, ne va t-il pas y aller ? Après avoir goinfré une partie de la bourgeoisie lors de repas qui affichaient des prix particulièrement indécents, avouons ici que la surprise n’était que partielle. Il y a toujours le petit lèche-pompe des banques systémiques, ni de gauche ni de droite, promettant la liberté d’entreprendre, le gourou qui lâche sans tremblement dans la voix à la jeunesse désœuvrée enrichissez-vous ! Mais comme à chaque fois, flip flap la girafe !

Enfin, le président sortant décide de ne pas remettre le couvert devenant le temps d’un discours parsemé de mensonges et d’auto-congratulation grossière, un monument de courage aux yeux d’une presse bourgeoise qui se paluche en cœur devant l’iPad dernier cri . Quel courage de jeter l’éponge pour éviter le ridicule. Quel courage de partir après avoir plongé notre pays dans une sorte de clair-obscur d’où peut surgir le pire, des monstres.

Alors nombreux sont ceux qui vont se prosterner devant la divine providence. La démocratie si malmenée ces dernières années retrouve une forme de vitalité. Des candidats qui incarnent une fausse nouveauté, des scénarios qui se dessinent ne respectant pas les schémas pré-établis. J’imagine la mine enjouée des patrons de presse qui sont aussi les donneurs d’ordre politiques. Non seulement il sera possible de continuer à vendre du papier avec les biographies des papabiles surprises, de nouveaux sondages aussi pipés qu’à l’accoutumé, mais cerise sur la gâteau, la farce ubuesque de la généralissime république va pouvoir continuer encore un peu. En voilà des raisons de sabrer le champagne, de s’enivrer avec les plus beaux millésimes bordelais.

Oublions le traité de Lisbonne adopté par le parlement dans les murs royaux de Versailles, faisant abstraction du vote souverain lors du référendum de 2005 ; oublions l’épisode de 2003 et la réforme des retraites adoptée sans sourciller ; oublions le 49-3, marque de fabrique du toréador vallsiste y compris pour faire passer une bombe explosive dynamitant des siècles de conquêtes sociales. Il faut aussi faire l’impasse sur l’abstention galopante. On évoque d’ailleurs la possibilité d’établir le vote obligatoire. Ne pensons pas non plus à l’irrésistible ascension de l’extrême-droite qui compte aujourd’hui de nombreux élus dans nos régions. Tant que la légitimité du vote n’est remise en cause par personne, le vaste plan en cours peut continuer tranquillement son œuvre.

Il y a des surprises comme l’élection de Trump aux États-Unis il y a quelques semaines. Par chance, le monsieur anti-système est en fait parfaitement intégré à la matrice et la bourse, après avoir toussoté mollement, est repartie vigoureusement à la hausse. Elle est là la beauté de la république bourgeoise. Quand on a prise sur toutes les pièces du puzzle, le risque de basculement est maîtrisé. Je remarque d’ailleurs que la mort de Castro permet de remettre une couche bien grasse de pommade. Que tous les dieux prémunissent l’occident où le bonheur règne universellement de connaître un seul jour le socialisme, le vrai. Des vidéos et photos à foison montrent un peuple sincèrement endeuillé, défilant pacifiquement, sans le canon d’une arme militaire dans le dos, dans les rues de La Havane. Difficile chez nous d’imaginer un tel acte, une telle scène. En même temps, difficile chez nous d’imaginer des rues sans SDF, des universités totalement gratuites, des hôpitaux performants avec les meilleurs médecins du monde et des soins eux-aussi totalement gratuits, une prise en compte avant-gardiste de la question environnementale avec une agriculture paysanne respectueuse des sols et des hommes. Pourtant, le communisme est le diable. Alors prenez vos antidépresseurs et allez voter Fillon, dieu vous le rendra …

Pour autant, certains pensent que peut surgir dans notre cadre hypothétiquement démocratique un homme providentiel, capable par la pointe de son épée de mettre à genou le système et d’imposer le bonheur universel. Jamais je ne me moquerais de l’espoir, même s’il prend un chemin trompeur. Lorsqu’on manque d’éducation politique, j’entends par là qu’on ne mesure pas ce que sont les rapports antagonistes de classes, que la révolution par la réforme n’a jamais connu autre chose qu’un échec cuisant, que sans mouvement social organisé il ne sera possible de rien arracher de décisif, il est courant de se laisser convaincre par l’orateur talentueux. C’est une sorte d’adolescence politique où les idoles structurent la pensée. Dans le vide métaphysique de la période, qui peut-on blâmer de s’accrocher au moindre espoir paraissant sincère ? Ainsi une partie de la gauche à laquelle nous sommes nombreux à appartenir a fait le choix de Mélenchon. Je prends acte de cette décision et me plie donc au choix souverain et majoritaire de mes camarades. Bon il y a des chiffres surprenants lorsqu’on regarde le détail de la consultation. La fédération de Marie-George Buffet qui communique des chiffres à contre-tendance de ce qui se fait ailleurs en France. On aurait imaginé un peu plus de doigté tout de même tant les débats ont été passionnés, parfois clivant entre nous. Soit, ne jetons pas de l’huile sur le feu.

Je ne me fais personnellement aucune illusion sur cette candidature. Je ne ferai rien pour la salir ou la caricaturer. Néanmoins j’ai conscience des folles attentes, à mon sens déraisonnables, qu’elle implique chez certains, de la très prudente révolution économique qu’elle propose, qui ne pourra jamais voir le jour dans le cadre européen actuel. Si Jean-Luc Mélenchon gagnait demain, la première décision qu’il devra prendre sera de quitter l’Europe ou non. Voyez la broyeuse terrifiante et humiliante par laquelle Tsipras est passé en Grèce. Pas de politique de relance en Europe, la règle est simple et elle ne peut souffrir d’aucune exception. La droite autoritaire allemande veille au grain. Il ne pourra pas être question de petits bidouillages plan A ou plan B. Vous voulez augmenter le Smic, taxer le capital, redéployer les services publics massivement sur le territoire, lancer la construction de centrales thermiques, il vous faudra alors quitter l’Europe. C’est l’extrême faiblesse pour ne pas dire bêtise de notre camp. Refuser de prendre cette réalité en compte ; réciter de douces mais terriblement naïves comptines sur une possible refonte de l’Europe. Les traités rendent cette option impossible. Encore une fois la Grèce a juste élevé la voix, la BCE a coupé tous les robinets et nous avons assisté stupéfaits à ces scènes de chaînes humaines devant les distributeurs pour retirer quelques euros.

Ceci à l’esprit, je vais donc me battre pour faire élire un député communiste dans ma circonscription qui, je le sais, sera utile à nos populations, aux travailleurs en lutte du territoire … Je vais inlassablement continuer à me former, à apprendre, à écrire pour convaincre qu’un autre monde est possible, un monde où règne le commun. Je vais continuer à me battre dans mon parti pour qu’il redevienne un outil ancré dans les masses. Un outil qui forme, qui éduque, qui organise, qui rassemble et qui lutte. Par conséquent et pour paraphraser humblement Fidel Castro, mon seul orgueil sera d’avoir peut être été utile.

G.S

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